‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 17 sur 89 · A SON EXCELLENCE LE GOUVERNEUR DE TANGER · texte numérisé non relu

A SON EXCELLENCE LE GOUVERNEUR DE TANGER

Maroc.

J'ai Fhonneur d'informer Votre Excellence que j'ai reçu la nouvelle de l'arrestation opérée par le Gouvernement Marocain, à Tanger, sur la personne de M. Henry Myers, Officier Payeur de mon bâtiment et sur celle de M. T. T. Tunstall, dtoyen des Etats Confédérés, jadis Consul des Etats-Unis à Cadix. J'ai appris en outre que ces messieurs étaient chargési de fers et traités avec la plus grande inhumanité. Je ne comprends nullement sur quoi peut reposer cet emprisonnement illégal, quoique je sache parfaitement qu'il a été demandé par le Consul des Etats-Unis, sous je ne sais quel prétexte de droit d'extradition stipulé par traité. Un mot ou deux suffiront pour rétablir les faits dans leur sens véritable. Votre Excel-

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lence doit bien cert^pement savoir que toutes les puissances de rSurope ont recfflmu les Etats Confédérés comme belligérants dans la guerre qu'ils soutiennent contre lés Etats-Unis ; alors le Payeur de mon bord n*a pu se trouver coupable d*aucun délit politique ou autre , et aucune puissance neutre ne pourrait être compétente dans le cas présent. Gomme Je tiens de rétablir, les puissances neutres de TEurope ont véritable» ment et expressément reooonu aux Confédérés le droit de combattre contre les Etats-Unis. En conséquence, aucun traité d'extradition ne peut être appliqué au Payeur Myers. M. Tunstall n'étant lie envers les Etats Confédérés ni par le service militaire ni par le service maritime, ne peut pas plus que le Payeur Myers être passible des termes d*un tel traité. C'est pourquoi je réclame respectueusement au nom de mon Gou* vernement) et conformément aux lois et coutumes des na* tiens, que ces deux citoyens des Etats Confédérés soient mis en liberté.

J'ai l'honneur d'être, etc.

(Signé) R. SEMMES.

Déterminé à remuer ciel et terre, le commandant du Sumter chercha à intéresser le Chargé d'Affaires de Sa Majesté Britannique au sort des deux prisonniers, comme on le verra par la lettre qui suit : —

 bord du steamer des E. C, siwnitr.

Baie de Gibraltar, 23 Février 1862»

'^ Monsieur, — Puîs-je vous demander la grâce d'un acte officieux en ma faveur dans une question d'humanité , en vous priant de remettre à l'officier compétent la communication cl* jointe par laquelle je réclame l'élargissement, des prisons de Tanger, du Payeur de mon bord et de M. T. T. Tunslall, ritoyens des Elats Confédérés. On doit avoir évidemment pesé sur les autorités Mauresques par de fausses représentatious

sr.r rhoDorabilité et la conduite de ces deux messieurs. J'ai a[)i)ris que le Consul des Etats-Unis avait réclamé iQur emprisonnement en vertu d'un traité d'extradition. Vous reconnaîtrez bi0O certainement l'absurdité d'un pareil droit. Nous sommes reconnus belligérants; nos actes de guerre sont donc légaux aux yeux de tous les neutres , et on ne peut prétendre qu'aucun officier de mon bord / en faisant un acte de guerre quelconque contre les Etats-Unis , ait commis un délit pour lequel le Maroc pourrait ôtre compétent et contre lequel il pourrait user des termes d'un traité d'extradition*

J'ai rhonnneur, etc..

(Signé) R. SEMUES.

A M. John Hay Dununond Hay, G. H., Chargé d*^aires d^ S. M. B, ^ Tanger^

Maroc,

Le 24, M. Hay répondit, et l'extrait suivant de sa communication fera voir très-clairement à quel point de vue il envisageait cette affaire : —

a Vous devez savoir, » écrivait-il , « que le Gouvernement « de Sa Majesté Britannique a résolu d'observer une stricte « neutralité dans le conflit actuellement engagé entre les Etats « du Nord et ceux du Sud; il est donc du devoir des officiers « de Sa Majesté d'éviter tout ce qui pourrait ressembler à une « intervention dans une question qui intéresse Tun et l'autre « parti et qui ne regarde en rien le Gouvernement Britannique. « Quoique je ne refuse pas de remettre votre lettre aux aulo- « rites Mauresques, je crois de mon devoir de vous déclarer «formellement que je n*ai nullement l'intention d'exprimer "î « mon opfnion sur la marche que doit suivre le Maroc dans • rafftdpe dont parle votre lettre. »

Le Capitaine Sommes répondit immédiatement à cette %èche, et sa lettre est remarquable par la manière aisée dont il traite la question de neutralité ; il discuta ce sujet

avec beaucoup d'habileté et se résuma en ces termes : —

« Après plus ample information, j'ai appris que je m'étais <f trompé en supposant tout d'abord que ces deux gentlemen « avaient été arrêtés sur une demande d*extradition (je n*ai « malheureusement pas une copie du traité passé entre le « Maroc et les Etats-Unis). Il pardt qu'ils ont été arrêtés par a les soldats Mauresques, sur la réquisition du Consul des « Etats-Unis, qui les réclamait comme appartenant à sa juri- « diction en leur qualité de citoyens des Etats-Unis, en yertu <( d'un traité commun à ce que Ton appelle les peuples policés « et les peuples non policés. Cet état de choses ne doit en rien « altérer le raisonnement applicable à cette affaire. Si le Maroc « suit le status adopté par l'Europe à l'égard des Etats Gon- « fédérés, il doit rester neutre entre les deux parties beliigé- « rantes et ne doit pas se permettre de décider de la nationa- « lité des citoyens de Tune ou l'autre de ces puissances, ni de « traiter toute autre question de guerre qui ne toucherait pas « à ses propres intérêts. Il n'a donc pas le droit d'accorder à et un citoyen des Etats Confédérés la qualité de citoyen des « Etats-Unis; n'ayant pas ce droit par lui-même il ne peut pas « le transférer par traité au Consul des Etats-Unis. »

Toutefois cette communication ne produisit pas d'effet, et un autre événement eut lieu à Tanger. La frégate /no, des Etats-Unis, n'eut pas plus tôt appris la nouvelle de la capture faite par le Consul qu'elle accourut à Tanger, envoya à terre un canot avec des hommes armés, et s'empara des prisonniers ; cette démarche ne put pas toutefois se terminer aussi tcanquillement que l'eussent désiré les Yankees; la population Chrétienne, exaspérée par cette arrestation, se révolta bien vite, et l'on put craindre que les quarante hommes de VIno ne fussent pas en état de conserver leur prise. Mais alors on ressentit les effets de l'assistance des puissances neutres : leurs représentants, et M. Drummond Hay en tête, vinrent en aide aux ravis-

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seurs, calmèrent la foule, empêchèrent Témeute qui menaçait, et permirent aux marins des Etats-Unis d*emmener les deux Confédérés à bord de Vlno.

Le Capitaine Semmes, trouvant qu'il ne pouvait rien faire directement avec les autorités de Tanger, en référa è M. Mason, le Commissaire Confédéré à Londres, et ce gentleman fit de sérieuses représentations au Foreign-Office ; les faits suivants montreront les résultats qu'il obtint.

Ce fut le 28 Février que les captifs furent définitivement enlevés d'un territoire neutre par une force armée appartenant à un navire ennemi. Le 8 Mars, M. Mason fut informé par le Sous-Secrétaire d'Etat que le Gouvernement Britannique était persuadé qu'ils avaient été relâchés. Le 6 Mars, deux jours avant que M. Mason eût reçu cette information, l'/no, qui était revenu a Cadix , transporta les deux malheureux prisonniers à bord du navire marchand le Harvest Home, qui les conduisit dans une prison des Etats-Unis.

Voilà l'histoire du différend de Tanger — question qui, à cette époque, fit beaucoup de bruit en Europe, et qui laissera une profonde impression sur les esprits du Sud.

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