‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 51 sur 89 · AFFAIRE DU CONTEST · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU CONTEST

Vaisseau sous pavillon et registre des Etats-Unis, et pas de réclamation au sujet du chargement.

Yaisseau et chargement condamnés.

Nous pensions qu'en apprenant l'arrivée deYAlabamaj le Wiomyngy si réellement il était près du Détroit, se dirigerait de suite vers le Détroit de Gaspar pour chercher son ennemi, et le Capitaine Semmes résolut de prendre le Yankee entre deux feux. 11 partit donc en avant pour aller croiser pendant quelques jours dans la Mer de Java, un peu à TEst du Détroit. Une semaine s*écoula sans amener aucun fait digne d'être rapporté. Enfin un changement arriva.

Jeudi 19 Novenibire, — A 3 h. 30 du soir, nous abordâmes le vaisseau anglais Avalanche (transféré), parti depuis deux ou trois jours de Singapore ; il avait des journaux d'Angleterre du 10 Octobre — des nouvelles de quarante jours ! Nous fûmes satisfaits de ce qu'elles nous apprirent, et nous ressentîmes une grande joie au sujet de notre victoire de Chickamanga. On dit que plusieurs navires Américains ont désarmé à Singapore, et qu'il y a stagnation générale dans le commerce Américain. Ce navire est venu jeter l'ancre à deux milles de notre arrière, et nous envoyâmes à son bord les prisonniers du Contest, car le patron a consenti à les prendre, contre un chrono-

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mètre que je lui envoyai. 11 les mettra probablement à terre à la Pointe d'Angra. Nous hissâmes d'abord le pavillon Hollandais, et nous envoyâmes à son bord un Allemand qui était avec nous, un Second Maître ; le Patron, quand on lui dit que nous étions un vaisseau de guerre Hollandais, s'écria : a Oh! ça ne prend pas ; j'étais à son bord, à Liverpool, quand on l'a lancé 1 1»

Vendredi 20 Novembre, — "Nous avons descendu et gréé le canot, puis nous l'avons envoyé aborder deui barques; elles nous annoncèrent qu'il y avait quatre navires Américains à Bankock, et qu'ils y restaient, craignant de nous rencontrer. Il y avait aussi un navire Américain à Manille.

Samedi 21 Novembre. — - A 3 h. du soir, j*ai mis k la voile avec un vent du S.-O.

Dimanche 22 Novembre. — A 3 h. du matin, on abaissa le propulseur, et nous avançâmes sans vapeur; nous passâmes à quatre milles environ de Tlle de la Direction vers 5 h. 15 du soir.

Lundi 23 Novembre. — A 8 h. du malin, nous doublâmes Seraia.

Jeudi 26 Novembre. — Lat. 5.36, long. 111.42, àcinquante milles d'un endroit dangereux, vers lequel le courant nous entraîne. Pas moyen de jeter l'ancre. 47 brasses. Après midi, le calme continuait toujours ; nous laissâmes aller une bouée dans 50 brasses d'eau — bourbeuse-*- et nous virâmes à 150 brasses.

Vendredi 27 Novembre. — Midi. Nous luttons sans espoir contre le courant. Le calme de la mort règne par ici. Nous sommes obligés de revenir à la bouée.

Dimanche 29 Novembre. — Ce matin, après cinq jours d'un calme semblable à celui du tombeau, nous essuyâmes le mousson, qui souffla légèrement, et, à 9 h. du matin,

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nous nous mttnes en route en nous dirigeant vers le N.-O.

Jeudi 3 Décembre^ — Au point du jour, on aperçut un petit navire à l'ancre près de l'entrée du port de l'Ile de Gondoré; il avait les couleurs Françaises, et des tentes et d'autres indices annonçaient que c'était un vaisseau de guerre. J'envoyai un canot reconnaître les eaux. Le canot revint à 1 h. du soir avec le commandant du vaisseau, qui était un vaisseau de guerre Français. Je fus tout étonné d'apprendre que nous étions arrivés dans des eaux civilisées, et que Tlle de Condore était occupée par des Français. Il y avait une petite garnison de 50 ou de 60 hommes dans le village, situé sur la côte Est. Les ofQders Français disaient que les naturels s'étaient révoltés tout dernièrement, et que, pour celte raison, nous ne pourrions nous procurer que très-peu de fruits et trèspeu de légumes, car la plupart des naturels s'étaient sauvés dans les montagnes. Je fis lever l'ancre et j'entrai dans le port avec le navire Français, qui me montra poliment le chemin; il jeta l'ancre par neuf brasses. Nqjis tournâmes le navire, de façon à présenter notre bordée de bâbord à tout ennemi qui pourrait être disposé à violer la neutralité. Ensuite, pour économiser le charbon, on laissa éteindre tous les feux. Deux vaisseaux, allant sous lèvent, passèrent en vue dans la journée ; ils s'écartaient prudemment de la route pour reconnaître Tile dans cette mer incertaine.

Vendredi 4 Décembre. — Le port est pittoresque, los côtes s'élèvent brusquement de la mer à la hauteur de 1,800 pieds. Elles sont couvertes d'une verdure épaisse depuis le bord de l'eau jusqu'à leur sommet. Les herbes sont d'une belle taille; le sol est très-riche, mais il y a peu de terres cultivées, car les pentes des montagnes sont trop rapides* Les Français ont bâti en pierres sèches

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trois espèces de huttes sur le rivage Nord, et deux grossières jetées qui servent de quais. C'est là que je débarquai pour régler mes chronomètres. Je trouvai un Français en faction et trois ou quatre marins Chinois qtd taillaient du bois et couvraient une hutte avec du chaume. Ici, comme sur le Continent, les Français font des esclaves de leurs prisonniers de guerre. L'Ue est sous le commanment d'un enseigné de vaisseau.

Le Commandant de la Jonque est un Midshipman, de sorte que nous voilà parmi de grands dignitaires ! Je suis débarqué à midi, sur une plage sablonneuse bien agréable de la rive Sud pour prendre la latitude, qui est 8*39* 10". J'ai vu les ruines de la chaumière d'un Français qui est enterré tout près de là ; son nom est gravé surl'écorce d'un arbre de la rive. Voilà un pittoresque lieu de sépulture, au milieu de ces ombrages éternels et du murmure endormant de l'Océan.

Samedi 5 Décembre. — Je me suis amusé ce matin à examiner de vieux babouins qui étaient assis sur le sable du rivage et qui semblaient considérer le navire avec grande attention. Beaucoup de ces caricatures de l'homme habitent ces îles. Hier, comme un bateau abordait au rivage, on aperçut un grand nombre de jeunes singes qui gambadaient sur le sable, mais un des vieux vint les rappeler, et ils disparurent bientôt tous dans l'épaisseur du bois. J*ai rendu ma visite au Commandant Français; il est à bord d'une misérable embarcation du pays, d'environ 40 tonnes. J'ai envoyé une embarcation au village situé 'a l'Est, pour rendre visite au Gouverneur et pour lui demander si nous pourrions avoir des fruits et des légumes. Le canot revint à la tombée de la nuit; le village est tout simplement un port militaire, car les naturels qui l'habitent, sauf quelques prisonniers ou esclaves, se sont enfuis vers les montagnes et on ne peut avoir de vivres. La ré-

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sklence du Gouverneur est une cabane, couverte de chaume comme toutes les autres maisons, dont la construction est faite sans soin et sans goût. On aperçoit quelques morceaux de terres cultivées, qui produisent du riz, des fruits, du coton; ce dernier ne promet pas beaucoup. Les singes détruisent les rizières. On trouve ici beaucoup de beaux pigeons de toutes sortes; leur plumage est magnifique et leur chair très-grasse. L'espèce commune a le dos vert et les ailes dorées. Cette lie doit être un paradis pour les singes, tellement la nourriture qui leur platt est abondante dans les forêts, dont chaque arbre porte un fruit ou une amande d'une espèce quelconque. Les officiers Français avaient entendu dire et croyaient que nous coulions ou brûlions tous les vaisseaux que nous prenions avec tout le monde à bord; aussi ils reçurent d'abord le Payeur un peu froidement, mais ils devinrent très-affables quand ils apprirent que nous étions des Chrétiens et que nous ne commettions pas le meurtre en gros.

Dimanche 6 Décembre. — Un autre Dimanche de solitude — de solitude, quoique au milieu de cent cinquante personnes! Nous sommes séparés de la patrie par la moitié de la circonférence du globe. Une des sensations les plus fréquentes et les plus désagréables que j'aie éprouvées depuis que je suis entré dans la Mer de Chine, c'est le sentiment accablant de la grande distance qui nous sépare de la patrie, c'est le caractère complètement étranger de tout ce qui m'entoure, comme si j'étais entré dans une autre planète!

Luf^i^ Décembre. — Le Commandant de l'île, M. Bizot, est venu me voir aujourd'hui. C'est un aimable et intelligent jeune homme de 24 à 25 ans, qui se montra trèsbienveillant et qui m'exprima sa sympathie pour notre cause. Sa position est flatteuse pour un homme de son âge et de son rang ; il paraît qu'il est entré en fonctions

avec zèle et orgueil. Il m'a donné une carte de Tlle dressée Tan dernier. Les Français sont en possession de cette colonie depuis deux ans et demi. Il me demanda pourquoi j'avais bissé le pavillon Anglais en jetant Tancre la première fois, et il parut surpris que nous n'eussions pas entendu dire que cette tle appartenait aux Français ; car la prise dé posse^ion avait été notifiée à toutes les puissances. Je lui dis en plaisantant que j'avais eu quelque envie d'en prendre moi-même possession, mais que les Français avaient pris l'avance sur moi. Il m'apportait uo présent qui fut très-bien accueilli, c'était un cochon. Il me donna encore quelques fruits et me dit qu'il partagerait avec moi son champ de pommes de terre. Les provisioos fraîches sont si rares ici que je crains que mon généreux ami ne se soit volé lui*méme. Il me dit qu'il avait au village cent cinquante forçat^ et qu'il avait l'intention d'en bien profiter pour faire construire des magasins, des habitations, etc. Les chasseurs ont rapporté à bord aujourd'hui une chauve-souris des Indes Orientales, autrement nommée Vampire ; elle mesurait deux pieds dix pouces d'envergure ; sa tête ressemblait à la tête d'un chien ou d'un loup plutôt qu'à celle de tout autre animal; ses dents étaient très-pointues et très-fortes. Parmi les curiosités de l'île on cite une espèce de sauterelles dont le sifflet est presque aussi fort que celui d'une locomotive.

Mardi 8 Décembre/ — Le Commandant de la Jonque est venu à bord et m'a donné deux poules. Les singes sont très-grands et très-féroces. Ils ne se sauvent pas de l'homme; — ils vont au contraire tourner autour de lui pour lui faire des grimaces tout en baragouinant. Un officier en a tué un qui, en mourant, porta vivement ses mains sur sa blessure et poussa des cris perçants comme une créature humaine. Il fut enterré dans le sable par ses compagnons^ mais la sépulture ne fut pas entièrement

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achevée, parce que ceux qui y travaillaient furent interrompus. Voilà pourquoi nous ne trouvons jamais un singe mort, pas plus, comme dit le proverbe Singalais, qu'un corbeau blanc, ou qu'un cocotier droit. On a apporté aujourd'hui à bord un curieux produit de Tile : c'est une espèce de légume qui ressemble, à s'y tromper, à un beau cigare de la Havane ; sa chair est ligneuse et recouverte d'une écorce lisse, sa couleur est celle du tabac foncé. L'arbre le produit tel qu'on nous le montra, et ce n'est ni une cosse ni un fruit. On se demande quel est son usage ou sa vertu. Nous n'avons pas eu de succès avec nos engins de pèche ; car ici tous les poissons sont des sauteurs, et ils sautent hors du filet.

Mercredi 9 Décembre. — La chaleur excessive et l'humidité du climat de ce pays sont énervantes. Nous commençons déjà à sentir les mauvais effets de cette température qui pèse sur nous comme-un bain de vapeur, et nous ne nous sentons aucune envie de prendre de l'exercice ; une promenade d'un demi-mille environ nous abat complètement.

Jeudi 10 Décembre. — A 2 h. 30 du soir, un steamer Français traverse le Passage pour aller vers le Sud. Je fus ensuite informé par le Gouverneur que c'était le paquebot-poste venant de Saigon et allant à Singapore. Les habitants de Saigon nous attendent.

Vendredi 1 1 Décembre. — Dans l'après-midi, le Commandant et le Chirurgien vinrent à bord : ils nous apportaient un bcBufl et des légumes.

Dimanche 13 Décembre. — L'équipage a dfné aujourd'hui du bœuf du Commandant; c'était la première viande fraîche qu'il mangeait depuis notre départ de la ville de Simon, près de trois mois 1 et cependant nous, n'avons aucun malade! Ce qui nous vaut cela, c'estia bonne eau, la tempérance, une discipline sévère et, partant, la satisfac-

lion de tous et un travail modéré et continuel. Les hommes ont fait plusieurs promenades à terre ; mais il leur a été impossible de s'enivrer. Ce matin, le Commandant m'a envoyé une noix de coco. Ce jeune Français est plein d'attention pour nous.

Lundi 14 Décembre. — Aujourd'hui nous faisons un batardeau de trois pieds pour arriver à remplacer le cuivre autour du tuyau de décharge du piston. Cette opération est tout à fait simple et facile à faire. Nous sommes prêts pour la mer. La nouvelle de « notre présence » est arrivée probablement à Singapore dans la soirée de Samedi, et il n'y a que deux jours de marche de Singapore ici pour on steamer rapide; ainsi, tandis que l'ennemi, s*il y en avait un à Singapore, vient de ce côté, nous devons partir de l'autre pour aller chercher du charbon et des vivres.

Mardi 1 5 Décembre. — Au jour nous mimes à la voile, et nous sortîmes du port. Comme la brise était très-légère et que le navire était près du rivage, il nous fut difficile de tourner la pointe de l'île ; nous en passâmes à la longueur d'un navire. Je fus tout agité pendant quelques minutes, mais on marcha toujours, et nous reçûmes une légère brise qui nous envoya bientôt en avant et nous mit hors de danger.

Nous voilà donc encore une fois en mer, avec notre avant tourné vers l'Ouest, vers la patrie ! Retourneronsnous jamais dans ce cher pays que nous avons quitté depuis trois ans et dont le souvenir nous a émus si souvent ? Que nous est-il réservé? Un combat? Un naufrage? Tous les deux peut-être, ou ni l'un ni l'autre? Quand nous arriverons dans le Nord Atlantique, sera-ce encore la guerre, sera-ce la paix? Quand seront calmées les passions diaboliques du Nord? Voila des questions qui nous intéressent. Mais la Providence, dans sa sagesse, a, d'une main amie, caché la réponse derrière le voile du Destin. Une longue

ère ne serait guère fructueuse dans ces mers chaudes, mmerce de Tennemi est maintenant d'une petite imace par ici ; il est réduit probablement à vingt ou à ) bâtiments par an ; et ces quelques voiles peuvent oaent nous éviter en prenant les différents passages •céan Indien, qui sont si nombreux et si séparés. Le lerce sur les côtes étrangères, entre deux ports de la , par exemple le commerce de Calcutta encore et de TAustralie, non-seulement peut nous échapper, encore se trouve presque hors de notre atteinte, ca^* ne pourrions que rançonner les navires; tous leurs ;ements sont neutres ! c'est-à-dire les chargements tx qui peuvent en trouver^ et maintenant ils ne sont n grand nombre. En outre, ici , on ne peut ni croiser asser avec succès ; on n'y serait même pas en sûreté son propre compte, car il serait impossible d'y trou- Il charbon. Nous pourrions peut-être nous approvier une fois tous les trois mois dans quelque port is. Dans les autres ports on se liguera probablement 8 nous, à l'instigation du consul Yankee. J'irai tenter e une fois la chance autour du Cap de Bonneance, et du côté de Bornéo ; de là peut-être irai-je Jarbades pour faire du charbon; ensuite... (?) Si la e n'est pas terminée, mon navire aura besoin d'aller antier, car une grande partie de son cuivre devra emplacée ; presque tout a été détruit par une croicontinuelle; les chaudières devront être enlevées et ées; et ce travail ne peut se faire convenablement Europe, Nos jeunes officiers, qui avaient trouvé le jement si agréable lorsqu'ils débarquaient de notre vaisseau pour courir dans les plaines et dans les i de Condore, avec leurs fusils et leurs armes, s'étaient lent attachés à cette petite île qu'ils l'ont quittée avec t.

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