‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 33 sur 89 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Encombré de prisonniers — Poursuite d*un ami ^ A la Jamaïque - Réception enthousiaste — Repos k terre — Un speech — Oa lève Tancre — Une prise — Affaire du Gol({en Rule — Rétablissemeut de la discipline — Capture du Chastelain — Saint Domiugue - Le Palmetto — Les hommes du jour aux Etats Unis.

Le petit jour de fête, c'est-à-dîre de combat, était passé, et VAlabama retournait à ses occupations qui consistaient à inquiéter le commerce de Tennemi. Nous courions vers la Jamaïque, car le Capitaine désirait se débarrasser le plus tôt possible de la nichée de prisonniers qui encombraient ses ponts et qui causaient naturellement de grands dérangements aux matelots et aux officiers. Ces derniers surtout étaient serrés de la façon la plus désagréable, et le Capitaine leur avait donné l'exemple de l'abnégation en abandonnant sa chambre d'apparat au Lieutenant Blake, Commandant de VHatteras coulé à fond.

On peut supposer que dans ces circonstances YAÎabama ne désirait pas trop augmenter le nombre de ses passagers involontaires ; toutefois le devoir était le devoir; et lorsque, le lendemain de l'engagement, on signala une voile, la chasse fut faite comme d'habitude, et l'attente générale fut de nouveau excitée au plus haut degré à la seule pensée de cette prise. Vers 2 h. 1/2, VAla-

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bma était à la distance des signaux du bâtiment pourchassé, déjà il s'apprêtait à lui faire la demande habituelle, lorsque Ton découvrit que la barque « étrangère » li'était rien moins que son vieux et fidèle transport VA^ grippine; VAlabama reprit alors sa course; mais il s'amusa bien de cette méprise qui lui avait fait chasser ainsi son ami le plus intime.

Une semaine s'écoula sans amener aucun événement intéressant ; nous faisions route vers la Jamaïque, en recevant tout le long du chemin une série de bourrasques plus oumoins fortes, qui, dans l'état d'encombrement du navire, n'étaient rien moins que désagréables. Le 20 Janvier, nous étions en vue de la terre un peu avant le point du jour. Nous passâmes devant Portland à 3 h. du soir environ,

''et nous arrivâmes en face du phare de Plum Point à 4 h. 1/2. Les couleurs Françaises furent alors déployées en cas d'accident et on tira un coup de canon pour demander un pilote. Vers 6 h. 1/2, cet important personnage fit son apparition à notre bord, et trois quarts d'heure après VAlabama était en sûreté dans le port de

i Port Royal.

■ Mercredi 21 Janvier. — Nous avons trouvé plusieurs vaisseaux de guerre Anglais — le Jason^ le Challenger, lefireyftound, etc., etc., dont tous les Commandants sont venus nous faire visite. J'ai vu le Commodore Dunlop ce matin, et j'ai demandé au Gouverneur, par son entremise, la permission de mettre mes prisonniers à terre, ce qui m'a été accordé de suite. J'ai pris des arrangements pour faire du charbon ; on approvisionnera le navire et on réparera les avaries. Dans l'après-midi je suis allé à Kingston et, de là, vers les montagnes avec M. Fyfe.

Jeudi 22 Janvier. — J'ai fait en voiture une délicieuse promenade de dix milles sur une belle route, naturellement macadamisée. Je suis monté ensuite à cheval, et, la

bride à la main, j'ai couru à travers les plus pittorescpie» régions montagneuses ; là on peut admirer de charmantes vallées, des précipices à pic, des torrents impétueux et une végétation luxuriante, etc. J'allai ainsi à Flamstead, la résidence du Révérend M. Fife, qui revint bientôt de la ville et me reçut avec la plus cordiale hospitalité (1). J'ai passé une journée délicieuse et calme, en allant à Flamstead et en me promenant dans l'après-midi le long des sentiers sinueux delà montagne. La Jamaïque, c'est-à-dire la partie Sud, est un véritable désert, et la ville de Kinpton une ruine. La population nègre y est paresseuse, prodigue et très-sujette à des maladies inflammatoires; pas de moralité — grossières superstitions, etc.

Vendredi 23 Janvier, — Je suis allé à cheval à Blockssburgh. J'y ai passé un jour et une nuit, et j'ai visité en route le cottage à l'Anglaise du Capitaine Kent, absent pour le moment ; il doit être en Angleterre. J'ai reçu la visite de quelques dames à Blocksburgh pendant la soirée.

Samedi 24 janvier. — Je suis retourné à la ville aujourd'hui par le chemin du féerique petit cottage de M. Mais. Cette habitation est tenue dans l'ordre le plus gracieux et représente un paysage parfait. En arrivant î la ville je vis que mes amis avaient bienveillamment inséré une note dans les journaux pour informer le bon pu blic que je serais à la Bourse à midi, etc., etc. Je fus oblig

(f) Aussitôt que notre arrivée fut connue, Tenthousiasme le pl'J grand régna partout. Il est impossible de décrire l'accueil hospitaii? que nous avons reçu ; tout le monde a mis sa maison k notre disposition. A 9 h. du soir, les visiteurs arrivèrent en foule, et tou nous exprimèrent leurs sympathies les plus sincères et les plus encourageantes pi)ur notre cause ; ils parlèrent de notre avenir en terme pleins d'espérance. Le môme enthousiasme dure toujours ; des visiteurs d< tout sexe et de toute classe viennent à bord. Los ofticierset les matelot vont îi terre et reçoivent les marques d'attention les plus flatteuses.

dem*y rendre et j'adressai au peuple ud discours qui fut bien reçu. Je suis retourné à bord dans la soirée.

Dimanche 25 janvier. — Nous avons engagé des ouvriers pour que le navire soit prêt à prendre la mer ce soir. J'ai rendu mes visites aux Capitaines Anglais, que j'ai trouvés tous très-agréables. J'ai réglé les comptes du navire et j'ai fait ramener à bord la.partie ivre de mon équipage, avec Taide de la police. Trois hommes ont sauté en plein jour dans un canot pour aller à terre et ont essayé de se sauver; mais nous les avons poursuivis et repris. Tout l'ouvrage est terminé ; les feux sont allumés à 5 h. du soir; à 8 h. 1/2 nous sortions du port sous vapeur.

Lundi 26 janvier, — A 10 h. 30 du matin, on signala une voile, que nous atteignîmes à 1 h. 20 du soir. C'était le Golden jRu/e, allant de New-York à Aspinwall. Je le capturai et le brûlai, car aucun certificat n'établissait la neutralité du chargement. Ce navire avait à bord des mâts, des espars, et une collection complète de gréements pour le brick des Etats-Unis le Bainbridge, forcé tout dernièrement d'abattre ses mâts dans une bourrasque qui le mit en péril à Aspinwall. Neuf prisonniers. Vers 6 h. du soir la prise était toute en flammes, alors nous reprt* mes notre course,

AFFAIRE DU GpLDEN RULE.

Aucun certificat n'établit qu*une partie de la cargaison soit propriété neutre. Les seules lettres de chargement trouvées à bord sont conçues dans les termes suivants : — Marcial et G*, à Gregorio Miro el C^, 2069.28 dollars ; chargement assuré contre les risques de la guerre.

Keeler et Yonhiss à John Wilson, 724.20 dollars. Consigné à Tordre et pour le compte et aux risques de a celui que cela peut concerner. »

Woolsey, consigné à ordre. Montant non déclaré, et pas de letlre d'avis.

Bernes à Field. Montant non déclaré et pcis de lellre d'avis.

Herques et Maseras à Juan Melendez. 41.58 dollars.

F. Heurias à Gillas. Montant non déclaré et pas de lettre d'avis.

Le Golden Euh nous fournit une provision de journaux qui contenaient de bonnes nouvelles en abondance; ainsi VAlabama put apprendre et la fuite heureuse de son frère croiseur le steamer Florida, de Mobile, et les avaries que la canonnière des Etats-Unis Monitor avait reçues dans une bourrasque, pendant sa traversée le long de la côte. On apprit encore une bonne nouvelle : Tinsuccès complet d'une attaque contre Vicksburg.

On passait alors assez de temps à rétablir la discipline qui avait été un peu ébranlée par notre court séjour à Port Royal : on infligea de justes punitions pour les différents délits qui y avaient été commis. Cependant, si Ton considère les rudes fatigues que ces hommes avaient endurées sans faire un seul « tour » à terre, ces fautes ne devaient pas paraître trop nombreuses; quelques-uns des officiers inférieurs furent dégradés, et plusieurs petites punitions furent infligées à des marins. Enfin, le 3i Janvier, la cour martiale qui avait été occupée à cette besogne désagréable, mais nécessaire, termina ses séances et fut dissoute.

Sur ces entrefaites, une autrfr prise était tombée entre les mains de VAlabama : c'était le brick des Etats-Unis, le Chastelain, de Boston, venant de la Martinique et de la Guadeloupe en destination de Gienfuegos. Le lendemain, après avoir livré sa prise aux flammes, VAlabama arriva à Saint Domingiie, où il jeta l'ancre à quelque distance de la ville vers 6 h. du soir.

Il y avait deux autres vaisseaux dans ce port : l'un était

un brick de New- York, sous couleurs Anglaises. Il n'y avait pas longtemps que l'ancre était jetée, lorsqu'on reçut la visite du Capitaine du Port ; c'était une ancienne connaissance du Capitaine Semmes ; il avait piloté vers Tîle le brick Porpoise à Tépoque où ce dernier officier était Premier Lieutenant à bord de ce navire. 11 parut très-saiisfait de renouveler connaissance avec l'ancien Premier lieutenant, et il s'offrit pour remettre au Gouverneur la ettre par laquelle le Capitaine Semmes demandait qu'on oi permît de débarquer ses prisonniers.

11 revint bientôt avec un commandant de la marine Ispagnole, et il annonça que la permission était accordée, «s prisonniers furent donc envoyés à terre ; mais ils en evinrent bientôt quelque peu tristes, car ils rapportaient I nouvelle qu'il n'était permis à personne de débarquer lendant la nuit. Le Capitaine, cependant, désirait beau- !Oup partir; il adressa donc une lettre aux autorités, qui )ermirent avec courtoisie que les prisonniers fussent en- ^yés, pour la nuit, sur un navire du Gouvernement qui «chargea de les mettre à terre dans la matinée.

Cette affaire réglée, YAlabama partit de nouveau en îourse. Il venait de déployer pour la première fois à Saint dingue le drapeau de la jeune République.

La seule émotion des quelques jours suivants fut cau- ^par, la crainte d'un incendie. En effet, le 2 Février, 'ïous fûmes pendant quelque temps très-inquiets. Le feu ^ allumé par la négligence du quartier-maître de la cale, ÏQi viola ouvertement les règlements écrits du navire en P&étrant avec une lumière découverte dans la chambre ^ liqueurs ; aussitôt qu'il eût commencé à tirer son al- ^IJes vapeurs de l'esprit s'enflammèrent subitement et îïirent le vaisseau pendant quelques minutes dans un >^ril imminent. Le danger cependant fut de courte durée ; ar le Capitaine se trouvait alors sur le pont, et de suite il

donna Tordre de battre aux postes ; avant même que Von ait pu obéir à cet ordre, le feu était éteint, et tout le monde à bord en fut quitte pour la peur. Cependant le coupable quartier-maître de cale dut payer sa faute, et sur-lechamp il fut mis aux doubles fers.

Le 3 Février amena une petite prise; c'était le schooner des Etats-Unis, le Palmetto allant de New-York à San Juan de Porto Ricco, avec un chargement mêlé de provisions. Lui aussi voulait se donner des droits à l'immunité en prétextant la neutralité de son chargement; mais les recherches amenèrent bientôt sa condamnation, et après que l'on eut pris à son bord une grande quantité de biscuits et de fromages, on transporta son équipage suit VAlabamaj et on brûla schooner et cargaison.

AFFAIRE DU PALMETTO.

Le schooner était des Etats-Unis, commme Findiquaient son registre et son pavillon. Le chargement était fait par Herques et Maseras, de New- York, pour Vinccnte frères, de San-Juan, Porto Rico. Il n'y avait à bord ni affidavit ni certificat de propriélé neutre, et le chargement aurait été condamné pour ce seul motif. En outre, comme il était à bord d'un navire ennemi , on doit présumer qu'il était propriété ennemie tant que le contraire n'a pas été démontré par une preuve convenable faite sous serment. Le patron fut interrogé, et il déclara qu'il n'avait pas connaissance de la propriété du chargement; et cependant il était agent et affréteur du vaisseau , en même temps que patron. La correspondance trouvée à bord, c'est-àdire une lettre des expéditeurs au consignataire , déclare que le chargement est embarqué, les deux tiers au compte du consignataire, et un tiers au compte des expéditeurs ; alors, quelles que puissent être les relations d'affaires entre les deux maisons, consignataire et expéditeur sont partenaires, en ceqol concerne quoad ce chargement; et la maison qui a expédié lc« biens se trouvant en pays ennemi, la part der l'autre parle*

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naîre est condamnable malgré sa résidence dans un pays neutre. Voir 3» PhiJIimore, 605; et la Vigilantia, 1 Rob.,p. p. i-14, 19; et la Susa, ib. p. 253.

Plusieurs jours se sont écoulés sans aventure d'aucune sorte; la monotonie des bourrasques et des temps calmes fut seulement rompue par la lecture des vieux journaux flue nous donna le scliooner Hero, de Yarmouth ; ces feuilles nous apprirent les résolutions « courroucées » qui venaient d'être prises par la Chambre de Conomerce de New- York au sujet de VAlabama; une autre nouvelle d'une importance bien plus considérable — le Yanderhilt et le Sacramento devaient tous les deux faire voile, vers la fin de Janvier, pour se mettre à la poursuite du croiseur Confédéré.

i dimanche 15 Février: — Journée sombre et triste ; le Tentdu Nord est presque aussi fort qu'une bourrasque, et l'i/aJawa fait jaillir l'eau, en courant sous le vent avec les voiles de hune dont on avait pris les ris.

Ce Dimanche orageux — écrit le Capitaine Semmes — est le second anniversaire de ma démission de comman- ^t de la marine des Etats-Unis, et naturellement il a ftreiUé en moi de nombreux souvenirs. J'ai de plus en plus raison, à mesure que le temps s'écoule, de me félicHer de la prompte détermination qui m'a fait quitter le service d'une majorité corrompue et fanatique. D'ailleurs, i cette époque, ce parti n'avait-il pas déjà foulé aux pieds la Constitution ? Ne s'était-il pas déjà révélé de la façon la plus agressive et la moins scrupuleuse î N'avait-il pas <iéjà donné de justes motifs d'alarme?

Mais que dirons-nous de sa conduite depuis cette époque? Si l'hislorien remplit fidèlement son devoir, la

postérité sera effrayée de la méchanceté et delà corruption des hommes du Nord et de l'Ouest! Alors on se demandera avec étonnement comment, en si peu de temps, il fut possible à des hommes de tomber dans une telle infamie et d'y tomber si profondément.

Voici le secret : les hommes politiques sont devenus des tripoteurs de fonds publics, et les ambitieux des usuriers et des escrocs : or, sachez maintenant que Ton peut ranger dans ces deux catégories presque toute la population Yankee : tel est, de nos jours, « le Roc de Plymouth; » il a ses Beechers dans la chaire, et ses Lincolns sur le fau* teuil de Washington! Il a sesSumnersetsesLovejoysdans le Congrès, ses Simmonses et id genus omne dans les adjudications !

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