CHAPITRE XII
reau navire — Âide-toiel Dieu Vaidera — On s'établit ii bord *ix — Lois de la neutralité — Caution nécessaire — Le 29 t — Un déjeuner — La scène change — En mer — La pour- — Trop tard.
lavire que le Capitaine Semmes devait commander, té expressément construit pour la marine Confédér MM. Laird et fils, deBirkenhead. C'était un rapide loop à vapeur et à hélice, de 1,040 tonnes, nullerecouvert de fer, comme on l'a bien à tort supmais construit entièrement en bois, sur des bases s et communes; en le faisant, on avait moins à sa force qu'à sa rapidité. Toute sa longueur était ) pieds; la longueur de la quille de 210 pieds; la r de bau de 32 pieds, et il mesurait 18 pieds du
la quille. Il portait deux magnifiques machines belles; elles avaient été construites par la même mait chacune d'elles était d'une force de 300 chevaux ; jtes à charbon étaient disposées de façon à contenir •n 350 tonnes.
labama^ ou plutôt le t N<> 290 , » comme on deencore l'appeler, était gréé comme une barque, 5se dormante était faite entièrement de cordes méles ; il réunissait ainsi la force et la légèreté au plus legré possible. Son jeu ordinaire de voiles se com-
des voiles carrées habituelles au mât de misaine, de le d'étai de hune d'avant avec le foc, des grands et
principaux huniers d'avant de la grande voile, voile royale et sans pareille, et du pic avec foc au mât d'artimon. Quelquefois le jeu était changé, comme lors de son entrée à Cherbourg, quelques moments avant la fin de sa carrière si remplie d*évépement§. Une vergue de voile carrée fut hissée à travers le mât d'artimon et les vergues ; et VAlabama prit pour un moment l'apparence d'un vaisseau complètement gréé. Ce n'était cependant qu'une ruse temporaire et ses voiles habituelles de croisière étaient aeii^blablêSi ï celles qui sont ordinairement m usage sur des vaisseaux de son espèce.
Un peu en avant du mât d'artimon était placé l'appareil du gouvernail, une grande roue double, qui portait celte inscription significative : « Aide-toi et Dieu t'aidera : » devise qui, dans la position de VAlabama^ avait beaucoup plus de signification que de semblables légendes n'en ont généralement. Devant le tuyau et près du centre du navire était le pont, que Ton avait garni de chaque côté avec les deux principales embarcations, le cutter et la chaloupe; on gig et une baleinière étaient suspendus aux daviers avec un [petit « dihgy » de chaque côté du pont de quart, au-dessus du gouvernail. Le pont principal était percé pour doifze canons, et on avait préparé une place pour mettre deux forts canons à pivots par le travers. Ses lignes étaient magnifiques; on pouvait admiret ses fines courbes étincelantes, son avant de logement et son arrière elliptique. La disposition des cabines était peut-être un peu exiguë ; mais, dans un si petit navire, Èâti uniquement pour marcher rapidement, et non pour procurer du bien-être à des hommes, ce défaut ne pouvait être évité. La cabine de poupe, demi-circulaire, était naturellement destinée au Capitaine, avec un petit salon de réception qui s'ouvrait à tribord. En avant de ce logement venait le capot d'échelle, et plus loin encore le carré des offi-
ciers, ou salle à manger, des officiers supérieurs; de chaque côté, il y avait de petites cabines pour les lieutenants, le chirurgien et les autres officiers. Après avoir traversé le carré des officiers, le visiteur entrait dans la batterie ou timonerie réservée à tribord aux aspirants, à bâbord aux mécaniciens. Ensuite venait la chambre de la machine, qui occupait un espace extraordinaire pour un vaisseau de la grandeur de VAlabama; puis les soutes à charbon, etc., et enfin le pont d'avant ou le gaillard d*avant, qui pouvait contenir 120 hommes. La partie la plus basse du navire était divisée en trois compartiments d'une dimension à peu près égale. Le dernier, celui de l'arrière, était réservé aux provisions ; celui du milieu contenait les foyers et les fourneaux, et celui d'avant était occupé par
la cale, les magasins du maître d'équipage et ceux du charpentier.
Tel était VAlabamay ou plutôt, comme on l'a longtemps appelé, le « N° 290. » Si l'on considère les circonstances particulières dans lesquelles il fut construit, les nombreuses 'exigences auxquelles il fallut satisfaire et la perfection de la main-d'œuvre dans tout le navire, le prix de sa construction et de son armement peut être regardé comme merveilleusement raisonnable. La dépense du constructeur pour la coque^ les espars, les voiles, les embarcations, les* câbles et tout le gréement, sauf l'armement, fut de 47,500 livres sterling (1,175,000 francs.) A cela il faut ajouter le prix de ses canons 2,500 1. st. (62,500 fr.); lés réservoirs pour magasins 616 1. st. (15,380 fr.), et les petites armes 600 1. st. (15,000 fr.), ce qui forme un total de 51,716 1. st. ; soit en monnaie d'Amérique, 250,305.44 dollars (1,322,900 fr.). Il ne faut pas croire cependant qu'en quittant le chantier de construction de MM. Laird, VAlabama avait son gréement complet. Les ordres les plus sévères avaient été donnés au Capitaine
BuUock et au Capitaine Semmes d*éviter de faire tout ce qui aurait pu être considéré comme une infraction soit à la loi municipale, soit à la stricte neutralité de l'Angleterre, et, comme le « Foreign Enlistment Act » défendait clairement l'équipement des vaisseaux de guerre pour le service d'un belligérant, il était nécessaire que le nouveau croiseur quittât l'Angleterre sans être armé, et courût le risque d'être pris jusqu'à ce qu'il eût pu trouver un endroit sûr pour prendre son armement à son bord.
C'était là naturellement une opération délicate qui demandait le secret le plus rigoureux, afin que les croiseurs des Etats-Unis ne pussent, en aucune façon, se trouver à même de fondre sur leur nouvel ennemi, avant qu'il se fût mis, jusqu'à un certain point, en état de se défendre. Ce n'était pas là, d'ailleurs, la seule cause qui réclamait toute la prudence des Confédérés. La carrière du SumUr avait donné au Capitaine Semmes une idée plus claire que celle qu'il avait probablement auparavant de la signification précise du mot neutralité, lorsqu'on l'appliquait à la guerre actuelle ; et il ne devait pas courir la risque d'une détention semblable à celle que l'on infligea, à Tanger, à un officier de son bord. La loi dans le cas actuel pouvait être — et il le croyait certainement — assez claire; mais il était inutile de tenter ceux qui devaient l'interpréter. Les affaires récentes de VAlexandra^ de VEl Toussons et de VEl Monassir ont montré d'une façon péremptoîre que son calcul était assez juste.
Donc la plus grande retenue, qui a si régulièrement distingué les hommes du Sud dans la lutte, fut très-religieusement observée à propos de VAlahama, Il était naturellement impossible de cacher complètement aux recherches actives des espions de M. Adams le fait de sa destination. Ils soupçonnaient bien que le navire qui marchait si rapidement à son achèvement dans le chantier de
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MM. Laird était destiné au service des Etats Confédérés , mais, en dehors de cela, ces rusés gentlemen furent en défaut. Toutefois ils en savaient assez, et à la demande de M. Adams un ordre fut envoyé aux autorités de la Douane de Liverpool de s'emparer du navire et l'empêcher de prendre la mer.
Heureusement pour le futur croiseur Confédéré, ses amis veillaient aussi, et la nouvelle de la saisie projetée fut promptement annoncée à Birkenhead. Il était alors nécessaire d'agir avec promptitude, et les derniers préparatifs furent poussés avec une extrême rapidité. Enfin, à 9 h. 1/4 du matin, le 29 Juillet 1862, l'ancre fut levée pour la première fois depuis qu'il était à flot, et le f N® 290 » descendit lentement la Mersey ; il jeta l'ancre cette après-midi dans la Baie de Moelfra.
Cette sortie elle-même ne put s'effectuer sans une prudence incroyable, et il fut nécessaire de jeter un bandeau sur les yeux qui étaient constamment ouverts pour surveiller chaque mouvement du navire si fortement soupçonné ; on annonça qu'il sortait uniquement pour une petite course d'essai; et, afin de donner un semblant de vérité à ce prétexte, auquel son état inachevé prêtait même une sanction prima facie^ on réunit à bord une joyeuse compagnie. Un certain nombre de dames, des amis et des connaissances des constructeurs égayèrent avec leurs brillantes toilettes son pont grossier et inachevé, et parurent garantir suffisamment le retour du vaisseau dans le port. Une collation fut servie dans la cabine; des drapeaux décorèrent les sièges improvisés à la hâte sur le gaillard d'arrière, et tout semblait inviter à prendre part à la fête.
Tout à coup le spectacle changea. A un signal donné par VAlabamay un petit remorqueur à vapeur vint se ranger bord à bord, et, au grand étonnement des visiteurs, »
on priH poliment tous les convives de se rendre à Fautre bord. Délivré de sa joyeuse cargaison^ VAldbama vit bientàt commencer sa transformation. Déjà la GoUation avait été desservie ; les batics, les drapeaux^ et tout le reste des ornements de la fête disparaissaient rapidement. Les préparatifs se prolongèrent bien tard dans la soirée et se continuèrent le lendemain^ Enfin^ à 2 h^ du matiu^ le 31 Juillet, on leva Tancre de nouveau; et, avec une forte brise du S.-O., le « N^ 290 » partit ostensiblement pour un voyage à Nassau, lies Bahamas.
Il partit juste à temps. La saisie devait avoir lieu le matin même. Au moment où le « N° 290 » levait son ancre, f une immense dépêche pour le service de Sa Majesté » descendait vers Liverpool portée à grande vitesse par le courrier du Nord-Ouest. Elle ordonnait aux autorités de la Doyane de mettre Tembargo sur le navire» La matinée était déjà un peu avancée lorsque les employés galonnés d'or vinrent chercher leur prise; ils s'en retournèrent grandement désappointés, si l'on doit en cl*oire les apparences, mais peut-être n'étaient-ils pas intérieurement tout à fait aussi désespérés qu'une bonne nation neutre aurait dû l'être après cette mauvaise chance et cette triste méprise.
Deux jours après, un autre acteur parut sur la scènje» Comme son compatriote de Tanger, le commandant de la frégate des Etats-Unis le Tuscarora avait senti la trace d'une proie de valeur et s'était précipité vers la Mersey avec toute la rapidité de ses voiles et de sa vapeur, pour s'assurer de la prise. Mais comme il arrivait à la Baie de Moelfra le « N" 290 » était déjà en route depuis deux jours. Le tour était joué, et Tunique ressource du Yankee désespéré était alors de gronder le pauvre Comte Russell qui certainement n'avait pas été un agent bien complaisant dans la fuite de l'audacieux petit croiseur Confédéré.
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CHAt^lTRE ÏIÎl.
Le € N» 290 • à la mer — Le rendez-vous — Petits contre-temps — Bonnes qualités du nouveau navire — Près d*être découverts — Le Capitaine — Terceirè — Inquiétudes au sujet de l'équipage — On arme et on fait du charbon «^ On arrive k ses fitas — Prêts pour la croisière.
Le € N^ 290 » remonta rapidement^ sous le coup de vent duS.-O.) le Canal Saint Georges et passa Tlle de Man et Ailsa Grag jusqu'à ce que les colonnes de la Chaussée des Géants commençassent à apparaître confusément à travers la pluie battante; il vira de bord, mit sa grande hune au mât et envoya à terre un canot monté par le pilote et le Capitaine Bullock, qui, jusqu'alors avait commandé le naviréi II fut alors remis aux soms du Capitaine J. BUtcher, qui commandait en dernier lieu un navire de la Compagnie Cunard; Ses autres officiers provisoires étaient : — le Premier Lieutenant^ J. Law^ de Savannahj Géorgie; le sécondj M* G* Townley Fulham, de Hull, Angleterre; le Chirurgien D. H. Llewellyn, d*Easton> Wilts; le Payeur, C. R. Yonge, de Savannah, Géorgie; et le Mécanicien etichef, J. McNair, Anglais. L'équipage, dont la plus grande partie avait été prise à bord dans la Baie de Moelfra comptait environ soixante-dix matelots et mousses; ils avaient été embarqués pour uil voyage présumé; car le capitaine Confédéré se fiait à l'amour des aventures qu'on ren-
contre chez les Anglais, pour les amener è se rembarquer lorsque la véritable destination du navire serait révélée.
Le «c N^ 290 3> dit adieu au rivage Irlandais, et prit sa course pour Terceire, une des Açores, où il devait trouver son transport, et recevoir à bord les canons et les autres munitions de guerre que le respect pour les lois Anglaises l'avait empêché d'embarquer à Liverpool. Pendant cette course qui dura neuf jours, le vent ne cessa de souffler fortement du Sud et de TOuest ; la mer était houleuse, mais le navire marchait avec une vitesse qui dépassait treize nœuds à Theure. Ce né fut pas cependant sans un certain risque que Ton conserva cette vitesse. Parmi d'autres dangers moins sérieux, le quartier d'avant fut envahi par une forte mer,'et le navire faisait voir clairement qu'il ressentait la vitesse avec laquelle on le poussait. Mais les accidents de cette nature étaient d'une petite importance si on les compare à la précieuse valeur du temps. Une fois parti, la nouvelle de sa fuite devait s'être répandue rapidement dans tout le royaume. Le premier bruit de cette affaire devait entraîner les vaisseaux de l'ennemi à sa poursuite , et, en retardant d'une heure le moment où il devait atteindre sa destination pour se mettre en état de se défendre, il pouvait rencontrer un navire des Etats-Unis, et la carrière du nouveau croiseur serait terminée avant d'être commencée. Aussi le « N* 290 » marchait-il avec fracas à une grande vitesse; et, le 10 Août, on cria « Terre! » du mât de misaine, et il entra dans Porto Fraya à Terceire.
Pendant ce voyage d'épreuve le nouveau navire avait montré ses splendides qualités à la mer, et c'est de cela que dépendait surtout l'extraordinaire succès de sa carrière. Il n'était naturellement pas dans les meilleures conditions pour aller à voiles, puisqu'il était tout neuf, mais il sortit cependant de cette épreuve de la façon la
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orieuse; il y avait dans ses mouvements une rapiune facilité que Ton trouve rarement réunies. Tout de arriva à Terceire dans les meilleures dispositions t; on était enchanté du nouveau navire. me de Porto Praya, dans laquelle le « N® 290 » mcre n'est pas d'une grande étendue, mais elle n excellent mouillage aux vaisseaux; elle est proîontre tous les vents, excepté ceux de l'Est. Trois itre petits forts bordent le rivage, mais ils semblent * jamais été armés, et tombent en ruines. La baie ême est retirée et ne présente pas de grands moyens sistance; les fruits et les légumes y sont en assez î abondance; mais l'eau y est très-rare, et le bœuf e — qu'on ne peut se payer qu'en le faisant venir a, située de l'autre côté de l'île. Les officiers, ceit, furent reçus avec bienveillance, et bien traités \ habitants ; tout ce que l'endroit offrait de meilleur } à leur disposition.
une le navire Confédéré attendu n'était pas encore , le Capitaine Butcher et ses officiers devinrent assez ts: les jours s'écoulaient, et aucun signal ne l'an- Lt. Le 13 Août, ils sentirent renaître leurs espé- \f en entendant crier: « Une voile! j> mais le nouvel nt était tout simplement un schooner baleinier 6 qui venait de Provincetown; et l'indiscrétion de es hommes du navire leur causa une plus grande é encore qu'auparavant; car il avait laissé entrevoir itable nature et les projets du « N° 290 » ; et comme looner des Etats-Unis partit précipitamment après appris cette nouvelle , on tira de ce départ subit un ge de malheur.
in, le 18, on aperçut une grande barque qiii gouverur le brick; et, lorsqu'elle s'approcha, on reconnut s'était le navire désiré, VAgrippine^ de Londres,
Capitaine Me Queen, avec un chargement de munitions de guerre, de charbon, de provisions de toutes sortes, et six canons de 31» Une fois la barque amarrée le long du «sloop, on se hâta de transborder la cargaison» Les équi-^ pages des deux navires étaient activement occupés à cette opération, lorsque, le 20 Août, la fumée d*un autre ^ steamer se montra à l'horizon. Ils craignaient que le noùi* veau venu ne fût un vaisseau de guerre des Etats^-Unis» parti à la recherche du navire Gonfédéi'é en fuite, et ils cessèrent quelques instants leurs travaux. Enfin ils récotinurent son numéro, et trois bravos chaleureux, poussés par réquipage du « N° 290 », souhaitèrent la bienvenue au Capitaine Semmes et autres officiers de Tancien Swmter qui arrivaient sur le Bahama, Capitaine Tëssier.
Le Capitaine Semmes s'était embarqué à bord du Bahama à Liverpool; dans la matinée du Mercredi, 13 Août, il avait rejoint ce vaisseau sur un reinorqueur à vapeur, car le Bahama était descendu vers rembouchure de la Mersey quelques heures auparavant. Le Capitaine BuUock, qui, comme nous l'avons dit, avait vu le nouveau navire en sûreté lorsqu'il l'avait quitté à la Chaussée des Géants, et qui était venu raconter le oommencetnent heu* reux de l'expédition, accompagnait le Capitaine Senunes sur le Bahama y où se trouvaient aussi des marins embarqués, comme ceux du « N<* 290 ))j pour un voyage pré^ sumé, car on espérait les amener à se joindre au nouvel équipage lorsque le vaisseau serait bien en commission*
Comme le remorqueur nous quittait pour retourner ail port, — écrit le Capitaine Semtnes, -^ l'équipage nous salua de trois chaleureux hourras auxquels nous nous empressâmes de répondre* Après un voyage de sept jours, nous aperçûmes l'Ile de Terceire et ensuite le port de Praya, qui se trouve à l'extrémité orientale de l'île i c'était
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le rendez-vous convenu. Comme nous approchions du port, nous cherchâmes avec des yeux avides le « N® 290 » et son compagnon VAgrippine, qui lui avait été expédié de Londres avec son armement complet; A notre grande satisfaction, nous découvrîmes bientôt les espars^ puis les coques des deux navires qui se balançaient gracieusement dans la baie; leur rapprochement Jious indiqua que l'on transbordait la batterie^ de& autres agrès^ etci
Vers 11 h. 30 du matin^ nous entrâmes dans ce port, et nous fûmes immédiatement abordés par le Capitaine Butcher } il nous dit qy'il avait déjà pris à bord les gros canons et une grande quantité des provisions du Payeur,etc, Comme le port est ouvert à l'Ëst^ et comme le vent soufflait du N.-E. en chassant dans le bassin une grande houle qui rendait la position des deux vaisseaux trës-diffidle, j'ordonnai qu'ils me suivissent tous les deux à la baie d'Angra, où nous jetâmes Tancre à & hi du soir; Nous amenâmes les deux navires bord à bord^ et nous commençâmes à décharger les deux canons supplémen-^ taires.
Après avoir montré le nouveau navire aux marins que j'avais à bord du Bahama (trente-sept en tout), je leur adressai la parole poiir leur dire qu'ils étaient libérés du contrat qu'ils avaient signé à Liverpool^ et parfaitement libres de disposer d'eux-mêmes ; je les invitai ensuite à venir avec moi à mon bord. Je leur parlai de la guerre, je leur expliquai le but de la croisière que j'allais faire 6t leur dis un mot des primes qui leur étaient offertes en argent sur les prises, etc. Cette après-midi, la moitié environ s'est embarquée ; les autres se sont retirés, peutêtre pour obtenir de meilleures conditions. 11 y a sans doute parmi eux quelques meneurs qui influencent iôurs décisions. J'ai fait transporter mon bagage à bord^ et j'ai dormi pour la première fois sur mon nouveau navire. J'ai
été averti par les autorités qu'Angra-Occidental n'était pas un port d'entrée et que nous devions nous éloigner vers Angra-Oriental.
Jeudi 2i Août, — Beau temps clair. Je suis charmé de l'apparence de Terceire. Chaque pied carré de son, sol semble cultivé de la façon la plus soignée ; ses pe- ^ tits champs sont divisés par des haies dont les tiges ressemblent à celles de la canne à sucre. Ses maisons blanches à un étage sont très-serrées au milieu de tous ces terrains cultivés et indiquent une grande activité dans ce paradis primitif, si éloigné du monde et si peu fréquenté par le commerce. Le vent est disposé à tourner vers le | S.-E. ; ce changement nous gênera encore, et je suis naturellement très-inquiet. J'ai reçu une lettre (ou plutôt c'est le Capitaine Butcher, qui est encore de nom com* mandant du navire) du Consul Anglais, par laquelle on nous informe que les autorités insistent encore pour que nous allions à Angra-Oriental. J'ai répondu -que nous étions entrés pour prendre du charbon à une barque qui était avec nous, et que, le temps paraissant beau, nous irions en mer, en dehors de la lieue marine, achever notre approvisionnement. Je savais qu'ils me . soupçonnaient d'armer et de faire du charbon ; alors je me suis rendu devant celte démarche afin de les tranquilliser, puisqu'ils craignaient que je ne violasse leur neutralité.
Nous naviguâmes le long de l'île — accompagnés du Bahama et de la barque qui se tenait à bord avec nous ; — nous hissâmes les affûts des canons, et nous montâmes autant de pièces qu'il fut possible de le faire ; nous retournâmes dans l'après-midi ; et, à la nuit, nous jetâmes l'ancre à Angra-Oriental, avec la barque qui était toujours à nos côtés. Nous fûmes hélés, en passant, et accablés de grandes vociférations proférées en très-mauvais Anglais ou en Portugais, nous ne saurions le dire au juste, et un coup
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de canon fut tiré sur nous. Le Bahama^ qui nous suivait, partit au loin et courut une bordée à terre et une autre en mer pendant la nuit; nous continuâmes notre course et nous jetâmes Tancre vers 8 h. 30 du soir. Vers minuit je fus réveillé d'un profond sommeil dans lequel j'étais tombé par suite de la fatigue et des exercices du jour, et j'appris de l'officier de quart, qui me parla avec le plus grand calme, que le schooner de guerre tirait sur nous. Comme j'étais certain qu'ils ne tiraient pas sur moi, mais qu'ils faisaient feu seulement à mon intention^ peutêtre pour me faire peur et m'empêcher d'entrer dans le port, j'ordonnai à l'officier de ne pas faire attention à ces démonstrations. Dans la matinée nous a]:^rtmés que Tofftcier avait eu une fausse alarme, et que les coups de feu avaient été tirés par le steamer de la malle pour faire embarquer ses passagers.
J'ai eu une conversation avec le vieux second maître d'équipage, qui a consenti à venir avec moi ; il se servira de tous les moyens possibles pour m'amener les meilleurs marins sur lesquels il peut avoir de l'influence.
Vendredi 22 Août. — Le vent du S.-O. nous promet une journée calme qui nous laissera continuer notre besogne. J'ai appelé tous les honunes à 6 h. du matin pour commencer le chargement du charbon. A 7 h., des employés de la Douane et le Consul Anglaissont venus à bord ; notre chargement de charbon a été suspendu jusqu'à ce que les deux vaisseaux eussent été visités par la Douane. Nous avons perdu une couple d'heures à recevoir cette visite, mais j'ai été satisfait d'apprendre, en fin de compte, que nous pouvions rester tranquillement dans le port et continuer notre approvisionnement de charbon, etc.
Nous avons mis en place le reste des canons. Nous
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avons préparé et chargé ceux qui étaient rayés^ ouvert un baril de cartouches et fait à la hâte beaucoup d'autres préparatifs de défense pour le cas' où Ton essayerait de s'emparer du navire. A 11 h. 30 du matin^ nous signai lames le Bahama et nous Tabordâmes, il était sur ses ancres i A la nuit le temps devint pluvieux, et comme une grosse mer entrait dans le port, nous avons éloigné la barque pour qu'elle prit son ancrage. Pendant la nuit, elle a traîné son ancre et iious avons été obligés d'envoyer du monde à son bord pour erl lâcher une autre qui Tenipéchât d'approcher du rivage. Il y eut ce soir, à bord dé la barque, une véritable rixe, qui se termina par une * bataille générale; les marins s'étaient enivrés, je ne sais de quelle façon.
Samedi 23 Août. — Matinée nuageuse et plutieuse. Il nous a été impossible d'amener la barque à notre bord et de continuer le chargement du charbon avant 9 h. du matin. Cependant nous nous empressons de terminer cet ouvrage et nous espérons avoir fini à la nuit. Nous avons toutes sortes de natures à bord ; mais l'équipage travaille tout à fait de bon cœur ; de temps en temps il se trouve cependant un ivrogne ou un paresseux. Les rusés coquins! ils croient que je suis à leur merci pour former un équipage ; ils résistent et cherchent à faire une bonne affaire avec moi.
On a mis la batterie en ordre et calfaté l*écrôu de la grande pompe qui fuit quand le bâtiment est en marche. J'ai fait faire quelques commandements actifs à mes officiers pour les occuper. J'ai reçu à bord une grande quantité de provisions et de légumes frais pour l'équipage. On trouve dans cette lie tous les fruits de la zone tempérée et un grand nombre de ceux de la zone torride. On nous a apporté des ananas, des poires, des prunes et des melons.
Nous avons fini de charger le charbon, à l'exception de
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sept ou huit tonnes; mais on a travaillé jusqu'à 9 h. du soir, et les hommes sont réellement épuisés de fatigue. J'ai fait éloigner la barque et j'ai résolu de sortir avec le charbon que j'avais à bord, car, pour prendre le reste, il nous faudrait attendre jusqu'à Dimanche.