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tune de VÀlabama parut revenir avec ce temps plus favorable. Dans raprès-midi, les nuages s'entr'ouvrirent et donnèrent le temps d'observer la latitude ; cette opération était à peine terminée, que le cri : « Une voile! » se fit entendre du haut du mât de misaine; un b^u brick apparut flottant sous voiles avec la proue sous l^ent ; il courait sous les huniers dont les ris étaient serrés ; et alors on reconnut que c'était un vaisseau Anglais ; mais, quoiqu'il ne fût pas destiné à devenir une prise , la déviation de VAlabama occasionnée par cette poursuite fut des plus favorables pour le croiseur. Il avait à peine loffé de nouveau, après s*étre assuré' de la nationalité du brick, lorsque le cri bien-aimé se fit entendre de nouveau, et la barre fut mise pour la poursuite. Bientôt le nouveau bâtiment pourchassé devint parfaitement visible du banc de quart : c'était un grand navire courant vers le Nord et vers TEst à forces de voiles. Il s'avançait d'une façon bien déterminée en ôraquant sous la toile ; il avait même son grand mât de perroquet, quoique le vent soufflât encore à peu près comme dans un ouragan.
La direction du vaisseau étranger formant une diagonale avec celle de VAlabama, la vitesse avec laquelle il marchait l'amena bientôt à portée de la voix; selon la coutume on usa de ruse pour lui arracher l'aveu de sa nationalité. Le drapeau choisi cette fois fut l'étendard bleu d'Angleterre; les Etoiles et les Rayures qui flottèrent gaiement au sommet du navire marchand nous donnèrent bientôt sa réponse. Le navire Fédéral se précipitait en avant sous sa masse écrasante de voiles, courant sous le vent tout droit par le travers de la roule de VAldbama.
Mais la scène était déjà changée. Le pavillon Yankee était à peine hissé, que le signal trompeur descendit du mât de pavillon de VAlabama, et les plis blancs du drapeau Confédéré se déroulèrent au vent. Un éclair, un jet de
ET DE l'ALABAMA. 191
fumée blanche qui tourbillonna un moment à bord du croiseur pour s'évanouir bientôt en nombreuses guirlandes, et la bruyante détonation d'un coup de canon tiré par Ulabama firent signe au malheureux Yankee de mettre en panne. En^ clin d*œil, tout fut confusion à bord du bâtiment marcnand. Les voiles et les drisses furent abandonnées au milieu dû tumulte, et l'énorme nuage de voiles sembla sç rétrécir et se recroqueviller ; on eût dit que le vaisseau repliait ses ailes, comme un oiseau estropié ; la voile de hune du mât de misaine pendait soumise en attendant les ordres du vainqueur.
Les Confédérés reconnurent que c'était le Lafayette, de Boston, en destination de Belfast, avec un entier chargement de grains,' etc. Sur sa nationalité, il n'y avait naturellement pas de doute; mais alors s'éleva une difficulté au sujet de la propriété du chargement; il fut nécessaire d'employer quelques heures à des recherches patientes avant que le Capitaine Sommes pût prendre une résolution sur la marche qu'il avait à suivre. Enfin on décida que la réclamation du droit de neutralité n'était qu'un pur masque pour s'abriter contre la prise; à 10 h. du soir, le bâtiment fut formellement condamné, l'équipage transféré sur YAtabama, et la prise incendiée et abandonnée à son sort.
Ce qui suit est le mémorandum du Capitaine Semmes sur les chefs de la condamnation : —