‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 15 sur 89 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Port de Cadix — Congé — Autorités locales — Sagesfte — La Reioe d*EspagDe — Entrée dans les Docks pour des réparations — Déserteurs — L*honneur du drapeau — Le Neapolitan — Ulnvestigator — Gibraltar — Visites officielles — En haut du rocher — Une légende» — Encore la Neutralité —Diplomatie consulaire— Bloqué— Le Tuscarora — Sept contre un.

Pendant le séjour du Sumter à Cadix et ensuite à Gibraltar, le Capitaine Semmes écrivit dans son journal ce que Ton verra dans ce chapitre.

Samedi 4 Janvm, — Voilà Cadix — Tancienne Gadès — avec ses maisons Mauresques, et ses felouques ou embarcations à voiles latines. De beaux orangers partout — c'est le produit de cette latitude 36** 32' N. la même qu'à Norfolk, Virginie. Il y. a aujourd'hui cent quatre-vingt huit jours que nous avons rompu le blocus de la Nouvelle-Orléans, et, depuis cette époque, nous avons passé cent trente-six jours en mer. Nous apprenons, ce soir, que, l'on a demandé à Madrid, par le télégraphe, si nous devions être admis à la pratique (et si nous pouvions débarquer les prisonniers, je présume).

Dimanche 5 Janvier, — Le ciel est en partie couvert ; il souffle un vent froid du Nord; le thermomètre est à 56*. De bonne heure, dans la matinée, l'officier de santé vint à

bord pour m'apporter Tordre du Gouvernement de partir dans les vingt-quatre heures, et pour m'offrir tous les approvisionnements dont je pouvais avoir besoin pendant ce temps. Je répondis ce qui suit : —

A bord du steamer des E. G. Swnter.

Cadix, 5 Janvier 1862.

Monsieur, — J*ai eu Thonneur de recevoir, par Tinlermédiaire de ToWcier de santé, un ordre par lequel le Gouvernement Espagnol m'enjoint de prendre la mer dans les vingt- «quatre heures. Je suis grandement surpris de cet ordre peu bienveillant. Quoique mon Gouvernement n'ait pas encore été reconnu d'une manière favorable par TEspagne, il a été établi qu'il jouirait des droits des puissances belligérantes pendant la guerre dans laquelle il est engagé, et c*esi l'usage de toutes les nations civilisées d'étendre l'hospitalité de leurs ports aux vaisseaux belligérants des deux puissances — qu'ils soient belligérants de facto ou de jure. J'ai connaissance des règles adoptées par TEspagne aussi bien que par les autres grandes puissances de l'Europe qui défendent aux^sroiseurs belligérants d'amener leurs prises dans leurs ports; mais cette règle, je ne l'ai pas Violée. Je guis entré dans le port de Cadix aveo mon navire seulement, et je demande tout simplement l'hospitalité que m'accorde le droit des gens, car les Etats Confédérés constituent, de faclo, une nation reconnue par l'Espagne, comme cela a été élubli précédemment. Je suis fâché d'être obligé d'ajouter aussi que mon vaisseau est avarié et endommagé dans sa coque; il fait beaucoup d'eau, et ne peut plus tenir la mer; il doit être docké et subir des réparations avant de pouvoir reprendre le large. C'est pourquoi je suis contraint, par la force des circonstances, de refuser, de la façon la plus respectueuse, d'obéir à l'ordre que j'ai reçu, jusqu'à ce que les réparations nécessaires aient été faites à mon navire. De plus, j'ai à bord quarante-trois prisonniers, qui sont enfermés dans un petit espace où ils sont fort mal, et la simple humanité semble-

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rait exiger quMl me fût permis de les faire remettre sans délai inutile au soin de leur consul en résidence à Cadix,

j ai| etc*« •

(Signé) R. SEMMES.

A Son Excellence le Gouverneur Militaire du Port de Cadix,

Espagne.

A 11 h. 30, un canot portant le pavillon Espagnol jeta l'ancre à quelque distance de nous ; il venait probablement pour surveiller mes mouvements. Les Yankees se sont sans doute mis à Tceuvre pour amener tous ces ré* sultats. Le gouverneur militaire télégraphie ma lettre, et nous allons voir ce que sera la réponse.

J'avais été trpmpé. L'ordre de prendre la mer avait été conçu par les « fortes cervelles » des autorités locales. Comme ma lettre fut télégraphiée à Madrid, les autorités furent déjouées, et la Reine envoya un ordre qui me permettait de débarquer mes prisonniers et de faire les réparations que je d^andais. Ainsi cette affaire qui nous a inquiétés pendant deux jours est bien terminée. Ce soir, avant la nuit, une frégate à vapeur Espagnole est arrivée au Chantier de la Marine, et a jeté l'ancre auprès de nous.

Lundi 6 Janvier. — La nuit dernière je fus réveillé à 2 h. 30 du matin par un canot qui venait du rivage, avec un billet du Gouverneur militaire. On me demandait d'attendre encore quelque temps avant de prendre la mer, car le Gouvernement de S. M. pourrait bien me continuer ses intentions bienveillantes. Les têtes folles de Cadix avaient reçu une dépêche de Madrid en réponse à la lettre que je leur avais écrite. Le temps est clair et excellent, le vent vient du Nord; le thermomètre était à 59<» à

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midi. La frégate à vapeur a disparu pendant la nuit. Je protestai, comme on va le voir, contre la présence du ba* teau de surveillance : —

A bord du steamer des E. G. Sumter»

Cadix, 6 Janvier i86â.

Monsieur, — J'ai eu Phonneur de recevoir le billet que Votre Excellence m'a envoyé aujourd'l^i pour m*informer que les mesures des autorités locales de Cadix, qui m'ordouDaient de prendre la mer, avaient été rapportées par le Gouvernement de'Madrid et que la Reine m'avait gracieusement permis de débarquer mes prisonniers et de rester ici pour faire à mon navire les réparations nécessaires. Faites-moi la faveur de communiquer à Sa Majesté tous mes remerciements pour sa prompte et bienveillante décision en ces circonstances.

En attendant, permettez-moi de protester avjpc le plus grand respect contre la présence du bateau qui a été placé en surveillance pour observer m^ mouvements, comme si j'étais un vaisseau de commerce ordinaire. Le respect dû aux lois de la quarantaine est une affaire d'honneur, et on devrait pour cela se fîer à moi. La présence de ce bateau fait soupçonner qu'un vaisseau de guerre d'une puissance amie pourrait s'oublier au point de violer les règlements du port, et ce soupçon est aussi indigne des autorités sanitaires du port de Cadix qu'il est offensant pour moi.

J'ai l'honneur d'être, etc.

(Signé) R. SEMMES.

Au Senor Ignacio Mendez de Vigo,

Gouverneur Militaire du Port de Cadix.

Mardi 7 Janvier. — Aujourd'hui j'ai reçu un billet du Senor de Vigo, le Gouverneur Militaire, qui m'informe que le Gouvernement de la Reine me permet de débarquer mes prisonniers et de rester pour faire mes réparations. Toutefois, il ajoute que l'on me permet

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de rester ici uniquement parce que mon navire est avarié. J'ai reçu aussi une lettre du Consul Yankee en réponse à mon billet à propos des prisonniers, et j'ai refusé de la recevoir parce qu'elle était mal adressée (1). J'ai fait débarquer tous les prisonniers ; j'ai reçu une autre lettre du Gouverneur qui me demande de presser mes réparations, etc. J'ai envoyé quelqu'un au Capitaine du port à ce sujet ; il nous a renvoyés au Capitaine Général.

Mercredi 8 Janvi er. — Je xne suis plaint au Gouverneur Civil de ce^que le Payeur et le Chirurgien avaient été appelés à bord du bateau de garde (en revenant à bord dans un canot du rivage). J'ai envoyé un Lieutenant à San Fernando pour voir le Capitaine Général et pour lui demander la permission de docker le navire. Il revint à la nuit et me dit que le Capitaine Général m'écrirait dans la matinée.

Jeudi j 9 Janvier, — J'ai reçu la visite de l'Ingénieur des Docks de San Fernando. Il- vient voir quelles sont les réparations que nous demandons. Il prend les dimensions du navire, afin de s'assurer s'il pourra entrer dans l'uni-

(I) Le Capitaine Semmes, de la Marine des Etats Confédérés, < AU Consul des Etats-Unis, a Cadix.

A bord du steamer des E. C. Swmter, Ciidix, 7 Janvier 1862.

Monsieur, — Comme votre lettre de ce matin m'a été envoyée par on batelier ordinaire, je ne pouvais apprendre le nom de celui qui Tavait écrite sans en ouvrir Tenveloppe. Après ravoir fait et m'être assuré qu'elle est de vous, je refuse de la recevoir, parce qu'elle est * mal adressée. -Mon adresse est comme suit :

Commandant B. Semmes,

de la Marine des Etats Confédérés,

Commandant le steamer des E. C. Sumter,

£. S. Eggleston, Consul des E. U.

que dock qui soit vide. La journée est belle et claire. Il souffle du Nord un vent agréable. Le baromètre est à 30** 34', le plus, haut point que j'aie jamais vu. Pas encore de réponse du Capitaine Général (midi), pour notre mise en dock. Outre les six vaisseaux que M. Welles dit être à notre poursuite, — savoir : le Potohattan^ le Niagara^ le Sein Jacinto^ Vlroquois^ le Keystone State^ et le Richmond, — il parait que VIno et le Dacotah sont aussi employés à cette infructueuse besogne. Nous sommes tout à fait entre les mains du bureau des circonlocutions. Je suppose qu'on télégraphie à Madrid. La plus grande animation règne dans toute l'Europe pour apprendre la réponse que les Yankees feront à l'Angleterre qui redemande les Commissaires. On pense généralement que les Yankees les relâcheront, et qu'il n'y aura pas de guerre. Le paquebot de New- York doit arriver en Angleterre aujourd'hui. En attendant, la Grande Bretagne rappelle ses vaisseaux de guerre fia flotte de la Méditerranée est arrivée à Gibraltar le 2 Janvier et a jeté tout le commerce dans la plus grande consternation. J'ai reçu, ce soir, du Capitaine Général la permission d'entrer en dock.

Samedi 11 Janvier. — Je suis allé à terre. Cadix est pleine de vie et de bruit. J'ai rencontré M. Oliver ; il vient derOrient. Il dit que la Russie fait de grands projets pour réunir toute la race Slave sous sa loi et que la disette du coton se fait sentir à Constantinople, dans le haut Danube et, enfin, dans toute l'Europe Orientale. J'ai reçu du * Gouverneur la permission de débarquer le soldat de marine qui a été jugé par une cour martiale. Nouvelle d'un grand incendie à Charlestown. On dit que les Yankees ont cédé les Commissaires. Je puis à peine le croire. L'empire des Yenkees serait-il tombé si bas?

Dimanche 12 Janvier. — J'ai fait débarquer le soldat

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acquitté. La nouvelle que MM. Mason et Slidell ont été relâchés parait se confirmer. On prétend que d'habiles diplomates ont notifié au Gouvernement Yankee, d'une façon non officielle , que l'ultimatum serait différé de quelques jours pour leur donner le temps de lâcher volontairement les prisonniers I Le Consul Yankee, en résidence à Cadix, a donné un dtner à cette occasion. Les journaux de Cadix commentent cette reculade d'une façon très-défavorable^ Toutefois ils disent que c'est le devoir des Grandes Puis^ sauces de s'interposer pour empêcher la guerre. Nous nous sommes mis en route dans l'après-midi; nous sommes passés au milieu d'une flotte de navires pour aller au dock de Caracca à huit milles à l'est de la ville. Le port est excellent, l'eau profonde, et les constructions spacieuses. Le pilote qui m'amenait me dit qu'il était homme à me faire sortir sous le nez de l'ennemi quand je serais prêt. Il y a soixante ans, il était à la Nouvelle-Orléans et il resta un an à la Louisiane, où il apprit à parler notre langue, qu'il n'a pas encore oubliée.

Lundi 13 Janvkr. — Vers 10 h., les gens du dock vinrent à notre bord, et à 1 0 h. 30 nous fûmes dockés et en sûreté ; à midi le dock était à sec. Nous avions fait très-peu d'avaries en courant sur la côte de Maranham. Nous avions échancré un petit coin sur le fond d'avant et brisé seulement un petit morceau de i^otre fausse quille au lieu de la quille entière, comme nous le supposions. Nous abattons maintenant les cloisons d'étanche et nous enlevons le magasin et la soute pour arriver à l'arbre, A l'heure de l'après-midi j'allai voir officiellement le Commandant Maritime, et je lui présentai mes remerciements pour la magnifique place qu'il avait donnée a mon navire dans le dock. Je lui parlai de la reculade des Yankees, et il m'assura que cette affaire les perdrait en Europe. Il parla du grand feu de Charleston ; alors je lui fis remar*

quer que l'Europe pouvait juger d'agrès cet incident de la guerre barbare qui nous désolait — (cet incendie avait été allumé et payé sans doute par l'ennemi); — j'ajoutai que, de fait, nou'à combattions pour l'Espagne aussi bien que pour nous, car, si les barbares du Nord parvenaient à dompter le Sud (mais j'affirme que c'est impossible) , s'ils détruisaient notre droit d'esclavage, dans leur fanatisme sauvage et dans leur folie croissante, ils feraient ensuite la guerre à Cuba et à Porto Rico. Il répondit que cette guerre ne pouvait durer plus longtemps, qu'il y avait assez de monde et de terrains dans l'Amérique du Nord pour en faire deux grands gouvernements, et que l'Europe interviendrait sans doute. Je fus reçu avec une grartde politesse et une grande bienveillance.

Mardi Ik Janvier. — *** Aujourd'hui j'ai eu une entrevue avec le Commandant Maritime, qui m'a expliqué les ordres qu'il avait reçus du Gouvernement au sujet de mon navire; on avait prescrit de n'y faire que les réparations indispensables sans opérer aucun changement essentiel. Je me déclarai satisfait de cette communication, et j'ajoutai que je connaissais tout le soin que prenait son Gouvernement pour éviter des complications, et qu'il pouvait compter que je ne laisserais rien faire qui pût amener quelque chose de fâcheux. On a pris les mesures pour les réparations nécessaires. Des milliers d'ouvriers, et la plupart sont des forçats, travaillent dans ces bassins. Il y a dans le dock, où elle reçoit son cuivre, line grande frégate à vapeur, qui a été construite ici, et l'on en voit une autre encore plus grande sur les chantiers. Il y a d'énormes quantités de sapin dans les magasins, et, quoique l'eau soit salée, il n'est pas attaqué parles vers, car le flux et le reflux de la mer l'en préservent. Un sapin qui est resté quarante ans dans ces docks est encore en bon état. Cinq de mes hommes ont déserté hier ; ces cinq hommes sont des étran-

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gers, j*aime à le dire. Le Commandant m'a promis de mettre la police sur leurs traces, mais je n'espère pas les retrouver.

Mercredi 15 Janvier. — Comme le bordage était replacé dans les petits fonds et le propulseur recouvert de cuivre et remonté, on nous conduisit en dehors du dock à 1 h. de relevée ; les réparations furent faites de trèsmauvaise grâce par les employés Espagnols, qui semblaient très-pressés d'être débarrassés de nous ; car ils craignaient d'être compromis parce que nous étions dans leur dock! Je suppose que c'est par timidité officielle, et nullement par manque de bons sentiments que le Corn* mandant du bassin m'exprima son regret de ne pouvoir réparer complètement mon navire. Toutefois il offrit de nous rendre personnellement tous les services qui seraient en son pouvoir. Comme notre machine n'était pas prête et que l'on ne pouvait pas s'en servir, le Capitaine Général envoya un petit steamer pour nous conduire à Cadix, où nous jetâmes l'ancre veps k h. du soir. Tandis que nous étions dans le dock, il y eut du désordre dans l'équipage ; neuf hommes désertèrent, deux furent ramenés ; le reste s'échappa. Quelques-uns s'étaient trèsbien conduits, mais ils n'avaient réellement pas d'attachement pour le pavillon, puisqu'ils n'étaient pas du pays, ni même d'aucun pays; comme tous les marins, ils étaient fatigués et avaient besoin de changement. Quelques-uns reculèrent sans doute devant les pénibles et périlleux devoirs du service dans lequel ils s'étaient engagés. Us se réfugièrent chez le Consul Yankee, et il était inutile de de' mander qu'on me les rendît. Notre ennemi est certainement de première force pour faire incendier des villes par des nègres et pour nous prendre nos marins par la corruption. Un autre individu s'est sauvé ce soir d'un canot. J'ai décidé qu'aucun canot ne quitterait plus le na-

tlO CROISIÈRES DU SUfilTER

vire sans un officier à bord; que cet officier serait armé, et qu'il aurait ordre de tirer sur tout homme qui essayerait de déserter.

Jeudi 16 Janvier. — J*ai fait appeler tous les hommes de mon équipage à Tarrière et je leur ai parlé de la mauvaise conduite de leurs compagnons qui avaient déserté; je leur dis que je ne croyais pas qu*il y avait encore à bord un matelot capable d'une action si basse; que des hommes qui se sauvaient dans de pareilles circonstances se sauveraient probablement de leurs pièces, et que je n'avais pas besoin d'une espèce pareille, etc., etc.; je terminai en leur disant que lorsque les fonds arriveraient, il leur serait permis de partir ***. A 9 h. du soir, l'aide de camp du Gouverneur Militaire vint à bord avec un pilote et m'apporta l'ordre péremptoire de prendre la mer. Je répondis ce qui suit : —

A bord du steamer des E» G. Sunilvr.

Cadix» 16 JanYier 1862.

Monsieur» — J'ai rhonneur de vous informer que huit de mes marins ont déserté de mon bord, tandis qu'il était dans le dock de Garacca, et je suis informé qu^ils sont abrités et protégés par le Gonsul des Etats-Unis. Je demande respecttieusemeht que vous avisiez à ce que ces hommes me soient rendus, et pour dé^ger cette demande de toutes les difficultés qui semblent s'y rattacher) permeltez»moi de fkire les remarques suivantes : — *

III (1). n a été et il est d'usage chez tous les peuples d'arrêter et de remettre k leurs officiers respectifs les déserteurs

(i) Les paragraphes omis contiennent simttlfmcnt un exposé de* motifs avancés par les Etats Confédérés pour rédamer tous les droits des puissances belligérantes.

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des vaissêaui de guerre, et on le Mi sans s'inquiéter de la nationalité du déserteur.

ly. Si telle est la conduite que Ton suit en temps de paix, combien cette façon d'agir devient-elle plus nécessaire en temps de guerre ; puisque, dans le cas contraire, des actes d'hostilité — actes éloignés, il est vrai — mais qui n'en sont pas moins des actes d'hostilité, seraient tolérés sur un territoire neutre.

Y. Sans porter atteinte à la neutralité, il ne peut être permis à un consul de Tennemi, qui réside en territoire neutre, ni de détourner par la corruption les marins d'un navire appartc* nant à la partie belligérante adverse, ni de les protéger; car, s*il lut est permis d'agir ainsi, son domicile devient alors un camp ennemi sur un territoire neutre.

YI. A propos de la question en litige, je déclare respectueusement que les seuls faits dont Votre Excellence puisse prendre connaissance so résument en ces termes : Les déserteurs sont entrés dans les eaux de TEspagne sous mon pavillon, et ils faisaient partie de mon équipage. 11 n'y a rien à voir au delà^ et l'Espagne ne peut pas entreprendre de rechercher si les déserteurs en question appartiennent plus spécialement au Consul des Etats-Unis ou à moi. Une pareille démarche équivaudrait à une intervention entre deux puissances belligérantes, et détruirait les droits essentiels dont jouissent les vaisseaux do guerre dans les ports étrangers, aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre.

Vn. Je suis^tout disposé à admettre qu'un sujet Espagnol servant sous mon pavillon pourrait être mis en liberté, s'il s'échappait de mon bord et s'il pouvait prouver aux autorités que je le retenais par force, en vertu d'un contrat ou non ; mais td n'est pas le cas actuel. Mes déserteurs n'étant pas Espagnols, l'Espagne ne peut pas, comme je l'ai dit auparavant, se mêler de cette affaire. Pour terminer, je dirai que le cas que je présente se réduit tout simplement à ceci:— Plusieurs des hommes d'équipage qui servaient à mon bord comme engagés volonf taires ont déserté et se sont réfugiés au Consulat des Ktals- Unis. Si l'on m'empêchait de me servir de la poiice pour prendre ces hommes, on convertirait le consulat en un campe-

ment, et il serait permis au consul d'exercer les droits d'une partie belligérante sur territoire neutre.

J'ai l'honneur d'être, etc.

(Signé) R. SEMMES.

A Son Excellence Don J. Mandez de Vigo, Gouverneur Militaire à Cadix.

Vendredi 17 Janvier. — Ce matin, avant que je ne sois sorti, Taide de camp du Gouverneur est revenu à bord et a déclaré que l'ordre était formel. Je devais prendre la mer dans six heures ou bien on m'y forcerait. J'allai voir en personne le Gouverneur, fonctionnaire qui n'est, ma foi, pas des plus brillants, et je m'efforçai de lui faire comprendre quelle était ma position ; mais la i chose paraissait impossible. Il promit cependant d'en- ■ voyer une dépêche à Madrid, pour dire que je n'avais pas de charbon et que j'attendais l'argent nécessaire pour m'en procurer; mais il ajouta que, s'il ne recevait pas de réponse dans les six heures, il réclamerait mon départ immédiat. Je retournai à bord et je donnai les ordres nécessaires pour être bientôt prêt à prendre la mer. A 4 h. du soir, tandis que je faisais lever l'ancre, l'aide de camp du Général vint à bord et me dit que le Gouvernement de Madrid avait consenti à me laisser encore vingt-quatre heures dans le port; on transcrivait alors pour moi une dépêche à laquelle le Gouverneur désirait que je répondisse par écrit. Je dis a l'officier que, si le Gouvernement avait poliment accédé à ma demande, et m'avait permis de rester jusqu'à ce que mon argent arrivât, j'aurais pu apprécier ses intentions, mais comme il limitait mon séjour à quarante-huit heures, j'ajoutai que je refusais de me servir de ce privilège, que j'allais prendre la mer, et que le Général n'avait pas besoin de se déranger pour me lire une dépêche écrite, car je n'avais

pas d'autre réponse à lui donner. Je pris ma course quelques minutes après, et, lorsque je sortis du port, on vit un canot qui ramait vers nous en toute hâte, tandis que l'un des hommes de son équipage tenait en Tair une lettre qu'il agitait avec la main. Je ne fis pas arrêter le navire pour la recevoir ; je me sentais trop indigné de la façon avec laquelle j'avais été traité pour être alors poli avec eux; nous sortîmes du port un peu avant le coucher du soleil et nous continuâmes de naviguer en vue du phare jusqu'à minuit , en nous dirigeant vers le Détroit de Gibraltar.

Samedi 18 Janvier. — *** Nous entrâmes dans le Détroit de Gibraltar vers 5 h. du matin; nous doublâmes le phare de Tarifa et nous découvrîmes les côtes escarpées de l'Afrique et de l'Europe, à la clarté d'une lune brillante — oui, brillante, malgré les nuages qui couraient dans le ciel. Nous aperçûmes Gibraltar au point du jour, et, en même temps, on signala quelques voiles. Nous donnâmes la chasse à deux navires qui avaient l'air d'être Américains, et comme ils prouvèrent qu'ils l'étaient réellement, nous les capturâmes. Le premier était la barque Neapolitan, de Kingston, Massachussetts, venant de Messine et allant à Boston, chargée de fruits et de cinquante tonnes de soufre. Le patron, dans sa déposition, déclara que toute la cargaison appartenait à la maison Baring Frères, et qu'elle était consignée à leurs agents de Boston — c'était sans doute un mensonge. Je n'avais pas besoin de m'arrêter à examiner la bona fides de cette prétention de propriété neutre ; il suffisait que le soufre fût de la contrebande de guerre et que les fruits appartinssent au même propriétaire ; je détruisis le vaisseau et la cargaison. D'ailleurs on ne produisit aucun papier de chargement. Le second bâtiment était aussi une barque, Vlnvestigator^ de Sear sport, Maine. Elle était char-

gée de minerai de fer, propriété de neutres (Anglais); je la relâchai contre promesse de rançon ; elle était en destination de New Port, Galles, Un quart du vaisseau appartenait à une personne de la Caroline du Sud, et la part du propriétaire de la Caroline du Sud fut déduite de l'obligation de la rançon <^ le montant de cette obli* gation n*allait pas à 1,500 dollars. Après avoir brûlé le Neapolitan^ je me dirigeai vers Gibraltar; il était alors 2 h, 30 du soir. Je doublai la pointe de TEurope à la nuit, puis j*entrai et je jetai l'ancre dans la baie vers 7 b, 30 du soir. Je fus abordé au bout de quelques minutes par un canot qui venait d'une frégate Anglaise, avec des offres de service. J'envoyai alors un canot à bord du vaisseau sanitaire.

Dimanche 19 Janvier. -^ Nous reconnûmes, de bonne heure dans la matinée, que nous étions débarrassés de la quarantaine. Plusieurs officiers et des citoyens Anglais ' vinrent à bord. A 10 h. je ûs une visite à la frégate qui avait envoyé un canot à notre bord la veille au soir, mais j'appris que le Capitaine (qui était alors absent) n'était pas l'officier commandant, et que ce dernier vivait à terre. A 2 h. de l'après-midi je débarquai à l'arsenal et j'allai faire une visite à l'officier de marine commandant, qui me reçut très-poliment. Je lui demandai la permission d'emprunter une ancre, parce que je n'en avais qu'une, et le Capitaine promit de me la fournir s'il n'y avait pas d'objection de la partdes officiersde la Couronne I Je partis de la petite oasis du Capitaine — - elle est creusée dans le roc, et entourée d'un gentil petit jardin, d'arbres, d'arbrisseaux, etc. — et je descendis dans la ville pour rendre visite au Lieutenant Général Sir W. J, Codrington, Chevalier Commandeur de Tordre du Bain, et Gouverneur de la place; c'est un type agréable de gentleman Anglais, il porte cinquante à cinquante^cinq ans,

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Il m*offrit les facilités du marché, etc., et me dit, dans le courant de la conversation, qu*il empêcherait que je fisse de Gibraltar une station en y jetant Tancre pour faire des sorties dans le Détroit afin de saisir mes proies. Je lui répondis que cette croisière avait été déclarée contraire au droit par leur propre juge si distingué. Sir William Scott, quelque soixante ans auparavant, et qu'il pouvait compter qu'aussi longtemps que je resterais dans les ports de TAngleterre, je ne ferais aucunq démarche capable de violer sa neutralité. La garnison est forte d'environ sept mille hommes, et comme c'était un Dimanche, la place de la Parade et les rues étaient pleines d'uniformes éclatants. L'Espagne, avec sa jalousie héréditaire et son caractère arrogant, est trè^minutieuse et tr^shstricte dans ses rapports avec le Rocher, Le Duc de Bçaufort nous a fait une visite aujourd'hui.

Lundi 20 Janvier. — Il fait un vent très-fort, qui menace de devenir un ouragan. On m'a rapporté que le nayire avait traîné sur son ancre. J'ai commandé de chauffer et de changer de place : j'ai dirigé le navire à l'Est plus près du rivage dans quatre brasses d'eau, à un endroit qù, la mer était plus tranquille,

Mardi %\ Janvier^ — Le vent d'Ouest amène une flotte de vaisseaux dans la baie. Aujourd'hui le Colonel Freemantle est venu à bord pour me rendre une visite de ; la part du Gk)uvemeur, et pour me lire, par ordre de ce : dernier, une sténographie de la conversation que nous avions eue ensemble le Dimanche. Les divers articles no^ tés étaient ; ^-primOf que nous étions convenus que je recevrais toutes les facilités nécessaires pour les réparations (par les particuliers) et l'approvisionnement de mon vaisseau, la contrebande de guerre [exceptée ; secundo^ que je ne ferais pas de Gibraltar une station pour y rester à l'ancre et faire desserties sur l'ennemi. Je confirmai l'exaq-

titude du mémorandum du Gouverneur. Le premier Lieutenant et le Payeur sont à terre, où ils font des arrangements pour acheter une ancre et une chaîne; la maison Peacock et C®, a refusé de nous en fournir, dans la crainte d'offenser ses pratiques Yankees. Us s'adressèrent alors à une autre maison. La ville de Gibraltar, dont les maisons sont bâties en gradins sur le penchant du Rocher, présente, tous les soirs, le magnifique spectacle d'une ville illuminée. Le Colonel Freemantle insista poliment pour que je visitasse les différentes batteries du fort, etc.

Mercredi 22 Janvier. — Le vent vient encore de l'Ouest, j'ai reçu à bord une ancre, une chaîne et une lettre du Capitaine Warden; cette lettre se rapportait à une question de droit international, que j'acceptais parfaitement,— savoir : que les vaisseaux devaient partir à vingt quatre heures d'intervalle.

Jeudi 23 Janvier. — J'ai reçu la visite du Capitaine Warden, le doyen êtes officiers de marine. J'ai reçu une lettre de l'Honorable M. Yancey, qui ne croit pas que le blocus soit levé avant trois mois. J'ai ordonné une inspection du vaisseau.

Vendredi 24 Janvier. — Je suis invité à dîner avec le 100* régiment, un régiment Canadien. Quelques-uns des officiers y sont allés. Le Capitaine Palmer a été relevé par De Camp.

Samedi 25 Janvier, — Le bruit court que le NashvilU a été vendu. Des vaisseaux arrivent et partent constamment.

Dimanche 26 Janvier. — Il fait une délicieuse journée qui ressemble aux journées d'Avril dans l'Alabama. A 1 0 h. je me rendis à terre dans l'église Catholique ; j'arrivai comme la messe militaire finissait ; il y a beaucoup de Catholiques dans l'armée. L'église est petite; ses nefs sont coupées en arêtes — c'es.t un reste des temps Espa-

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gnols. Après l'office, je fis une belle promenade dans le pays, au-dessus de i*Alameda. C*est un labyrinthe d'agaves, de fleurs et d'arbrisseaux parmi lesquels le sentier monte en zigzags sur le flanc de la montagne : les géraniums, les jonquilles, la mignonnette, et les lis croissent là comjne des fleurs sauvages. On est seulement surpris, après avoir regardé la surface, en apparence aride, du rocher de trouver tant de douceurs sur la Terre Mère. Je grimpai deux cents pas, et de cette hauteur, je vis à travers la teinte azurée de l'espace la baie, les côtes d'Espagne, l'Afrique endormie, les nombreux vaisseaux, les uns en marche et les autres en repos, tous pareils à de petits bateaux — j'aperçus des embarcations Latines qui me parlaient de l'Orient, et la statue du général EUiot. Dans les rues je remarquai beaucoup de Maures de belle apparence, qui avaient un air pittoresque avec leurs amples vêtements et leurs turbans blancs comme la neige. Gibraltar est, en vérité, la ville où l'on voit toutes les variétés de costumes, et où Ton entend toutes les langues. Toutefois l'Espagnol est la langue habituelle des classes commerçantes. Le Major Général Sir John Inglis (le héros de Lucknow), de l'armée Anglaise et Gouverneur de Corfou, de passage se rendant aux lies Ioniennes, est venu nous faire visite aujourd'hui pour examiner notre navire, èl il eut la bonté de me dire que le Sumter était devenu « tout à fait célèbre. »

Lundi 27 Janvier. — Ce matin, sortie générale des bâtiments qui étaient dans le Détroit, où ils avaient été retenus pendant dix jours par le vent. La malle Anglaise de Southampton est arrivée. Elle m'a remis un Times du 20, par lequel nous apprenons que l'Angleterre a protesté contre la barbarie avec laquelle on a bloqué le port de Charleston, en faisant couler une flotte chargée de pierres. Nous éprouvons quelque inquiétude au sujet de

MM, Mason et Slidell qui s'étaient embarqués le 2 courant à Princetown, sur la canonnière anglaise Rinaldo. On n'en avait pas de nouvelles le 10, quoiqu'ils fussent en destination d'Halifax. Un violent coup de vent soufQait la veille de leur embarquement.

Mardi 28 Janvier, — J'ai fait préparer le navire pour prendre la mer, j'ai inspecté les machines, et j'attends avec grande impatience des nouvelles de Londres.

Mercredi 29 Janvier, — J'ai visité le rivage et suis allé à la Bibliothèque Militaire. Je suis entré ensuite dans un salon de lecture où j'ai trouvé les principaux journaux de Londres ; ils disent que le Gouvernement Anglais veut consulter le Parlement pour nous reconnaître. J'ai fait une longue promenade vers la pointe orientale du Rocher. Cet endroit est très-accidenté et fort pittoresque. Je suis allé à un cimetière Maure qui regarde les côtes d'Afrique. Quel-* ques-unes des tables de marbre sont presque rongées par le temps, tellement elles sont vieilles. Quelles histoires d'affections humaines, d'espérances, d'aspirations, de tri* bulations et de désappointements gisent ensevelies sous ces pierres l On fait encore à Gibraltar de nouveaux ouvrages qui ajouteront une nouvelle force à cette célèbre forteresse. ****

Jeudi 30 Janvier. — **** J'ai visité, en compagnie du Colonel Freemantle, les fameuses fortifications du Rocher en passant par les galeries où l'on voit trois batteries l'une au-dessus de l'autre dans la partie Nord. Ce sont d'immenses tunnels avec des embrasures d'espace en espaça pour les canons — les casemates sont taillées en plein roc. Nous sortîmes de ces galeries par un étroit sentier coupé dans le roc et nous nous trouvâmes au-dessus de la mer qui se brisait à nos pieds. De cet endroit nous découvrions parfaitement la face N.-E. du Rocher qui s'élève en une masse magnifique à 1 ,500 pieds environ, et nous pouvions

ET DE L*ALA9A|lfA, 119

voir, sur la hauteur opposéo, vers le Nord, la tour que Ton appelle la Chaise de la Reine d'Espagne. La légende qui s'y rattache dit que, pendant un des sièges de 1752 ^ la Reine d'Espagne monta sur cette éminence pour être témoin de l'assaut et de la pri3e de la place ; elle 6t yœu de ne descendre de cet endroit que quand le drapeau Espagnol botterait sur le Rocher. L*assaut échoua, et I^ Reine, pour accomplir son vœu, refusa de se retirer tant que le Gouverneur de Gibraltar, qui apprit la détermination de Sa Majesté, ne lui eut pas envoyé dire qu'à une heure indiquée il hisserait l'étendard Espagnol 9fin qu'elle pût descendre. C'est ce qu'il fit en effet, et l^ Reine fut tirée de sa position sans manquer h sa parole,

Après avoir visité le Rocher, nous traversâmes la ville et sortîmes sur le terrain neutre^ d'où je revins complète* ment brisé après une promenade ^ cheval de quatre heures, pans la partie sud, au pied d'qn mur perpendicur laire, qui, en été, cache le soleil de bonne heure dans l'après-midi, se trouve la résidence d*été du Gouverneur, qui vient s'y réfugier pour s'y protéger contre la chaleur. Nous reqcontrâmes Son Eixcellence et sa femme, qui étaient sorties pour visiter leur maison de campagne. Le Colonel Freemantle me dit que le Consul Espagnol, qu'il me montra comme nous passions devant l'Alameda, avait déclaré que j'étais espagnol, ou du moins que mon père était un de ses compatriotes, puisqu'il était né dans la Catalogne, que je parlais le Catelan aussi bien que l'An^ glaiSf et que mon nom était très^çommun dans cette pro^ yince.

Samedi 1*' Février. ^^ J'ai assisté à une revue de dnq mille hommes environ à l'Alameda. Les tambours étaient recouverts -d'étoffe noire et les ornements des officiers voilés d'un crêpe par respect pour la mémoire du Prince- Epoux.

Dimanche 2 Février. — J'ai reçu des lettres de N***, me disant que mon navire était incapable de tenir la mer. M. Yancey était décidé à m'envoyer, si je le voulais, celui qui venait d*être construit à Liverpool.

Mercredi 5 Février. — Un navire marchand des Etats-Unis vient d'entrer et a jeté l'ancre. Je suis prêt à prendre la mer. M. Joyce est venu à bord et s'est rendu ensuite à terre avec le Mécanicien pour se procurer du charbon. M. Joyce m'a envoyé dire qu'il ne pouvait pas en acheter, parce qu'on avait formé une ligue contre nous. J'ai envoyé le Premier Lieutenant vers le Gouverneur pour lui présenter les faits et pour lui demander de m'approvisionner dans les magasins publics. Il répondit que le charbon n'était pas sous son contrôle, que cet article regardait l'officier de marine, mais qu'il ne croyait pas qu'on pourrait m'en fournir. Il a exprimé son étonnement au sujet de la ligue des marchands. J'ai envoyé un certain nombre d'hommes à terre en permission.

Vendredi 7 Février. — Les hommes en permission sont restés plus longtemps qu'ils ne devaient le faire. Deux d'entre eux ont déserté et sont allés trouver le Consul des Etats-Unis. L'un d'eux a été presque assommé par ses camarades. Onze d'entre eux sont revenus trop tard à bord. J'ai reçu la visite d'un Lieutenant Espagnol, qui m*a été envoyé par le Commandant de Marine Espagnole d'Algésiras, pour me voir et me déclarer que le Consul des Etats- Unis s'était plaint au Gouvernement Espagnol que j'avais violé la neutralité de l'Espagne en capturant la barque NeapoHian à moins d'un mille et demi de Ceuta, sur la côte du Maroc, et que le Gouvernement avait donné des ordres à l'Amiral pour qu'il avisât à ce que les deux puissances belligérantes respectassent la neutralité Espagnole. Je lui déclarai que toute question qui pouvait se présenter à l'occasion d'wne prise regardait seulement nos deux

ET DE L*âLABAMA. 121

Gouvernements, et que je ne reconnaissais pas à rAiniral Espagnol le droit de se mêler de cette affaire. Le Lieutenant fut de mon avis. Toutefois je lui déclarai que je me ferais un plaisir de lui montrer que le Consul de Etats* Unis avait trompé le Gouvernement pour qu'il pût en informer l'Amiral. J'appelai alors mon secrétaire et je lui fis voir la déposition du Patron du bateau capturé ; il y était déclaré que la prise avait été faite à cinq milles de Gibraltar ! L'officier parut également étonné et satisfait et m'exprima son contentement.

Samedi 8 Février. — Ce matin, de bonne heure, la frégate Anglaise Warrior est entrée dans le port et a jeté l'ancre près de nous. J'ai envoyé un Lieutenant à son bord pour faire la visite et porter les c6mj)liments d'usage. J'attends l'arrivée d'un bâtiment chargé de charbon et consigné à M. Joyce, qui promet de nous approvisionner. Mon patron de chaloupe s*estsauv^ aujourd'hui, et j'ai été ennuyé par un équipage ivre.

Dimanche 9 Février. — Je ne suis pas allé à l'église; je restai à bord pour être présent à l'émeute. Onze de mes vagabonds sont encore à terre. Nous apprenons que quelques-uns sont allés trouver le Consul des Etats-Unis et ont réclamé sa protection. Cet officier les a fait corrompre par un émissaire. J'ai écrit au Gouverneur pour accuser la conduite du Consul, et au Capitaine Warden pour lui demander que l'arsenal du Gouvernement m'approvisionnât de charbon.

A bord du steamer des E. G. Sumter.

Baie de Gibraltar,

10 Février 1862.

Monsieur , — J'ai rhonneur de faire connaître à SonExcellence le Gouverneur de Gibraltar que je suis informé et convaincu que le Consul des Etats-Unis, en résidence à Gibraltar, a fait

12t GROIglàRES DU 8UMTER

travailler par ses émUsaires plusieurs hommes d^ l'équipage de mou uavire qui ont visité le rivage en permission, oUe$ A détournés do leur obéissance par des moyens de corruption, L'inconvenance et l'illégalité d'une pareille conduite sont si manifestes, que je considère comme certain que Son Excellence interposera son autorité pour me proléger, La Grande-Bretagne, qui veut conserver une stricte neutralité dans la guerre engagée entre les Etats-Unis et les Etats Confédérés, est obligée, je le dis respectueusement, non-seulement de s'abstenir de tout acte qui porterait atteinte à la neutralité, mais encore de veiller à ce que toutes les personnes, quelles qu'elles soient, qui se trouvent dans ses possessions s'en abstiennent également, AuQun acte de guerre, qu'il soit commis de près ou de loin, ne doit donc être permis dans ses eau^, ni h Tune de« parties belligérant«£k mu détriment de l'autre, ni à aucun citoyerf résidant sur son territoire. Son Excellence reconnaîtra sans doute, comme moi, la justice et la convenance de celte règle ainsi établie. Appliquons cette règle au cas présent : j'étais forcé, par des raisons d'humanité, d'envoyer mon équipage à terre, par petits détachements, afin de lui donner un peu d'exercice et de récréation, après un si long emprisonnement à bord de mon navire; alors mon ennemi le Consul des Etats-Unis a envoyé ses agents parmi mes hommes ; par des raisonnements spécieux, il a 'essayé de leur faire déserter le navire et leur a conseillé de se réfugier sous le drapeau consulaire. Cette manœuvre réussit auprès des marins dont voici les noms : — Everett Salmon, John G. Jenkins, Thomas F. Kenny, et d'autres peut-être. Un acte de guerre se commet contre moi ici , sur un territoire neutre et la demeure ou le bureau du consul est devenu un camp hostile quo ad kec. Il y a d'autant plus à reprendre à cette conduite que la plupart de ces hommes ne sont pas Américains de naissance. Son Excellence sait parfaitement, comme soldat, qu'aucun crime n'est plus hideux que celui que je viens de décrire. Car, lorsque deux armées ennemies sont en présence l'une de l'autre, sur le champ de bataille, tout coupable de ce gepre, pris en flagrant délit, est sur-le-champ condamné à .mort, non-seu-

BT DE l'aLABAMA. t2S

lement pare« quo son orime est un acte de guerre, mais sur* tout parce que c'est nn acte de guerre déshonorant. Un ennemi peut-il donc se permettre de faire , sur un terrain neutre , une eiiose qui Texposerait à une mort infamante s'il était dans un autre endroit, à la portée de la puissance belligérante ennemie? Quand mes hommes arrivent dans un pays soumis à la juridiction de Son Excellence, je perds tout contrôle sur eux, et je dois m'adresser à ses employés pour les redemander. S'ils me quittent de leur propre volonté, peut-être n'y a-t-il aucun remède, car mon Gouvcrnemenl n'est pas reconnu, et il n'y a aucun traité d'extradition stipulé à cet égard. Mais, lorsque je leur permets d'aller à terre et de passer sous la juridiction d'un pouvoir neutre et ami, j'agis avec la juste espérance qu'ils seront à l'abri^ et sous la protection d'un drapeau neutre ; je pense quMl ne leur sera pas permis de s'enfuir chez mon ennemi ; séduire , corrompre un marin , et cela peut-être même lorsqu'il est à moitié ivre , c'est la même chose que si on l'enlevait. Dans le cas présent , la violation d*une juridiction neutre est aussi complète que si le Consul 8*étalt emparé de mes hommes par la force ; car il est arrivé au même résultat en trompant et en affaiblissant son ennemi par stratagème ; — et ce stratagème a été pratiqué par un belligérant contre son ennemi. Si cet acte avait été commis par un officier de terre ou de mer, en passant devant Gibraltar, tout le monde en aurait été surpris, tout le monde aurait crié contre une violation aussi flagrante du droit des gens. Le délit est-il donc moins grand lorsqu'il est commis par un Consul, qui est particulièrement protégé par les lois internationales comme étant un représentant de paix dont les attributions sont tout entières dans les relations commerciales. M. Sprague, le consul des Etats-Unis, est un homme dont j'ai entendu parler en termes flatteurs, et je lui fais peut-être injure en lui imputant la conduite que je viens de décrire ; mais Tévidence s'est

offerte h moi sous une forme assez plausible et je serais prêt h la démontrer si l'allégation venait à être réfutée. Dans le cas où cette épreuve pourrait avoir lieu à la satisfaction de Son Excellence, je croirais de mon devoir tle demander que le

Consul fût suspendu de ses fonctions et que la question de lui retirer son Ëxequatur fût soumise au Gouyemement Britannique.

J'ai l'honneur d'être, etc., etc.

(Signé) R. SEMMES.

Au Capitaine J. Freeling, Col. Sec.

A bord du steamer des E. C. Sumter, Baie de Gibraltar,

iO Février.

Monsieur, — J'ai l'honneur de vous informer que j'ai fait tous mes efforts pour me procurer un secours de charbon sans obtenir aucun bon résultat. Les marchands Anglais et autres de Gibraltar, à Tiiistigation du Consul des Etats-Unis, m'at-on dit, sont sortis du terrain de la neutralité, en refusant de fournir, à aucun prix, du charbon au Sumter. Dans ces circonstances, j'espère que le Gouvernement de Sa Majesté ne fera aucune difficulté pour m'en fournir. D'après la dernière lettre du Comte Russel (31 Janvier 1862), il n'est pas incompatible avec la neutralité de permettre à un belligérant de s'approvisionner de charbon dans un port Anglais : en d'autres termes, cette fourniture a été classée parmi les choses inoffensives. Alors, peu importe que ce soit un particulier ou le Gouvernement qui fasse la fourniture, quand même le marché me serait ouvert. A plus forte raison le Gouvernement peut-il parfaitement me procurer cet approvisionnement, lorsque le marché m'est fermé. En effet, supposons que je sois arrivé dans le port à bout de toutes provisions et que la même entente illégale m'ait fermé le marché, le Gouvernement Britannique laisserait-il mon équipage mourir de faim ? Supposons que je commande un bâtiment à voiles, que je sois arrivé ici démâté et que l'arsenal du port soit le seul endroit où je puisse faire réparer mes avaries, me refuseriez -vous un mât? Et si vous ne pouvez me refuser un mât, d'après quel principe me refuserez-vous du charbon, puisque votre Gouvernement a déclaré ces deiux articles également inoffensifs. La véritable question n'est pas de savoir si

c'est le Gouyernement ou un particulier qui peut me fournir cet objet; elle est tout entière dans ces mots '.L'article est-il offensif ou inoffensif? Le Gouvernement ne peut me fournir de la poudre — pourquoi? Ce n*est pas parce que je puis recourir au marché, mais parce que la poudre est un article de guerre. Un fait de ce genre se produisit dernièrement lorsque. j'abordai à Cadix. Mon vaisseau fut admis dans un dock du Gouvernement pour être réparé, d'abord parce que les réparations étaient înoffensives, et ensuite parce qu'il n'y avait point de dock particulier à Cadix. Or, ici, Tarticledont j'ai besoin est inoffensîf, et je ne puis en trouver dans le débit particulier. Pourquoi le Gouvernement ne pourrait-il pas me le fournir?

Pour conclure, je demande respectueusement que vous me procuriez cinquante tonnes de charbon que je vous payerai en argent; ou encore, si vous le préférez, je déposerai cet argent chez un agent qui pourra, sans difficulté, je pense, acheter la même quantité aux particuliers po.ur remplacer dans l'arsenal de Sa Majesté la provision que j'y aurai prise.

J'ai l'honneur d'être, etc., etc.

{Signé) R. SEMMES.

Aa Capitaine R. Warden, officier supérieur de la Marine, Gibraltar.

Lundi 10 Février. — **** J'ai reçu la visite du Capitaine Ciochrane, du Warrior^ fils de feu le Comte Dundonald qui fit du bruit pendant la guerre de 1812 et qui se distingua au service de l'Amérique du Sud. J'ai écrit la lettre suivante : —

A bord du steamer des E. G. SwMer.

Baie de Gibraltar,

10 Février 1862.

MoNSiECB, — J*ai l'honneur de vous informer que j'ai fait payer aujourd'hui au Consul d'Espagne en cette ville, le mon-

tant du billet que j'ai souscrit pour le ^avire ^ous'me» ordres» pendant qu'il était dans le dock de Caraccai

J'ai rhonneur, etc...

(Signé) B, SEMMES,

Au Capitaine. du Port, k Cadix«

Mardi 1\ Février. — **** Cinqhofemes aux arrêts! Le diable senihle 3*étre introduit dan^ l'équipage. Je de* vrais serrer un peu le frein.

Mercredi M Février. — **** Je 8ui§ pa$6é cheas 1q Gouverneur pour avoir une explication avao lui au sujet de mes déserteurs. Il a allégué qu'en Tabsence de tout traité à ce sujet, il ne pouvait me livrer aucun fugitif qui n'était pas disposé à se rendre. Pendant que je me trouvais avec lui, on lui a annoncé, par le télégraphe, l'arrivée du Tuscarora. Ce navire est entré dans le port et a jeté l'ancre tout près de nous, vers midi. Sa grande verguQ est baissée, et ce déguisement a pour but de le faire ressembler à un steamer marchand. J'ai vu aussi le Capitaine Wardén à terre. Il m'a appris qu'il s'était adressé à Londres par le télégraphe au sujet de l'approvisionnement de charbon que je demandais aux docks du Gouverne- . ment.

Jeudi 1 3 Février. — Dans la matinée, une barque a abordé le Tuscarora et a emporté ses vergues de misaine. Plus tard, dans la journée, le Tuscarora a envoyé son canot sur le sol Espagnol, près San Roque. Plusieurs vaisseaux sont venus dans le port chercher un abri contre la brise. Parmi eux, 11 y a un vaisseau de ligne Français et un bateau de haut bord à hélice. L'humidité de la tenapérature me tient enfermé dans ma cabine; aussi, j'ai eu le temps de faire de tristes réflexions en songeant à mon pays, i la guewe et à l'avenir du Sud,

KT DE l'aubama. 137

vendredi 14 Fém'itr. -^ **** Vers midi, lo Tuêcatr^ra est passé devant notre mouillage pour aller jeter Tancra à Algésiras.

Samedi 15 Février^ -^ C'est aujourd'hui Tanniversaire de ma démission de Commandant de la marine des Etats- Unis. Quelle année pleine d'événements vient de s'écoun 1er! Les Etats du Nord ont engagé une guerre frénétique €t barbare contre treize Etats qui comptent 9,000,000 d'âmes : ils ont méprisé cette parole de Madison : « S'il « est un principe qui ne doit jamais être mis en question « dans les Etats-Unis, c'est celui qui donne à chaque Gouu vernement le droit d*dbolir un vieux Gouvernement et « d'en établir un nouveau. Ce principe n'est pas seule-» % ment écrit dans toutes les archives publiques ; il est au « fond du cœur de tout Américain; il a été scellé avec le ff sang de plusieurs légions de martyrs ; c'est le seul I droit légal auquel les Etats-Unis doivent leur existence c comme nation. * -^ Lettres d'Helvidius, n» 3. Et quelle porte cette guerre a ouverte aux misères privées 1 Elle a réduit d'iimombrables familles à une ruine complète, à la désolation la plus terrible.

J*ai dégradé mon indigne sergent et j'ai nommé un ca-^ poral à sa place. Lo Parlement Britannique s'est réuni le 6, et nous avons dans les journaux d'aujourd'hui Tadresse à la Beine, ainsi que les discours du Comte de Derby et de Lord Palmerston. D'après le ton général de toutes ces feuilles, nous ne serons pas encore reconnus pour le moment. Les Anglais disent que cette guerre n'est point leur affaire et quô nous devons soutenir la lutte, Astucieuse Grande-Bretagne! Elle voit que nous sommes capables de aoutenùr la lutte, et alors son but le plus cher sera Atteint sans qu'elle ait exposé ni son sang ni son argent.

Dimanche 16 Février. -^ **** J'ai reçu la visite du Capitaine de la frégate SeyUa.

Lundi M Février.^**** J'ai visité le Warrior.Le Gouverneur et sa suite, un grand nombre d'officiers de terreet de mer, des bourgeois et des dames avaient pris rendez-vous pour le visiter en même temps. Le Warrior es une merveille comme vaisseau de construction moderne, et, comme premier essai, c'est un succès. C'est une monstrueuse forteresse flottante et imprenable; il amènera une révolution dans les constructions navales. Avec ce seul navire je pourrais détruire toute la flotte Yankee qui bloque nos ports, et c'est la meilleure raison que je puisse donner pour démontrer la nécessité d'une révolution dans les constructions maritimes. Le Gouvernement a refusé du charbon de ses docks, et il faut que je prenne des arrangements pour en faire venir de Cadix. Le vaisseau de ligne à vapeur le London est arrivé.

Mardi 18 Février. — Le steamer de la malle de Soutbampton est arrivé; il apporte des nouvelles de Londres du 12. La défaite et la mort du Général ZoUicofier sont confirmées.

Mercredi 19 Février, — J'ai fait une visite au Capitaine Warden, et j'ai eu avec lui une conversation au sujet du blocus que fait le Tuscarora, J'ai appelé son attention sur les signaux et sur les communications que le Ttiscarora entretient avec Gibraltar par des barques. Je lui ai donné avis que, si le Tuscarora sortait, je réclamerais le droit de partir le premier. Le Warrior a gagné le large. J'ai compris, d'après le ton des journaux Anglais, qu'il n'y avait point de chance pour notre reconnaissance immédiate, et j'ai envoyé à Cadix pour du charbon.

Jeudi 21 Février, — **** Les journaux disent qu'il y a sept vaisseaux Yankees à notre poursuite — quatre steamers et trois voiliers; trois de ces steamers étaient à Ténériffe vers le 11 Janvier. Nous sommes informés par un rapport que notre Officier Payeur et notre ex-Consul Tunstall sont

ET DE L*ÂLÂBAMA. ^ 129

prisonniers à Tanger ! J*ai reçu une lettre du Capitaine Warden par laquelle il m'apprend que le Gouverneur a défendu à tous les vaisseaux du port de faire des signaux, et interdit au Tuscarora toute communication avec le port par des canots, tant qvfil restera dans les eaux Espagnoles, etc., etc.

Samedi 22 Février, — Le rapport de l'emprisonnement illégal, à Tanger, de TOfficier Payeur Myers et de M. Tunstall est confirmé.

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