CHAPITRE XXXn
NoQTeaQ théâtre de la croisière ~ Affaire da Winged Racer— Une bonne chasse * Le Comtest — En vigie — Pour ne pas être trompé — Pas de prise — Gondore — Une Colonie Française — Salotations amicales — He des Singes —-Loin du foyer — Sauterelles sifllantes » Pourquoi Ton ne trouve jamais de sroge mort — Vers le pays — Rareté des vaisseaux Yankees.
Le 8 Novembre, VAIabama était en vue de la terre; après avoir mouillé pendant une nuit à quelque distance de Fiat Point et envoyé une embarcation à terre, dans le vain espoir de trouver dans ces villages Malais une provision quelconque de vivres (rais, il leva Tancre et reprit la mer sous vapeur.
Mardi 10 Novembre. — Nous avons passé entre les îles de Beezee et de Sonbooko; elles sont toutes les deux élevées et pittoresques; le canal qui les sépare a un mille de large ; on voit quelques villages sous les bosquets de cocotiers dans la première île. Les naturels viennent tout nus dans la baie pour nous regarder. Nous avons traversé le Détroit de la Sonde vers 2 h. du soir en passant à rOuest de Thwart-the-Way.
Aussitôt sortis du Détroit, à peine avais-je commandé la direction que nous aperçûmes un navire qui avait l'air d'un clipper ; il était sous ses voiles de hune et se dirigeait vers rile du Nord. Nous lui donnâmes la chasse,
ET DE l'aLABAMA. S&S
quoique nous fussions au milieu d'une rafale de pluie; quinze ou vingt minutes plus tard, nous étions assez près de lui pour lui faire montrer ses couleurs. Il était des Etats-Unis; c'était 1^ Winged Racer que nous avions chassé hors du Détroit. Nous le capturâmes et nous l'envoyâmes à l'ancre à trois milles de l'Ile du Nord (l'tle marquait à peu près O.-S.-O.) Puis nous remontâmes dans la même direction et nous jetâmes l'ancre tout près de lui. En travaillant beaucoup, nous avions pris à son bord, vers 3 h. du matin, tout ce qui nous manquait. Après avoir mis, sur leur propre demande, cet équipage et celui de VAmanda dans les embarcations de la prise, nous mimes à la voile à & h. du matin, et nous ftmes vapeur, au jour, pour nous éloigner des côtes. Nous f ùôies assez heureux pour trouver de la volaille, des fruits et des légumes à bord d'un bateau de provisions Malais, qui faisait le commerce des fournitures de vivres. Ce bateau nous dit que, lorsqu'il avait quitté Angra, deux jours auparavant, le Wyoming y était encore. Je brûlai le navire capturé.
AFFAiBB DU WINGED RAGER.
Navire sous pavillon et registre des Etats-Unis ; pas de prétention à la neutralité de la cargaison parmi les papiers ; en destination de New-York.
Navire et chargement condamnés.
Mercredi 11 Novembre. — On aperçut le North Watcher presque au point du jour; voyant alors que, si je conservais la môme vitesse, j'arriverais au Détroit de Gaspar d'assez bonne heure dans la soirée et que je serais obligé de jeter l'ancre jusqu'au jour, j'ordonnai qu'on arrêtât la vapeur; nous faisions des préparatifs pour relever le pro-
3&& CROISIÈRES DU SUlfTER
pulseur, lorsqu'on signala sur bâbord d'avant une voile à tribord. On reconnut bientôt que ce navire paraissaiten désordre et qu'il était évidemment des Etats-Unis. Nous restâmes au large quelque temps pendant qu'il passait sur notre avant, et quand il fut à une distance convenable nous lui montrâmes les couleurs des Etats-Unis. Il répondit en déployant le même pavillon. Alors je tirai un coup de canon et hissai nos propres couleurs (un drapeau neuf). Au lieu d'obéir à ce signal qui lui disait de mettre en panne, il fit voile et prit la fuite. Nous rallumâmes aussitôt les feux; car la vapeur était complètement arrêtée, et nous appuyâmes la- chasse. Le navire poursuivi était alors à quatre milles de nous, et pendant longtemps c'est à peine si nous gagnâmes quelque chose sur lui. Nous tirâmes un boulet rayé sur son arrière, mais il ne daigna pas faire attention à cette décharge. Enfin, après une chasse animée d'une heure et demie (car on fut obligé de changer les canons et d'envoyer les hommes à Tarrière pour orienter le navire et lui donner toute vapeur) nous nous approchâmes assez près pour lui tirer un boulet de 32 entre ses mâts; alors il resserra ses voiles, arriva au vent et mit en panne. Si le vent avait été très-frais (il soufflait alors une bonne brise), il nous aurait probablement échappé. C'était le clipper le Coniest, allant de .Tokohama (Japon) à New-York. Nous le capturâmes et nous jetâmes l'ancre en pleine mer par quatorze brasses d'eau ; nous enlevâmes ensuite de la prise les provisions dont nous avions besoin. Tout notre monde était revenu à bord à la tombée de la nuit; alors on découvrit que la prise traînait son ancre, et qu'elle fuyait si rapidement, grâce à la brise qui avait fraîchi, qu'un bateau qui avait été envoyé pour l'aborder et pour y mettre le feu, godilla, jusqu'à ce que l'officier nous perdît presque de vue; craignant alors que, s'il continuait d'avancer,
ET DE l'ALÀBAMÂ. 3&5
il ne nous perdît complètement de vue dans une rafale de pluie, il revint à bord de YAlabama. Nous chauffâmes immédiatement et nous levâmes Tancre pour nous diriger vers la prise; nous envoyâmes ensuite à son bord l'équipage d'un canot pour y mettre le feu.