‹ Croître ou disparaîtreChapitre 10 sur 15 · LE NÉ0-MALTHU8ISME · texte numérisé non relu

LE NÉ0-MALTHU8ISME

La folie, avec une proportion de plus en plus considérable de lypémanie (mélancolie) se répand d'une manière inquiétante. En trente ans, le nombre des aliénés a passé de Bo.ooo à 94.000. Les ambitions déçues, l'abus des excitants, des jouissances, l'atrophie de la volonté inhibitrice, l'exagération d'un égotisme insensé y contribuent beaucoup. A toutes les époques tourmentées et troublées il y a ainsi comme une épidémie de folie. Elle est d'ailleurs en rapport avec les autres maladies morales, qui sont aussi des aliénations sociales. Je n'ai sous la main qu'une statistique déjà ancienne de Bagehot, citée par M. Yves Guyot : Pour i.ooo célibataires en âge de mariage, dans chaque sexe, il relevait 296 aliénés chez les hommes et 821 chez les femmes; pour i.ooo époux, 76 et 101 ; pour 1.000 veufs, 174 et 188. Mais en voici une toute récente pour la Suisse. En 1907, on y comptait sur 1.000 célibataires 9 aliénés ; sur 1.000 époux, 7 ; sur 1.000 veufs, 18,7 ; enfin, sur 1.000 divorcés, 81,7.

En général, pour la France, ralcoolisme, la folio et les suicides sont plus fréquents chez les célibataires, les veufs, et surtout chez les divorcés que chez les mariés ; et parmi ceux-ci, moins fréquents chez ceux qui ont des enfants.

La proportion des suicides est double chez les veufs, triple et même quadruple chez les divorcés.

« J'insiste sur les suicides, écrit A. Coste [)arce que je constate que leur progression est toujours semblable à celle de la folie, du vice (alcoolisme, débauche), du divorce, de la fainéantise (vagabondage), du vol et de la violence (coups et blessures volontaires). Je n'identifie pas, bien entendu, ces différentes aberrations qui sont très distinctes et qui ne se convertissent guère Tune dans l'autre, mais elles me semblent toutes les manifestations diverses d'une certaine débilité cérébrale. — Toujours est-il que, depuis une cinquantaine d'années, en France, la violence simple contre les personnes (abstraction faite de la grande criminalité, qui est en

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décroissance continue) (i) a doublé \ le vola triplé ; le suicide a quadruplé ; le vagabondage a quintuplé. De toutes les progressions, c'est celle du suicide qui est la plus régulière et la plus continue, et qui semble marquer le phénomène le plus simple de TafiFaiblissement de la volonté. »

De 1827 à i83o, on comptait en France un suicide par 17.698 habitants (soit 1.739) ; en i852, un par 9.840; en 1866, un par 7.486.

En seize années, de 1872 à i887, le nombre des suicides s'accroît encore de 55 p. 1.000. De 5.275 en 1872, on va à 8.202 en 1887.

En 1904, on atteint 8.876, et 9.945 en 1907.

J'ai devant moi le classement des départements par ordre de fécondité établi par Arsène Dumont et celui des suicides. Le témoignage est décisif : ce sont les département malthusiens qui ont le plus de suicides, et ce sont les plus féconds qui en ont le moins.

(\) Les Principes d'une sociologie objective ont paru en 1899. Depuis, la grande criminalité augmente aussi.

Reconnaissons-le, pourtant. Les néo -malthusiens ont un argument qui vaut et qui porte : la misère.

Et, en effet, il y a de la souffrance excessive en bas, une souffrance souvent imméritée, une souffrance qu'on pourrait éviter en partie, à tout le moins lénifier.

Dans la société dissoute, il n'y a plus qu'une seule puissance : l'argent. Et ses détenteurs, qu'aucun pouvoir ne règle, ne guide et ne contient plus, ne vont pas sans en mésuser souvent. Le prolétaire n'est plus un élément social organique, un coopérateur, mais un moyen pour s'enrichir. Ivre de son triomphe et de sa royauté, se croyant géante parce que tout était abaissé, formidablement puissante parce qu'aucune force ne restait, la bourgeoisie se persuada que la civilisation, l'œuvre sacrée des siècles, n'était que pour elle, présentement. S'étant affranchie de tous ses devoirs d'humanité, étalant sa morgue, son luxe criard, sa pourriture pes-

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tilentielle, elle s'imagina stupidement que le peuple ouvrier et paysan persisterait à la respecter, à l'admirer, à la servir docilement.

La menace d'une débâcle prochaine l'effare ou l'abêtit, et elle ne sait ni vouloir, ni pouvoir. Cependant, les bacheliers-fonctionnaires s'agitent pour obtenir le statut qui garantira leur torpeur.

Une petite feuille néo-malthusienne publiait dernièrement cette émouvante statistique dressée par M. Bertillon :

« Sur 1.000 personnes nées à la même date, restent vivantes^ en France, selon les classes :

Sur Sur

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