CHAPITRE XXVII
Uo employé dans rembarras — Encore k terre — Un déjeuner — A cheval — Vent fort — Pris dans le filet — Captures faciles — Le Kate Cory — Le Lafayette — Un gouverneur poli — Le Louisa Batch et le Kate Cory sont brûlés — Débarquement des prisonniers — Las d'attendre — Une riie — Ou quitte de nouveau le port.
Samedi 11 Avril. — Vents légers et variables, frais et accablants ; thermomètre 83". La nuit dernière les deux navires se tenaient l'un contre Tautre ; mais ils furent si rudement maltraités et nous avons reçu tant d'avaries (nos canots d'avant ont été écrasés et notre grande vergue de hune emportée), que nous avons été obligés d'emmener la prise au large et de continuer de faire le charbon au moyen de nos bateaux.
Les autorités n'ayant hissé aucunes couleurs, nous n'avons pas mis les nôtres aujourd'hui. Nous avons reçu ce matin la visite de deux habitants de l'tle ; ils apportaient mie lettre du Gouverneur en réponse à celle que je lui ^Vais fait adresser par le Payeur au sujet des approvisionnements. Leur interprète m'apprit très-naïvement qu'il ^tait Allemand; qu'il avait été condamné à être déporté ^B Rio ici, et qu'il avait un an et demi à servir. Il ^e conta cela pendant que mon domestique débouchait ^ne bouteille de Champagne. Le faussaire (car tel était
290 CROISièftES DU SUMTER
cet individu) prit un verre de vin avec le reste de la société ! Le Gouverneur m'informe que je pourrai me procurer des provisions de bœuf, de porc frais, de volailles, etc., et qfïil sera bien aise d'échanger ces articles avec moi contre (Je la farine, du vin, du sucre et du café. J'étais heureux de voir qu'il ne soulevait pas la question de neutralité, quoiqu'il eût été sans doute informé , par l'équipage d'un bateau côtier qui avait pris ce renseignement à notre bord, que le navire qui était avec moi était une prise. 11 me pria courtoisement de venir à terre. Pendant la nuit (1 h.) il y eut une alarme causée pat tin steamer étranger que Ton aperçut tournant la pointe de l'Ile du Rat. Je fis appeler tout le monde aux postes, préparer la batterie, éteindre les feux et tenir les chaînes toutes prêtes pour échapper. Il s'avança i un mille de nous et nous pensions qu'il avait l'intention de venir jeteir l'ancre, mais il continua sa coMtsè vers le Sud, et le coup de sifflet renvoya tout le monde en bas, car le» hommes étaient très-fatigués de la besogne que leur donnait le charbon : ils n'avaient pas pris plus d'une demiheure de repos pendant l'opération du chargement.
Dimanche 12 Avril, — Les exigences de la guerre me forcent à travailler aujourd'hui pour approvisionner le vaisseau de charbon. Le temps est clair et très-chaud le matin, il est nuageux à midi, et il a plu pendant plusieurs heures.
Ce matin j*ai visité l'île en compagnie du Chirurgien, et je me suis rendu auprès du Gouverneur. Le ressac était trop violent pour aborder, mais nous avons rencon* tré, à quelque distance du rivage, un « boisa » qui nous conduisit très-adroitement à travers le ressac; il était monté par trois ou quatre individus tout nus ; deux d'entre eux n'avaient même pas de caleçons autour des reins. Tous étaient, ma foi ^ de beaux gaillards bien taillés. Nous
ET DE l'aLABAMA. 291
avons trouvé des chevaux qui nous attendaient et nous avons fait environ un mille Vers le village pour gagner la résidence du Gouverneur — un Major de Tarmée du Brésil ; nous avons traversé un immense tourbillon de lâble que nous ne pensions guère rencontrer sur ce rocher volcanique.
Le Gouverneur était à déjeuner, et il nous força de ixms asseoir à sa table ; on nous servit un second déjeuner et il nous tint compagnie avec sa femme — une mur lAtresse vivô.ct animée — sa jolie petite fille, qui est complètement blanche, et le padre. Après le déjeuner nous fûmes présentés à un certain nombre d'individus, qui aemblaiènt être les notables du pays et qui étaient venus d'aussi bonne heure pour nous voir. Après avoir fumé et àsaïsé pendant un moment, nous remontâmes à cheval pour parcourir l'île.
n y avait tout au plus vingt minutes que nous étrons en selle, lorsqu'une de ces averses si imprévues dans ce pays tious surprit tout à coup et nous fit prendre un bain complet. Nous reçûmes d'autres averses pendant la journée, mais elles furent amplement compensées en ce sens que le soleil se cacha tout le temps. Nous passâmes à Tombré diipic gigantesque, et bientôt nous eûmes atteint le sotumet de l'Ile qui s'étend en une vaste plaine des |da8 belles et des plus productives ; elle mesure deux ou trois cents acres. Le sol est pétri d'une argile ferrugineuse de ta plus riche espèce et recouvert de vignes sauvages, de blé Indien, de plantations de coton, et de fèves de la plus belle végétation, etc., etc. Nous nous arrêtâmes quelques minutes pour examiner une manufacture de manioc. En continuant notre promenade nous traversâmes une petite forêt bien touffue, pour aller vers une plantatkyn de cocotiers qui se trouve à la partie Sud-Ouest de l'Ile ; là, nous rencontrâmes le melon d'eau sur ^n sol
de prédilection — le sable. Bientôt nous fûmes obligés de chercher un abri contre une forte pluie, et cet endroit nous fournit de très-beaux raisins. Tandis que nous attendions la fin de cette averse, j'engageai la conversation avec le Gouverneur sur différents sujets ; je lui parlai de rétat des races mêlées au Brésil et d'autres choses semblables. L'île est pour le moment un bijou de beauté pittoresque; elle est traversée et coupée par des vallées, des rochers et des petits torrents, etc., etc. C'était alors le milieu de la saison des pluies. A notre retour, les petits sentiers des montagnes s'étaient changés en ruisseaux où les eaux murmuraient et bourdonnaient dans leur course rapide. J'ai saisi une bonne occasion pour informer ,Son Excellence que mon transport était une prise, ce qui ne lui causa aucun déplaisir. Nombre de déportés : 1,000. Population totale de l'Ile: 2,000. Le Gouverneur nous a dit qu'il était notre meilleur ami, etc., etc. Je suis retourné à bord à 5 h. du soir.
Lundi 1 3 Avril, — Un nouveau jour de pluie ; il tombe des averses très-fortes, cependant nous continuons à faire notre charbon. Le vent vient du N.-E. et, quoiqu'il soit léger, la mer est grosse. Le mauvais temps a duré tout le jour, et, comme la nuit se présentait souâ des apparences menaçantes, j'ai fait venir tout le monde de la prise abord, afin qu'on n'eût rien à craindre, si elle était poussée vers la terre. J'ai fait chauffer et préparer la chaîne pour la fuite, car je craignais réellement d'être obligé de partir; mais le navire tint bon toute la nuit, qui fut trèssombre; — forte pluie et mer houleuse.
Mardi 14 Avril. — Ce matin, le vent vient del'O.- S.-O.; le temps est toujours chargé. Nos amis du rivage sont encore venus ce matin ; on apporte les provisions fraîches qui avaient été commandées pour l'équipage. Tout est très-cher ici. La viande coûte quarante cents la livre;
ET DE l'alabama. 293
mais mon équipage a été si longtemps au régime salé, que la viande fraîche est devenue nécessaire comme antiscorbutique. J'ai vendu quarante tonnes de charbon, au moins, à unschooner Brésilien, et on m'a proposé d'acheter la prise, que j'ai offerte pour 20,000 dollars; ce n'est presque rien; mais cette somme a paru leur faire peur; ils disent qu'il n'y a pas tant d'argent que cela dans tout Fernando de Noronha. Nous avons conÉinué notre approvisionnement de charbon.
Mercredi 15 AvriL — Temps clair et léger vent de l'Est. Ce matin nous avons fini de faire le charbon. Vers 11 h., deux embarcations, envoyées par deux bâtiments qui étaient au large, arrivèrent dans le port ; leurs équipages se rendirent à bord de notre prise et ensuite à terre. Quoique l'on ait dit aux deux maîtres que nous étions Ylroquois, ils parurent comprendre tout de suite leur véritable position, et ils se hâtèrent de se mettre hors de danger. II. nous fallut plus d'une heure pour chauffer et lever l'ancre, et si, pendant ce temps, les patrons* des embarcations avaient ramé vers leurs vaisseaux pour les &ire approcher du rivage et entrer dans la lieue marine, ils aurait pu tout sauver. Nous leur donnâmes la chasse et noiA les atteignîmes tous les deux à la partie Sud de rile vers 3 h. 1/2 du soir environ; nous les capturâmes, puisqu'ils étaient tous les deux en dehors de la lieue marine. Le premier était le brick le Kate Cory , de Westport, et l'autre la barque Lafayette, de New Bed ford. On brûla la barque et on amena le brick à l'ancrage; il était alors 7 h. du soir. Nous jetâmes la sonde par treize brasses sur un banc de la pointe Sud, où nous trouvâmes un brisant qui sortait de l'eau à une distance de deux milles et demi à trois milles. Il y a aussi devant la Pointe de Tabacco un récif d'une longueur d'un demi-mille. Nous n'avons pas vu d'autres écueils.
29li CROISIÈRES DU SUMTER
A propos de ces prises, nous prenons le récU suivant dans le journal particulier de Tofficier de YAlabama çpi fut constitué mattre de prise à bord de 1^ Louisa Hatch ;-<
(( Le 15 Avril, vers midi, deux yaisseaus^ furent sid^nalëflaiii Sud, avec un bord à terre et un bord au large; ils avaient trispeu de voiles dehors. A 12 h. 30, on aperçut deux canoti qui ramaient vers nous ; ils demandèrent le nom de mon navire, et le port d*où^e venais, etc... Je leur dis la vérité. L'individu qui commandait le second bateau s'informa ensuite si ce steamer de guerre n'était pas YAlabama; je lui répondu: a Certainement non; c'est Viroquois , steamer des Etati- Unis. » a Avez-vous des nouvelles de YAlctbamaf » « Oui, noni avons appris qu'il était allé aux Indes Occidentales, à la Jamaïque, ou à Costa Rica, etc. » On engagea ensuite la conversation, et je sus que ce canot appartenait aux deux y^isseaux qui étaient au large. Leurs navires étaient tous les deux des baleiniers; ils relâchaient pour faire des provisions; mais en voyant le steamer, ils avaient eu des doutes sur sa nationalité, et ils s'étaient alors adressés à moi pour obtenir les renseignements nécessaires. La conversation s'anima bientôt; mon Imt était de les retenir le plus longtemps possible afin de permettre à YAlabama de commencer la chasse avant que les baleiniers n'eussent pris l'alarme, car j'étais certain qu'on faisait des préparatifs pour aller à leur rencontre. #
« Je priai alors les maîtres démonter à bord de mon uavircj et ils y consentirent de tout cœur; ils étaient éloignés de nous d'une longueur de navire, lorsqu'un cri d'alarme- fut poussé par le timonier qui montait le premier canot. 11 dit à son équipage : « Au large, matelots, au large : il y va de votre vie! » Avec quelques coups vigoureux et habiles, il tourna l'avant de son bateau et se dirigea vers le rivage ; l'autre canot le suivit; mais on lisait le plus grand étonnement sur le visage de tous les hommes des deux équipages. Comme l'individu qui commandait l'autre canot demandait à grands cris la cause de cette étrange conduite, le timonier du premier bateau se contenta de répondre : « Là! là 1 » en montrant un petit drapeau Copfédéré
ET DE l'alabamâ. 295
d'environ quinze pouces de long sur six pouces de large, que favais par inadvertance laissé flotter à la gaffe; on avait descendu la gaffe, et le petit pavillon avait été employé comme penon, pour indiquer la direction du vent, etc. Aussitôt que leurs hommes Teurent aperçu, ils redoublèrent d'efforts pour gagner 1^ rive. L'un de9 patrons criait qu'il avait parlé à un vaisseau une semaine auparavant et qu'il en avait reçu des nouveUes de paix ; mais cette déclaration n'inspira aucune con« fiance. Aussitôt qu'ils furent partis, j'e^^oyai un bateau à VAla^çma pour l'informer de la nature de mes visiteurs, A 2 b* 15 on vit VAlaHma se mettre en route et sortir sous vapeur de son ancrage; il courait vers les deux bâtiments»
a Conune la plus grande île s*élevait entre le lieu des manœuvres de VAlabama et le mouillage de la Louisa Batch, je ne pus Toir de mes propres yeux l'abordage des prises. Mais h 5 h. 30 je remarquai une épaisse colonne de fumée qui, vers le iQir, te changea eu une lueur roùgeàtre; et cet incendie ne noua laissa aucun doute sur le sort des baleiniers* A 7 h. du soir, j'aperçus VAlabama qui tournait l'extrémité nord de llld avec un vaisseau en remorque; ils jetèrent tous les deux l'ancre à 7 h. 30. Le lendemain matin, j'appris que les prises étaient la barque lafayette^ de New Bedford, et le brick Kate Carjfj de Westport. La barque fut brûlée et le brick conservé, car on avait l'intention d'y envoyer tous les prisonniers que nous avions à bord; ils étaient au nombre de 140, y compris les femmes de service; mais après avoir communiqué avec les autorités, on résolut [de les débarquer dans l'île, et un schooner Brésilien s^engagea à les transporter à Pernambuco. Alors on envoya au Brésilien des provisions pour vingt et un Jonrs et ensuite les prisonniers engagés sur parole.
• On passa le reste de la journée à transporter des provisions pour le steamer. Le lendemain au soir, les prises le Louisa Haich et le Kate Cory laissèrent aller leurs câbles au large. Lorsqu'elles furent à cinq milles de la terre on les livra toutes les deux aux flammes; M. Evans, l'offlcier chargé du brick, revint à bord longtemps après moi, car un fort courant deTOuest rendait très*diffîcile l'entrée du port.
a Onpeignitet on nettoya le navire jusqu'au 22, et à 9 h. 30, nous nous mimes en route, en gouvernant et en croisant vers Bahia, où nous arrivâmes le 11 Mai, après avoir brûlé quatre bâtiments entre Fernando et Bahia.
« La nouvelle de nos exploits au large des lies nous avait précédés à Babia, mais on avait amplifié et embelli tout cela ad libitum. Le schooner Brésilien avait quitté ^oronha la veille de notre départ. Le Gouverneur de Pemambuco a envoyé trois vaisseaux de guerre aux îles pour faire respecter la neutralité Brésilienne, qui, d'après les rapports des Yankees, avait été violée sans scrupule. Non contents de cela, les représentants Américains sont parvenus à obtenir le rappel du Gouverneur, dont le seul crime était de nous avoir laissé jeter l'ancre au large des îles — crime dont il était nécessairement innocent, puisqu'il n'aurait pas été en son pouvoir de nous empêcher de le faire si nous avions insisté.
« Tandis que nous étions à Bahia on me montra une lettre que le patron de l'une des barques baleinières envoyait à un agent, dans laquelle il lui disait qu'il n'épargnerait ni son argent ni son temps pour amener devant la justice l'homme qui Tavait si cruellement trompé, dût-il aller le chercher au bout du monde. Cette phrase avait trait à mon faux renseignement sur YAlabama^ car je lui avais dit que c'était le steamer des Etats-Unis Ylroqmis, et non le steamer des Etats Confédérés VAlàbùM' Voyez l'ingratitude des gensl II »
Le 16 Avril, le Capitaine Semmes reprend son journal ea ces termes : — Temps clair, vent léger du Sud eldeTEst* Notre pavillon, qui était, la nuit dernière, une flamnielugubre, est aujourd'hui une grande colonne de fumée qaî nous annonce à vingt-cinq ou trente milles à la ronde. M3 première intention était d'embarquer sur le brick capturé tous mes prisonniers, qui se montent à cent dix eaviron; mais le Gouverneur m'ayant permis de les débarquer, je suis occupé aujourd'hui à leur faire prendre terre avec leurs bagages et leurs provisions; je renvoie en
ET DE l'alabama. 297
ême temps les prisonniers du Louisa Hatch: Soleil ès-chaud. Le Gouverneur m'a fait une visite ce matin et 'a prié de lui écrire au sujet des prises que j'ai faites er une lettre dans laquelle je lui annoncerais ce double it (il fut satisfait de ma dépêche, ou du moins il n*y fit icune objection). Il voulait que j'établisse qu'elles avaient é faites au delà de la lieue marine et que je demandasse i même temps la permission de débarquer les prisoners, de façon à ce que nos rapports prissent un caractère Bdel ; je le fis très-volontiers.
"Vendredi 17 Avril, — Le temps est toujours très-chaud. îDt léger du S.-E.; ciel nuageux. On est occupé à rece- )ir et à arrimer les provisions ; on remplace le charbon »nsumé et on fait les préparatifs généraux pour prendre .entôt la mer. Le débarquement d'un si grand nombre 3 prisonniers au milieu d'une si petite population a occaonné une agitation très-grande, et les Brésiliens, d'ailjurs faciles à s'animer, discutent chaleureusement entre ux et avec les Capitaines Yankees la question de la guerre 'Amérique. Plusieurs voiles ont été signalées aujourd'hui omme d'habitude. L'après-midi fut pluvieuse et la pluie ^poba toute la nuit. Vers le soir, j'ai envoyé les prises le Amisa Hatch et le Kate Cory à une lieue au delà des es pour les faire incendier. J'ai pris quatre recrues sur 3 Louisa Hatch, beaucoup d'autres matelots m'offrirent îursi services, mais les cadres sont pleins.
Siiflèdi 4 8 Avril, — Matinée nuageuse, il fait un léger Bnt dû S.-E. J'ai fait desserrer les voiles aujourd'hui, attends avec anxiété l'arrivée de VAgrippine, mon vaisîau de provisions, qui avait reçu l'ordre de se rendre ici. ï suis aussi inquiet que si ma soute à charbon était vide; ar il doit avoir deux canons à bord, et ces pièces auglenteraient singulièrement ma batterie.
Dimanche 19 Avril. — Pluie le matin avec une légère
brise. Nos tuyaux à vapeur fuient beaucoup et je ctm que ces fuites ne nous causent des embarras. Chaque foia que nous chauffons et que nous donnons un peu de pr^ sion» nous nou$ apercevons qu'une grande quantité i*w chaude cûule dans la cale; les fuites ont produit hui^ pouces d'eau hier dans Vespace de douze heures, et p^i malheur ces tubes sont placés si bas dans le fond du na< vire qu'il est impossible de les atteindre pour les inspec ter ou pour les réparer sans les soulever. Le Gouveroeu m'a envoyé un beau coq d'Inde et des fruits, et sa dam un bouquet de roses. Les roses étaient fraîches; elle m'ont donné le mal du pays pendant un instant.
Lundi 20 Avril. — Journée triste, lourde et pta vieuse ; à certains moments la pluie tombe par torrent comme c'est l'habitude dans ces contrées. Nous sonupei encore sur nos ancres, attendant VAgrippine. Elle doi être partie de Cardiff depuis trente-cinq jours; la pluii cessa dans l'après-midi; il ne tomba plus qu'une aversi d'un moment; mais le triste voile de nuages ne s'est pas entr'ouvert et nous avons eu une forte brise du S.-E pendant quatre ou cinq heures, ce qui indique, dans çett< latitude, l'approche des vents alizés.
Mardi 22 Avril, — Matinée claire, vent léger du SrE Après la pluie, l'île s'épanouit dans toute sa fraîcheur & dans toute sa verdure ; tandis que mes yeux se promène» sur les verts coteaux, je songe à mon pays, au repos, 2 la tranquillité et à la paix ; je ne crois pas que tout cbU soit bien éloigné. Frais vent alizé dans l'après-midi. Verî la nuit, le steamer Brésilien fit voile avec un chargement des prisonniers de YAlabama.
Mercredi 22 Avril , — Ciel nuageux, rafales qui annoncent la pluie. A 9 h. 30 je me mis en route sous va* peur et je me dirigeai vers l'Est. Je coupai quatre bateaux baleiniers, afin que les habitants des îles puisent s'en dis-
ST DE l'alabama. 299
puter les morceaux, et il fallait voir comme ces bons iiatorels partirent bientôt en chasse. J'ai fait vapeur en plein Est pendant quarante-cinq milles environ, et j'ai laissé ensuite descendre la vapeur ; on mit alors le navire sous voiles. Aucun bâtiment au large.