CHAPITRE XXVI
ftsagréments de la vie en mer — Une chasse vigoureuse —Le Punjaub est rançonné — Rafales de pluie — Un Extra — Le Moming Star — Cargaison neutre — Le Fairhaven — LVfW en recherche — Le Charles Hill — La Nora — L'eau de feu — Moralité commerciale ^ La Louisa Hatch — Noirs soucis — Difficultés à faire do ebarbou en mer — Fernando de Noronha.
Le Capitaine Cooper, du John Parks^ sa femme et deux leveux, eurent le bonheur de n'être pas condamnés à une ongue captivité. Les restes enflammés de leur malheureux navire étaient encore en vue, lorsqu'une barque Anglaise se rangea bord à bord avec YAlabama; alors on ttrt bientôt fait un arrangement avec le patron, qui emincna tout-le monde en Angleterre.
Pendant longtemps nous fûmes obligés de faire comme tes Anglais, c'est-à-dire de nous contenter du temps pour inApe diversion dans la monotonie ennuyeuse d'un voyage sans aventures. Cependant, si de bons coups de vent peuvent compter comme sujets de distraction, YAlabama n'eut pas le droit de se plaindre, car le navire roula et s'agita sur des mers houleuses d'une façon ?iii éprouva beaucoup son malheureux Capitaine, alors •ïien souffrant.
La bourrasque continue toujours, — écrivait le Capi- .**ine Semmes le 11 Mars. — VentE.-N.-E. Pendant quatre
jours nous avons été roulés et ballottés; le vent mugit jour et nuit à travers nos gréements, et notre repos est plus ou moins troublé par le mouvement du navire. La vie sur mer me devient de plus en plus désagréable. Le fait est que j*ai atteint un âge où les hommes désirent le calme et le repos. Pendant cette guerre, mes services appartiennent à mon pays, et il ne faut pas que je pense au repos; mais je suis convaincu que la fin de la croisade Abolitionniste n'est pas très-éloignée de noiis. L'ennemi, si l'on en croit tous les symptômes, est sur le point d'être battu complètement. La juste Providence punira sans doute les méchants et les fanatiques qui nous ont déclaré cette guerre cruelle et injuste, et elle le fera-d'une façon qui avertira et qui étonnera Iqs nations de la terre. La déloyauté et la méchanceté qu'ils ont montrées sous toutes leurs formes devront enfin causer leur ruine totale. Les Etats Yankees subissent maintenant une épreuve à laquelle ils ne songeaient guère au commencement de leur croisade sacrilège contre les habitants du Sud.
Le 12, le navire était à quatorze degrés de l'équateur, mais le temps était encore très-froid ; tout le monde portait ses vêtements de laine et couchait sous une paire de couvertures. Le ciel est toujours gris et surchargé;- de temps en temps nous avons une petite averse et une forte brise ; le baromètre descend continuellement; enfin, le 1 4 Mars, il était à 29*96'; c'est à peu près le niveau ordinaire des vents alizés.
Cette nuit amène cependant quelque soulagement à notre tristesse. Il était juste minuit, lorsque le cri électrisant : t Une voile près du bord ! » retentit. En moins de cinq minutes, YAlabama était à portée de voix d'un grand bâtiment allant droit sur le vent du N.-O.
«Oh! du navire? Quel est ce navire?» fit entendre bruyamment le porte- voix de VAlabama, Mais on ne fit
aucune réponse. Nous hélâmes de nouveau, pas encore de réponse. Ce navire étrange continue sa course sans faire attention à quoique ce soit; son immense coque nous présentait une masse sombre lorsqu'il passa presque à )ortée de harpon de VAlabama pour disparaître de nouveau dans l'obscurité, comme un fantôme à qui l'on auait parlé et qui se serait évanoui.
Mais VAlabama aurait pu amener le « vaisseau fan- )me » lui-même, s'il avait essayé de passer sans répondre )rsqu'oa le hélait. « Matelots, virez de bord ! » cria-t-on ivement, tandis que Técho du second appel retentissait Qcore; on mit la barre, et Tavant de lAlabama tourna ans la direction que l'étranger venait de prendre; avec is ris enlevés de ses huniers, il partit en chasse comme n lévrier derrière un lièvre.
Pendant qu'on faisait voile et qu'on tournait le vaisssau i l'avant, l'étranger avait pris trois milles d'avance ; car il glissait rapidement sous une forte brise. Pour qu'une chasse soit sérieuse, dit le proverbe, il faut qu'elle soit longue. Mais les magnifiques qualités voilières de YAlahama se firent bientôt sentir, et trois heures après avoir nas la barre, nous étions à quelques cents yards de l'étranger, qui mit alors en panne au premier appel des canons de l'avant du croiseur.
C'était le vaisseau des Etals-Unis le Penjaub^ de Boston, allant de Calcutta à 'Londres avec un chargement Anglais à bord, comme on en fut convaincu par les affldavits assermentés trouvés dans les papiers, par la nature du voyage — d'un port Anglais à un autre — et par la cargaison composée de chanvre de l'Inde et de graine de lin; il fut relâché sur une caution de 55,000 dollars, et le reste des prisonniers du John Parks fut ^ansporté à son bord, pour être conduits dans leur pays.
Le 21 Mars amena un changement de temps et de fortes rafales de pluie. Tout le monde se réjouit beaucoup de ce changement, écrivit le Capitaine Sommes, qui raconte ensuite tout le plaisir qa*il éprouva, lui aussi, en entendant le bruit du tonnerre pour la première fois depuis bien des mois; les officiers et les matelots pataugèrent les pieds nus sur le pont, en s' amusant « comme de Jeunes canards, » et en faisant honneur à la première forte pluie qu*il8 voyaient tomber depuis un temps considérable.
Dans la matinée du Lundi 23 Mars, on signala une voile que Ton atteignit vers midi ; c'était le navire des Etats- Unis le Moming Star, allant de Calcutta à Londres. Ce bâtiment portait aussi une cargaison neutre, bien et dûment prouvée par des certificats légaux ; on le relâcha de suite sous rançon. Une seconde prise qui tomba le même jour entre les mains de YAlabama fut moins heureuse que le Moming Star; c'était le schooner des Etats-Unis leKingfisher, deFairhaven (Massachussetts), depuis quelques mois dehors, et en voyage pour la pèche à la baleine. Heureusement pour lui qu'il avait tout récemment déchargé, sur un autre vaisseau, son second chargement d'huile; il pouvait alors se vanter de n'avoir qu'une vingtaine de barils, qui furent de suite livrés aux flammes, ainsi que le malheureux vaisseau.
Le Kingfisher nous donna, une nouvelle qui procura une immense satisfaction à tout le monde de l'équipage. Il nous dit que le sloop de guerre des Etats-Unis Ylno était à l'ancre à l'Ascension, que le Kingfisher l'y avait laissé une quinzaine de jours seulement auparavant. C'est ce môme vaisseau qui a prêté, il y quatorze mois à peine, son secours à cette prise digne d'un pirate, Tarrestation de MM. Myers et Tunstall sur un terrain neutre; tout l'équipage se réjouissait en espérant qu'on pourrait bientôt se frotter avec lui et lui faire payer l'outrage qu'il avait
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commis. Si YAlabama ne demandait pas mieux que de combattre le premier navire venu, celui-là était bien le vaisseau des Etats-Unis qu*il aurait rencontré avec le plus de plaisir.
Nous devons noter ici une curieuse circonstance qui se rattache à ce schooner ; son patron était, d'après son récit, un des trois habitants de sa ville natale qui, dans la dernière et fatale élection du Président des Etats-Unis, votèrent pour le candidat du Sud, Breckinridge.
Deux autres navires furent capturés le lendemain — Tun était le Charles Hill, de Boston, allant de Liverpool à Montevideo, et l'autre la Nora, également de Boston, allant de Liverpool à Calcutta. Tous les deux élevèrent des prétentions à la neutralité de la cargaison ; et, comme d'habitude, à la suite d'un examen sérieux, on reconnut qu'ils n'avaient rien qui ressemblât à un témoignage réel.