‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 30 sur 89 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

en mer — Nettoyage du bâtiment — - Tarif de la paye — Une prise opportune — Le Parker-Cook — Une décision — Le repos d*Biie bonne nuit •— Sang-froid — Au milieu des berceaux de jasmios — ▲ la recherche d'une riche prise — La Mina — « Grâce k Ulahama, >

' VAlabama était alors à la recherche d'un steamer Gali-^

foroien, et il était tout à fait probable qu'en agissant

sinsi il pouvait aller au-devant d'un combat. Cependant,

ti tel devait être le résultat de notre, croisière, nous ne

boulions faire aucune disposition pour Téviter. Le n^vlTe

était en commission depuis trois mois, et quoique |iia«

sieurs hommes de son équipage eussent d^abord été des

individus fort grossiers— et nous devons surtout citer les

ii30Qsses qui avaient été ramassés dans les rues de Liver-

Pooli et qui sont notés par le Capitaine Semmes comme les

Jeunes coquins les plus incorrigibles — ces quatre-vingts

jours d'une discipline soutenue et bien conduite avaient

fait des merveilles, donné le goût de Tordre à ces éléments

Srossiers; et ces matelots de marine marchande, ramassés

^ et là à tout hasard, entraînés par la perspective d'une

haute-paye ou d'aventures émouvantes, formaient un équi-

pjige aussi bien dressé et aussi bien discipliné que celui

de certains vaisseaux de guerre qui auraient fait deux fois

plus de service*

Aussi tous ces hommes étaient décidés et ardents; ils voulaient se frotter avec Tennemi. Toutefois on devait veiller à ce que la force relative des deux vaisseaux ne fût pas trop disproportionnée ; la rencontre d'un bâtiment des Etats-Unis d'une force égale à la nôtre aurait été saluée avec joie par tout le monde du bord.

Il y eut une grande animation à bord de VAlabama le surlendemain de son départ de Blanquilla; car on crut à la possibilité d'une rencontre. Il était encore de bonne heure dans la matinée lorsqu'un navire fut signalé à Tavant; il marchait vent debout; bientôt on découvrit que ce navire étranger était un grand steamer à roues, gréé comme une barque, et se dirigeant vers VAlàbam* Il était d'une taille considérablement supérieure à la nôtre, mais on résolut de voir au moins de quoi il était fait, et on loffa VAlabama au vent, tandis que Ton se préparait à baisser le propulseur pour mettre le navire sous vapeur. On s'aperçut bientôt que l'étranger continuait tranquillement sa course, sans faire la moindre attention à nos manœuvres; et comme il était assez clair qu'aucun vaisseau ennemi, si supérieur en taille, ne voudrait perdre une occasion si séduisante, on comprit parfaitement que l'étranger devait être nécessairement un bâtiment neutre, et probablement un vaisseau de guerre à vapeur Français, en destination pour la Martinique. Alors le propulseur fut laissé où il était, et YAlabatna reprit de nouveau sa course.

A 9 h. du même matin, la côte de Porto Rico était en vue, et, quelques heures après, VAlabama entrait dans \% Passage d'Ariglesey en raccourcissant ses voiles; il agissait ainsi pour permettre à une barque de le rejoindre, car il voulait s'assurer de sa nationalité. Cette barque, qui était Anglaise, fit abaisser son pavillon en pîissant devant les Etoiles et les Rayures qui flottaient au haut de

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%ma. Or, comme ce salut ii*élait réellement pas i au navire Confédéré, mais bien à ses ennemis, il embla tout naturel de ne pas y répondre. ime le Passage d'Anglesey est la route ordinaire des î marchands des Etats-Unis, on était presque cerf rencontrer au moins un croiseur établi en faction îs protéger. On exerça donc une active surveillance îspéra de nouveau une rencontre avec les Yankees, «pendant n'apparut à Tborizon ; et l'attention de ama fut presque entièrement consacrée, pendant r, aux affaires purement intérieures.

)urd'hui — écrit le Capitaine Sommes, dans son jourc'est le grand jour de lessive du bâtiment. Le sr lieutenant, sans s'inquiéter davantage du Passage esey, ni des voiles étrangères, etc., est occupé de osses et de son sable. ***** )urd'hui, j'ai donné au Payeur un ordre qui l'auà payer les salaires convenus avec l'équipage de- 'erceire ; savoir : —

ine d'armes par mois

-maître —

is des vivres —

t d'armes —

ier , . . . . —

er —

Itre d'équipage —

canoDDier —

charpentier —

voilier —

«•«maître —

liers de pont —

8 de chaloupe —

îr-maître du gaillard d'avant —

Dollars.

Francs.

ISO »»

Delhtn. PnuiM.

<}uartier-maître des huniers — 24 20 425 »>

Quartier-maitredugaillardd'arrière -— 24 20 125 »>

Gontre-maîlre de la cale -— 24 20 135 »»

Servant de chambre ' — 24 20 125 »»

Servant du carré des officiers,. , . . — 24 20 125 »»

Matelots — 2178 112 50

Autres matelots , — 19 36 lOOl»»

Soldats de marine — 14 94 82 50

Mousses — ' 9 68 60»»

Chauffeurs — 33 88 175 »»

Ajusteurs — 24 20 125 »i

Dimanche 30 Novembre. — J'ai réuni et inspecté l'équipage. A 9 h. du matin, j'ai envoyé une embarcation à bord d'un schooner Espagnol parti depuis vingt jours de Boston, en -destination de Saint Domingue. Il m'a remis des journaux du 13 Octobre. Quelques instant* après, une autre voile se montra sous le venit ; elle se dirigeait vers la côte. Nous courûmes sur elle, et lorsqo'oa fut à une distance convenable, je fis hisser les couleurs des Etats-Unis. L'étranger répondit avec les mêmes couleurs. Alors, suivant notre coutume habituelle, nous arbo* rames notre propre pavillon et nous tirâmes à poudre. Ce seul coup lui fit mettre la barre au vent. Nous envoyâmes aussitôt une embarcation à son bord. C'était la barque Parker Cook, de Boston, et allant de Boston aux Cayes. Elle arrivait à merveille, car nous étions complètement k court de provisions, tandis qu'il y en avait à revendre à son bord. Nous lui enlevâmes une grande quantité de viande de porc, des fromages, .du biscuit, etc., et à 10 h. du soir, nous illuminâmes les rives de Saint Domingue avec un bûcher payé pôr ces méchants individus qui seraient bien aises de voir une autre révolution de Saint Domingue dans notre malheureux pays.

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Pendant raprèsrmidi, le temps devint menaçant et le vent souffla très-fort en soulevant une grosse mer. Comme nous étions dans la Baie de Samana, je me sentis un peu inquiet en voyant le navire aller a la dérive un peu trop près du rivage. Il y a pour un Commandant des sujets d'inquiétude que les autres officiers entrevoient à peine. Notre prise a été brûlée devant le Cap Raphaël. Je ne rentrai dans ma cabine que vors minuit : je fus appelé deux heures après, lorsqu'on eut parcouru la distance prescrite. Je retournai à mon hamac, et je venais de tomber dans le bien-être d'un sommeil réparateur, lorsque l'officier de quart descendit en grande hâte pour m'annoncer qu'un grand vaisseau se dirigeait sur nous en droite ligne. Nous avions mis la barre au vent; or, comme la lune était descendue et que la nuit était obscure, j'en conclus que l'étranger était tout près de nous. J'ordonnai immédiatement que l'on carguât la grande voile de hune; et, en jetant à la hâte quelques vêtements sur mes épaules, je courus «ir le pont. D'un coup d'œil je ^is que le danger était passé, car l'étranger était en arrière du bau et courait sous le vent. Nous virâmes de bord, et nous le stiivimes.

Lundi 1" Décembre, — Un rude vent alizé avec des nuages à rafales. Un tourbillon est passé près de nous. Nous n'eûmes que le temps de serrer les bonnettes qui «valent été mises pour chasser le désagréable étranger de la nuit dernière, celui qui avait troublé mon repos. Le Taisseau pourchassé était un brick Espagnol. ***** La terre est en vue à bâbord, et à midi le cap est droit sur l'avant.

Mardi 2 Décembre. — Nous courons vers la terre et nous sommes en face la Grange à midi. La nuit passée, à dix heures, une voile a été signalée à bâbord, près de Tarrière ; elle descendait sous le vent comme nous. Nos feux étaient allumés et nous nous trouvions en pleine vue

au large ; j'appelai tout le monde aux postes, et je fis préparer le bâtiment pour l'action ; on tourna sur bâbord et on chargea les canons. Comme l'étranger se rangeait à peu près sur notre travers, aune distance d'environ huit cents yards, nous vtmes que c'était un fort steamer, sous vapeur, avec toutes ses bonnettes de chaque côté. 11 fallait prendre une détermination! Nous n'avions pas de Tapeur et notre propulseur était relevé !

Quelques minutes cependant mirent fin à notre indécision. Les paisibles mouvements du steamer qui marchait sans resserrer ses voiles et, autant que nous pouvions le voir, sans faire de préparatifs de combat, indiquaient clairement que ce n'était pas un ennemi, mais probablement un vaisseau de guerre de la marine Espagnole allant de Saint Domingue à Cuba. Ma première intention fut de me mettre bord à bord avec lui et de lui parler ; dans ce but, je fis tendre la voile de misaine et les voiles de perroquet d'artimon. Mais l'étranger nous eut bientôt laissés fort loin en arrière, et il -était hors de vue longtemps avant que nous ayons pu chauffer et baisser le propulseur pour la course.

Vers 3 h. de l'après-midi, nous aperçûmes l'Ile de la Tortue. On signale une voile sur le devant de tribord; elle se dirige, dit-on, par notre avant dans la direction de bâbord. Mais combien les vigies sont stupides! La première chose que nous reconnaissons, c'est que ce navire est au large à tribord, serrant notre vent, et qu'il a été tout le temps à tribord. Je suis rentré à la nuit dans ma cabine, espérant prendre un peu de repos, car je suis resté debout la plus grande partie de la nuit dernière. Mais j'étais à peine dé^abillé et j'allais me mettre sur mon lit de camp (10 h. du soir) lorsque l'officier de quart descendit en grande hâte pour me dire qu'un grand bâtiment courait sur nous; — nous avons

ET DE l'aubama. 225

mis la barre au vent; — on croit, dit-il, que c'est un steamer. Immédiatement je donnai l'ordre à l'officier de faire tendre les voiles; puis je montai sur le pont; et, au premier coup d'œil, je reconnus que ce navire était un brick qui s'éloignait de nous, et qu'il était à quelque distance en arrière.

Je redescendis, et cette fois je réussis enfin à me mettre dans mon lit; mais je fus bientôt réveillé pour apprendre qu'un navire, avec une voilure très-blanche, cou- • raât sur nous un peu en avant de nos eaux. Je montai sur le pont et je fis de nouveau mettre les voiles en leur plein ; nous courûmes sous une voilure modérée pour voir approcher l'ennemi. La nuit est à la bourrasque ; il tombe des averses, I et le vent est fort; àlh. 30 du matin, l'étranger était f près de nous, alors nous lui parlâmes. C'était un petit [ schooner — blanc comme le sont presque tous les schoo- *• nersdes Indes Occidentales — mais il était Espagnol. Je rentrai dans *ma cabine à 2 h., et au point du jour on m'apporta la nouvelle qu'il y avait deux navires en vue. A 7 h. du matin, l'un d'eux était à la distance des signaux, et il me fallut de nouveau sortir. Cette nuit donnera une idée de la façon dont je dormais ordinairement pendant mes croisières.

Mercredi 3 Décembre. — Nous croisons aujourd'hui à la faveur d'un temps très-beau et très-clair, dans le pas- ' sage situé entre Saint Domingue et Cuba. Nous avons fait montrer les couleurs à deux vaisseaux neutres, et à midi nous sommes partis pour l'extrémité orientale de Cuba. Où peuvent donc être tous les croiseurs de l'ennemi, 'puisque les passages importants que nous avons traversés sont laissés sans défense? Ils sont allés, je suppose, à la poursuite de YAlabamal

A 10 h. du soir, grâce à un brillant clair de lune, on aperçut une barque tout près de nous, et on tira un

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coup à poudre pour la faire mettre en panne; puis nous virâmes de bord. Comme elle dédaignait notre signal, j'ordonnai qu'on tirât un boulet au-dessus de sa coque. Cette décharge produisit l'effet désiré, notre coup passa, — comme nous l'apprîmes ensuite, — entre son étai de misaine et son mât de misaine. C'était la barque Française le Feu Sacré, allant de Port au Prince à Falmouth (1). Lorsque nous demandâmes à son patron pourquoi il n'ayait pas mis en panne au premier coup, il répondit qu'il était Français et qu'il n'était en guerre avec personnel ****A minuit nous virâmes sur le cap Mayzi.

Jeudi 4 Décembre. — **** Nous allons au large et nous revenons devant le Cap Mayzi, en attendant notre ami de Californie, qui a du quitter Aspinwallle l•^ et qui passera par ici aujourd'hui ou la nuit prochaine. Les feux sont préparés pour nous donner de la vapeur au premier signal. Plusieurs voiles sont passées pendant la journée. J'ai exercé l'équipage à la batterie au coucher du soleil. 11 fait une belle nuit claire, mais il souffle un vent un peu trop fort du N.-E. Nous sommes en panne au large, en face du Cap Mayzi. Tout le monde est surexcité au plus haut degré et il y a un grand nombre de vigies volontaires. Quant à moi, j'ai mis le bâtiment dans la position la plus convenable, et je suis rentré à 10 h. du soir, après avoir donné l'ordre de ne pas m'appeler pour un vaisseau à voile. J'ai passé une bonne nuit et pris du repos, ce dont j'avais grand besoin.

Vendredi 5 Décembre. — Il fait une très-belle matinée bien claire : la partie occidentale d'Haïti est en vue, quoi-

(1) D'après le journal d'un officier du bord, le patron de ce navire se plaignit vivement d'avoir été dérangé par de» vaisseaux des Etats-Unis; il avait pris VAlabama pour le navire des Etats-Unis le Wyoming.

ET DE l'alabama. 227

que éloignée de quatre-vingt-dix milles. Pendant cette matinée embaumée, j'ai beaucoup goûté les chants joyeux de notre canari. C'est un petit prisonnier fait k bord d'un baleinier; et quelquefois, le matin de très-bonne heure, je me figure que « je suis dansles bosquets de jasmins, » respirant rôdeur des fleurs et écoutant les accents de ces chanteurs sauvages si ordinaires dans notre cher pays du Sud. Que Dieu daigne débarrasser promptemcnt notre . patrie des hordes cruelles et fanatiques gquî la désolent maintenant sous les vains prétextes de liberté et de gouvernement libre !

Si les steamers de Californie prennent encore cette route, le steamer du 1*' doit avoir été retardé, ou alors il est passé devant nous la nuit dernière. Plusieurs voiles Wût en vue, mais je ne puis pas quitter maintenant ma position pour les héler, dans la crainte de manquer mon but principal. A midi, un schooner eut la fantaisie de se jeter sur notre route, sans qu'il fût nécessaire de lui donner la chasse. Je l'amenai bieur vite; il était propriété des Etats-Unis. C'était le Ninaj de Baltimore, et parti de ce port pour Port-Marie dans la partie septentrionale de la Jamaïque. Conmie son chargeaient était Anglais, je le relâchai sous une caution de 15,000 dollars. Il était de quatre-vingt-dix tonnes, et avait treize ans. Je le gardai près de moi jusqu'au coucher du soleil, et alors je lui permis de partir, après avoir envoyé à son bord les prisonniers de la barque Parker Cook,

Notre espoir de prendre le steamer Californien est bien

diminué depuis que le second du schooner nous a assuré

que les steamers ne suivaient plus cette route, mais que

ceux qui partaient prenaient le Passage d'Anglesey, et

ceux qui revenaient le golfe de la Floride. Cependant

2i$ CRQISIÈUS DU SUIITER

je Teax attendre encore un jour ou deux pour m*assurer si je n*ai pas été trompé.

SomT! 6 nmmhn. — **** A 9 *h. du matin, on a rderé le pn^Ndsev tt £ût toQc vers le N.-E. Le steamer Californien, q^ vient de partir, doit être aujourd'hui devant le Cxp, s*il prend réellement ce chemin ; je yeux donc garder le Cap en vue toute la journée. Je glane le paragraphe suivant, dans une lettre de New-York, publiée* par le Biiliimort Sm, pris à bord du schooner la Nina ;—

c Pendant la semaine dernière, les embarquements de c grains <Mit été liaits presque entièrement sur des navires c étranges; car le drapeau Américain est pour le mo- « ment en dê&veur, grâce aux croisières du steamer c rd>eUe VAfmbamm. >

ET DE l'alabama. 229

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