‹ Croître ou disparaîtreChapitre 9 sur 15 · LE NÉO-MAI.THUSISME · texte numérisé non relu

LE NÉO-MAI.THUSISME

a déjoué les prévisions ; souvent, dans les classes inférieures et aussi parmi les populations de la Bretagne et du Nord, réputées si fécondes, d'une ivresse à deux qui inflige au produit la double tare de Talcoolisme héréditaire et de lalcoolisme conceptionnel. »

Au surplus, la qualité ne saurait suppléer la quantité. La viriculture intensive épuise les sources de vie. Une race se défend et s'améliore par sélection naturelle et par entraînement, et donc par la viriculture extensive. Il y faut beaucoup de naissances et des décès. € mort ! sœur aînée des amours! » s'écrie Proudhon. La mort a son rôle dans la nature. La souffrance aussi.

Dans les meilleures conditions possibles, avec toutes les précautions, la nature n'évite point les ratés ni le déchet. 11 faut trier. Il faut se parfaire soi-même. Plus le choix se fera entre beaucoup, plus Teffort sera nécessaire, plus il y a de chance que l'élite soit pure et grande. Ne nous préoccupons donc pas d'abaisser outre mesure l'obstacle répressif

à la surpopulation qu'est la mortalité, surtout pour lui substituer l'obstacle préventif qu'est la stérilité volontaire.

M. le docteur Binet-Sanglé écrit de gros volumes pour noms persuader que Jésus avait hérité des siens toutes les tares physiques, mentales et morales. Ce scientiste nous fournit là l'exemple cherché contre le scientisme. Il est fort heureux pour la civilisation occidentale que les pauvres artisans de Galilée aient ignoré la « génération consciente »• Même si l'obstacle répressif est la guerre, cela vaut encore mieux que les pessaires, les cônes et les aiguilles à tricoter, — et non seulement pour la dignité, la grandeur, mais encore pour la force, la santé, la prospérité et la joie humaines.

D'ailleurs, la mortalité, voire la mortinatalité, n'est pas nécessairement plus grande en proportion avec une copieuse natalité. On a déjà vu que la mortalité, en France, est égale, sinon supérieure, à celle des nations bien plus prolifiques. On remarque même que les départements qui ont une

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faible natalité sont frappés d'une mortalité élevée. De plus, dans ces mêmes départements, en Normandie et en Bourgogne, le nombre des réformés aux conseils de revision est au-dessus de la moyenne. « Dans tel département de très faible natalité, comme l'Eure, note Arsène Dumont, les conseils de revision accusent [\o réformés sur loo conscrits examinés. »

Voilà les résultats de la « génération consciente » ! Ils ne sont pas ceux qu'on annonce. En réalité, tout contribue, ici, à énerver, anémier, avilir la race : une sélection insuffisante, le détraquement physiologique et la corruption des mœurs que produisent à la longue les manœuvres abortives et la « prophylaxie anticonceptionnelle », l'épanouissement du plus bas individualisme, qui atrophie les centres d'inhibition, qui aboht le sens de la responsabilité, qui ne contient plus 1 appétit de Jouissances immédiates, par tous les moyens, et l'intempérance, et la débauche, et toutes les dépravations abrutissantes#

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Cette population clairsemée, chétive, sans énergie et sans idéal, qui n'a plus que le morne désir de s'assurer une existence facile et jouisseuse, à tout le moins organisera-telle une meilleure éducation? gagnera-t-elle en intelligence? réalisera-t-elle le mesquin bonheur à quoi elle sacrifie tant?... c Le seul moyen d atteindre le bonheur, dit Stuart Mill, est de n'en pas faire le but direct de l'existence. »

11 semble, d'abord, que l'enfant unique doive être mieux élevé, parce que tous les soins des parents se concentrent sur lui.

Mais il y a un fait certain, quoique inexpliqué, c'est que le premier enfant est rarement le plus sensible, le plus intelligent. Au dernier congrès de psychiatrie qui s'est tenu à Amsterdam, on a relevé que sur soixantequatorze hommes et femmes de génie, écrivains, poètes, musiciens, hommes d'État, dix seulement étaient les aînés. Le plus souvent les génies sont parmi les derniers nés.

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Cooper était le onzième de douze enfants ; Balzac a été le dernier né de trois; Napoléon, le huitième; Franklin, le dernier de dix-sept. Rembrandt fut le sixième sur six; Wagner, le septième; Mozart, également; Schumann, le cinquième; Schubert, le treizième sur quatorze.

En outre, contrairement à ce qu'on suppose d'abord, Tenfant unique est le plus souvent très mal élevé, et d'autant plus que la famille est plus relâchée (i). Une famille nombreuse, bien unie, est une force organisée, une école de solidarité et de continuité, une liberté. Pour ruiner nos libertés, on a dissous toutes nos forces.

Maintenant, on s'en prend à ce qu'il reste de la famille.

Herbert Spencer a fait ressortir le rôle

(4) « Cet enfant-là lui donnera bien du chagrin. C'est un enfant unique, bonne raison pour n'être qu*un vaurien ; il sait qu'il sera riche, autre bonne raison pour n'être qu'un vaurien. Et comme il est valétudinaire, on ne lui apprend rien ; on ne le gêne, on ne le contredit sur rien, troisième bonne raison pour n'être qu'un vaurien. » (Diderot, Jacques le fataliste.)

moralisateur et auto-éducateur de la parenté eftective. « C'est une vérité trop peu reconnue, dit-il, que la phase supérieure du développement mental chez Thomme et chez la femme ne peut être atteinte que par Taccomplissement convenable des devoirs paternels. »

On s'élève par le commandement comme par l'obéissance. Mais il n'y a plus d'autorité dans la famille désorganisée. Chacun y devient le jouet des caprices de l'enfant. Il est paré, caressé, flatté, admiré, et l'on n'en fait qu'une poupée sans cœur, un cabotin sans cerveau et un affreux égoïste. Ainsi, on se targue de l'aimer. Ce n'est pas aimer que d'aimer pour soi. L'amour est une force et une volonté. L'enfant unique, l'enfant gâté, ce sera le névrosé, l'aboulique, qui n'aura que des vanités, des fantaisies, des impulsions et des appétits, mais qui sera aussi incapable de se résigner au nécessaire, à l'inéluctable, qu'à modifier énergiquement ce qui est modifiable, — et la vie le conspuera et le brisera.

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Les seuls néo-malthusiens qui sachent bien ce qu'il veulent et où ils vont, ce sont les anarchistes forcenés qui ont juré la destruction complète de toute société, de toute civilisation, et les pessimistes absolus qui aspirent à l'anéantissement cosmique.

La baisse de la natalité accompagne toujours les indices sociaux les plus fâcheux :

l'accroissement des suicides, des maladies mentales, des attentats aux mœurs^ des crimes, des divorces, de l'alcoolistoe, de la prostitution, etc.

Les départements qui se dépeuplent le plus rapidement sont également ceux qui sont en tête de toutes les régressions sociales.

Le divorce, c'est déjà ce qu'on a nommé Tamour libre, et cela ne va pas sans la conception libre. L'enfant est un embarras, un lien. Celui-ci évité, le mariage a perdu sa plus simple et sa dernière raison d'être. « Le plaisir étant voulu et cherché pour lui-même sans la conséquence de progéniture, dit

Proudhon, le mariage devient une institution superflue : la vie des jeunes gens se passe dans une fornication stérile ; la famille s'éteint, et avec la famille la propriété ; le mouvement économique reste sans solution, et la société retourne à Fétat barbare. »

La moyenne des divorces, qui était de i4 pour 1.000 mariages en i885-i886, de 20 en i888, a passé à 33,5 en 1906 et à 39,8 pour le premier semestre 1909.

Mais 21 départements dépassent toujours cette moyenne. Ce sont, en majorité (14 sur 21), ceux qui accusent ordinairement un excédent de décès sur les naissances. Au contraire, sur les 1 1 départements qui ont le moins de divorces, 9 ont un excédent de naissances.

Du divorce facile à l'amour libre, il n'y a qu'un pas ; de Tamour libre à la prostitution, la distance est moindre encore. Elle est vite franchie. Dans son rapport municipal de 1904 sur l'organisation d'une nouvelle police des mœurs, le conseiller municipal Turot, socialiste et franc-maçon, non des moindres, et

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donc néo-malthusien, préconise les maisons de rendez-vous en ces termes : « Ces maisons sont très estimables, dit-il, car les femmes qui les fréquentent ne viennent qu'à certaines heures du jour ou de la soirée et, au dehors, elles ont une vie pareille à celle des autres femmes ; elles peuvent avoir une famille, des amis ; elles peuvent s'intéresser à quelque chose, s'occuper de leur ménage...

Elles peuvent venir dans ces maisons à cause d'un gêne momentanée, d'une note pressante, d'un embarras transitoire. »

Aussi, en quatre ans, de 1900 à 1904, à Paris, le nombre de ces maisons, connues de la police, s'est élevé de 10 à i5o. Aujourd'hui, elles sont certainement plus de 3oo.

Les journaux publient leurs adresses (2 francs la ligne). Et cela n'empêche point les trottoirs d'être envahis, de plus en plus, par les filles et les souteneurs. 11 faut être conseiller municipal pour ne pas voir que faciliter la prostitution occasionnelle, c'est recruter pour la prostitution habituelle. Et la propagation des maladies vénériennes ne

saurait être considérée comme un moyen d'améliorer la race.

Le trafic de son corps est la criminalité de la femme. Celle de l'homme est plus violente ; mais elle y correspond trop pour ne pas suivre le même développement. On sait avec quelle menaçante rapidité. D'après la dernière statistique, pour lo.ooo Français, on compte parmi les prévenus : 46,3 mariés, 62,4 veufs et divorcés et 1 15,3 célibataires.

Ce n'est pas Tordre social, il est vrai, mais le bonheur de l'individu qui préoccupe les néo-malthusiens. Montrons-leur donc que ce bonheur n'est que dans Tordre. « L'individu, en ramenant tout à soi, dit A. Dumont, non seulement a abouti à se détruire au lieu de se rendre heureux, mais il a rebuté jusqu'à la tendance presque invincible de l'inconscient vers son expansion, il est devenu stérile. »

Vérifions-le par les faits.

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