‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 25 sur 89 · AFFAIRE DU LAFAYETTE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU LAFAYETTE

Bâtiment et cargaison condamnés ; j'ai considéré le chargement de ce bâtiment comme propriété ennemie, quoique' es eipéditeurs eussent prétendu qu'ils avaient acheté la cargaison en condition de neutralité. Ces conditions ex parte sont précisément celles que tout négociant sans scrupule préparerait pour Iromper son ennemi et mettre sa propriété à l'abri d'une

captare. Il y a deux maisons qui expédient dans le cas actuel : la Maison Craig et NicoU et la Maison Montgoraery Frères ; MM. Craig et NicoU disent que le grain qu'ils ont fourni appartient à MM. Shaw et Finlay et à MM.Hamilton, Megault et Thompson, tous de Belfast, c'est-à-dire de la ville où ce b&timent était en destination ; mais le grain ne leur est pas daigné, et ils ne pouvaient pas en demander la possession par le bulletin de chargement, car celui-ci était souscrit à ordre et laissait ainsi le contrôle entre les mains des expéditeurs. En outre,*les expéditeurs, au lieu d'envoyer leur grain comme chargement sur un vaisseau commun , se soumettaient aux propriétaires , en payant le chargement, en frétant le vaisseau tout entier, et en convenant d'un prix pour le ps^ement du chargement. Si cette propriété avait été bonâ fide la propriété réelle des diverses parties de Belfast nommées dans les dépositions, elle leur aurait été sans aucun doute souscrite par un bulletin de chargement qui les aurait autorisées à en réclamer la possession , et la convention pour le navire aurait été que les souscripteurs et les propriétaires payeraient le chargement sur délivrance. Quand même la cargaison aurait été achetée, comme le prétendent MM. Craig et NicoU, par les parties nommées, puisqu'ils ne la leur ont pas souscrite et qu'ils ne leur ont pas délivré le bulletin formel de chargement transmettant la possession, la propriété reste entre les mains de Craig et NicoU, et, comme telle, elle est sujette à être prise. Le chargement que MM. Montgomery ont essayé de couvrir est expédié par Montgomery frères de New-York, et ensuite souscrit à Montgomery Frères de Belfast; le Utre de la propriété, autant que cela est indiqué sur le bulletin de chargement, est aussi au nom de cette maison , ou de la maison succursale de New-York. En outre , les simples papiers de formalités d'un vaisseau et d'une cargaison ne prouvent rien , à moins qu'ils n'aient élé établis convenablement; et, dans le cas actuel, le patron du bâtiment, quoiqu'il soit en partie propriétaire du vaisseau, devait, en acceptant un chargement en temps de guerre , être informé de toutes les circonstances qui s'y rattachent concernant la propriété; mais il ne savait rien , excopié

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ce qu'il apprit par les papiers du bord. C'est pourquoi ces certificats furent déclarés frauduleux, et le bâtiment , aussi bien que le chargement, condamné. 3*Phillimore 610-612, il est dit: — « Que si les marchandises partent au compte de Texpédi- « leur, ou sont souscrites à son ordre ou possession (comme ( dans le cas actuel) , la propriété n'est pas dessaisie in trant sUu. » Les marchandises expédiées par Craig et Nicoll furent consignées à leur ordre, comme on Ta vu.

Quant à celles de Montgommery, voyez S"" Phillimore 605; il y est dit : — a Que si une personne est associée à une maic son de commerce établie en pays ennemi , elle est , quant eaux affaires et au commerce de cette maison, condamnée

< comme ennemie» et sa part est sujette à être confisquée comme ( telle, malgré sa résidence en pays neutre. » De plus, la propriété souscrite à Montgomery Frères , même en admettant que la maison de Belfast ne soit pas associée à la maison de New-York , est sujette à la même accusation , comme dans le cas de Gralg et Nicoll; car, quoique la propriété soit déclarée appartenant à une personne de Sligo , il n'y a pas de bulletin de chargement parmi les papiers autorisant cette personne à en réclamer la possession. C'est pourquoi la valeur n*est pas dessaisie in transiiu,

3» Philimore, 599, il est dit : « Une seconde preuve est tou-

< jours nécessaire lorsque le patron ne peut pas prêter serment

< sur le droit de la propriété » (comme dans le cas actuel). Or, comme je ne puis pas envoyer mes prises pour être mises en adjudication, je dois, par nécessité, condamner dans tous les cas où ft d'autres preuves » sont nécessaires, puisque la supposition de « nouvelles preuves » provient de la présomption que la neutralité du chargement n*est pas suffisamment établie; doQc, comme la neutralité de la propriété ne résultait pas plei-

I oetnent de la teneur des papiers du bâtiment et delà déposition do patron, j'avais le droit d'agir sur la présomption d'une propriété ennemie.

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mÏMiit . le Lafayette n'oiïrait plus qu'une faible

\9k CROISIÈRES pu SUMTER

clarté dans le lointain; mais cet événement forma un sujet de discussion pour les deux jours suivants, surtout lorsque, d'après les journaux trouvés à bord, on put s'assurer que la nouvelle des prises faites sur les bancs de Terre-Neuve était déjà parvenue aux Etats-Unis et que les croiseurs Yankees devaient être naturellement en pleine poursuite contre nous.

Toutefois, le 26 Octobre remplit l'équipage de YÀlabama d'une ardeur nouvelle. Le temps était devenu d'une splendide clarté, le vent qui soufflait de l'Est était léger et le navire glissait doucement et rapidement avec les bonnettes dehors sur la longue et douce houle qui seule restait pour raconter les violents coups de vent de la dernière quinzaine. Chacun jouissait de ce changement soudain; la sévère discipline du bâtiment de guerre fut même pendant un moment relâchée dans une certaine mesure; les officiers et les hommes de l'équipage s'abandonnaient au plaisir complet de cette période de soleil et de tranquillité qui leur venait après un long intervalle de ténèbres et d'orages. Seul, le matelot de quart, monté sur les ver* gties des hunes de misaine, parcourait encore rhorizon avec autant d'ardeur que jamais et restait à la recherche des prises. A midi, sa vigilance fut récompensée par l'apparition d'une voile à bâbord ; en un moment tout fut de nouveau tumulte et agitation à bord. Aussi rapidement qu'il est possible de le dire, « les cerfs-volants » furent serrés, les vergues brassées, et le navire partit en chasse sous une forte bouline.

Mais l'étranger se trouvait en ce moment tout à fait dans la direction du vent et était éloigné de quatre ou cinq milles. VAlahama volait à travers les ondes en faisant rejaillir l'écume par-dessus son avant effilé; il se \ mettait à l'œuvre comme s'il eût connu d'avance l'ouvrage qu'il avait à faire ; il était ardent à la poursuite. Mais la

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voile étrangère allait presque aussi vite, si ce n'est aussi vite, que lui, et sa position aussi éloignée dans la direction du vent lui donnait un immense avantage. Le jour aussi approchait de sa fin et le ciel commençait à se couvrir de certains nuages qui donnaient tous les signes d*un6 nuit sombre, peut-être même orageuse. Si le vaisseau poursuivi pouvait seulement soutenir sa marche jusqu'à la nuit il était sauvé; déjà les espérances d'une nouvelle prise commençaient à s'évanouir, et les ardents spéculateurs qui se tenaient sur le gaillard d'avant attendaient l'ordre d'échanger la barre et d'abandonner la chasse.

Sur le gaillard d'arrière aussi, l'idée que celte chasse était sans espoir gagnait tous les esprits. On disait que ce n'était pas la peine de tenir plus longtemps le navire hors de sa direction. Mais VAlabama ne devait pas laisser s'échapper une seule chance de prise; et, avant d'abandonner tout à fait la poursuite, il fut décidé qu'on essayerait d'abord l'effet d'un ou deux coups de canon dans la voilure dé l'étranger. Un faible cri d'applaudû Apidement réprimé par la voix des officiers parmi réqidpage ardent qui se tenait sur le gaill d'avant lorsque le premier canon à pivot fut dégagé et chargé, et lorsqu'une minute après le brillant éclair, accompagné de son jet de blanche fumée, s'élança de l'avant du croiseur; alors la bruyante détonation d'un calib're de 32 fit retentir le commandement de mettre en panne.

Il y eut un moment d'attente pendant lequel tout le monde retint son souffle, et il s'éleva un second murmure d'applaudissement lorsqu'on vit les voiles de l'étranger frémir un instant dans le vent; le vaisseau pourchassé était effrayé; il arriva au vent et se tint immobile avec les Etoiles et les Rayures qui flottaient à son sommet. Après une heure de course, VAlahama était bord à bord avec

l'étranger et avait pris formelle possession du schooner des Etats-Unis le Crenshaw, allant de New- York à Glascow, et depuis trois jours en mer.

Alors commença une nouvelle recherche sur la nature du chargement. Des notes furent encore une fois prises avec soin, de peur qu'une propriété neutre bond fide ne fût comprise dans le sort qui devait arriver à la capture ennemie. Enfin le cas fut décidé contre le vaisseau et le chargement; en conséquence, tous les deux furent livrés aux flammes; la déclaration suivante fut faite par le Capitaine Semmes sur les divers chefs qui motivèrent sa décision : —

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