‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 28 sur 89 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Désappointement — Dérouté — Le Levi Slarhurck — Légumes frais — Nouvell. s — L'autre côté de l'affaire — Bonté récompensée - Le T, B, Wale* — Une famille — Volontaires — Vaisseau de guerre bien construit.

Le mois d'Octobre qui venait de commencer continuait à nous amener un temps rude et orageux. VAlabama était encore à deux cents milles de New- York, et il parut qu'il était nécessaire de faire un changement dans ses plans. Depuis qu'il était parti pour sa croisière aventureuse, le Capitaine Semmes avait toujours eu l'intention de faire son apparition devant ce port qui est bien le plus important de tous ceux que possède l'ennemi; s'il n'était pas assez fort pour menacer positivement la place elle-même, il voulait cependant faire quelques prises en vue delà principale ville du Nord. C'est pourquoi ce fut pour lui un singulier désappointement de se voir joué par une succession continuelle de vents hostiles et de courants contraires : les brillants succès qu'il avait eus jusqu'alors, puisqu'il avait capturé vingt et un vaisseaux eitilétruit des marchandises pour un million de dollars, samblaient même pouvoir à peine compenser l'échec de 'son projet favori.

Toutefois, il devint bientôt évident que le projet de faire

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ïne apparition devant New-York devait être abandonné K)urle moment, et, le 50 Octobre, le mécanicien en chef it consulté sur la quantité de charbon qui restait dans les Dûtes. La réponse fut mauvaise. Il ne restait plus de Dmbustible que pour quatre jours ; il était clair que si le îvire se fût trouvé plus près qu'il ne Tétait de Tendroit Ssigaé, cette petite quantité de charbon n'aurait été qu'un ible secours pour oser s'aventurer dans une entreprise dangereuse. Le projet fut donc abandonné avec répulance, les feux réduits, le propulseur relevé de nouveau, le navire marcha sous voile vers le Sud-Est pour faire i charbon.

VAlabama était alors en dehors de la roule des navires I commerce, et pendant quelque temps il découvrit à ine une voile. Le 2 Novembre, cependant, amena une >uvelle prise ; c'était le Levi Starbuck, parti depuis cinq ars de New Bedford pour la pêche à la baleine et al- Qt vers le Pacifique, où il devait rester trente mois, mme tous les baleiniers, il portait un équipage plus Mnbreux que les autres bâtiments d'un égal tonnage, et ûgt-neuf prisonniers furent transférés sur VAlabama. as'engageant dans une croisière aussi longue, il s'était ariaitement approvisionné de tout le nécessaire, et le ainqueur put prendre à son bord différents objets dont il inimençait en quelque sorte à manquer complètement, îrès le gros temps qu'il avait éprouvé. Parmi les dépouilles du Levi Starbùck^ une superbe >llection de choux et de raves, tout fraîchement emportés îleur sol natal, constitua une trouvaille des plus estifcs! En vérité, ils étaient pour nous d'une valeur sans reille. VAlahmM avait passé soixante-dix jours en Jp, et, pendant presque toute cette période, son équipe avait vécu entièrement de provisions salées. Jusalors, heureusement, ce régime n'avait produit aucun

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mauvais effet; mais les légumes frais vinrent de la façon la plus heureuse éloigner tous les dangers du scorbut, ce fléau de l'existence du marin, auquel les provisions salées nous auraient exposés si nous y avions été condamnés plus longtemps.

En vérité, si Ton ne savait pas combien le changement de régime est nécessaire pour la santé de l'équipage d'un navire, on aurait trouvé assez plaisamte la joie aveclaquelle des honmies qui, pendant les six derniers mois, avaient détruit presque journellement , et pour des millions , des biens de toute nature et des chargements de la plus grande valeur, saluaient maintenant un sac ou deux de raves, et quelques modestes feuilles de choux. Mais l'abstinence a de singulières vertus *, et, pour enseigner la véritable valeur des bonnes choses de cette vie, il y a peu de recettes plus effectives qu'un voyage de quelques mois s le gaillard d'avant d'un vaisseau de guerre en croisière.

Outre les choux et les raves qui arrivaient si à point, d'autres dépouilles du Levi Starbuck coniribuèreni encore à la distraction des hommes du navire. Le navire Fédéral était approvisionné de journaux qui passèrent vivement de main en main, et dans le carré des officiers et dans la chambre des matelots; ils apportèrent un changement agréable dans nos sujets de discussion qui avaient été épuisés et usés pendant tous ces tristes jours et toutes ces nuits orageuses remplies d'aventures et d'accidents. Les journaux du Starbuck donnaient des nouvelles du pays Yankee jusqu'au 28 Octobre, et l'article le moins important ne fut certainement pas celui qui parlait de l'agitation causée parmi l'ennemi par la petite embarcation dont les officiers plaisantaient alors gaiement sur la consternation que leur . navire avait fait naître et sur les mesures énergiques qui devaient être prises pour le détruire.

Ce n'était certes pas un amusement à dédaigner de lire les paroles pleines de colère des journaux Yankees, et les rapports étrangement exagérés des déprédations du terrible « pirate » Confédéré. 11 était quelquefois difficile de reconnaître les événements dont ils parlaient sous les magnifiques embellissements qu'on y avait ajoutés en les rédigeant. Quelquefois aussi, une exclamation de dégoût échappait à quelque officier, plus excité ou moins philosophe que ses camarades, lorsque, la tète à moitié ensevelie dans une large feuille mal imprimée et sentant mauvais, il lisait tout haut, pour l'édification des hommes de l'équipage, les injures dont on accablait le navire et les officiers, ou les paragraphes qui dénonçaient la barbarie avec laquelle nos malheureux prisonniers étaient traités pendant leur séjour à bord. Parmi les individus qui montraient ainsi leur véritable nature en insultant et dénigrant des hommes qui, quoique ennemis, s'étaient [efforcés, tandis qu'ils les avaient en leur pouvoir, d'alléger autant qu'il leur était possible les duretés inévitables de la captivité, nous signalerons le patron du Brilliant; il obtint un prix d'honneur qui n'a rien d'enviable ; avec quels grossiers mensonges il payait ses vainqueurs de leur bonté ! Aussi plus d'une fois, dans le carré des officiers et dans la Sainte Barbe de VAlabama^ on jura que si ce monsieur retombait entre nos mains, on aurait la sagesse de ne plus dépenser de la politesse envers quelqu'un qui savait si peu l'apprécier.

L'affaire du XetH Starbuck fut réglée d'après la manière habituelle, etTii/a^ama marcha de nouveau sous voiles; le 5 Novembre, on doubla Bermude, « le séjour paisible, » mais à une trop grande distance pour voir la terre.

Samedi 8 Novembre. — **** Vers le milieu de la veillée, on signala une voile — un schooner qui se tenait au Sud. En haut tout le monde pour virer lof sur lof

(1 h. 30 du matin), et nous donnâmes la chasse. Au point du jour, lorsque le navire poursuivi était à cinq milles à la proue sous le vent, nous aperçûmes un bâtiment qui se tenait au Nord-Est. Nous abandonnâmes la chasse du schoonèr pour nous mettre à la poursuite du navire. A 10 heures du matin, cette nouvelle proie était à un mille de nous ; elle arbora les couleurs des Etats-Unis, et alors nous la mîmes en panne avec un coup de canon et un changement de pavillon ; nous envoyâmes un canot et nous amenâmes le patron à bord. C'était le vaisseau J. B. WaleSy de Boston, venant de Calcutta pour Boston. Comme il n'y avait aucune revendication de propriété neutre parmi les papiers , et comme le patron n'avait aucune connaissance à ce sujet, si ce n*est que la graine de lin appartient au propriétaire du bâtiment, nous condamnâmes et le navire et la cargaison. Une grande partie du chargement était consignée aux Frères Baring , de Boston ; parmi les biens à leur adresse se trouvaient 1,704 sacs de salpêtre — contrebande de guerre qui aurait condamné tout le bien des Barings, quand même la preuve de la propriété eût été trouvée à bord, ce qui n'était pas le cas.

Nous sommes embarrassés de deux femmes et de quelques enfants; car le patron avait sa femme avec lui, et un passager, qui se trouvait sur le navire, était aussi accompagné de son épouse. Je les placerai sur le carré des officiers, car j'ai deux chambres d'apparat préparées pour elles. Pauvres femmes ! Elles souffrent pour les fautes de leurs méchants compatriotes qui soutiennent une guerre meurtrière contre nous [****•

A la nuit, une voile fut signalée par le matelot de quart, et un feu apparut bientôt dans le lointain, mais nous ne parvînmes pas à prendre le navire. Enfin, après avoir transporté les prisonniers de la prise à bord et enlevé la

grande vergue du navire ennemi pour remplacer la nôtre, qui a été emportée pendant Touragan du 16 du mois dernier, nous incendiâmes la prise et nous continuâmes notre course. Neuf hommes de l'équipage de ce vaisseau s'engagèrent comme volontaires, et furent embarqués comme faisant partie de notre propre équipage — acquisition d'une plus grande valeur que la prise elle-même.

Dimanche 9 Novembre. — Mon ménage ressemble tout à fait à une famille, grâce à la présence des femmes et au joyeux babil des enfants. Nous avons eu un Dimanche tranquille, rien ne s'est montré en mer.

Pendant quelque temps, à partir de cette époque, les jours calmes furent les plus nombreux. VAlabama était alors dans la région des vents alizés, mais il se passa du temps avant qu'ils n'aient bien pris. Du 9 Novembre, en lat. 27^52 N., long. 58°24 0., au 15 Novembre, en lat. 21® N., long. 57°49 0., le vent continua d'être léger et variable^ soufflant même quelquefois, pendant plusieurs heures, directement du Sud. Le 15 Novembre, le mousson du N.-E. parait s'être bien établi, et, depuis cette époque, le beau temps et des brises favorables furent à Tordre du jour.

Dimanche 16 Novembre, — Magnifique temps clair, avec un mousson modéré venant du S.-E. Les vêtements en laine deviennent insupportables. A 11 h. du matin, nous avons réuni l'équipage et inspecté le navire. Dimanche tranquille; rien en vue; notre vaisseau commence à avoir tout à fait l'air d'un bâtiment de guerre; sa batterie est disposée dans le plus bel ordre ; ses ponts sont propres, son extérieur est fraîchement peint, ses mâts sont grattés, etc., etc., et l'équipage est bien discipliné. Jusqu'à présent, je n'ai jamais vu un équipage

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mieux disposé ni ayant plus d'ordre. Tous les Iiommes sont bien entrés dans la bonne voie.

Lundi 17 Novembre. — **** Nous courons au-devant du vent avec les bonnettes de chaque côté. A 2 h. de relevée, nous passons Tlle de la Dominique à un demipoint de Tavant à tribord.

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