‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 5 sur 89 · C.-M. CONRAD, Président · texte numérisé non relu

C.-M. CONRAD, Président

ET DE l'aLABAMA. 3

Si le Capitaine Semmes fut choisi pour le premier service périlleux, quel qu'il put être, ce fut à cause de sa réputation et de son patriotisme aussi bien que grâce à la sagacité du chef du Gouvernement Confédéré. Toutefois, dans une lettre adressée à l'Honorable Alexander H. Stephens, le Capitaine Semmes avait déjà fait connaître le désir qu'il avait de combattre pour le Sud ;« son jugement, ses inclinations, ses affections, tout, » disait-il, « le poussait à attacher son sort au premier mouvement du Sud. » «Mon sort, » poursuit-il, « est lié au Sud; mais je ne veux pas, à moins d'y être invité, paraître me jeter audevant du nouveau Gouvernement tant que l'État où je suis né n'aura pas pris les armes. » Tel était, à cette époque, le sentiment de beaucoup d'hommes politiques appartenant aux Etats placés entre les deux camps. Dans une autre lettre à M. Curry, le Capitaine Semmes exposait ses aperçus profonds et pratiques sur la situation des Confédérés au point de vue maritime : il expliquait comment le Sud pouvait se défendre et nuire à ses ennemis.

Le Capitaine Semmes répondit tout d'abord qu'il allait se rendre à l'appel du Comité, et son premier acte fut de donner respectueusement sa démission de Commandant de la Marine des Etats-Unis. Cette démission fut acceptée dans les mêmes termes qu'elle avait été donhée. Il cessa en même temps de faire partie de la Commission des Phares. Toutes ces formalités terminées, il envoya une dépêche à l'Honorable J. L. M. Curry, à Montgomery, où siégeait le Congrès des Etats Confédérés, pour informer les membres du Gouvernement du Sud qu'il était, dès ce moment, libre de servir son pays dans la lutte qu'il avait à soutenir. Il fut alors désigné par le Président Davis pour aller dans le Nord conclure des marchés, passer des adjudications importantes « de machines et de munitions de guerre ; » il devait, en outre, aviser aux fournitures de

h CROISIÈRES DU SUMTER

« poudre ordinaire et de poudre à canon pour les gros calibres, » et, enfin, prendre des arrangements avec un marchand de poudre afin de faire établir «une poudrière dans les limites du territoire Confédéré. » La lettre de M. Davis au Capitaine Semmes donne une bonne idée des qualités sérieuses que le Président apportait dans ses hautes fonctions. « A l'arsenal de Washington, » écrivait-il, « vous trouverez un ouvrier nommé Wrigth qui a perfectionné la machine à capsules et Ta faite ce qu'elle est maintenant. Il pourrait nous en fournir un modèle et venir ici nous expliquer la manière dont elle fonctionne. » Dans toute cette lettre, qui est remplie de notes précieuses et qui donne au Capitaine Semmes des missions importantes, M. Davis fait voir toute sa confiance dans la loyauté et les capacités de rhomme auquel il s'adresse.

Le Capitaine Semmes accomplissait ces missions pressantes, lorsqu'une communication officieuse de M. S. R. Mallory, du département de la Marine, l'informa que deux steamers et peut-être même davantage, qui se trouvaient dans toutes les conditions désirables pour le service actuel, pourraient être achetés à New-York ou dans les environs.

Ces steamers, — disait la lettre, — sont d'une grande vitesse, ils tirent peu d'eau, et sont assez forts pour porter des canons de gros calibre; ils sont commandés pour naviguer sur les fleuves et pour courir les petits bras de mer de Charleston à Sainte Mary de Key West à Rio Grande; leur service est la défense des côtes. Leur vitesse est assez grande pour leur permettre, en tout temps, d'accepter ou d'éviter un engagement, et on pourrait les armer de canons de 8 à 10 pouces, peut-être même de deux pièces de 32, ou, enfin, d'un calibre un peu moins gros.

La nomination du Capitaine Semmes au grade de Commandant de la Marine des Etats Confédérés parut en Avril

et le serment fut prêté à la même époque. Le 18 de ce mois, M. Mallory le releva du poste qu'il occupait, par suite d'un décret du Président, de Directeur de la Commission des Phares, et lui donna Tordre de partir pour la Nouvelle-Orléans, afin d'y prendre le commandement du Sumter. Le Capitaine vit bien clairement que la guerre allait éclater, et, en même temps, il entrevit les moyens par lesquels il pourrait le mieux servir son pays. Il partit sans délai pour la Nouvelle-Orléans.

Nos lecteurs verront bientôt, par les citations que nous emprunterons à son journal de bord, que le Capitaine n'était pas un incendiaire insatiable, comme beaucoup de ses admirateurs le pensent communément, ni le Pirate Noir de la presse de New-York. Le Capitaine Semmes est un enfant de Baltimore ; il est d'un Etat qui a donné beaucoup de francs patriotes au Sud. Avant d'accepter son nouveau commandement, il a honorablement dit adieu à l'ancien. Les Fédéraux n'avaient aucune accusation à produire contre lui avant le jour où il mit le pied sur le pont du Sumter, ce vaisseau, alors inconnu et insignifiant, et tout ce qu'ils ont pu dire ensuite est de peu d'importance ; ils n'auront pas nui beaucoup au Capitaine Semmes en criant bien fort comme ils l'ont fait et en hurlant comme des hommes aux abois.

CROISIERES DO SDMTER

Page 1