‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 22 sur 89 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Coups de vents successifs — Quartiers inconiinodes — Le temps se calme — Le veut recommence — VEmily Farnwn et le BriUiant

— Chargenr.ent neutre — Rançonné — Incendie — Le Wave Crest^^ Le Dunhirk — Fraude religieuse — Prise d'un déserteur — Cour martiale — Le Tonatotmda — Précautions — Le Manchester brûlé

— Espoir — Séparation — Le Lamplighter — Ouragan — Grand danger — Un tourbillon — Passage heureux.

Après cette série de bonnes fortunes qui nous avaient amené tant de prises, et qui avaient permis à YAlabama de détruire pour plus de 230,000 dollars de biens des Etats-Unis — somme presque égale au prix net d^ sa valeur — après ces belles journées, on commença à jouir d'un moment de répit. Alors des coups de vent déchaînés des différents points du ciel soufflèrent avec plus ou moins de violence pendant sept ou huit jours et nous forcèrent très-souvent à mettre en panne. La mer était houleuse; nous nous tenions sous nos voiles de hunes bien serrées et sous nos voiles de fatigue prises de ris.

11 y eut des moments bien durs pour les prisonniers; ils étaient pressés tous péle-méle sur le pont sans autre abri qu'une lente provisoire goudronnée qui les protégeait contre les averses d'un orage sans pitié ; les ouragans encombraient le pont tantôt d'eau salée et tantôt d'eau douce, selon que les fortes rafales de pluie s'abat-

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taîent sur nous, ou que la mer, toute resplendissante d'une lumière phosphorescente, sautait, en bondissant, pardessus les bordages supplémentaires. Le pont d'évitage était déjà tout occupé par Téquipage de VAlabama; les malheureux prisonniers étaient forcés de se contenter de leur misérable position, de se consoler avec Tespoir qu'un vaisseau avec chargement neutre pourrait tomber comme eux sur la mauvaise fortune et leur offrir l'occasion d'être engagés sur parole pour être libres de retourner à terre.

Comme le soleil traversait la ligne du méridien, le temps se calma un peu, et le 25 Septembre le rendit tout à fait beau et serein; alors l'équipage fut occupé à calfater les ponts qui avaient laissé filtrer l'eau pendant les coups de vent. Lés ouragans furent remplacés par une série de vents calmes et légers, et l'on mit à profit le répit que le temps nous accordait pour exercer l'équipage aux canons et aux petites armes. '

Le mauvais temps revint avec le commencement du mois suivant. Le 2 Octobre fut réellement un vilain jour ; le ciel était couvert d'épais nuages tout noirs, et un vent du N.-E. qui venait de Terre-Neuve soufflait avec furie. 11 fut impossible de faire aucune observation, car des nuages épais cachaient complètement le soleil, et comme le navire se trouvait dans le Gulf-Stream, tout ce que nous pouvions faire était de deviner notre position à trente ou quarante milles près.

Le 3, le temps se calma, et la fortune sourit de nouveau à YAlabama. Le quart du matin n'était pas encore terminé, lorsque deux voiles furent signalées, l'une à l'avant, l'autre debout sous le vent ; chacune d'elles fut hélée et prise tour à tour. La première était VEmily Far-num, de -New- York, allant à Liverpool, et la seconde le Brilliant , sorti du même port pour Londres, avec un chargement important de grains et de farine.

Le chargement de YEmily Farnum était propriété neutre; le navire fut relâché comme parlementaire, et les prisonniers du Brilliant furent transportés à son bord, ainsi que ceux des autres prises qui se trouvaient sur VAlabama. Ce changement, comme on peut bien se le figurer, devait sembler assez agréable à de malheureuses créatures qui avaient été exposées pendant près de trois semaines à toutes les vicissitudes d'un automne dans le Nord Atlantique. Cet embarquement terminé, on permit à VEmily Farnum de continuer son chemin. Le Brilliant fut alors dépouillé de tout ce qui pouvait servir à ses vainqueurs, livré aux flammes et abandonné à son mal->heureux sort (1). Grâce aux journaux pris à bord de ce bâtiment) Téquipage de VAlabama apprit de bonnes nou^ velles : -^ les victoires des Confédérés dans la Virginie et rheureuse arrivée du steamer à hélice le Florida dans un port Confédéré. Ces deux navires avaient encore apporté à VAlabama une autre bonne fortune^ quatre nouvelles recrues, qui, par suite du nombre trop restreint de l'équipage, étaient pour nous d'une valeur plus grande que les navires eux-mêmes.

La barque Wai)9 CrtBt^ de New-York, et partie de ce port pour Cadix avec un chargement de grains, devint ensuite la première victime de VAlabama^ le 7 Octobre, et, comme elle n'avait aucune preuve de la neutralité de la propriété de son chargement, elle fut condamnée et in-

(1) Un des officiers de VAlabama a écrit ce qui suit dans son Joa^ nal particulier : —

« Cet acte paraissait une monstruosité : brûler un chargement pareil à celui du hriUiant, lors()ue je songeais h la façon dont les ouvriers du Lancashirc auraient dansé de joie, si cette cargaison leur avait été partagée ! Je n'ai jamais vu brûler un navire avec plus d'éclat; les flammes enveloppèrent entièrement ses mâts , sa coque et ses agrès en quelques minutes; ce spectacle était aussi grandiose qu'effk^yant. >

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cendiée après avoir servi quelque temps de cible aux coups de ses vainqueurs. Elle jetait encore une brillante lumière, lorsqu'un autre bâtiment fut signalé; et, à 9 h. 30 du soir, par une belle nuit éclairée, un coup à poudre, tiré de YAlabama, amena le petit brigantin kBunkirky de New-York, pour Lisbonne, chargé aussi de grains. Une embarcation fut envoyée vers lui et ses papiers furent remis par-dessus bord à l'un des officiers de YAlabama, On ne trouva aucune preuve de neutralité; et, avant minuit, il n'était plus qu'un débris enflammé, tandis que son Capitaine et son équipage étaient prison*» niers à bord du steamer Confédéré.

Le Dtmkirk a droit à une mention particulière, pour deux raisons. En cherchant dans ses papiers, on reconnut qu'indépendamment de sa cargaison apparente, il portait encore ce que Ton pourrait appeler une espèce de contrebande religieuse. On trouva sur lui quelques exemplaires du Nouveau Testament en Portugais, ainsi que plusieurs brochures écrites dans la même langue et réunies en gros paquets; sur un de ces paquets, on lisait l'inscriplian suivantes : — « Brochures Portugaises ; de la part de la « Soa ciété Américaine des Brochures. » Elles seront distribuées € aux passagers Portugais et données sur le rivage aux € visiteurs qui viendront de terre ; et, lorsque vous serez € dans le port, veuillez, s'il vous plaît, les exposer sur la € table de la cabine, afin que tous ceux qui viendront puis- € sent les voir et les lire. Mais ayez soin de n'en point « emporter à terre, car les lois ne le permettent pas. *

Toutefois, il semblerait que les marins du brigantin s*étaient trouvés froissés de la conscience de MM. les membres de la Société des Brochures qui s'étaient inclinés devant la majesté de la loi; car une plume avait soi* gneusement biffé celte dernière phrase. Un peu plus bas, sur ce même paquet, on lisait : — « Vous êtes prié de ria-*

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« conter (par écrit si cela est nécessaire) tout ce qui pour- « rait arriver d'intéressant au sujet de la distribution : <r prenez aussi todtes les commandes de Bibles et ena voyez-les à John S. Peerin, Agent Maritime, Société Bir « blique de New-York, N" 7, Beckman Street. »

L'autre fait digne d*étre noté à propos du Dunkirh esl une nouvelle prise faite à son bord, Un des sept matelots qui avaient déserté le Sumter lorsqu'il était à Cadix fol trouvé parmi son équipage. Cet homme, dont le nomesl George Forrest, fut de suite reconnu ; et, deux jours aprfa son arrestation à bord du vaisseau ennemi, une cour martiale composée du Premier Lieutenant (président); du siecond lieutenant 4e plus ancien; du mattre, du mécanideo en chef, et du lieutenant des soldats de marine, aveck secrétaire du Capitaine pour avocat général, s'établit sur le carré des officiers pour juger le prisonnier accusé de désertion. Les preuves étaient, naturellement, assez évidentes; l'individu fut trouvé coupable, et condanmé à perdre toute paye, tout argent de prise, tout ce qui lui était dû enfin ; on le força en outre à remplir son premier engagement de service, en renonçant à sa paye et à toute rétribution ; on devait lui donner seulement ce qui serait nécessaire pour payer ses vêtements, et on lui accorda enfin quelque argent de poche.

Dans cette même après-dînée, un autre navire fut signalé et pourchassé; au coucher du soleil, VAlabama l'atteignit et lui fit amener son pavillon; c'était un beau paquebot, le Tonawanda, de Philadelphie, appartenant au service de Liverpool entrepris par la maison Cope ; il allait de Philadelphie à Liverpool avec un chargement de grains et soixante-quinze passagers. Dans ces circonstances, il y avait lieu d'être très-embarrassé ; sur les soixante-quinie passagers, on comptait trente femmes et même davantage. Que faire d'une telle prise? On le savait à peine.

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Il était naturellement impossible de prendre les prisonniers à bord; cependant le Capitaine Semmes n'était guère disposé, et cela se comprend, à abandonner un si beau bâtiment s'il pouvait trouver un moyen d'arranger les choses, sans renoncer à détruire l'étranger. Alors on résolut de mettre à son bord un équipage choisi, espérant que sous peu un autre vaisseau de moindre valeur ou protégé contre la destruction par un chargement neutre, pourrait avoir la chance de se faire prendre, et fournir une belle occasion pour renvoyer les prisonniers.

En conséquence on prit au Capitaine une rançon de 80,000 dollars, comme mesure de précaution, pour le cas où Ton serait forcé de laisser aller le vaisseau sans autres pourparlers. Alors un maître de prise fut placé à bord du Tanawanda qui reçut Tordre de naviguer de conserve, et le vaisseau vainqueur partit à la chasse d'un brick qui fut bientôt hélé ; mais il était Anglais. On enleva cependant encore quelque chose à la prise; ce n^était rien moins qu'un nègre intelligent et bien élevé, nommé David White; il était esclave d'un des passagers et il fut transféré sur YÀlabama comme garçon de la table des officiers, où il resta jusqu'à l'événement de Cherbourg ; il n'était nullement disposé, autant que l'on peut en croire ses paroles, à regretter d'avoir changé de maître.

Le lendemain, comme surcroît de sûreté, le patron du Tanatcanda fut amené en otage à bord du navire Confédéré, tandis que les deux prisonniers des deux derniers bâtiments brûlés étaient transportés sur la prise. Les deux vaisseaux croisèrent ainsi de compagnie pendant deux ou trois jours — espace de temps fort ennuyeux pour l'équipage et pour les passagers du malheureux Tonatoanda. Us passaient la plus grande partie de leur temps à interroger avec ardeur les divers points de l'horizon, espérant que quelque vaisseau de guerre de leur nation

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pourrait se montrer en vue et les délivrer de leur désagréable position. Cependant ils n'eurent pas ce bonheur; et, le 11 Octobre, on augmenta encore leur nombre en envoyant avec eux l'équipage du Manchester. Lorsque ce beau navire des Etats-Unis, allant de New-York à Liverpool, fut livré aux flammes, comme tant d'autres, son incendie ne soulagea nullement l'inquiétude des prisonniers du vaisseau épargné; car ils pensaient qu'un sort semblable pourrait bientôt arriver à leur propre navire, si le hasard n'intervenait pas pour empêcher ce désastre.

Enfin, le 13 Octobre, l'émotion fut éveillée h bord des deux navires et les espérances des passagers du Tonawanda se changèrent en fièvre lorsqu'ils aperçurent un grand bâtiment qui n'avait que les voiles de hune. La grande facilité avec laquelle il marchait sous voiles semblait indiquer clairement à l'œil exercé d'un marin que ce devait être ou un baleinier ou un vaisseau de guerre. A bord de YAlabama la première supposition était celle qui souriait le plus et nous espérions un nouveau feu de joie entretenu par ces tonnes d'huile qui donnent des flammes si brillantes. Les prisonniers du Tonawanda étaient naturellement portés à souhaiter que ce fût un vaisseau de guerre; et des considérations de prudence purent difficilement les empêcher de faire éclater toute leur joie lorsque l'étranger s'approcha de nous , car la longue flamme qui flottait orgueilleusement à son mât semblait leur assurer que leurs espérances étaient réalisées.

Mais tout le monde fut également désappointé. Le grand vaisseau à la marche aisée n'était ni plus ni moins qu'un simple bâtiment marchand Espagnol qui s'appropriait cet ornement distinctif des vaisseaux de guerre plutôt par fatuité que par étiquette. Alors on remisa de nouveau les canons de VAlabama qui avaient été débarrassés de leurs amarres et chargés, et l'équipage fut renvoyé des postes»

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D'un autre côté, les passagers et les prisonniers désespérés du Tonawanda^ voyant s'évanouir ce rêve de protection qu'ils avaient si tendrement caressé, agitaient leurs poings vers l'Espagnol et descendaient digérer le mieux qu'ils pouvaient leur pénible désappointement.

Cependant ce temps d'attente eut une fin, et.la bonne fortune se présenta à eux sous la forme d'un coup de vent menaçant. Les apparences du ciel étaient si mauvaises que le Capitaine se décida à ne pas courir le risque de se séparer du vaisseau pour perdre à tout jamais cette prise embarrassante, mais assez importante. En conséquence, après avoir accepté une caution de rançon s'élevant à 80,000 dollars, il renvoya le patron sur son vaisseau et ie Tonawanda^ au milieu des enthousiastes démonstrations de joie des passagers pressés à son bord, mit à la voile pour ne plus reparaître.

Le vent devint alors plus fort et se changea en un ouragan assez violent. Toutefois, pendant les deux jours suivants, il n'empêcha pas VAlahama de chasser et de prendre, le 1 5 Octobre, la barque des Etats-Unis le Lamplighter, de Boston, allant de New-York à Gibraltar, avec un chargement de tabac, qui, cependant, comme on le reconnut ensuite, n'avait jamais été destiné à adoucir l'ennui des soldats Anglais qui tiennent garnison sur ce rocher peu agréable. La mer était terriblement houleuse, et les embarcations eurent beaucoup de peine pour aborder la barque et pour ramener les prisonniers, etc. Cependant elles y réussirent. Enfin le malheureux vaisseau.fut livré aux flammes ; après avoir brûlé violemment pendant un moment, il coula à fond, l'avant le premier, en laissant derrière lui un nuage odorant qui fit presque regretter à ses destructeurs l'œuvre qu'ils venaient d'accomplir. Alors on reconnut que les prisonniers qui avaient tout dernièrement relâché, devaient être bien heureux de

n'avoir pas été condamnés à affronter sur le pont de VAlabama le coup de vent qui lui arriva. Le 17 Octobre, le mauvais temps était au pire et pendant quelques heures VAlabama fut exposé à un ouragan en règle. L*orage ne dura pas longtemps ; mais, pendant quatre heures, il se déchaîna, avec furie. Nous n'avions pas encore ressenti sa plus grande violence, et le bâtiment portait encore sa grande voile de hune dont les ris étaient pris, avec la grande voile de fatigue également carguée ainsi que la voile d'étai du mât de hune d'avant, lorsqu'une bourrasque plus forte que les autres fit faire un brusque effort au grand bras supplémentaire. En un clin d'oeil il fut brisé en deux. La grande vergue n'étant plus supportée par le bras, et se trouvant pressée par toute la force de la voile et de la hune alors tendue, voltigea en avant et en l'air, jusqu'à ce, qu'elle fût presque repliée en deux. Alors un fort craquement se fit entendre, et la grande voile partit au loin en mettant la voile de hune en morceaux avec un bruit pareil à celui du tonnerre.

Le navire était dans le plus grand péril, car il ne restait plus assez de toile pour soutenir son avant au vent contre la puissante pression de la voile d'étai du mât de hune d'avant ; d'un moment à l'autre il devait plonger dans les vagues, et être au moins démâté, sinon complètement inondé. Mais l'œil vigilant du chef hunier de misaine vit le danger que nous courions. Sautant vers la vergue de la voile d'étai, il coupa promptement la voile ; alors le navire délivré de la pression de l'avant, se remit de nouveau au vent.

La grande voile de fatigue était amenée, et fendue, il est vrai ; on hissa à sa place, pour le temps de l'orage, une petite voile de fatigue triangulaire. Même avec ce minimum de voilure, la terrible pression que l'ouragan ' exerçait sur les espars faisait entrer le navire dans l'eau

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de plusieurs virures, et les matelots qui n'étaient pas occupés, ainsi que les mousses, furent attachés, par mesure de sûreté, sous les bordages supplémentaires; on plaça des garde-fous devant eux pour les empêcher de tomber sous le vent.

. Le dessin suivant indique la comrse Supposée de Torage ;

cëtait évidemment un tourbillon, mais probablement d'un petit diamètre.

Autant qu'il était possible, dans ces circonstances terribles, d'évaluer l'étendue probable de ce tourbillon, nous pensons que son plus grand diamètre devait avoir cent soixante à deux cents milles environ, tandis que le dia-

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mètre que VAlabama paratt avoir passé était probablement de trente à trente-cinq ou peut-être quarante milles « La partie la plus violente de Torage fut celle qui est re^-présentée par la partie la plus basse du dessin. Le tour^ billon marchait vers le N.-E., en suivant la directioa indiquée pailla ligne pointée.

VAlabama prit le coup de vent au S.-O. ; le vent souffla ensuite au Sud, et le navire traversa complètement le tourbillon. Sur ces entrefaites le temps se calma pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure, et alors le vent souffla au N.-N.-O. ; c'était le moment le plus terrible de l'ouragan; il commença avec la bourrasque qui enleva la grande vergue. Le baromètre descendit aussi bas que 28" 64'. A 2 h., il s'était relevé h 29*» 70', mais il retomba un peu ; puis s'éleva graduellement. L'élévation et la descente du baromètre furent très-rapides.

Pendant cette violente tourmente, les oiseaux volèrent très-bas avec une grande rapidité, et il tomba de la pluie, mais pas en grande quantité. La surface de la mer présentait une nappe d'écume mêlée d'un embrun, qui obscurcissait complètement tout sur le pont. Un curieux résultat de ce coup de vent fut un immense nœud dans lequel un morceau de grand hunier, la corde du point de voile et le cordage d'écoute s'étaient enroulés en mille sens, et toute tentative de dénouer ce nouveau nœud gordien, sans l'aide d'un couteau, eût été vaine et inutile. ' Pendant cette terrible tempête, VAlabama se comporta merveilleusement, prouvant ainsi qu'il était le navire le plus accompli qui ait jamais navigué.

Dans la soirée, l'orage s'était apaisé; mais la mer s'élevait encore à une hauteur effrayante, et, le lendemain seu- . lement, il fut possible de se mettre à réparer les avaries occasionnées par cette épreuve qui était bien la plus rude que VAlabama eût encore essuyée.

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