‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 21 sur 89 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Rassemblement — Prisonniers débarqués — Le Starlight — Sainte- Croix— Romanesque procession nocturne — L'alerte — Trois sacrifices en uu jour — Capture du Weather Gauge — VAltamaha — Signal — Le Benjamin Tucker — Incendie— Le Courser — Exercice du tir — La Virginia — VElisa Dunbar,

Depuis le 7 Septembre jusqu'au 18, YAlabama eut beaucoup de besogne. Il faisait prise snr prise, et le journal du Capitaine Serames, comme on le verra, est surtout rempli de chasses heureuses.

Dimanche 7 Septembre, — Je me suis dirigé vers l'Ile de Florès. A onze heures du matin, j'ai réuni l'équipage pour la première fois, et j'ai fait lire le Règlement, qui a été écouté avec une grande attention. A 3 h. 30 du soir, après être suffisamment approché de la ville de Lagens, située dans la partie nord de l'île, j'ai envoyé à terre tous les prisonniers. Ils se sont engagés sur parole et je les ai fait transporter par les trois baleinières du vaisseau capturé VOcmutgee; à i h. du soir, nous avons tendu nos voiles sur la bordée de tribord pour gouverner en avant sur un schooner qui s'avançait vers rîle. Lorsqu'il fut à un mille de notre navire, nous arborâmes le pavillon Anglais. Le vaisseau chassé ne montrant pas ses couleurs, nous avons tiré le canon d'avant. Gomme il ne faisait pas encore attention à nous et cherchait au

contraire à nous dépasser, nous avons tiré un second coup contre son avant. Il ne mit encore pas en panne et ne montra pas ses couleurs ; nous tirâmes encore un coup entre son mât d'avant et son mât de misaine; alors il hissa les couleurs des Etats-Unis d'Amérique. J'envoyai un canot à son bord pour en prendre possession. Le Capitaine étant venu i bord avec ses papiers, noua vîmes que ce navire était le Starlighty de Boston, allant de Fayal à Boston, vid Florès. 11 avait des passagers, entre autres des dames. J'ai mis un équipage de prise à son bord et j'ai fait amener sur YAla* bama tous les matelots des Etats-Unis» sept en tout, y compris le Capitaine. On les a mis aux fer», et j'ai commandé à la prise de rester près de nous pendant la nuit. Quelques nuages sombres planent sur l'tle, mais le vent est léger et la mer calme.

Parmi les papiers saisis se trouvaient deux dépêches adressées aux Sewards, père et fils, pour les informer de ce que nous avions fait à Terceîre. Cette petite embarcation était partie de Boston six jours avant que nous ne quittassions Liverpool sur le Bahama. Comme les gens se rencontrent d'une singulière façon en pleine mer! Le maître était le plus habile spécimen de patron Yankee que j'aie jamais vu ; il était âgé de vingt-sept à vingt-huit ans. 11 avoua qu'il avait eu l'intention de traverser le feu de mes batteries, et il maudissait beaucoup la guerre, etc., etc.

Lundi 8 Septembre. — **** Je me suis dirigé de nouveau, avec la prise, du côté de la ville de Sainte Croix. J*ai fait descendre le canot et j'ai envoyé les prisonniers à terre avec une lettre adressée au Gouverneur. Pendant ce temps, le Gouverneur lui-même vint à notre bord avec plusieurs habitants de la ville et nous offrit Thospitalité de l'île; en retour, je lui donnai l'espérance que ses con- | citoyens qui étaient h bord du Starlight n'avaient eu i subir aucun désagrément de la prise du navire.

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Dans l'après-midi, nous donnâmes la chasse et nous montrâmes les couleurs Anglaises à un brigantin Portugais. Puis nous virâmes de bord et nous chassâmes dans kl direction du Nord-Ouest une barque que nous attei* gntmes au coucher du soleil. C'était la barque baleinière VOcean Rover ^ de Massachussetts, partie depuis quarante mois et portant un chargement de 1,100 barils d'huile. Nous la flmes mettre en panne pour la nuit et npus permîmes au capitaine, aussi bien qu'à son équipage, de gagner^ à force de rames, le rivage de Florès dans les six baleinières qu'il avait avec lui. La mer était calme, un vent léger soufflait du rivage et la lune était presque à son plein; aussi quelle romanesque procession nocturne I

Mardi 7 Septembre, — **** Je fus réveillé dans le quart de minuit, n'ayant pris que trois heures de sommeil, après une journée fatigante et pleine d'émotions; on me dit qu'une grande barque était près de nous. Nous étions alors en panne avec nos deux prises. Nous fîmes tourner le navire très-tranquillement et nous donnâmes la chasse. Le navire poursuivi courut sous notre vent, quoique nous l'eussions pris en proue, et au jour nous hissâmes le drapeau Anglais. Comme la barque ne répondait pas, nous tirâmes un coup à poudre» Comme elle ne voulait pas encore montrer ses couleurs, nous tirâmes un coup sur son arrière; elle était alors à deux milles de nous. Cette décharge la décida à montrer les couleurs des Etats-Unis, qui flottèrent à son mât; j'envoyai un canot à son bord pour en prendre possession. C'était VAlert, de New-London; elle avait quitté le port depuis seize jours, en destination^ iM des Iles Açores et du Cap-Vert, pour l'Océan Indien>. Nous prîmes à son bord des vêtements de dessous pour nos marins qui en avaient grand besoin.

Vers 9 h* du matin, nous mîmes le feu au StarHght;

à 11 h., à YOcean Rover; et à & h. du soir, à YAlert Nous abordâmes ensuite un brick baleinier Portugais, dont je fis venir le patron à bord avec ses papiers. Comme ils étaient parfaitement en règle, je le relâchai au bout de quelques minutes. J'ai envoyé à terre le capitaine etréquipage de Til/er^; ils sont partis dans leurs propres canots quatre par quatre et sont allés au village situé à l'extrémité nord de Florès.

<r Une voile !» à 5 h. du soir. Nous fîmes voile et donnâmes la chasse à un schooner vers le N.-E. Il nous attendit tout d'abord; mais, à notre approche, il vira vent arrière et essaya de fuir. Nous lui avions montré les couleurs des Etats-Unis, qu'il avait aussi hissées, mais il se méfiait de nous. Un coup tiré à poudre le ramena bien vite et le fit mettre en panne. J'envoyai un canot à son bord et je pris possession du schooner le Weather Gauge^ de Provincetown, sorti depuis six semaines. Les deux dernières prises nous ont donné beaucoup de journaux du Nord, qui vont jusqu'au 18 Août. * * * * •

Samedi 13 Septembre. — Nous avons donné la chasse à un navire signalé à l'avant ; après l'avoir atteint et mis en panne avec un coup à poudre, nous reconnûmes que c'était le brick baleinier VAltamaha, de New Bedford, sorti depuis cinq mois. Rien à prendre. Nous le capturâmes et nous plaçâmes un équipage de prise à son bord ; puis nous fîmes voile pour donner la chasse à une barque sous le vent. * * * ♦ * •

Dimanche 14 Septembre. — **** La nuit dernière, à 11 h. 1/4, je fus réveillé pour apprendre qu'un grand navire était près de nous. Je me précipitai sur le pont, fis tourner le bâtiment et donnai la chasse; le navire étranger était alors à deux milles ou deux milles et demi de nous, et presque dans la direction du vent. Nous mîmes toutes voiles dehors, serrâmes notre vent et peu à

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peu nous fîmes sortir Tétranger du vent pour le prendre en proue. Nous tirâmes un coup à poudre qu'il dédaigna. I^ous continuâmes de le héler, et lorsque nous fûmes arrivés sur sa barre du vent, à une distance d'un demi-mille environ de son bord, nous tirâmes un second coup, qui Vamena rapidement avec sa grande voile de hune au mât. renvoyai une embarcation à son bord en donnant Tordre ï Vof&cier qui la commandait d'allumer un feu dans le cas où ce bâtiment serait Américain : quelques minutes après que l'officier fut arrivé à bord de l'étranger, on hissa un fanal à son grand mât. Je restai à côté de lui jusqu'au jour, et le capitaine fut amené à bord. Ce vaisseau était un baleinier des Etats-Unis, le Benjamin Tucker^ de New Bedford, sorti depuis huit mois, et portant environ f 340 barils d'huile. 11 avait trente hommes d'équipage. Je fis amener tout le monde à bord, prendre son savon et son tabac et mettre le feu au navire. Ensuite nous fîmes voile au S. -E.

Lundi 15 Septembre, — **** J'ai fait calfater les ponts, qui sont déjà tout entr'ouverts. Nous avons aperçu l'Ile de Florès du sommet du mât assez tard dans la soirée. J'ai exercé les hommes aux postes et j'ai engagé un des prisonniers du dernier vaisseau capturé — c'est un Hollandais.

Mardi 16 Septembre, — **** Au jour, on aperçut un scbooner à l'avant de tribord. Je lui donnai la chasse, et à 7 h. 30 je le fis mettre en panne avec un coup à poudre. J'envoyai ensuite une embarcation à son bord, tandis qu'il montrait les couleurs des Etats-Unis. C'était le schooner baleinier le Courser, de Princetown, Massachussetts; nous en'prîmes possession : c'était une prise de plus. Nous nous dirigeâmes alors vers l'Ile de Florès, qui était à quatre ou cinq milles, et nous envoyâmes à terre tous les prisonniers des trois dernières prises en leur fai-

gant monter leurs propres baleinières) qui étaient au nombre de huit. Ils étaient soixante4iuit prisonniers en tout* Vers 5 h. du soir, après avoir amené la prise à huit ou dix milles du rivage, je fis mettre en panne et j'ordonnai d'appeler tous les hommes à leurs postes; le navire capturé allait servir de cible. On tira trois coupa par canon. Le résultat fut assez joli» si Ton songe que ces mains inexpérimentées pointaient un carlon pour la pre* mière fois. Nous criblâmes la cible, et il y eut réelle* ment une série de bons coupst A la nuit, nous fîmes voil» vers rOuest,

Mercredi 17 Septembre. — **** A 7 h* 30 du matia nous donnâmes la chasse h un navire qui se tenait II l'avant de tribord, et nous l'atteignîmes à midi ; alors* nous primes possession de la barque baleinière des Etats- Unis Yirginiay partie depuis vingt et un jours de New' Bedford. J'ai reçu deô Journaux jusqu'au 28 Août. Nous avons tiré de la prise une grande provision de savon, de chandelles, etc., etc., et, après avoir âftiené les prisonniers à bord , nous mfmes le feu à leur navire ; nous déployâmes ensuite nos voiles et nous partîmes vers le N.-O.

Jeudi 18 Septembre. — **** J'ai donné la chasse à une barque qui, en découvrant nos intentions, a mis toutes ses Voiles dehors et a essayé de s'échapper. Nous l'àtteignitoes à 2 h. de l'après-midi, après une chasse d'environ trois heures. Nous hissâmes le pavillon Anglais, mais elle refusa de nous répondre. Nous tirâmes le canon du tribord d'avant, et nous hissâmes notre propre pavillon; alors elle raccourcit ses voiles et toit en panne. J'envoyai un équipage de prise à son bord, aussitôt qu'elle eut montré le pavillon des Etals-Unis, et je fis venir le patron à bord. C'était la barque baleinière FElisha Dunbar, de New Bedford, depuis vingt-quatre jours dehors. Comme

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le vent soufflait très-fort et menaçait de se changer en ouragan, nous prîmes tous les prisonniers à bord dans l'espace de deux heures, et nous mîmes le feu à la barque. Alors nous serrâmes les ris des voiles de hunes, plaçâmes la voile de fatigue de devant avec les bonnettes, et nous marchâmes sous le vent, en courant des bordées à tribord entre le Sud et TEst.

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