CHAPITRE XXXIV
VEwmuL Jane — Qoiton — Ualanne — Débarquement des prison- Diefs — Johanna et Mohilla. — Aatorités bienveillantes — Esclavage — Uo monarque commerçant — L'illusion et la réalité — Cousins germains dn Sultan — Les jardins du Prince — Sympathie musulmane — Encore en mer.
Le ik Janvier, tandis que YAlabama suivait paresseusement le courant dans la direction Nord-Est près delà côte de Malabar, on aperçut un navire qui se dirigeait vers lui. Le pavillon des Etats-Unis — leurre fructueux — fut aussitôt hissé, et l'étranger montra les mêmes couleurs. Un coup de canon amena le navire Yankee, et VAïabama prit sur-le-champ possession de VEmma Jane, de Bath, Maine, en destination de Bombay à Amherst, sur lest. A 8 h. 30 du soir, la prise fut livrée aux flammes.
A cette époque, le croiseur éprouva une série de calmes et suivit le courant plutôt qu'il ne marcha. avec ses voiles. Le 16 Janvier, on aperçut les Monts Ghaut, et le Capitaine Semmes écrivit ce qui suit dans son journal :
Samedi 16 Janvier. — A midi, je découvris la ville de Quilon et j'avançai vers l'Est 1/2 Sud du côté de la ville d'Angenga, qu'on aperçut vers 2 h. du soir. A 4 h- 30 j'arrivai en face du fort et j'envoyai un Lieutenant à terre pour voir où l'on pourrait débarquer les prisonniers.
Dans la soirée, le fils du premier magistrat vint à bord, et j'arrangeai cette affaire avec lui. Comme Angenga ne fait pas de commerce avec l'étranger, et comme il n'y avait aucun navire en vue, il semblait difficile que les prisonniers pussent en sortir par mer; mais mon visiteur déclara qu'ils pourraient aller à Cochin par les lagunes, et qu'à Cochin, situé à soixante-quinze milles au Nord, on trouvait toujours un moyen quelconque pour atteindre Bombay et d'autres ports, lime dit que des canots du pays allaient tous les jours d'Angenga à Cochin, et que si j'envoyais à terre les provisions nécessaires pour les prisonniers, son père ferait en sorte de les faire partir. Après la tombée de la nuit, j'envoyai un Lieutenant àterre avecmon visiteur pour terminer cette affaire avec le père ; mais comme le canot restait trop longtemps, comme nous entendions des coups de pistolet et des coups de fusil, et comme il y avait du ressac, je commençai à être inquiet, et j'envoyai le Premier Lieutenant dans un autre canot pour voir ce qui se passait. Le magistrat en chef était seulement allé à l'adoration publique, et telle était la cause du retard du canot. Les deux bateaux revinrent vers 11 h. 30 du soir.
Dimanche 17 janvier. — Au jour, j'envoyai tous mes prisonniers à terre, où ils furent débarqués en présence de la moitié du village, après que les bateaux du pays leur eurent fait traverser le ressac; et, à 9 h. 30, nous nous mimes en route. La ville d'Angenga était jadis d'une certaine importance ; c'était un port commerçant qui expédiait les produits du pays, de l'huile de cocotier, du poivre, etc. Mais les affaires ont pris maintenant la route de sa rivale plus prospère, — Cochin, qui est à cinquante milles environ de Travancore, la résidence du Rajah. On communique par eau entre les deux villes, et le voyage se fait généralement (en canots) la nuit, pour éviter la
jny QOBÊÔBs Dc sram
câaïkqr âi icûeû. Les naturels sont presque aussi noirs qgg: îe^ AfncïLZ^. ouis leurs cheveux ne sont pas laineux, ^S& zc ùsi :racs Eiropéeiis. Beaucoup d'entre eux ont Tjss^ 'jà. :ùe ce aylin. Tous étaient des gaillards bien &«sîi:ççc»: ^ a^pûnaieot guère d'autre vêtement qu'un jai£S' sacmc ^s rhrs Us sout actifs et bavards. Lorsqu'ils iTi:iniwrt îeiars etracges pîrogoes, ils forment un véritable
Le ÎT Imicr, ÏAimkmmu qiuitta Angenga, et, le 21, il
arenture à File de Minicoy ; après trois lenps. il était à quelque distance de TUe
^ Féwwigr. *— A 3 h. 30 du matin, nous {Misai Tiae et reztrémité N.-E. de Comoro. Au jour mxfis Ttees jes fies de Johanoa et de Mohilla. A 1 b. 3/4 ^ :siQBr sKïQs jetànes Tancre à trois quarts de mille environ Ai rtn^. renroyai le Payeur à la ville pour acheter des virrrsw Itais rapcès-midi, je fus visité par plusieurs piro» r:xs<^ iwrtaxitt de grandes perches amarrées en travers ô» rù-îs b>etîsw et attachées à leur drôme pour maintenir 52 subL:tê: ceux qui les montaient étaient pour la p^ci^Tvir: 5? r: restes cèdres tout nus. Beaucoup d'entre eux p^r^îieir: un peu TAnglais-Un dignitaire de leur église vint à Nxd m'ipçorter les compliments du Grand Marabout, et OQ pdt des arrangements avec lui au sujet des vivres. L un àe ses compagnons me demanda à quelle puissance belligérante Tappartenais, au Nord ou au Sud? «Au Sud,» newndis-;e, t Alors. » reprit-il, «vous appartenez au parti qui soutient resclavaget ^ « Oui, > lui dis-je, « nous appartenons au pays où Thomme noir est mieux traité que dans toutes les autres contrées du monde. » Le prêtre, me voyant disposé à répondre plus longuement , vint à mon a* de, et médit : € Oh! d'ailleurs, nous sommes aussi, nous, des propriétaires d'esclaves, car nous somme»
Mahométans, et nous n'avons pas de préjugés à ce sujet ; notre seul ennui, e^est que nous ne pouvons avoir assez d'esclaves. Le$ Anglais, qui n'ont aucune autorité sur nous, car notre pays est indépendant, sont assez forts pour se màler.des affaires de tout le monde, et pour nous dire de ne plus amener d'esclaves du continent. Les esclaves eux-mêmes viendraient avec plaisir vers nous, car ils sont bien mieux traités ici que par leurs chefs naturels, qui se font continuellement la guerre et se font esclaves Tun de Vautre. :»
Celui qui me donnait ces renseignements était lui^ même un nègre d'Afrique pur sang; il était aussi noir que Tas de pique, mais il portait un turban d'une blancheur inunaculée, une robe flottante et la large veste des Mahométans.
Mercredi 10 Février. — J'ai reçu la visite du Drogman du Roi, qui venait présenter ses respects aux autorités ; il nous annonça qu'il était charmé de nous voir à Johanna. Dans le courant de la conversation, il fut bien aise de dire que notre navire lui était bien connu et que la nouvelle de potre apparition au large du Cap, quelques mois auparavant, avait chassé tous les baleiniers Yankees, dont plusieurs avaient l'habitude de stationner dans ces parages. € Le Roi Abdallah, » dit-il, € réside dans la partie Est de rîle, et il serait venu vous voir lui-même s'il n'avait pas été si occupé à faire mettre en place un moulin à cannes, qu'il a reçu tout dernièrement de l'Ile de France. »
L'Ile est un bel endroit pittoresque. On aperçoit une véritable montagne dans l'intérieur des terres et les plus hautes parties de Johanna sont très-boisées; les versants de la montagne sont en quelques endroits tellement esearpés, que le sommet de quelques arbres touche le tronc et les racines des autres.
La population est un mélange d'Arabes et de nègres. Ce
petit peuple est intelligent et actif; non-seulement il avait entendu parler de la guerre d'Amérique, mais il disait encore qu'il en ressentait le contre-coup; car il était obligé de payer beaucoup plus cher les principales marchandises qu'il faisait venir, et surtout le coton. On prétend ici que nous avons chassé tout le commerce Yankee. Le Sultan est un jeune homme de vingt-huit ans ; il a un harem ordinaire composé seulement de cinq femmes.
JevÂi 1 1 Février. — J*ai visité la ville pour régler mes chronomètres. La ville se trouve à 44' 26' 30" N., juste 30" plus bas que ne l'a placée le Capitaine Owen. Vue de l'ancrage, elle forme un tableau pittoresque avec ses maisons de pierre, son grand minaret, et ses deux forts, dont l'un est perché sur une colline qui domine la ville, tandis que l'autre est sur le bord de la mer ; mais cette illusicm est brutalement dissipée lorsqu'on débarque ; car on arrive , sur une plage de rochers et de cailloux, en traversant un ressac considérable même par le temps le plus calme. Le rivage était couvert des vêtements des hommes du navire qu'on avait lavés dans la matinée, et beaucoup de vagabonds de toutes couleurs, excepté de la race Gaucasique, se tenaient par là en regardant curieusement tous ces objets. La ville est dans un état de délabrement et de saleté incroyable; les rues ont cinq pieds de large, et on dirait qu'on a pris soin de les rendre tortueuses.
C'était le second jour du jeûne du Ramadan, et des groupes d'oisifs étaient réunis dans les étroits portiques pour lire le Coran. La langue qui est particulière à l'île est très-douce et très-agréable à l'oreille. Nous avons visité l'une des principales maisons. Les murs sont percés d'une multitude de petites niches, où l'on met tout pêlemêle, les tasses à café, les ornements, etc. Autour de la chambre sont rangées un certain nombre de couches.
Une foule d'enfants sales et à demi vêtus se rassembla
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autour de nous; mais aucune femme ne se montra. Nous primes notre point au milieu de la multitude, et tous furent très-polis et très-doux pour nous ; nous retournâmes à bord vers 5 h. du soir, après avoir examiné le genre de yie extérieure que l'on pouvait voir à Auzuan. La vie intérieure était naturellement hors de notre portée et de notre vue.
En montant sur le pont, ce matin, je fus frappé de la beauté pittoresque des collines ; leurs sommets et leurs versants étaient brillamment éclairés par les rayons du soleil qui laissaient dans l'ombre les vallées et les ravins. Le soir, je suis endormi par le mugissement que la mer fait entendre vers la plage. Qu'il est délicieux d'aspirer le parfum de la terre qui nous arrive sur les ailes chargées de rosée de la plus douce des brises. Ceux qui m'accompagnaient à terre paraissaient tristes et accablés — la nature n'avait pas de charmes pour eux — car ils ne pouvaient trouver de liqueur! Si je devais rester longtemps ici, je les enverrais à terre par punition.
Vendredi \2 Février, — C'est aujourd'hui le Dimanche des Mahométans, mais ils ne l'observent pas si sévèrement que les Puritains. Nous avons reçu un certain nombre de visiteurs à bord, entre autres plusieurs princes, cousins germains du Sultan; l'un d'eux est le Commandant en chef de l'armée. Il m'a parlé de l'affaire du Date, Il y a deux ans, deux baleiniers Yankees entrèrent dans le port. L'un d'eux obtint des vivres pour la somme de deux cent cinquante dollars, en disant aux marchands qu'il était trop pauvre pour les payer en argent et qu'il leur donnerait une traite sur le Consul de Zanzibar. Us y consentirent, mais le patron mit à la voile pendant la nuit sans donner le billet. Les habitants s'emparèrent alors de l'autre Capitaine et l'amenèrent à terre, pour le garder comme otage tandis que son vaisseau se mettrait à la poursuite du fu-
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gilif pour lui réclamer le billet qu'il avait promis. Toutefois, quelques heures après, ils relâchèrent le Capitaine. Le Dale vint la saison suivante, et demanda vingt-cinq mille dollars, en menaçant de brûler la ville si cette somme ne lui était pas payée. On ne put la réunir, et il est probable qu'il n'aurait pas été possible de la trouver dans rîle. Les Yankees mirent alors le feu à l'une des extrémités de la ville, canonnèrent le fort, causèrent des dégâts de toutes sortes, et se retirèrent. C'est à peu près la forme usuelle de plaintes des maîtres d'équipage Yankees à leur Gouvernement. Je donnai h chacun des princes une montre prise sur les Yankees et un colis de papier blanc. Tls paraissaient très-désireux d'avoir des parures î)Our leurs femmes, mais je leur dis que cet article n'était pas notrt spécialité et que nous n'étions pas des baleiniers Yankees.
Samedi 13 Février. —Je suis allé de nouveau à la ville « aujourd'hui ; j'ai visité les habitations de deux des princes: tout y était sale, quoiqu'ils eussent la prétention de mettre des colliers partout. Une houri noire fut placée auprès de moi pour m'éventer. On nous servit du sirop de rose. J'allai dans le jardin du prince : c'est un magnifique désordre de cocotiers, d'arbres de bétel, d'orangers, de mangos, de rizières, de champs de pommes de terre et de fèves, le tout entremêlé de cotonniers. Deux ou trois cabanes d'esclaves s'élevaient çà et là, avec des murs de pierres sèches qui bordaient des chemins et des sentiers tortueux. Comme nous sortions, nous vîmes quelques-uns des habitants qui faisaient leurs prières du soir. Les naturels nous accueillirent partout avec les salutations les plus amicales, et le cadi, un vieillard vénérable, me souhaita un heureux retour dans mon pays.
Samedi 14 Février. — J'ai reçu aujourd'hui la visite des princes et d'autres principaux personnages. Le Grand Marabout est venu me voir dans l'après-midi. C'est un
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homme de belle apparence — Arabe de naissance — au front bien développé, aux manières aisées et convenables. Il portait un sabre, et ses serviteurs lui témoignaient le plus grand respect. Il exprima la plus grande sympathie pour notre cause, et me dit qu'il prierait Allah pour nous. Les baleiniers Yankees leur volaient invariablement quelques esclaves. Il me dit qu'ils ne pouvaient pas facilement se passer des baleiniers, car ils entretenaient tout le commerce de Tîle et apportaient à ses habitants les choses de première utilité.
Lundi 15 Février. — J'ai reçu à bord des bœufs et des fruits ; nous avons payé nos mémoires, et ces braves gens prirent affectueusement congé de nous. A midi, nous sortîmes de notre ancrage sous vapeur, au milieu des hourras poussés, à la véritable manière Anglaise, par les nombreux bateliers qui nous entouraient.
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