riches 1.000 pauvres
Après 5 ans 943 665
— iO ans 938 586
— 20 ans 866 486
— 30 ans 796 408
— 40 ans 695 396
— 50 ans 557 283
— 60 ans 398 172
— 70 ans 235 65
— 80 ans 37 9
« Plus de la moitié des pauvres a disparu à
20 ans; la moitié des riches disparaît de 5o à 60 ans seulement. A 70 ans, le nombre des riches qui restent est plus de trois fois plus élevé que le nombre des pauvres. »
Quoi qu'en préjugent ceux qui ont reproduit ce tableau, Textrême richesse est moins propice à la vigueur physiologique qu'une pauvreté décente. Mais il y a aussi Textrème pauvreté. Il convient de faire remarquer que, parmi les très pauvres, beaucoup le sont parce que leurs parents ou eux-mêmes sont malingres, infirmes ou dégénérés; tandis que, parmi les riches, beaucoup le deviennent parce que leurs parents ou eux-mêmes sont sains et robustes. Toutes choses égales, la mortalité doit donc être moindre ici que là.
Il n'en est pas moins vrai qu'il y a des enfants bien constitués qui languissent et meurent de privations et faute de soins; que dans nombre de familles ouvrières, tempérantes et courageuses, un troisième ou un quatrième enfant survenant trop vite détermine Tindigence; que loin de trouver un
LE NÉO-MALTHUSISME 93
appui, il arrive que le propriétaire refuse de louer un logement au trop fécond ménagé ou surcharge le loyer, que le patron et le commerçant même, indirectement, par le jeu sournois de Tindividualisme économique, exploitent la détresse de ce père de famille pour diminuer les salaires, majorer les prix des marchandises vendues à crédit.
— Il n'en est pas moins vrai que dans les taudis malsains, sans air, sans soleil, sans feu et trop souvent sans pain, la misère torture et tue le corps, dessèche les cœurs, empoisonne les âmes (i). Et cela excuse
(1) Le capitalisme a voulu exploiter la femme. Dans rindustrie textile, par exemple, on compte 339.469 femmes sur 825.000 travailleurs, près de la moitié. Voici ce qu'en disent MM. Léon et Maurice Bonneff {la Vie tragique des travailleurs) pour la région du Nord :
4c L'ouvrière se marie jeune. Elle ne cesse pas d'aller à l'usine : sur 470 ménages ouvriers, M. le docteur Verhaeghe en a noté 362 où la femme continue à travailler en « filature » ou en « tissage », soit 72,02 p. 100 des ménages.
« Ses grossesses successives la retiennent à peine. Et la famille flamande est prolifique (sur 970 familles,
toutes les aberrations de l'ignorance et de la haine, — même le néo-malthusisme.
Mais si Ton peut excuser en passant ceux qui se fourvoient, ce n'est point pour les suivre.
872 ont des enfants). I.e total de ces enfants s'élevant à 3.837, donne une moyenne de plus de 4 enfants par ménage, 203 familles ont eu chacune 5 à 10 en* fants; 55 comptent de il à 20 enfants.
« Mais les familles sont trop pauvres pour nourrir tant de petits. La mortalité des enfants est considérable. Chez les enfants de filles*mères, elle atteint 60 p. 100. Sur 168 femmes mariées, 447 ont perdu des enfants; le total de ces petits cadavres se monte à 240 (pour 495 naissances)» soit 49 p. 100; 537 familles ont perdu ensemble 1.462 enfants (soit plus de 2 par famille); 110 en ont perdu de 3 à 5; 77 ont vu mourir de 5 à 10 de leurs enfants.
« De quoi meurent tous ces petits? Sur 1.285,622 (près de la moitié) sont morts de gastro-entérite et d'atbrepsie. Ces causes de mortalité sont consécutives le plus souvent au manque de soins, au défaut d'hygiène alimentaire et notamment à l'allaitement artificiel par des soigneuses ignorantes et routinières.
« Les enfants de ces ouvriers, privés de soins maternels» meurent donc littéralement de faim et de mauvais traitements.
LE NÉO-MALTHUSISME 95
Le paupérisme ne provient point de la surpopulation, en France du moins, mais de la désagrégation sociale. Or, le néo-malthusisme ne se soutient qu'en niant les groupes organiques : Famille, Patrie, État. C'est contre le prolétariat^ et de toutes manières.
C'est le sirtravail, d'après Karl Marx, qui crée la « réserve », la « population de surplus », par quoi le capitalisme maintient et étend son exploitation de Thomme. h^ concurrence des travailleurs les pousse à accroître ce surtravail, qui grossit Tarmée de
« C'est dans les ménages où la mère est forcée de travailler à Tusine que meurent le plu« d'enfants. Dans cette énorme quantité de décès, ne sont point comptés ceux des adolescents tuberculeux. »
Le travail des femmes, quel qu'il soit d'ailleurs, est toujours antisocial, et donc malthusien. « Ainsi, dit M. Henry Qéraent, dans les professions libérales, il y a 70 célibataires hommes et 92 femmes pour 100 ; dans le commerce, 56 hommes et 69 femmes ; dans les services publics, 27 hommes et 58 femmes. Ces chiffres sont inquiétants, car ils montrent que "plus la femme choisit ce qu'elle croit être une situation indépendante dans les bureaux des diverses administrations ou parmi les employés de commerce, elle s'éloigne du mariage et de la maternité. >
réserve. D'où le chômage, le paupérisme. Mais la surpopulation humaine n'est pour presque rien dans ce phénomène de Tanarchie économique, d'ailleurs très exagéré par Tauteur du Capital.
Marshall a constaté chez les ouvriers des Trade-Unions une tendance au malthusisme. On reconnaît là le complément de l'imbécile Ca canny, (va doucement), père du sabotage, et Tétroit empirisme de l'ouvrier anglo-saxon. Mais si le syndicaliste français est néo-malthusien, ce n'est que par malentendu. Il vise plus haut que le tradeunioniste. Il sait déjà que le mieux-être ne se réalise que par une plus grande production et il n'ignore plus que les principales conditions d'une plus grande production sont une meilleure organisation du travail et une diminution des frais de production.
La classe travailleuse ne peut rien que par sa force de travail et dans l'ordre.
Les enfants imposent TefFort quand même, stimulent les activités, les volontés et accélèrent donc le progrès sous toutes ses formes.
LE NÉO-MALTHUSISME 97
Le paradis de lubricité, de gourmandise et de fainéantise dont on veut nous émerveiller, s'il se réalisait jamais, deviendrait promptement un cimetière. Le syndicaliste veut vivre. Il rêve aux épopées, à déployer l'héroïsme de ses énergies exaltées, aux conquêtes d'humanité...
Le machinisme exige une main-d'œuvre surabondante pour une plus parfaite division du travail; le commerce qui répand les produits exige des moyens de transports perfectionnés, et il y faut aussi une densité de population que la France n'a pas encore atteinte, puisque son réseau de voies ferrées, par exemple, est insuffisant. Là encore, la Belgique, la Suisse, la Grande-Bretagne, l'Allemagne nous dépassent, et de beaucoup.
Le syndicalisme s'oppose essentiellement au néo-maltbusisme comme à lantimilitarisme et au sabotage. Par la suite, on verra quel remède il apporte à cette inquiétante maladie de la dépopulation française.
Au fond, c'est pour jouir et paresser qu'on ne veut plus d'enfants. Mais Ton ne fait bien
la noce qu'à la ville, on ne somnole bien, sans souci du lendemain, sans responsabilité, sans tracas, que sur un rond-de-cuir de fonctionnaire. Ainsi, nous avons la désertion des campagnes qui fait renchérir les vivres, c'est-à-dire diminue les salaires, et la fonctionnarisation à outrance qui alourdit d'autant plus les charges de la production que celle-ci, par la réduction constante du contingent des producteurs, est plus lente et plus défectueuse.
Actuellement, la moitié de nos départements ont moins d'habitants qu'il y a un siècle. Notre léger accroissement général ne va qu'aux grandes villes. Et c'est la campagne même, on l'entend bien, non les gros bourgs, qui fournit cet exode lamentable. Au dépeuplement physique s'ajoute une sorte de dépeuplement social. Proportionnellement, il y a moins de producteurs de pain et plus de « producteurs de fumier », comme Auguste Comte nommait les parasites. Au milieu du siècle, les villes ne comptaient que pour 9J\ p. 100 de la population. Aujourd'hui,
LE NÉO-MALTHUSISME 99
la proportion est de 4^ P- loo. En 1891, il y avait à Paris 1.200.000 provinciaux; depuis 1906, il y en a 1.900.000.
Avec le ralentissement de la production, le protectionnisme s'impose. Un peuple de rentiers et de fonctionnaires ne peut supporter la concurrence d'un peuple de soldats et d'ouvriers. Le prix de la vie s'élève donc, de plus en plus, cependant que les frais générauxdel'Étatgrossissent. Nous en sommes, avec les dépenses des départements et des communes, à un budget de 5 milliards, — et rien ne peut arrêter cette mortelle ascension.
Certes, tous les budgets du monde grossissent, et parfois plus vite que celui de la France; mais, ailleurs, il y a un mouvement de population et de civilisation qui permet de les supporter. En France, la population restant à peu près stationnaire, les charges s'alourdissent pour chacun. Notre dette est de 33 milliards, en y ajoutant la dette viagère de 42 milliards, celle de l'Angleterre de 19, celle de l'Allemagne de 20.
100 CROÎTRE OU DISHARAÎTRE
Nous travaillons pour nos rentiers et nos sinécuristes.
Les néo-malthusiens, qui paraissent avoir moins de goût encore pour le service militaire que pour le service civil^ réfléchiront peut-être à ceci que, pour tenir 634.000 hommes sous les armes, rAllemagne n'a qu'un soldat sur 89 habitants, tandis que la France, pour 602.000 seulement, a un soldat sur 65 habitants.
Dans une étude récente, publiée dans la Revue, M. le docteur Lowenthal a montré que, pour cent naissances vivantes, il y avait sous les armes en temps de paix : en Russie, 20 hommes ; en Allemagne, 3o ; en Autriche-Hongrie, 22 ; en Italie, 3o ; en France, 79. L'impôt du sang est donc trois fois plus lourd en France que pour la moyenne des autres pays.
Un des grands dangers de l'oliganthropie, c'est le « courant d'air », l'endosmose, c'està-dire l'invasion, d'abord pacifique, des étrangers, sur lequel j'aurai à revenir, puisque cela nous a été présenté sérieuse-
LE NÉO-MALTHUSISME 101
ment comme un remède à la dépopulation.
Remède de Gribouille, en tout cas.
Le docteur Jules Rochard a écrit : « La population étrangère croît sur notre sol treize fois plus vite que l'élément indigène, de telle sorte que, si cela continue, dans cinquante ans, la France comptera lo millions d'étrangers. »
Comment pourrait-il en être autrement pour un pays riche comme la France et qui n'a que 74 habitants par kilomètre carré, entouré, envié, menacé par des pays pauvres qui ont à faire vivre 200 habitants et plus sur la même superficie, — 3oo même comme en Saxe.
Sans doute, les néo-malthusiens répondront qu'il leur est indifférent que ce soient des Français ou des Chinois qui occupent notre sol. C'est prétendre qu'il leur est indifférent d'être ou de n'être pas. Et cela relève de la médecine mentale. Le sentiment naturel delà vie, de la conservation physiologique, la réaction à la douleur ne se discutent point.
D'ailleurs, les travailleurs étrangers, quand
les immigrés ne sont pas bonnement des aventuriers ou des apaches, viennent concurrencer les nôtres ; ils sont*célibataires, ils ont peu de besoins, ils n'ont pas de frais sociaux, ils restent en dehors des organisations syndicales.
La femme c émancipée » des devoirs et des joies du foyer et de la maternité devient aussi une redoutable concurrente qui avilit les salaires.
Les ouvriers syndiqués Tignorent-ils ? Ne voient-ils point, précisément, que les salaires atteignent leur maximum et qu'ils participent mieux à la civilisation là où la population est plus dense, où ils sont nombreux et fortement organisés?
Le bonheur social dépend de Tordre, le bien-être économique de l'intensité de la production. Il y faut d'abord une nombreuse population prolétarienne.
D'après les néo-malthusiens, c'est dans le
LE NÉO-MALTHUSISME 103
centre de l'Afrique, dans ces déserts désolés où l'on ne rencontre pas un habitant par kilomètre carré, que l'abondance régnerait, et c'est dans les nations très peuplées que la disette devrait sévir. Or, c'est le contraire qui est vrai.
L'avenir est aux peuples féconds, — en hommes et en richesses. On ne l'est pas en richesses, d'ailleurs, si on ne Pest pas en hommes.
En Amérique, les Peaux-Rouges ont été éliminés : il leur fallait trop d'espace pour subsister.
Le progrès est l'épreuve des races : seules survivent celles qui montent leur volonté et leur génie à sa hauteur. Le repos est mortel. Celui qui s'arrête est renversé par les plus courageux. Travaille, invente, engendre, discipline-toi, élève-toi. La terre est aux énergies qui savent la mettre en valeur. La vie n'est que pour ceux qui l'aiment de tout cœur.
L'idéal humain — ô francs-maçons et néomalthusiens ! — ne peut être un rêve de goret.
D'après l'ouvrage de M. Emile Levasseur, la Population française^ on peut estimer la densité de la population française par kilomètre carré ainsi: en Gaule- barbare, 12 à i3 habitants ; en Gaule sous Antonin, 16 ; sous Charlemagne, i5ài8; en 1 3^8, 36 à 41 ; en i58i, 36; en 1700, 4^; en 1716, 34; en i77o,46,3;en i789,49,2;en 1801, 5o, g; en i85i,65,8;en 1872,68,2; en 1896,72,8; en
La gradation de ces chiffres peut faire illusion. Il leur faut un commentaire.
D'abord, considérons le développement économique correspondant. Celui-ci est bien
plus rapide. On s'étonnera alors qu'en près de six cents ans, de 1828 h igog, la densité de la population française n'ait pu que doubler. L'Allemagne n'y a mis que soixante ans. Si, en outre, Ton compare notre pays avec les pays qui l'entourent et qui ne le dépassent point en civilisation, on remarque combien la densité de la France (74) est inférieure à celle de l'Italie (110), de l'Allemagne (116), du Royaume-Uni (127), des Pays-Bas (15/4) et de la Belgique (240).
L'accroissement si lent de notre population ne provient que de la diminution de la mortalité et de rimmigration. Nous gardons nos infirmes, nos malingres, nos malades, nos enfants et nos vieillards, nos vicieux, nos faibles d'esprit et nos criminels.
Au dix-huitième siècle, la natalité était de 36 à 41 naissances par 1.000 habitants; aujourd'hui, elle atteint péniblement 21. Avec 12 millions d'habitants en plus, nous avons annuellement 200.000 naissances en moins qu'en 1780.
Sans doute, la France a connu déjà des
106 CROÎTRE or DISPARAITRE
périodes de dépopulation,, par exemple sous Charlemagne, au milieu du quatorzième siècle et à la fln du règne de Louis XIV. « Les textes connus du neuvième siècle, nous dit M. É. Levasseur, loin d'autoriser Topinion que les familles étaient nombreuses dans la Gaule carlovingienne sont de nature à nous faire croire plutôt le contraire. » El parlant de son temps, au début de la guerre de Cent ans, Pétrarque écrivait: « L'on ne croira pas qu'il y eut un temps où l'univers a été presque entièrement dépeuplé, les villes sans citoyens, les campagnes incultes et couvertes de cadavres. »
Mais cette dépopulation était accidentelle.
Elle tenait à des causes brutales : la famine, la guerre, le brigandage, les épidémies. Dès que ces causes disparaissaient, le pays se repeuplait rapidement. La race n'en était que mieux épurée, plus vigoureuse, plus intelligente et plus énergique. La volonté de vivre n'était pas atteinte.
Aujourd'hui, il en est tout autrement.
Notre dépopulation est due à une maladie
sociale très grave, — et mortelle si notre insouciance, notre égotisme et notre anarchie générale la prolongent trop longtemps.
L'accroissement continu — mais faible et bien inférieur à celui des autres pays — de la population française signifie donc que la dépopulation a d'abord été sourdement qualitative.
Depuis un siècle et demi, la natalité française décroît. Dans les vingtdernières années, elle a été même au-dessous de la mortalité :
de 38.000 en 1890, de 10.000 en 1891, de 20.000 en 1898, de 18.000 en 1896, de 26,000 en igoo, de 20.000 en 1907, enfin ce déficit fut de 3o.ooo au moins en 1909. Cela ne s'était jamais produit qu'après un excès de mortalité, non par insuffisance de naissances, à la suite d'une épidémie ou d'une guerre meurtrière: en i854 (69.000), en i855(35-Ooo) en 1870 (io3.ooo), en 1871 (t^t^f^.ooo).
Notre dépopulation n'est donc plus seulement relative et qualitative, elle est absolue et quantitative. Ce n'est plus seulement le renoncement, l'abrutissement, c'estle suicide.
Mais il est encore des Français qui veulent vivre, — par leurs traditions et pour leurs possibilités. C'est ceux-là qu'il faut instruire.
Enfantin et Michclet assignaient à la France le rôle de « Christ des nations » et de « nation martyre » . M alheureusement, les crucifiés ne ressuscitent plus. La France ne vaudra pour rHumanité que si elle est d'abord vivante, saine et forte. Et son histoire proclame qu'elle peut valoir beaucoup.
Elle est une catégorie de l'Humanité nécessaire. Un ramas de Germains et de Slaves, puis de Jaunes et de Noirs n*y suppléerait point. Au reste, tout un passé de gloire biffé, un énorme capital spirituel englouti, un caractère humain dénaturé, avili, aboli, ce sont lli des puissances en moins. L*Humanité en serait appauvrie, affaiblie, diminuée, — et de sa plus exquise floraison, et du meilleur de son Ame.
Longtemps, le suicide de l'individu fut considéré, non sans raison, comme un crime contre la société, pour l'exemple décourageant qu'il donne, sans doute, comme pour
le capital social qu'il anéantit. Avec son admirable sens social, TÉglise, si indulgente pour les fautes réparables, se refuse ici à toute miséricorde. De même, le suicide d'une nation est un crime contre l'Humanité; car cette nation ne s'est pas faite toute seule.
Tout ce qu'il y a eu de beau, de grand, d'héroïque dans les peuples anciens a concouru à la former. Ce qu'elle a reçu ainsi, elle en est comptable envers l'Humanité.
Comme nous avons pris la haine du passé qui nous rappelle nos grandeurs et ce à quoi elles nous obligent, nous nous refusons à envisager l'avenir qui nous indique nos devoirs présents. D'ailleurs, on élabore de captieuses théories pour déguiser cette stupidité et cette lâcheté. Mais le savoir n'a pas d'autre fin que de prévoir pour nous permettre de pourvoir congrûment.
D'après ce qui est, présentement, nous pouvons établir ce qui sera dans un siècle,
demain, si nous ne secouons notre mortelle torpeur, si nous ne réagissons contre tous les ferments de décomposition que l'individualisme métaphysique et révolutionnaire a fait surgir, si enfin nous ne réinstaurons pas les conditions d'ordre et de progrès qui sont l'élément vital de toute société.
Et voici ce qui est:
Par périodes décennales, le coefficient de natalité par i.ooo habitants baisse continûment :
En igog, il ne dépassa guère 19 et resta au-dessous du coefficient de mortalité.
De 1826 à 1876, les naissances n'ont diminué que de 5oo par an; de 1876 à 1900, de 4.000 par an; enfin de 1900 à 1907, de 12.000 par an.
On voit comme la chute s'accélère* Et il n'y a pas d'arrêt.
LA DÉPOPULATION FRANÇAISE Ul
Il y a environ 1 1 millions de familles françaises. Le sixième, soit 1.800.000 n'ont pas d'enfants; le quart, soit 2.900.000 n'en ont qu'un; un autre quart, soit 2.600.000 en ont deux; le cinquième seulement, soit 2.200.000 en ont plus de trois. La moyenne est de deux enfants par famille. Soixante départements ont régulièrement plus de décès que de naissances.
Sans doute, on constate aussi un fléchissement chez tous les peuples européens ; mais il a commencé beaucoup plus tard qu'en France, il est bien moins rapide, et il a plutôt tendance à se ralentir encore.
Ainsi, entre lés périodes de 1877-1879 et 1904-1906, le coefficient de natalité a passé : de 44 à 36,3 en Hongrie; de 39,3 à 34 en Allemagne; de 38,8 à 34,8 en Autriche; de 37 à 32,3 en Italie, de 36,4 à 3o,9 en Hollande; de 35,4a 27,4 en Angleterre; enfin de 3i ,8 à 26,3 en Belgique.
Mais pour tous ces pays, hormis l'Angleterre et la Belgique surpeuplées, contrairement à ce qui se produit en France, la
mortalité diminue plus vite que la natalité. Il en résulte que l'excédent de naissances sur les décès s'accroît toujours, tandis que nous en sommes au honteux déficit.
De i87(>-i88o à 1906, les excédents de naissances sur les décès pour 1 .000 habitants ont passé :
Pour la Hongrie, de
— rAIlemagne, de
— TAutriche, de .
— ritalie, de . .
— la Hollande, de.
— TAngleterre, de
— la Belgique, de.
— la France, de .
Au début du siècle, la France était au deuxième rang pour le chiffre de sa population : elle a reculé au cinquième. L'Allemagne, rAutriche-Hongrie et l'Angleterre l'ont dépassée. Bientôt, ce sera l'Italie.
E]n 1909 encore, il y aura eu 800.000 Allemands, 5oo. 000 Anglais, 4^0. 000 Autrichiens, 35o.ooo Italiens en plus, et 3o.ooo à 40.000 Français en moins.
Depuis 1870, les territoires n'ont pas
changé, et les populations des principaux États européens se sont accrues ainsi en millions :
Allemagne, de . .
à 64 soit
Angleterre . . .
Autriche-Hongrie.
Italie
La population russe aurait passé de 78 à 129 millions, soit un énorme accroissement de 56 millions. Dans vingt ans, il y aura deux Allemands pour un Français.
En totalisant les populations des principales puissances européennes, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Autriche, et depuis son unification ritalie, M. Levasseur a trouvé que l'élément français comptait pour 38 p. 100 sous Louis XIV, 25 p. 100 à la veille de la Révolution, 21 p. 100 après Waterloo, i5 p. 100 en 1872, 12 p. 100 vingt ans après.
Maintenant, c'est à peine 11 p. 100. Dans trente ans, ce sera 7 p. 100.
Aujourd'hui, l'Allemagne a une armée active de 684.000 hommes bien choisis, vigoureux, et la France ne peut recruter que
Coîî.ooo soldats, en s'imposant des charges (écrasantes, en prenant dans le tas misérable des malingres, des infirmes, des tuberculeux, des apaches (i ). Nos effectifs n'en devront pas moins se réduire de Bo.ooo hommes tous les (juinze ans, alors que les effectifs des nations rivales ne cesseront de grossir. 11 est question d'avoir recours à nos protégés noirs, — et c'est bien là le pire expédient qui se puisse imaginer. Mais nous en sommes à préférer tout à Teffort. Nous en sommes au point où Rome fît appel aux Barbares.
En attendant, c'est l'indiscipline et la mutinerie, la propagation de toutes les tares physiques et morales. Qui dira les ravages que peuvent faii'e par contamination un tuberculeux et un souteneur dans une chambrée ! Il en résulte que la mortalité, par exemple, est bien plus élevée dans l'armée française que dans l'armée allemande, — et
(i) D'après le docteur Lowenthal, la proportion pour mille de soldats mis à la réforme a triplé depuis trente ans et doublé depuis dix ans. Les crimes et délits militaires ont augmenté de 50 p. 100 depuis dix ans.
malgré toutes les précautions, les crèmes au chocolat, les conférences civiques et la tapageuse sollicitude de la « fée barbue » , et tous les bluffs.
A grandes phrases pompeuses, et pour mieux nous exciter à la guerre civile dont ils vivent, des prophètes suspects nous annoncent la pacification universelle.
Cependant le Japon s'arme, amasse son trésor de guerre, la Chine s'instruit, toute la formidable masse des Jaunes est en effervescence. Mais pour que la menace se précise, il faut encore quelques années. Cela semble lointain. Or voici qui est plus proche pour des Français : l'Allemagne en est à 64 millions d'habitants, et son sol, d'après l'estimation de M. Vacher de Lapouge, n'en peut nourrir que 5o millions. Sa population s'est pourtant accrue de 910.000 unités en 1906, à peu près autant en 1907, en 1908. Tout ce qu'il y a de vrai dans Malthus est là, et c'est contre la pratique malthusienne, à tout le moins tant que
l'anarchie spirituelle laissera TEurope sans police, sans conscience et sans direction.
L'Allemand Rominel, dans son livre, Au Pays de la revanche ^ le dit avec la grâce prusienne : « Le terrain compris entre les Vosges et les Pyrénées n'est pas précisément fait pour que les 38 millions de Français y végètent sans s'accroître, alors que loo millions d'Allemands y pourraient si parfaitement vivre et proispérer selon la loi divine. » Et encore : « La politique de races est impitoyable. Le moment approche où les cinq fils pauvres de la famille allemande, alléchés parles ressources et la fertilité de la France, viendront facilement à bout du fils unique de la famille française. Quand une nation grossissante en coudoie une plus clairsemée, qui, par suite, forme centre de dépression, il se forme un courant d'air, vulgairement appelé invasion, phénomène pendant lequel la loi et la morale sont mises provisoirement de côté. »
Il y a les congrès de la paix, la Cour d'arbitrage de la Haye, la diplomatie. On nous
console de notre stérilité en nous assurant que notre alliance avec les Slaves très féconds rétablit l'équilibre. Équilibre instable, sécurité précaire. Une génération qui joue ainsi le passé et l'avenir de l'être collectif dont elle n'est qu'un moment est insensée ou criminelle. La patrie, l'effort des siècles, les possibilités ne sauraient dépendre de la sottise et de la fourberie des diplomates. Quelque chance qu'on se ménage, quelque mirifique martingale dont on ait le secret, au jeu, il est infaillible qu'on perde un jour. Et ici, on engage plus que tout, ce qui ne se peut rattraper.
Supposons même qu'à force de concessions, de patience, — voire de lâchetés, — nous évitions indéfiniment un dénouement sanglant : la France n'en disparaîtra pas moins. Les peuples voisins déborderont sur elle et la submergeront. Peu à peu, la race sera absorbée. Le sol restera, le nom peutêtre; mais le sang, l'esprit, l'âme ne seront plus.
J'aiparlédéjà de la dépopulation qualitative.
118 CROÎTIIE OU DISPARAÎTRE
Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. Sans doute, pour Tabsurde suffrage universel, la brute alcoolique, le dégénéré valent Tindividu sain et robuste; mais la société tient compte des valeurs. M. Vacher de Lapouge, entre autres, a indiqué les graves altérations anthropologiques, provenant en majeure partie d'une sélection à rebours, qui se sont produites depuis deux ou trois siècles. Il y a là, peut-être, l'explication de bien des choses : par exemple, l'odieuse tyrannie de la crapule radicale, par la bassesse, la ruse vile, la sottise et que jamais le Franc n'eût pu exercer ni subir si longtemps.
Cependant l'Allemagne s'emploie à ruiner notre industrie et notre commerce. Elle inonde le monde de sa vilaine pacotille. De 1891 à 1907, son commerce extérieur a passé de 9 milliards à plus de 19 ; celui de la France de 8 à 1 1 seulement. Nous sommes au quatrième rang. La prolifique Hollande nous le le dispute et va nous l'enlever.
Cela n'est pas sans importance. Notre commerce extérieur ne se développe pas plus que
LA DEPOPULATION FRANÇAISE 119
notre population. Ce sont nos négociants, nos industriels, nos ouvriers qui en pâtissent, — et davantage que s'il s'agissait de o fr.5o de salaire en plus ou en moins. Le produit français, par le goût qu'il formait, l'art qu'il enseignait, la loyauté qu'il manifestait, faisait l'éducation du monde. Peu à peu, il élevait les peuples arriérés à la civilisation, il les affinait, les spiritualisait. Gela n'est pas indifférent, j'imagine, que ce soit la hideuse camelote et la falsification allemandes qui supplantent l'article français (i).
Alors qu'il y a plus de 4 millions d'Allemands au dehors, qui sont pour la plupart des prospecteurs, des commis-voyageurs, il n'y a pas5oo.ooo Français, Les peuples nous oublient. Ils ne connaissent plus que les
(1) Voici un simple fait rapporté par M. Louis Bertrand, dans son livre Le Mirage oriental, après un voyage à Constantinople, au Caire, à Beyrouth :
« Maintenant, les images qu'on expose aux yeux du populaire, ce sont des illustrations de faits divers contemporains, — par exemple des épisodes de la guerre russo-japonaise : sujet passionnant qui excite Tenthousiasme des foules musulmanes ! A Damas, je remarquai
comptoirs allemands et anglais, — même dans' nos propres colonies.
En i85i, il y avait en France 878.500 étrangers, soit 10, 58 pour 1000 Français. En 1907, il y en avait i.Sso.ooo, soit 33 p. 100, — sans compter les métèques. Dans un demisiècle, il y aura autant d'étrangers et de métèques que d'aborigènes.
Si pourtant, depuis vingt ans, le mouvement d'immigration ne paraît pas s'être plus développé, c'est qu'un régime d'irresponsabilité est toujours de mensonge. Nos maîtres ne se soucient que de dissimuler. Chaque degré de notre chute se marque par un expédient parlementaire. De même qu'on se prépare à incorporer les nègres dans notre armée qui fond, on a promulgué la loi du 26 juin 1889 qui impose la qualité de Français à certaines
fort un de ces chromos, où l'on voyait un détachement d'infanterie nippone culbuter des moines russes brandissant des crucifix sur le front des troupes; et j'admirai rimpudeur- des Allemands qui fabriquent ces barbouillages, et qui n'éprouvent aucun scrupule à flatter ainsi, dans leur clientèle orientale, le fanatisme religieux et les passions anti-européennes. >
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catégories d'étrangers résidant en France depuis un certain temps, sans remplir les charges militaires. On pousse de plus en plus à la naturalisation (3.ooo par an) . Ainsi , durant quelque dix ans, on a maintenu à peu près les chiffres dans les statistiques officielles, par là on a facilité Tinjustifiable propagande néo-malthusienne : on a habilement masqué notre dégringolade. Nous n'en avons que mieux dégringolé. Le mot « français » n'a pas créé la chose, car il y faut des siècles. Au surplus, les émigrés, et surtout ceux qui se laissent naturaliser, ne sont pas l'élite des autres pays. C'est pourquoi aussi, avec la quantité, la qualité s'abaisse toujours.
M. Emile Macquart et, dans les Documents du progrès, M. le docteur Félix Regnault, proposent sérieusement de systématiser cet expédient de politicien sans scrupules en favorisant l'infiltration étrangère. M. Remy de Gourmont, qui décidément gâche une belle intelligence par plaisir du paradoxe, va jusqu'à écrire dans le Mercure de France :
« L'invasion ne ferait peut-être pas tant de
mal que cela à la France. Ce n'est qu'un moment à passer. 11 faut que les races se renouvellent. » Dans le Journal des ÉconomisleSj on soutint aussi, et gravement, cette thèse sophistique que l'immigration est tout profit pour un peuple puisqu'elle lui fournit gratuitement des producteurs adultes. On cita, à ce propos, les États-Unis, dont l'activité intense, la prospérité seraient dues à l'immigration. Mais les Yankees eux-mêmes n'en sont pas bien persuadés, puisqu'ils s'efforcent maintenant, autant qu'il leur est possible, d'enrayer l'immigration.
En quelques mois, on peut faire un trappeur, un défricheur, un pionnier; en deux générations, on peut faire un citoyen de Chicago : un vrai Français a mis des siècles à se former. La bonne volonté du métèque et la consécration légale n y peuvent rien.
M. le docteur Hillemand prétend que Pierre Laffitte a démontré historiquement, « par l'exemple de Rome, de la France, de la Prusse, etc., que plus une nation est mêlée physiologiquemenl, plus grande est
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sa valeur sociologique, si ramalgame a été rendu suffisamment consistant par la pratique d'une langue commune, d'où il suit que l'immigration d'éléments étrangers est une condition favorable à la grandeur d'un peuple, pourvu que cette immigration ne dépasse pas, par son abondance et sa soudaineté, les facultés d'incorporation et d'assimilation du peuple récepteur. »
Cette réserve s'applique à notre situation présente. Car il faut reconnaître que « les facultés d'incorporation et d'assimilation d'un peuple récepteur » sont d'autant moindres que sa civilisation est plus profonde, ses morts plus nombreux, son passé plus riche, et aussi qu'il est moins prolifique.
D'ailleurs, cette sage restriction ne corrige qu'à moitié une grossière erreur.
Dans son Anthropologie, M. Paul Topinard nous dit : < En France, où la nature est cependant si homogène et l'unité si complète,
il y a des Français, mais pas de race française. On y découvre, au nord, les descendants des Belges, des Wallons et autres Kymris; à l'est, ceux des Germains et des Burgondes; à l'ouest, des Normands; au centre, des Celtes, qui, à l'époque même où leur nom a pris naissance, étaient formés d'étrangers d'origines diverses et d'autochtones ; au midi, enfin, des anciens Aquitains et des Basques, sans parler d'une foule de colonies, comme les Sarrasins qu'on retrouve çà et là, les Tectosages qui ont laissé h Toulouse l'usage des déformations crâniennes, et les trafiquants qui passèrent par la ville phocéenne de Marseille. »
Cela revient à dire que rien ne se crée de rien. On le savait. A l'origine, la race française est le produit complexe d'un mélange ou d'une association de plusieurs races, la civilisation française est la résultante d'une combinaison d'autres civilisations. Soit. Mais nous savons, par toute notre histoire, que cette combinaison, cette association, ce mélange furent heureux. Par tout ce qu'ils ont
donné, nous pressentons tout ce qu'ils donneront encore. Comme l'a dit M. le docteur Laumonnier, celte civilisation est « l'aire de convenance et d'adaptation optima » de cette race. Notre caractère propre, notre âme, tout ce qui nous différencie est notre raison d'être désormais. La petite Lorraine Colette Baudoche qui refuse de s'unir avec le Prussien Asmus, ce n'est pas seulement une Messine qui se souvient de 1870, mais encore une pure Française dont le sang répugne à s'abâtardir.
Allemands et Français, nous sommes composés de trop de morts, et qui s'opposent, pour que nous les puissions confondre.
Que des Allemands, en France, s'unissent à des femmes françaises, nous n'aurons même pas une race nouvelle à assimiler, à enraciner, nous aurons des Allemands et des Français. Mais il en va comme au jeu de hasard : inéluctablement, le plus riche ruinera le plus pauvre, l'Allemand prolifique absorbera le Français stérile. Et l'Allemagne même y perdra. N'étant plus stimulée par
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la concurrence des autres nations, et surtout de la France, elle s'amollira, elle ne maintiendra plus son caractère, elle perdra aussi sa raison d'être. Alors l'Asie déversera sur l'Europe ses masses humaines affamées de pain, de haine et de gloire.
Pierre Laffîtte n'a pas tenu compte de ces deux faits bien connus des anthropologistes : la dégénérescence des métis et le retour à l'un des types primitifs.
Chez les métis, non seulement la mortalité est plus grande, la natalité moindre, parfois la stérilité complète (i) ; mais encore l'intelligence, la moralité, la socialité sont inférieures à chacun des types moyens des deux générateurs. La société métisse, c'est Haïti, c'est Libéria. Dans le métis de nègre et de blanc, oii prédomine le sang noir, Topinard a trouvé que la capacité cérébrale était moindre que chez le nègre pur.
(1) D'après Daily, € il n'y a pas un seul cas de population métisse, vivant par elle-même, qui ne soit à la veille de disparaître par voie d'extinction ou de destruction. »
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L'aventurier cosmopolite, le métis social n'est pas un meilleur produit. Les races sociales, — et cela plus elles sont avancées en civilisation, c'est-à-dire caractérisées, — ne sauraient se confondre sans perdre toutes les qualités qui les distinguent et additionner les défauts qui leur sont communs.
L'étranger est essentiellement parasitaire.
Il vient vivre sur un capital que ses ascendants n'ont point contribué à créer, et pour en emporter ce qu'il pourra chez lui. Célibataire le plus souvent, il ne participe que faiblement aux frais sociaux. Il commet plus de crimes. Il est moins retenu par l'opinion publique. Il est porté à bafouer notre idéal dont le sens lui échappe. Il gâte notre goût, il adultère notre langue, il trouble nos mœurs.
Même s'il s'installe définitivement sur notre sol, s'il tâche à s'adapter, si Ton en fait un électeur, s'il en vient à aimer la terre hospitalière qui a accueilli sa misère, ni lui, ni ses enfants ne sentiront comme nous. Il n'adhérera que d'esprit, non de cœur. Il
souhaite d'être Français, il en a compris Tavantage et l'honneur ; mais ses morts protestent. A l'ordinaire, sa raison les fera taire ; mais dans les conjonctures tragiques, où le sentiment l'emporte, où le sort de la patrie se décide, il suivra son instinct — qui, alors, se heurtera au nôtre. « Nous sommes de plus en plus gouvernés par nos morts », a dit Auguste Comte. Ce que nous pouvons être en dehors d'eux est peu de chose, — ce que serait un petit enfant nu, abandonné dans la brousse africaine.
Si, présentement, il y a tant de trouble dans les esprits et dans les cœurs, c'est que d'autres morts se font entendre chez nous, et avec l'impudence qu'autorise notre scepticisme de décadence.
<( Il n'y a point de place dans l'histoire, dit Arsène Dumont, pour une nation dépourvue d'une puissante individualité et point d'individualité pour une nation formée de détritus par les alluvions accumulées, de l'immigration étrangère. Un peuple, comme une famille, comme une race animale, va
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s'accentuant dans son genre et fortifiant ses caractères propres, s'il parvient à se maintenir pur de mélanges pendant un grand nombre de générations ; mais il est évident qu'il ne peut repousser les apports du dehors que si lui-même est assez prolifique pour égaler la densité croissante des populations limitrophes. »
On a attribué notre dépopulation à l'énorme consommation d'hommes jeunes et vigoureux faite par la Révolution, TEmpire, puis par la dernière guerre et la Commune. Ces hécatombes n'ont pu avoir pourtant qu'une minime influence, puisque les femmes y ont échappé. Une épidémie qui les atteint comme les hommes a bien plus d'importance. D'ailleurs, il s'agit de la baisse de la natalité, non de la mortalité, et l'on sait qu'après une guerre la natalité s'élève toujours. « Une nuit de Paris, comme disaient Condé et Napoléon, répare un jour de champ de bataille. )>
Herbert Spencer nous dit : « L'évolution individuelle est en antagonisme avec la dissolution procréatrice. Soit à cause du développement plus considérable des organes qui concourent à la conservation de l'individu, soit en raison de leur plus grande complexité de structure, soit parce que leur activité est accrue, la quantité de matériaux qu'ils exigent et qu'ils absorbent diminue d'autant la réserve des matériaux destinés à perpétuer la race. Et il y a lieu de croire que cet antagonisme entre Tindividualisation et la procréation se marque d'une façon toute particulière en ce qui concerne le système nerveux, à cause des dépenses particulières qu'exigent la formation et le jeu de ses organes. »
Cela peut expliquer le léger fléchissement de la natalité que les principales nations européennes accusent, non la dépopulation française.
Dans le fait que, pour loo naissances de filles, il y en avait 107 de garçons en 1801, io5 en 1882-1886, 104 en 1893-1896 et io3 en
1902-1906, c'est-à-dire que la proportion des garçons diminue, M. Alfred Fouillée croit reconnaître un signe de fatigue physiologique.
On sait que dans les villes naissent plus de filles et dans les campagnes plus de garçons ; mais cela doit être attribué surtout à une meilleure alimentation dans les villes.
Au surplus, si les jeunes ménages ont surtout des garçons, si les pratiquants du self restraint désirent surtout un garçon et, quand ils ont d'abord une fille, se laissent aller plus volontiers à une deuxième ou à une troisième tentative, encore que ce désir soit rarement plus vif que celui d'éviter les soucis, les devoirs et les charges de la parenté, on ne saurait vraiment en conclure que la diminution des naissances masculines témoigne d'un affaiblissement physiologique.
La fatigue apparaît plutôt dans les villes, et elle est bien plus un effet de la dépopulation — j'entends de la maladie morale dont la dépopulation relève — qu'une cause. Elle tient à l'arrivisme, à la vanité, à l'égoïsme exacerbé,
à l'abus des jouissances physiques, et c'est pour mieux s'y livrer qu'on ne veut plus d'enfants. C'est le même individualisme dissolvant qui pousse le paysan vers les villes et les ménages à être inféconds. Quand on se déracine, le plus souvent on se désolidarise, on se désocialise.
En somme, les Français ont un premier enfant aussi souvent que les autres. « C'est à partir du second et des suivants qu'on constate les abstentions », nous dit M. Levasseur. Fréquemment, les familles qui perdent un enfant s'empressent de s'en donner un autre l'année suivante. U y a aussi les « petits ravisés » dont nous entretient M. Paul Bureau, et qui sont parfois l'importune conséquence d'un accident d'hygiène. La pelure d'oignon, dont parlait quelque gente dame du dixhuitième siècle, se crève parfois.
Les Français, transportés dans un milieu favorable, sont suffisamment féconds, comme en Algérie, excessivement, comme au Canada. Il y a là 46 naissances pour i .000 habitants, au lieu de 20 en France. Onze mille
Normands ont produit un million et demi d'habitants, deux millions si Ton compte les émigrés aux États-Unis. En 1768, quand Louis XV céda aux Anglais ces « quelques arpents de neige », ils n'étaient encore que 63.000. La moyenne des enfants est de 7 à 8 dans les ménages de souche anglaise et de 12 dans les ménages de souche française.
Notre dépopulation est donc bien volontaire. On a relevé plus de soixante motifs qui déterminent les Français à n'avoir pas d'enfants. Le mal est certain. Il est mortel. Quel est le remède ? On l'indique d'un mot : l'ordre. Mais il faut préciser.