CHAPITRE XXVIII
Une carieuse prise — La Nye — Le Dorcas Prince— Uo anDiyersaiw — L'Union Jack et !e Sea Lark — Dans le port de Bahia -y Explications — Rencontre inattendae — Le Géorgie — Un pi^t jour de fête — Diplomatie ^ Encore la neutralité — La nostalgie.
Uae curieuse prise tomba ensuite entre les mains de YAlabamaf ce destructeur infatigable ! C'était une barque baleinière, la Nye, de New Bedfort, dehors depuis onze mois, sans avoir une seule fois relâché dans un port ! Trois mois avant qu'on ne lançât VAlabama, cette patiente petite barque s'était mise en mer , recueillant de côté et d'autre le plus de combustible possible pour son propre bûcher funéraire! Quel voyage pour une si triste fin!
Parmi son équipage, qui fut transporté à bord du vain* queur, se trouvait un lieutenant d'infanterie de marine de TEtat de Pensylvanie ; il servait à bord du baleinier en qualité de commis aux vivres !
Ce fut ensuite le tour du Dorcas Prince, de New-York; il allait de ce port à Shanghaï ; sa cargaison consistait principalement en charbon ; ce chargement était sans doute destiné aux vaisseaux de guerre des Etats-Unis qui croisaient dans les mers des Indes Orientales, supposition qui donna tout naturellement un plus grand charme au feu
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[u'on alluma ensuite à son bord, selon la cou- T parmi les papiers on ne trouva aucun acte étaa neutralité du chargement.
i 2 Mai, — Ce jour est un anniversaire pour moi î Capitaine Semmes — c'est l'anniversaire de mon Hélas ! c'est le troisième que je vois depuis que iparé de ma famille par cette guerre des Yankees, traction de cinquante de leurs vaisseaux n'a été 3tite vengeance pour cette grande privation qu'ils ligée !
louvelles victimes furent ajoutées aujourd'hui à 5 liste de YAlabama : c'étaient la barque V Union Boston, et le vaisseau Sea Lark^ de New- York, gèrent le sort des cinquante autres qui les avaient . Le premier de ces deux bâtiments ajouta trpis \t deux enfants en bas âge à la trop nombreuse u sexe faible qui encombrait déjà YAlabama. trouva aucune réclamation de propriété neutre \ papiers de ces deux navires, excepté toutefois d'un certain Allen Hay, qui expédiait cinq caisses t et dix barils de beurre abord de Y Union Jack. Thomas W. Lielie prêta serment à ce sujet deonsul Anglais résidant à New-York et certifia que ticles étaient expédiés « pour et au compte de té Britannique. » Ce certificat n'était d'aucune cause de sa nature vague et indéfinie, comme istion a déjà été décidée dans d'autres cas. Une on de propriété doit désigner le propriétaire et ffirmer que telle chose appartient à des sujets tion en général. Il faut désigner quelqu'un qui I la possession des biens d'après le bulletin de mt. Le certificat fut donc mis de côté et le charondamné.
les femmes et les enfants, Y Union Jack nous
fournît encore un prisonnier d'une rare espèce dans la personne du Rév. Franklin Wright, ancien éditeur d'un journal religieux; il venait d*ètre nommé Consul & Foo Chow. L'entrée du digne clergyman dans ses nouvelles fonctions fut pour le moment renvoyée aux calendes; car on lui confisqua ses lettres de créance et tous les autres papiers administratifs qui étaient en son pouvoir. Ainsi, Foo Chow devait donc se passer pendant quelque tempi des avantages que procure la présence d'un fonctionnaire des Etats-Unis.
Lundi 11 Mai, — J'ai montré les couleurs des Etats- Unis à un brick Espagnol. Dans l'après-midi je si^ entré et j'ai jeté l'ancre dans le port de Bahia. Pour tout vai»* seau de guerre, je trouvai simplement dans le port un steamer Portugais ; depuis plusieurs mois,, on n'y avait pas va un seul vaisseau de guerre Yankee ; l'officier de santé est venu à bord à la tombée de la nuit, VAgrippint n'est pas ici, je commence à craindre que quelque malheur ne lui soit arrivé.
Mardi 12 Mai. — Ce matin le Président m'a envoyé un messager avec le numéro du Diario de Bahia du 8 Mai. Ce journal renferme à mon adresse une espèce de proclamation ou de demande du Président de Pernambuco, qui m'invite à quitter Fernando de Noronha dans les vingtquatre heures. Voilà sans doute le résultat de certaines assertions complètement fausses qui furent propagées dans Pernambuco par les prisonniers Yankees que j'y avais envoyés. On prétend que j'ai violé la neutralité de l'Ile, etc. J'ai répondu au Président qu'il n'y avait pas la moindre vérité dans toutes ces déclarations, et que j'avais au contraire montré tout le respect possible pour la neutralité du Brésil.. Le Président répondit à ma communication en m'informant qu'on m'accorderait l'hospitalité du port; •mais le porteur de la lettre saisit cette occasion pour me
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dire qu'il espérait que je ne m'arrêterais pas plus de trois ou quatre jours, car le Président avait peur de se trouver compromis d'une façon quelconque. Le patron d'une barque Anglaise est venu m'informer qu'il avait du cbar^ bon et des provisions pour le steamer Confédéré leJapon^ qui devait arriver id le 6 courant.
Mercredi 13 JMai. — Ce matin, de bonne heure, on aperçut un steamer qui se tenait à l'ancre à un demi-mille de noiis environ. A 8 b< du matin, lorsque nous bis^ 8&mes nos couleurs, nous le vîmes, à notre grande sur-» prise et notre grande joie, arborer aussi le pavillon Coniédéré. Nous échangeâmes alors les signaux convenus; puis i'anvoyai une embarcation h. sop bord^ et nous apprîmes bientôt que c'était le Georgia^ Lieutenant Commandant Maury ; Chapman et Ëvans, deux de mes Lieutenants du Sumter étaient à son bord. Le Georgia était parti d'Angleterre le 2 Avril, il s'était armé au large d'Usbant. Notre navire est encombré de visiteurs depuis que nous ^ommes entrés,
J$udi U Mai- — A midi un quart, sur l'invitation du chef d'e;Kploitation de la ligne du chemin de fer, je partis sur un remorqueur avec un certain nombre das officiera du Gwrgia et de XAlabarm pour faire, sur la ligne, une excursion qui fut des plus agréables; nous traversâmes tout le port de Bahia, dont la ville basse borde la mer, tandis que la ville haute s'étend sur le sommet d'une montagne semi-circulaire ; l'espace qui sépare les deux parties de la ville est planté d'arbres et d'arbrisseaux.. Les maisons sont blanches pour la plupart et un grand nombre d'entre elles sont très-pittoresques. L'embarcadère est une grande et magnifique construction en fer qui s'élève au milieu d'une grande place. Le chemin de fer lui-même est un ouvrage très^solide. Nous traversâmes pendant vingtquatre milles le pays le plus pittoresque; presque partout
le chemin de fer est bordé par la baie et des lagunes ; on voit ça et là de belles petites vallées qui présentent, des deux côtés, leurs plantations de cannes à sucre et de coton, A notre retour, on nous servit un magnifique déjeuner, où l'on fit couler le Champagne. Nos hôtes furent pleins d'attentions et d'amabilités. Nous ne retournâmes à bord qu'à la nuit, après avoir passé une journée très- agréable. Les sujets Anglais qui résident ici sont très-prévenants pour nous. Notre patron du remorqueur, un ancien marin delà Tamise, gouvernait parmi les chaloupes et les vaisseaux avec une habileté qu'on ne rencontre que chez les hommes de la Tamise. Le steamer de la malle Française est entré aujourd'hui : il nous apporte la nouvelle que le Fhrida est à Pernambuco.
Vendredi 15 Mai. — Ce matin une personne en costume bourgeois est montée à bord en me disant que le Président lui avait ordonné de demander à voir ma commission. Je lui répondis que rien ne m*empéchait de montrer ma commission, mais que ce devait être à un officier de mon rang, et que cet officier devait venir à bord en uniforme. J'ajoutai que je ne montrerais ma commission à aucune personne qui viendrait à bord en habits bourgeois, qui m'apporterait un simple message verbal, et qui n'aurait aucun titre qui témoignât de son rang, etc. Je lui fis cependant remarquer que ce serait avec un très-grand plaisir que j'irais voir moi-même M. le Président pour lui montrer ma commission. Il accepta promptement cette proposition; on fixa l'heure de l'entrevue, et j'allai à terre accompagné de mon aide; je causai longuement et agréablement avec le Président; cet homme peut avoir trentecinq ans; il est grand et délicat; ses yeux et ses cheveux sont noirs.
Nous avons discuté différents points relatifs aux droits des neutres et des belligérants, etc., et j'ai saisi cette oc-
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casion pour lui renouveler l'assurance que je lui avais déjà donnée dans ma lettre, c'est-à-dire que j'avais eu les plus grands égards pour les droits de la neutralité du Brésil pendant ma visite à Fernando de Noronha, etc. Je lui demandai ensuite de me donner, à moi et au Georgia^ la même hospitalité qu'il accorderait à un croiseur Fédéral ; j'ajoutai cependant que je pouvais lui dire, comme si je parlais à un simple particulier, que nous avions droit à toutes les sympathies du Brésil, etc.
J'obtins de lui que le Georgia pourrait faire du charbon par ses chaloupes, car le port s'opposait à ce que les deux navires fussent amenés bord à bord. Il paraissait désirer que notre séjour fût aussi court que possible, pour que nous ne pussions compromettre en aucune façon la neutralité des eaux Brésiliennes. Il me dit que mes matelots s'étaient très-mal conduits à terre, et en effet je le savais déjà. Je lui répondis qu'il m'obligerait beaucoup en faisant arrêter les coupables et en les faisant mettre aux fers. Ce soir nous avons été traités d'une façon splendide k la résidence de M. Ogilvie, oii nous avons rencontré toute la société Anglaise de la ville.
Samedi 16 Mai, — Aujourd'hui le vaisseau (le Castor) qui faisait du charbon au Georgia a reçu l'ordre de s'éloigner et de suspendre l'opération ; le Consul Yankee a affirmé au Gouvernement que le charbonnier avait des munitions de guerre à bord.
Dimanche 17 Mai. — Dans la matinée un officier est venu abord pour me lire une dépêche officielle. Le Président m'exprimait tout son déplaisir de ce que je restais si longtemps dans le port, et il m'ordonnait de J)rendre la mer dans les vingt-quatre heures. La même dépêche fut communiquée au Georgia. Je répondis que le Gouverne-' meii4 lui-même était la cause de notre retard, car il nous avait empêchés de prendre à un vaisseau le charbon que
nciis lui avions acheté ; j'ajoutai que je pourrais prendre la mer vingt- quatre heures après que cette défense aurait été levée, etc., etc. Des dames et des messieurs Anglais ont visité le navire cette après-midi ; nous avons été, d'ailleurs, encombrés tout le jour par des visiteurs de toutes sortes.
Mardi 19 Mai. — Ce matin, je fus demandé à terre ; par le Président ; je m'y rendis bientôt et nous eûmes une discussion longue et animée. Il déclara qu'il avait certaines preuves de ce qui avait été avancé par le Consul , des Etats-Unis; qu'il était certain que le vaisseau charbonnier, le Castor^ avait été envoyé ici pour nous rencontrer ; que, dans ces circonstance (comme le vaisseau était encore accusé d'avoir des munitions de guerre i bord, i\ était de son devoir de nous empêcher de prendre le charbon du Castor^ mais que nous avions librfe accès au marché, etc. Le Consul lui avait dit aussi que j'avais rembarqué un des prisonniers après l'avoir débarqué; le fait est que beaucoup d'entre eux s'offrirent de boncœur, mais je refusai d'en prendre un seul, parce que mon équipage était complet. Dans l'après-midi, j'ai adressé une lettre au Président, et j'ai insisté sur 1^ droit que nous avions de prendre le charbon du Ca»tor^
Mercredi 20 Mai. — Ce matin, on nous avait promis^ du rivage, des chalands pour faire du charbon; mai^ pas un seul n'est encore venu — midi et demi. Ver^ le soir, un bateau vint à notre bord, et nous chargeâmes le charbon pendant la nuit. Le lendemain, nous primes notre course, et nous sortîmes sous vapeur.
Dimanche 24 Mai. — J'ai réellement le mal du pays pendant c^te calme matinée de Dimanche. Voilà dea^ longues années que je suis loin de ma famille, et rien n'indique encore que la guerre va finir. Au contraire, las Yankees paraissent devenir de plus en plus furieux, et
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rien ne pourra les soumettre, si ce n'est une invasion ou peut-être encore la destruction de leur commerce ; mais pour faire cela, je le crains, nous sommes encore trop faibles. Si nous pouvons prendre et garder le Kentucky, te choses changeront de face. Allons, sacrifions nos désirs mutuels sur l'autel de notre patrie, car sans patrie nous ne pouvons avoir de foyer.