AFFAIRE DE LA LOUISA HATCH
Navire sous pavillon desEtats-Unis.Dans ses papiers on trouve un engagement daté de Londres du l"*' Janvier 1863, et passé cnlre John Pirie et C", d'une part, et WilliamGrant, le patron, de Fautre. D'après cet acte, le navire était frété pour prendre du diarbon à Pointe de Galles, Ceylan ou à Singapore. Sans qu'il y ait eu aucun transfert de ce contrat, autant qu'on peut en joger, le navire senoble avoir été chargé pour des personnes tout autres que celles qui étaient désignées. L'un des expéditeurs est un 'certain J. R. Smith, qui se déclare agent de H. Worms, de Cardiff. D'après le bulletin de chargement, le na- ^ doit se rendre à Pointe de Galles pour remettre son charbon Ma Compagnie des Messageries Impériales. Sur le dos du bulielinde chargement on lit le certificat suivant ; — « Je certifie
• que la cargaison mentionnée ci-contre est propriété Française;
• elle a été expédiée par ordre et pour le compte des Messa-
• geries Impériales. » Le certificat est signé par M. Smith ; ^ais il n'est pas sous serment, pas plus que l'ordre ni la copie ^e l'ordre qui dit d'expédier ce chargement' au compte des Messageries Impériales. Gomme le navire n'était pas frété par ^A agent de cette Compagnie, et comme le charbon n'avait pas
été expédié par un de ses agents, puisque Smith est l'agent de Worms, et que Worms n*est pas déclaré comme un agent de la Compagnie, on doit supposer que la Compagnie avait consenli à payer tant par tonne de charbon déposé dans ses magasins, et que la propriété restait aux expéditeurs jusqu'à la déhyranee de la marchandise. En Tabsence de preuve contraire, toote marchandise qui se trouve abord d'un bMiment Américain eit Américaine; on doit supposer qu'elle était expédiée en Orient par le propriétaire, ou par son agent deCardiff; ornousaYOïn vu que, pour ce cas, il n'y avait pas de témoignage légal, puisque le certificat non assermenté de M. Smith n'était même pai un affidavît es parte. Vaisseau et cargaison condamnés. Valeur approximative de la cargaison à Cardiff, 2,500 dollars. Prix du charbon au Brésil, 15 à 17 dollars la tonne.
VAlabama s'éloigna ensuite avec sa prise dans la direction de Fernando de Noronha, où il voulait prendre à bord une nouvelle provision de charbon-, La course fut assez contrariée par les vents légers et changeants qui régnaient encore, et comme si cet ennui n'eût pas été assez grand, la fortune nous envoya pendant quatorze milles à la poursuite d'un navire que l'on supposait être un baleinier Yankee ; mais, lorsqu'on l'eut rejoint, on ne trouva qu'un pauvre petit Portugais peint en vert.
De la pluie — de la pluie — de la pluie ! ! ! Le soleil se montre quelquefois pendant une heure ou deux, mais toujours quelques minutes trop tôt ou quelques minutes trop tard pour qu'il soit possible de faire des obervations météorologiques; puis il se retire derrière les masses épaisses de nuages qui dérobent l'horizon tout entier derrière une pluie torrentielle. Et pendant ce temps, chaque mille de latitude devenait de la plus grande importance ; VAlabaf^ s'en allait lentement et à tâtons, pour ainsi dire, vers le
ud et vers TEst ; il était à la recherche de la petite île, il il devait prendre ses provisions, et il pouvait à chaque ostant la dépasser sans la voir ! Quelles épreuves pour les hommes pressés dans leur étroite prison flottante et loi désirent se voir encore à Toeuvre !
Enfin la patience fut vaincue, on ne pouvait supporter plus longtemps cet état de choses sans tenter un effort pour en sortir. On essaya résolument de faire dii charbon en marche, en pleine mer ! On mit sous vapeur VAlabama^ qui prit le vaisseau capturé en remorque, et on descendit deux canots pour faire ce travail ; mais ce projet, tout Wdi et tout ingénieux qu'il était, fut bientôt reconnu impraticable. Les canots parvenaient à se faire charger par le charbonnier capturé, et alors il fallait les retenir le long kVAlabama; mais la plus petite vitesse qu'on pouvait donner au steamer était encore trop grande pour les canots. Aussi, chaque fois qu'ils étaient remplis, on était forcé d'arrêter la" machine, ce qui occasionnait un autre CBibarras.
Tous ces arrêts et tous ces départs — dit le Capitaine Semmes — eurent d'abord pour résultat de casser nos amarres de remorque, et il fallut beaucoup de temps pour refaire une amarre solide; aussi, après une nuit sans sommeil que je passai dans mon lit à essayer de dormir, Dtialgré la demi-douzaine de stentors que l'on aurait crus sur le pont rivalisant d'ardeur pour rendre la nuit affreuse, j'envoyai dire de remonter les canots et de continuer la course vers Fernando de Noronha sans aucune interruption.
Au jour nous doublâmes la pointe de Tîle à une grande <iistance trente-huit ou quarante milles, et dans l'après- Diidi, à 2 h. 30, nous étions au S. 0. \ S. delà pointe, «vec rextrémité N. E. de l'Ile du Rat, au N. E. par K. i E.; profondeur de Teau treize brasses et demie. La prise est
288 CROISIÈRES DU 8UMTER
encore près de nous. Sans notre vapeur nous serions descendus à la dérive vers le S.-O.; car toute la journée a éL à peu près calme. Fernando de Noronhà, située sur le pas^ sage du commerce du monde entier est Fendroit le plii; visité de la terre. C'est un rocher irrégulier, pittoresque, volcanique, planté au milieu de l'Océan, recouvert d'un agréable tapis de verdure et garni d*arbres d'une certaine grandeur. La majeure partie de Tîle est cultivée en petites fermes, etc. 11 y fait horriblement chaud quand Je soleil luit et même quand il ne luit pas. A la nuit nous amenâmes la prise le long de notre bord, et nous recommençâmes à faire le charbon.
ET DE L*ALABÂMA. 289