CHAPITRE XXXIII
En Orient — Aor — Marins nomades — Soupçons — A Singapore — Une ville active — Marchands Chinois — Whampoa et G« — Machines k calculer — En route — Le Martalan de Maulmain - Transformation — Le Texan Star — La vérité - Malacca — U Sonora — Au Gap.
VAlabama gouvernait alors vers Singapore, et pendant trois ou quatre jours il continua sa course sans rencontrer aucun incident qui méritât d*étre cité d'une façon toute particulière. Le 19 Décembre, il jeta un instant l'ancre dans la baie située au S.-E. de Tile d'Aor, qui se fait remarquer par ses collines élevées et couvertes de verdure usqu'à leurs sommets, et qui n'est réclamée par aucune nation Européenne.
Dimanche 20 Décembre, — Comme c'est Dimanche aujourd'hui et que le temps est encore lourd et menaçant, j'ai résolu d'attendre jusqu'à demain pour prendre ma course vers Singapore. Le temps s'éclaircit cependant ce matin et le baromètre remonte. Plusieurs îles qui nous étaient cachées hier sont visibles aujourd'hui. Pulo Aor a une apparence gentille et pittoresque. Des naturels viennent à bord avec de maigres provisions de volailles, d'oeufs et de noix de coco. Ils sont plus grands que les naturels de Condore, plus robustes et mieux développés
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mssi, mais leurs physionomies ne sont pas trës-prévelantes. Le Gouverneur est d'un âge mûr ; il a l'air gros* der ; sa taille est plusqu*ordinaire; il me montra quelques >apiers sales et huileux : c'étaient les recommandations les visiteurs 'qui m'avaient précédé; il me pria de lui lonner aussi mon petit tribut pour sa collection, mais je 'efiisai nettement : je ne savais rien sur le compte de cet ndivîdu! Leurs canots sont légers et gracieux. Quelqueois ces embarcations représentent un véritable tableau, :ar ceux qui les montent sont vêtus d'habits à grands ranages éclatants, lorsqu'ils ne se contentent pas du cos« .urne primitif. Nous avons entendu leurs tams-tams et leurs banjoes hier dans la soirée, mais nous préférerions de beaucoup à leur musique le chœur de quelques grenouilles, qui ont par ici des accents plus délicats et plus aigus que leurs pareilles de chez nous. Les habitants des Des ne sont rien moins que des marins nomades; ils mènent une vie paresseuse, vagabonde, et leurs actes sont toujours marqués au coin de la fourberie. Ils ont un beau physique, comme on peut bien le supposer d'après leur existence en plein air; car ce genre de vie leur donne un exercice salutaire ; ils ne sont pas accablés de travail, puisque Mère Nature les nourrit d elle-même et qu'il ne leur faut pas beaucoup plus de vêtements qu'ils n'en ont apporté avec eux dans le monde.
Dans l'après-midi, quelques officiers visitèrent le rivage, où ils furent bien reçus. On pouvait compter là quatre-vingt-dix à cent naturels : hommes, femmes et enfants; et il y en avait probablement encore autant de l'autre côté de l'île, car il y a un village au S.-O. pour l'époque des moussons. Ils semblent avoir beaucoup de volailles, et ils sont très-habiles comme pêcheurs. Ils jouent — toute chose ressemblant au travail étant hors de question. L'île paraît avoir été, dans l'origine, une
masse^olide de rochers; les murs rocheux de moTitagnes jaillissent à plusieurs endroits du milieu d'une épaisse forêt, et peu à peu, suivant que le temps et les éléments en ont dégradé une partie, des plantes et des arbres y ont pris racine, jusqu'à ce que l'île fût devenue ce qu'elle est aujourd'hui, une masse luxuriante de végétation. On voit de beaux bateaux soigneusement hissés sur la rive; ils sont assez grands pour une embarcation de pirates; ce à quoi ils sont probablement destinés ; il y a quelques anneaux près de la porte du chef. Le cocotier a escaladé les pentes des montagnes ; il agite ses rameaux penniformes sur les crêtes les plus élevées. Voilà de la nourriture, des cordages et de la lumière pour les naturels ! Dans cette île, on remarque plusieurs petites vallées délicieuses, parmi lesquelles sont bâties des cabanes couvertes de chaume. Pour la partie animale de notre être, la vie que mènent ces naturels est plus agréable que celle de beaucoup d'autres peuples : ils ont peu de besoins, qui sont d'ailleurs facilement satisfaits ; leur travail n'est pas trop fatiguant, et leurs goûts simples se contentent des plaisirs qu'ils rencontrent.
Pluie, pluie dans l'après-midi. Les sommets des montagnes sont privilégiés; ils reçoivent les plus belles averses. Et maintenant, à Singapore, si Dieu le permet!
Lundi 21 Décembre. — ^ A 3 h. 30 du matin nous nous mîmes en route, sous vapeur et sous voile, et nous gouvernâmes S.-E. 32 milles 1/2, S. 18 milles et S.-O. 14 milles. Le temps devient très-lourd ; il tombe une forte pluie, qui plonge tout dans une obscurité complète et nous oblige de venir dans 10 brasses 1/2 du côté delà pointe Nord de l'île Bintang, et à 11 milles, par le calcul, du phare de Pedra Branca. C'est ainsi que nous devons faire la guerre aux éléments aussi bien qu'à l'ennemi. Au point du jour on aperçut un steamer de belle taille sur
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notre avanV de bâbord ; il était aussi en destination de Singapore et il jeta Tancre près de nous. Comme le temps s'éclaircit un peu à midi, nous primes le point, puis nous repartîmes avec un pilote Malais, et nous jetâmes l'ancre en vue de Singapore, à 5 h. 30 du soir.
Mardi 22rDécembre. — A 9 h. 30 du matin, un pilote est venu à bord ; nous sommes entrés dans le nouveau port le long du dépôt de charbon, et nous avons com* mencé à charger le charbon. Singapore est tout à fait une grande ville qui semble prospérer. Il y a beaucoup de vaisseaux dans le port. La campagne est belle, elle produit de beaux fruits en abondance. Les environs de la ville s'embellissent chaque jour ; on y voit des maisons pleines de goût et des terrains bien cultivés. Les Anglais qui habitent ici appellent Singapore le Madère de l'Orient; ils font allusion à sa salubrité. Il y a vingt-deux vaisseaux marchands Américains dans le port, presque tous sont désemparés ! Le Wyoming était ici il y a vingt jours. Il partit pour aller au Détroit de Rhio, oîi il resta quelques jours. Nous avons terminé de charger le charbon la nuit dernière, l'opération n'a pas demandé plus de dix heures. J'ai reçu des vivres.
Mercredi 23 Décembre. — Temps variable; des averses de pluie le matin et forte pluie dans l'après-midi. J'ai visité la ville et je fus aussi étonné de sa nombreuse population que de l'activité qu'on y rencontre. 11 y a dans nie de Singapore, entre 80,000 et 100,000 Chinois, qui habitent presque tous la ville, 11,000 a 15,000 Malais, et environ 1,500 Européens. Singapore est un port libre. C'est un grand entrepôt de commerce. Les produits de l'Orient y arrivent en masse pour être ensuite expédiés dans toute l'Europe.
Le commerce est presque exclusivement entre les mains des Chinois, qui sont aussi les artisans et les travailleurs
de Tendroit ; les rues sont encombrées de pîétons et de véhicules, parmi lesquels on remarque le char élevé tiré par le bœuf ou plutôt par le buffle, et les fiacres, dont on compte presque neuf cents. Le canal est rempli de bateaux du pays, qui sont d'une coupe excellente, et les magasins regorgent de marchandises. L'argent paratt y être abondant et les objets très-chers. On achève une église gothique pleine de goût et surmontée d'un grand clocher, qui semble un phare remarquable. On termine aussi le quartier des officiers sur une colline qui domine la ville. A deux milles au-dessus de la ville il y a des casernes pour trois ou quatre régiments, mais elles sont toujours vides ; il y a aussi un palais de justice.
La multitude que l'on rencontre dans les rues offre toutes les variétés de la race humaine, toutes les teintes possibles, et tous les costumes ; parmi ceux-ci on remarque surtout les turbans éclatants et les jaquettes fantainstes duMahométan, de l'Indou, etc. Les artisans et les hommes de peine sont tous presque nus; ils ne portent qu'un drap ou un petit pantalon roulé autour de la ceinture. L'individu le plus magnifiquement vêtu de la population est décidément le noir de jais, qui porte un manteau blanc flottant et un turban moucheté. La classe élevée des marchands Chinois est excessivement polie et semble être intelligente. J'ai visité l'établissement de WhampoaetC*. Whampoa est d'une taille plus que moyenne; il est fort, il a une grosse tète bien développée. On m'a dit que dans certaines années ses bénéfices se montaient à un million et un million et demi de francs. 11 était dans un petit bureau sombre, mal éclairé et situé au rez-de-chaussée ; on voyait devant lui une machine Chinoise pour calculer, et il s'amusait à faire courir ses doigts sur ces nombreuses petites billes rattachées par des fils métalliques comme un joueur le fait quelquefois avec ses échecs. Sur la de-
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oande de la personne qui était avec moi, je le priai de DUltiplier un nombre de quatre chiffres par un autre de rois, et Topération fut terminée avant que je n'eusse écrit M résultat. Leurs tètes rasées et leurs longues queues qui iombent quelquefois jusqu'à terre leur donnent une eu* rieuse apparence. Les ateliers sont situés sur la rue ; on peut voir au**dedans des créatures laborieuses et à demi mies qui travaillent avec autant d'art que des castors et gui paraissent ne jamais se fatiguer.
Parmi toute cette population active, je n'ai vu qu'une leule femme dans les rues, et encore elle était de la basse classe. J'ai dîné à la campagne avec M. Beaver. Le trajet se Dt par une bonne route flanquée de grandes forêts et borlée d'arbres, parmi lesquels on voyait le grand, l'élancé, le gracieux palmier de bétel. Le jardin botanique est sur ime hauteur ; et il offre une belle vue sur la ville et sur la mer ; il est disposé avec goût et orné d'arbres, d'arbrisseaux et de fleurs. Une troupe de musiciens vient jouer Ik [riusieurs fois la semaine, et les gens de la ville y vont pour entendre le concert. Â quelques milles au delà de la riUe, toute File est une jungle, dans laquelle on trouve beaucoup de tigres du Bengale. On dit qu'en moyenne ces terribles animaux prélèvent sur la population un [loinme et demi par jour. J'ai visité l'atelier où l'on prépare l'opium. Il paye un droit énorme.
Toutes ces beautés ne peuvent, dit-on, réconcilier les lames Européennes avec ce pays. L'éternelle chaleur de Tété et l'humidité des nuits les accablent, et comme leurs maris passent toute la journée à leurs affaires, elles ne meuvent que soupirer après leur patrie. La vie paraît assez agréable aux hommes. Le Gouverneur de la « Colonie les Détroits » est un colonel.
Jeudi 24 Décembre. — Temps nuageux ; cinq de mes lommes ont déserté la nuit dernière* Le Kwang-Tung
s*est mis en route à 8 h. 1/2 du matin, nou^ l'avons suivi et nous avons gouverné vers le Détroit de Malacca. Plusieurs voiles en vue ; pilote Malais à bord. Nous avons bien vite dépassé le Kwang-Tung. Vers 1 h. du soir, nous tirâmes un coup de canon et nous ftmes mettre en panne une barque Américaine qui était sous couleurs Anglaises, avec le nom de Martaban^ de Maulmain, à son arrière. Lorsque Tofficier me rapporta que ce vaisseaa avait été construit en Amérique, qu'il avait un registre Anglais et que Iç Patron refusait de venir à bord, je me rendis moi-même à son bord pour examiner l'affaire. Comme il n'y avait pas de bulletin de vente, car la transaction était récente, et comme le Patron et le Second étaient Américains, je ne doutai nullement que le transfert ne fût frauduleux, je le capturai et le brûlai. Aucun papier du bord, sauf le i)ulletin ordinaire, n'avait trait au chargement, qui consistait en riz ; il était expédié à Maulmain par un M. Cohen et consigné à ordre à Singapore, où le navire se rendait. Naturellement, dans de pareilles circonstances, le chargement eut le même sort que le navire. Lorsqu'on interrogea le Patron Pike sous serment, il avoua que le transfert était une feinte préparée pour mettre le vaisseau à l'abri de nos coups. A 11 h. du soir, on avança pour jeter l'ancre à quatre milles de Malacca environ, par quinze brasses d'eau, afin de débarquer les prisonniers.
L'officier qui aborda la prise rapporte ainsi son entrevue avec le patron : —
Je fus envoyé à bord pour examiner ses papiers. La barque était de construction Américaine; elle avait un drapeau neuf Anglais et sur son arrière on lisait : « Mar* taban, de Maulmain. » Nous savions que beaucoup de vaisseaux Yankees avaient été transférés à des proprié-
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taires Anglais, et naturellement ils devaient porter un pavillon Anglais ; mais ici une question s'éleva : — N*y avail-il pas quelque fraude dans le cas actuel ? En m'approchant du Martaban^ je vis qu'il était fraîchement peint; je ramai le long de son bord et sous son arrière, et je reconnus que le nom nouveau était écrit sur un autre qu'on ne pouvait plus lire. Je remarquai en outre que les quatre dernières lettres de Maulmain avaient été faites beaucoup plus récemment que les autres; aussi je résolus d'examiner les papiers de la façon la plus minutieuse. En arrivant à bord, je m'informai de la santé du Capitaine, et j'exprimai le désir de faire quelques recherches sur le navire. Le Patron déclara avec la plus grande affabilité qu'il était d'ailleurs tout prêt à me procurer les renseignements nécessaires, et il me dit en même temps que je trouverais «tout en règle, » que ce navire était le Martahan de Maulmain, CapitaineTike, allant de Maulmain à Singapore, avec un chargement de riz. Je demandai la permission de visiter les papiers du vaisseau, et on me l'accorda promptement. En conséquence, le registre, le bulletin de chargement et la liste de l'équipage furent rapidement produits, et je les examinai tous sans même omettre le certificat du patron. Mais tout cela ne faisait que confirmer ce que je savais déjà. J'adressai quelques questions au Capitaine, et en ajoutant ses réponses auxrenseignementsdespapiers, voici ce que j'appris: — La barque avait été construite comme propriété Américaine, elle était restée plus de cinq mois à Maulmain, et elle avait été transférée le 10 Décembre, après qu'elle eût pris son chargement un jour seulement avant son départ ; le Capitaine n'avait à bord ni certificat, ni bulletin de vente, ni enfin aucun papier concernant le transfert. De plus, ce même Capitaine était Américain et avait commandé la barque avant son transfert.
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Je repris le registre et je Texaminai de très-près; alors je remarquai quelque chose qui en premier lieu avait échappé à mon attention ; ce registre avait été tenu d'abord aucrayon^et on l'avait ensuite repassé à l'encre. Aucun patron ne l'aurait, j'en suistrertain, disposé ainsi; reprenant ensuite la liste d'équipage, je fis une seconde découverte ; tous les noms avaient été écrits par la même main, depuis celui du mattre jusqu'à ceux des mousses Or , je savais bien que quelques hommes de l'équipagOi et surtout les mattres, savaient écrire, et je reconnus bientôt qu'un des mattres savait se servir d'une plume ; car je me fis montrer le livre de loch, où il avait signé son nom. S'il avait été in^capable d'éorire, la croix habituelle aurait été apposée auprès de son nom. Je fus alors convaincu que les papiers étaient faux^ Je dis donc au Capitaine de prendre ses pa» piers et de se rendre à bord de YAlabama ; mais il re» fusa formellement de faire cette démarche à moins d'y être contraint par la force; il déclara que « c'était là un affront que ce drapeau (en montrant les couleurs Anglaises qui flottaient à son mât) ne supporterait pas. » Comme il refusait toujours d'aller à bord de notre navire, je pris possession de son bâtiment) en attendant la décision du Capitaine Semmes.
Puisque la montagne ne voulait pas aller vers Mahomet, Mahomet alla vers la montagne; en effet, après avoir appelé de mon canot un homme que je plaçai à la roue, je renvoyai le canot à YAlabama avec un rapport sur les papiers et je demandai d'autres instructions. A ma grande surprise, le Capitaine Semmes vint lui-même. En s'arrôtant à l'escalier de bord, il dit au Capitaine qu'il était venu pour examiner les papiers de son vaisseau. Le Capitaine Pike y consentit et nous entrâmes dans la cabine. Lorsque les papiers furent produits, j'indiquai quelques-unes des
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contradictions et des irrégularités qu'ils contenaient.
Le Capitaine Semmes interrogea vivement le Capitaine Pike et demanda surtout les documents additionnels qui prouvaient la légalité du transfert. On n*en produisit aucun; alors le Capitaine Semmes continua son interrogatoire avec un talent qu'un avocat seul peut avoir (car le Capitaine Semmes non-seulement a étudié le droit, mais Ta pratiqué). Les réponses ne firent que convaincre le Capitaine Semmes que ce qu'il avait soupçonné était traî, c'est-à-dire que le vaisseau naviguait sous un faux pavillon et qu'il était en fin de compte un vaisseau Américain.
Tout naturellement le Capitaine Pike protesta, et le Capitaine Semmes lui répondit en donnant l'ordre de détruire le vaisseau. Tandis que le Capitaine Semmes retournait vers YAlabama, je dotmai l'ordre que le drapeau Anglais fut descendu, et je commandai aux officiers et à l'équipage d'empaqueter leurs effets et de se tenir prêts à 86 rendre à bord de notre navire. Le premier Lieutenant de YAlabama fut détaché avec des canots qui emportèrent qoelcpies provisions ainsi que les matelots de la prise.
A 5 h. 20 je jmis le feu au navire, et à 5 h. 30 je regagnai notre vaisseau. Le steamer Kwang Tung fut signalé près de notre prise pendant qu'elle brûlait. Nous virâmes ensuite dans la direction de Malacca, avec l'intention de mettre nos prisonniers à terre.
Vers 7 h. 30, M. Smith, le secrétaire du Capitaine, et moi-même, nous fîmes descendre le maître d'équipage et un matelot dans la timonerie ; après leur avoir fait prêter serment, nous apprîmes les détails particuliers suivants: — Ds s'étaient embarqués, les uns à Hong-Kong et les autres k Singapore, à bord du Martahan qui était alors un navire Américain, nommé le Teœan Star^ de Galveston ou de Boston (car il avait deux registres Américains) ; il avait
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quitté Maulmain sous le ncmi de Texan Star et en partant il avait hissé les couleurs Américaines. Le nom de Martaban de Maulmain avait été peint par le neveu du capitaine deux jours après la sortie du port; le pavillon Anglais avait été hissé la première fois lorsque' YAlahama parut en vue. Ils n'avaient signé aucun acte à Maulmain; OQ n*avait pris aucun arrangement avec l'équipage pour le faire servir sur un navire Anglais ; tout le monde croyait réellement que le navire était toujours Américain. Le mattre d'équipage fit encore quelques aveux, qui furent présentés au Capitaine Semmes avec les dépositions précédentes. Après avoir fait venir le Capitaine Pike, le Capitaine Semmes lui posa les questions suivantes : —
— Quel est voire nom?
— Samuel B. Pike.
— Où ètes-vous né ?
— A Newbury Port, Massachussetts.
— Etes-vous naturalisé citoyen d'un Gk)uvemement étranger?
— Non.
— Combien de temps avez-vous commandé le Martaban primitivement le Texan Star ?
— Deux ans et demi.
— Dans quelle partie des Etats-Unis le Texan S/ara-t-il été enregistré ?
— Il a été construit et enregistré à Boston.
— N*a-t-il qu'un registre en Amérique?
— Il y a eu changement de propriétaire, et, par conséquent, il a deux registres Américains.
— Quels étaient ses propriétaires à la seconde inscription en Amérique ?
— JohnAlkerm, Samuel Stevens, George L. Rogers et moi-même.
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— Quelle part aviez-vous dans le vaisseau î
— Un sixième.
— A quelle époque êtes-vous sorti pour la dernière fois d*un port des Etats-Unis?
— fl y a eu un an au mois de Juillet dernier.
— On déclare dans le registre Anglais actuel que M. Mark Currie en est le propriétaire ?
— Oui.
— Déclarez-vous sous serment que cette vente a été faite bona fide?
— Je ne déclare pas cela.
— Saviez-vous qu'on la faisait dans Tintention de mettre tout simplement le navire à Tabri d'une capture?
— Oui, je savais cela.
Cette déposition termina l'incident; il ne nous en fallait pas davantage. Les aveux détruisaient tout doute qui , aurait pu s'élever au sujet de la légalité de la destruction d'un navire sous pavillon Anglais. Notre triomphe fut complet lorsqu'on trouva la copie d'une lettre que le Capitaine Pike adressait à ses propriétaires; il leur disait qu'il « avait pris des précautions telles qu'elles tromperaient Semmes et tous les Confédérés. * Si le Texan Star avait échappé, combien aurait-on vanté la ruse du Tankee! Les habitants de Boston ont offert un chronomètre en or au patron de la barque YUraniay qui fut assez hardi pour arborer le pavillon Américain sur un navire Américain dans un port neutre (Le Cap), tandis que YAlabama s'y trouvait; et si le Texan S/ar avait échappé à VAlabama, la présidence, au moins, ou une statue en marbre, ou une inscription en lettres d'or, ou quelque autre témoignage d'admiration aussi ridicule aurait été sans doute réservé au brave patron du navire ; sa ruse ingé-
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nieuse aurait été transmise par Fhistoire à la postérité Yankee!
Le 25 Décembre, le Capitaine Senunes reprend soq journal en ces termes : — Au jour, j'envoyai à terre les prisonniers du Texan Star avec une lettre pour le Commandant. Malacca est un joli petit village* De notre ancrage U paraît un point dans la mer. On voit à l'arrièreplan une colline pittoresque, sur laquelle sont situés le fort et le phare. Le mât est décoré d'oriflammes et de pavillons en l'honneur du jour de Noël. Deux canots portant des officiers et des sujets Anglais s*éloignèrrat du rivage et vinrent nous voir pendant quelques minutes. Noos nous mîmes en route à 9 h. 30 sous vapeur; et, la nuit, nous jetâmes l'ancre près de Parceelar Hill dans 25 brasses d'eau.
Swmdi 26 Dieembrt. — A 6 h. du matin, nous levâmes l'ancre et nous nous portâmes au large vers le phare flottant. On signala bientôt deux navires paraissant Américains qui se tenaient à l'ancre sur notre avant ; je fis courir vers le premier qui refusa de montrer ses couleurs: j'envoyai un bateau à son bord, et on reconnut que c'était le vaisseau Américain la Sonora venant de Singaporc. Nous le capturâmes et nous fîmes vapeur vers le second, qui refusa aussi de montrer ses couleurs. Quand nous eûmes envoyé un canot à son bord, on vit que c'était le navire Américain le HigMander^ venant aussi de Singapore. NoiK le capturâmes. Ces deux bâtiments étaient trè:?-grands, ils jaugeaient l'un et l'autre plus de mille tonnes. Us étaient sur lest en destination d'Aycaab, pour y prendre du riz. A 10 h. du matin, après avoir ren- \wé^ sur leur demande, les équipages des deux prises dans leurs propres embarcations, nous incendiâmes les navires et nous nous éloignâmes sous vapeur. Nous pas-
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sions devant le phare flottant à 11 h. du matin , alors je renvoyai le pilote.
Du 26 Décembre au 13 Janvier, YAlabama poursuivit courageusement son voyage, sans rencontrer beaucoup d'aventures. Pendant ce temps on ne vit que quatre voiles qui étaient sous pavillons neutres. Le dernier jour de l'année 1863, on entra dans TOcéan Indien du Nord, et l'avant du vaisseau fut encore une fois tourné dans la direction du Cap.
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