CHAPITRE X
L'affaire de Tanger •— Loyauté dos Consuls des Etats-Unis — Un acte
arbitraire — Emprisonnement de deux Confédérés — Réclamation du
Capitaine Sommes — Pas de résultats — La force année de 17/io —
-^ Ëmeute — Encore la neutralité — Intelligence du Foreign Ofûce
— Le Harvest Home — Réunion.
Le double emprisonnement dont il a été question à la fin du chapitre précédent est, dans Thistoire du Sumter^ un épisode qui demande quelque chose de plus qu*ane simple remarque. Quand la nouvelle de cet acte parvint en !(*? lAngleterre, elle y excita l'attention publique au plus haut *egré, non-seulement parce que ce fait révélait quelques phases curieuses de la façon dont on appliquait la loi de « stricte neutralité, » mais encore parce qu'elle donnait une excellente idée de la loyauté merveilleuse de Tun des consuls des Etats-Unis. Nous avons déjà montré plus haut la conduite zélée des agents Consulaires du Nord.
Il a été prouvé qu*à Maranhatn, à Cayenne, à Paramaribo, à Cadix et à Gibraltar, les consuls Yankees avaient toujours agi d'après ce grand principe, que tout Confédéré était l'ennemi naturel des Etats-Unis et un rebelle bon à prendre. Non contents d'émettre cette opinion, ces messieurs prirent pour tâche d'endoctriner les personnages officiels des différents pays dans lesquels ils étaient établis et cherchèrent à les convertir h leurs idées. Dans certains cas ils réussirent assez pour occasionner des contra-
• Et DE L*AUBAMA. . 131
riétés énormes au Capitaine Semmes; et, s^ils- échouèrent dans le plan qu'ils avaient conçu de convaincre les autorités que le SunUer était un navire de pirates, ils arrivèrent au moins à apporter du retard dans les approvisionnements nécessaires que le Capitaine avait le droit de demander comme officier au service d'un pays qui a été reconnu belligérant.
Le Consul de Tanger alla cependant bien au delà de ses collègues, car il demanda et obtint Tarrestation et Temprisonnement d'un oMcier et d'un citoyen des Etats Conïédérés. M. Myers, Payeur du Sufntery et M. Tunstall, citoyen du Sud, avaient été envoyés de Gibraltar à Cadix par le Capitaine Semmes pour faire provision de charbon. Le vaisseau sur lequel ils s'embarquèrent toucha à Tanger» et les deux Américains descendirent à terre pour visiter la curieuse et vieille cité Mauresque. Ils ne furent pai plutôt débarqués que le Consul des Etats-Unis se hâta de fSQIirir chez les autorités, dénonça ses ennemis et demanda leur arrestation, en disant qu'il y était autorisé par le traité stipulé avec les Etats-Unis. Après avoir vainement demandé qu*on prit Tavis des Puissances Chrétiennes, les autorités effrayées acquiescèrent à cette demande et on s'empara des deux Confédérés, qui furent diargés de chaînes et gardés prisonniers dans la maison du Consul. A la première occasion, ils envoyèrent une dépêche au Capitaine Semmes, et celui-ci, avec sa promptitude accoutumée, expédia tout d'abord la lettre suivante au Gouverneur de Gibraltar : —
A bord du steamer des E. C. Sumter, Baie de Gibraltar,
22 Février 1862.
MoNsiEim, — J'ai l'honneur de réclamer les bons ofûces de Son Excellence le Gouverneur de Gibraltar, pour une affaire
qui m'est tout à fait personnelle. Mercredi dernier, pour des affaires concernant mon navire, j'ai envoyé d'ici, sur un steamer Français en route pour Cadix, mon Payeur, M. Henri Myers, et M. T. T. Tunstall, citoyen des Etats Confédérés et ex-Consul des Etats-Unis à Cadix. Le steamer ayant abordé à Tanger, ces deux messieurs allèrent à terre pour y passer le temps d'arrêt momentané qu'ils devaient subir dans ce port; mais ils furent arrêtés par les autorités à l'instigation du Consul des Etats-Unis, et faits sur-le-champ prisonniers. Un billet du Payeur Myers m'informe qu'ils sont tous deux chargés de fers et maltraités de la façon la plus barbare.
J'ai appris, en outre, que le prétexte dont on a usé pour faire* cette arrestation illégale a pour base le traité d'extradition passé entre le Maroc et les Etats-Unis. Malheureusement, je n'ai pas en ma possession une copie de ce traité, mais je présume qu*il pourvoit seulement, selon l'usage habituel, à l'extradition des criminels et rien de plus. Je n'a} pas besoin de dire à Son Excellence que des traités semblables ne sont jamais applicables aux coupables politiques, et c'est dans cette seuls catégorie, je crois, que le Consul des Etats-Unis peut avoir la prétention de classer ces deux messieurs. Un fait de ce genre ne se serait certainement pas produit dans un pays civilisé; le trop peu scrupuleux Consul des Etats-Unis a abusé honteusement de l'ignorance du Gouvernement Marocain. Je pense que le Gouvernement Britannique a un agent consulaire en résidence à Tanger, et un mot, de ce personnage pourrait sans doute rétablir les faits dans leur ordre naturel ; il s'ensuivrait naturellement l'élargissement des deux prisonniers. Et c'est afin d'intéresser celte personne à cette tâche d'humanité et de générosité que je m'adresse à Son Excellence, pour qu'elle daigne, par une dépêche, exposer les faits à MT Hay et réclamer son intervention. Si le représentant Britannique éprouvait quelques scrupules, à cause de sa position officielle, il pourrait agir dans son caractère privé de gentleman. Le Gouvernement Marocain n'hésiterait pas un instant, s'il comprenait parfaitement les faits et les principes relatifs au cas présent, s'il savait que les principales puissances Européennes ont
recoDDules Etats Confédérés comme belli^éranls dans la guerre qu'ils soutiennent contre les Etats-Uniag^t que, dès lors^ un acte de guerre de la part des citoyens des États Confédérés n'est ni un crime politique ni même un crime dont une puissance neutre puisse se préoccuper. Quand même il en serait autrement, on n*a jamais prétendu appliquer un traité d'extradition dans un cas semblable.
J'ai l'honneur d'être, etc..
(Signé) B. SEf^IMES.
Au Capitaine S. Freeting, Col. Sec.
Cette lettre n'eut aucun succès, car la plus stricte neutralité fut une barrière qui empêcha les autorités Britanniques de se mêler dans une intervention quelconque. Alors le Capitaine Sommes mit sous pli la protestation formelle qui suit, et l'envoya au Gouverneur de Tanger :
À bord du steamer des E. C. Sumter.
Baie de Gibraltar,
23 Février 1862.