I. — Les expédients
Le dépeuplement est l'aspect actuel, pour les Français, de la question delà population. C'est celui qui nous inquiète. Mais Tautre aspect, le surpeuplement mondial, n'est pas à négliger. N'envisager exclusivement que Tun ou l'autre aspect, c'est mal poser la question. Mauvaise condition pour la résoudre, et donc pour bien traiter cette grave maladie de la dépopulation.
Les spécialistes démographes, à tout le moins, fournissent les matériaux de leurs statistiques ; mais les amateurs, les politi-
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ciens, les utopistes, les scientistes, les journalistes, les littérateurs, les philanthropes n'y peuvent rien entendre. Comme le dit bien M. le docteur Ch. Fiessinger, dans son livre Erreurs sociales et maladies morales^ « le problème de la dépopulation, abordé en surface et par ses côtés secondaires, n'aboutit qu'à des solutions puériles et inefficaces ». 11 en est même de dangereuses et de nocives. Si la légiféra ti on ne peut développer et créer la vie sociale, elle a une terrible puissance pour la détraquer et la détruire.
La société, c'est l'organisation des forces naturelles pour les fins humaines. Toute question sociale est donc de constitution ou reconstitution. L'hygiène sociale, c'est de régler. De même qu'une bonne hygiène fait maigrir les obèses et grossir les trop maigres, une force régulatrice pousse et retient où il faut. Ce qui nous guérira de la dépopulation présente obviera à la surpopulation future.
Mais nous sommes si bas aujourd'hui qu'on ne peut repousser les plus douteux stimulants provisoires. Même malade, il faut
vivre avant tout, il faut durer. Parmi les expédients législatifs qu'on propose, il en est qui ralentiront la chute de la société française et lui laisseront le temps de se reprendre. Malheureusement, il en est aussi qui ne peuvent qu'aggraver la fièvre qui répuise. On les reconnaîtra. On choisira.
En tout cas, cela témoigne que tout ressort n'est pas brisé et qu'il se forme enfin une volonté de saine réaction qui s'éclairera.
C'est un bon exercice de méthode. A l'examen, on constatera encore que rien ne supplée l'ordre. De même que les procédés néo-malthusiens ne retiennent que là où il faudrait pousser, on verra que les trucs l^islatifs des repopulateurs, quand ils ont quelque effet, ne poussent que là où il faudrait plutôt retenir.
D'ailleurs, la plupart de ces mesures, qui paraissent originales et ingénieuses, ont été éprouvées déjà. « Souvent, écrit M. Jules Roche, en bien des pays, pour bien des causes, les gouvernants eurent à s'alarmer du ralentissement ou de la diminution du
nombre des naissances et tentèrent de conjurer ce péril par tous les systèmes imaginables de peine ou de récompense : jamais ils n'aboutirent au moindre résultat. »
Ainsi, à Sparte, on restait soldat tant qu'on n'avait pas donné trois fils à la patrie. Les célibataires endurcis étaient fouettés par les femmes dans les temples d'Hercule.
A Rome, Camille astreignit les célibataires à épouser les veuves des citoyens morts au service de la Cité. « César donna des récompenses à ceux qui avaient beaucoup d'enfants, dit Montesquieu ; il défendit aux femmes qui avaient moins de quarante-cinq ans et qui n'avaient ni maris ni enfants de porter des pierreries et de se servir de litières, méthode excellente d'attaquer le célibat par la vanité. » / Auguste prescrivit de réserver les emplois publics aux pères de famille. Les lois caducaires, Julia et Papia Poppœa, établirent des incapacités, dont celle d'hériter, des charges pour les célibataires, les paires solitariij et des privilèges considérables aux familles nombreuses. « Ces lois furent odieuses et à
bon droit, dit Arsène Dumont, puisqu'elles étaient vexatoires et qu'elles encourageaient les délateurs ; mais de plus elles furent totalement inefficaces. Quand Constantin les abrogea, elles avaient duré trois siècles, et le mal qu'elles devaient empêcher avait suivi librement son cours. N'eussent-elles point été éludées par des fidéicommis, le résultat eût été le même. Quand le monde romain roulait à sa ruine, que pouvait cette toile d'araignée pour arrêter une telle avalanche ! »
Au seizième siècle, pour réprimer les infanticides trop fréquents, on prescrit de déclarer les grossesses. Au siècle suivant, le roi fait promulguer deux édits de Colbert, en novembre et en décembre 1666, le premier qui exempte de la collecte et des autres charges publiques les pères de dix enfants, des tailles les pères de douze, et le second prohibant l'accroissement des communautés religieuses. Le premier de ces édits fut rapporté en janvier i683, sans avoir donné aucun résultat appréciable, et le second tomba aussitôt en désuétude.
La Révolution a tout dissocié (i). Elle a fait de Tindividu abstrait l'unité sociale. En fait, c'était privilégier le célibataire et le ménage stérile. Toutes les mesures fiscales ou autres qu'on propose maintenant en faveur des familles nombreuses ne peuvent que restreindre très faiblement le privilège du célibat et de l'infécondité. Les immunités d'impôt, les primes ne compenseront jamais les charges d'une famille.
Jusqu'ici, d'ailleurs, on a très peu fait en ce sens. N'est-ce point réagir? Le parlementarisme ne le permet pas.
A Lille, — et peut-être dans quelques autres villes, — les familles ouvrières qui ont plus de trois enfants sont inscrites
(4) Et c'était nécessaire pour détruire, s'il y avait à détruire; mais, après, il eût fallu reconstruire. L'argent, qui ne peut être tout que par la dissolution des forces sociales, pour ne pas reprendre son rang subalterne, pour rester tout, s'y est opposé. Mais de telles tyrannies ne durent pas. L'anarchie se dévore elle-même.
d'office à l'Assistance publique. Quelques Administrations publiques, Contributions indirectes, Douanes, Postes et Télégraphes, etc., allouent à leurs employés un supplément de traitement annuel par enfant au-dessus de trois (20 à DO francs). Les Compagnies de chemin de fer, le Crédit foncier, etc., font de même. Des Conseils généraux et municipaux accordent de minimes subventions aux familles nombreuses. La loi de 1901 sur les dévolutions successorales a rendu progressif le taux des droits de mutation par décès, le déterminant non plus d'après l'actif total de l'héritage, mais d'après le quantum des parts individuelles. La loi militaire du 21 mars igoS spécifie que les réservistes, pères de quatre enfants vivants, passent de droit dans l'armée territoriale et les pères de six enfants vivants dans la réserve de l'armée territoriale. Enfin, à l'article 94 du projet de Timpôt sur le revenu, adopté par la Chambre le 7 février 1907, une réduction de 8 francs par personne à sa charge — soit 0,02 par jour ! — sera
consentie à tout contribuable ayant un revenu de moins de 12.000 francs.
Tout de même, on pourrait faire plus. Au moins autant qu'en Allemagne, en Autriche, en Suisse, pays où les nombreuses familles ne sont pas Texception comme en France.
Ainsi, tout le projet de l'impôt sur le revenu, hormis la ridicule exonération énoncée à l'article 94, favorise effectivement le célibat et le concubinage, puisque les revenus des époux sont taxés au total.
Parmi les associations qui se sont formées pour combattre la dépopulation française, il convient de citer :
i^ La Ligue contre la mortalité infantile, composée surtout d'hygiénistes et de gynécologues. Elle réclame une répression plus énergique de l'avortement provoqué, une surveillance plus active des sages-femmes et des maisons d'accouchement. Enfin, elle s'applique à dénoncer aux pouvoirs publics, sourds et aveugles pour tout ce qui n'est pas profit de parti, « les funestes effets de la propagande par brochures, conférences, etc..
en vue de prévenir les grossesses et d'en arrêter le développement normal ».
2* La Ligue des pères el mères de famille nombreuse, fondée récemment par M. le capitaine Maire, poursuit le remaniement de notre système d'impôt.
3® \J Alliance nationale pour Vaccroissement de la population française^ fondée en 1896 par M. le docteur Jacques Bertillon, et qui compte 600 membres environ, a pour but « d'attirer l'attention de tous sur le danger que la dépopulation fait courir à la nation française et de provoquer les mesures fiscales ou autres, propres à augmenter la natalité ». Et, d'après V Alliance, voici ces mesures : « a) Dégrèvement des contribuables ayant plus de trois enfants, en chargeant les autres d'un impôt complémentaire inversement proportionnel au nombre des enfants ; 6) modification des droits de succession en ligne directe, en plaçant les enfants uniques dans la position où ils seraient s'ils avaient des frères ; c) modification du régime des successions dans le sens de la liberté; d) abré-
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viation du service militaire pour les soldats mariés ou pères de famille, et pour les fils aînés des familles de quatre enfants ; e) préférence accordée aux familles nombreuses par l'État, les Conseils généraux et municipaux, ainsi que par les grandes administrations privées pour les places et faveui's dont ils disposent; f) extension des mesures de protection de l'enfance. »
La diversité des palliatifs indique assez qu'on ne dispose point du remède spécifique.
Mais tant de bonne volonté rassure. On regrette néanmoins que, faute d'une doctrine sociale, cette bonne volonté ne sache s'organiser, converger et s'employer utilement.
Les exemptions d'impôts pour les pères de famille nombreuse et les surcharges pour les célibataires ne peuvent être assez importantes pour susciter un intérêt matériel à se marier, à faire des enfants et à les élever; mais c'est évidemment un mouvement de
18S ClM>tTRE OU DISPARAITRE
réaction contre l'individualisme révolutionnaire et une atténuation de ses conséquences antisociales.
En ce sêny, M. Duval-Arnould, conseiller municipal, a proposé de dégrever de la taxe mobilière, k Paris, les loyers inférieurs à 3oo francs (au lieu de 5oo) et les loyers de 3r>o i 1.499 francs quand le nombre des pièces du logement sera inférieur au nombre des enfants.
M. Paul Leroy-Beaulieu conseille à l'État de réserver ses petits emplois pour les pères de famille. Mais cela ne peut que développer encore le fonctionnarisme qui est un des facteurs de la dépopulation, et les maigres émoluments des petits emplois, douaniers, cantonniers, postiers, hommes d'équipe, etc., ncî permettent guère d'entretenir convenablement une nombreuse famille. Quant aux emplois mieux rémunérés, ils sont réservés aux diplômés de l'Université que l'État s*est engagé à pourvoir afin de maintenir son monopole d'enseignement et aux clients qui soutiennent le régime. Sans l'abrutissement
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systématique et la corruption organisée, le parlementarisme ne tiendrait pas.
Le projet présenté par M. Tabbé Lemirc, le 20 octobre 1908, qui assure aux agents de l'État lefi moins rétribués une allocation de famille en rapport avec le nombre de leurs enfants, est plus caractéristique. Il nous rappelle que Tunité sociale est vraiment la famille et que le juste salaire doit en tenir compte. C'est un scandale pour l'économie politique orthodoxe, mais une vérité sociale.
En 1900, le sénateur Piot proposa un impôt sur les citoyens sans enfant et la répartition du produit intégral de cet impôt entre les familles nombreuses. M. le docteur Mangenot demande une allocation de 1 20 francs par an et par enfant au delà de trois à tout ménage ne gagnant pas 1 franc par tête et par jour. M. Paul Leroy-Beaulieu va jusqu'à 5oo francs qui seraient versés aux parents de tout nouveau-né à partir du troisième enfant. M. Vacher de Lapouge encouragerait la maternité par un billet de loterie.
8a tombola des accouchées de l'année distribuerait un gros lot d'un million de francs et de nombreux petits lots. Enfin, pour M. Charles Richet, « il n'y a qu'un remède, un seul et unique remède, c'est une forte prime accordée à la naissance de tout enfant qui n'est pas un premier-né ». Il faut que la prime soit « assez importante pour qu'il y ait intérêt pécuniaire à avoir beaucoup d'enfants ». Elle serait, par exemple, de 5oo francs à la naissance d'un deuxième enfant, i.ooo francs pour le troisième, autant pour les suivants, et serait touchée en deux parties, la première à la naissance, la seconde un an après, si l'enfant survit. Il y faudrait 3oo millions par an, soit un milliard en quatre ans qu'on trouverait par un impôt de 25 p. i oo sur l'héritage des enfants uniques et de 5o p. loo sur l'héritage collatéral. M. Charles Richet nous assure qu'en quatre ans nous obtiendrions ainsi un excédent d'un million de naissances.
Tous ces expédients, dégrèvements, immunités, primes, ne peuvent agir que sur les
familles les plus nombreuses et les plus misérables. Or, précisément, ce sont les autres qu'il faudrait déterminer à être fécondes.
Mais là on ne peut rien ; au contraire, en les surchargeant, on les retient plus encore dans leur stérilité ou leur demi-stérilité. Toutefois, les décharges d'impôt sont préférables aux primes. S'ils sont sans influence sur la population, à tout le moins ils allègent un peu les familles nombreuses, c'est-à-dire qu'ils adoucissent, — bien peu d'ailleurs, — la lourde pénalité dont notre individualisme les écrase. Quant aux primes, à tous égards, c'est un lamentable expédient. Il est à remarquer qu'il est recommandé surtout par des scientistes. Une fois de plus, on constatera leur radicale inaptitude, dénoncée par Auguste Comte, à comprendre le social. S'est-on demandé dans quelles conditions naîtrait et comment serait élevé Tenfant procréé pour un numéro de loterie ou quelques billets de cent francs ? La plus haute prime prévue et possible est de i.ooo francs au troisième enfant. Accordons-la même au premier. Eh
bien ! l'État en aurait pour son argent. Il se créerait une industrie nouvelle ; mais on prévoit qui s'y livrerait. L'enfant d'ouvriers ou de paysans honnêtes revient à plus de 1.000 francs. On fait donc appel aux plus basses parties de la nation, aux plus tarées, moralement et physiquement, aux nonvaleurs sociales, — celles-là mêmes qui ne sont que trop prolifiques, — et on leur donne mission de reproduire la race française. On pourrait tout aussi bien transformer nos hospices, nos dépôts de mendicité, nos prisons et nos bagnes en haras humains, et cela nous coûterait moins cher. Mais pour nous, mieux vaudrait encore disparaître par extinction ou être absorbés par l'immigration étrangère que d'être submergés par la boue des bas-fonds et la sanie des ulcères.
Le rétablissement des tours, préconisé par MM. Paul Deschanel et Saint-Saëns, entre autres, soulève les mêmes objections.
Institués en 1811, après l'interdiction delà recherche de la paternité, les tours multiplièrent les avortements et les infanticides.
On les a nommés, non sans raison, des <r boîtes à infanticide ». En outre, la propor-^ tion des non-valeurs sociales, infirmes, vagabonds, imbéciles, criminels, parmi les enfants élevés par l'Assistance publique, est considérable. Les tours furent définitivement supprimés en 1862. On ne voit pas que leur création ou leur suppression ait influencé le mouvement de la population.
Malgré de graves inconvénients, la recherche de la paternité serait préférable. On sait qu'elle fut établie par un édit de Henri II, de février i556, qui contraignait sous pei/ie de mort — uniment — toute femme enceinte non mariée à déclarer sa grossesse. D'abord, le séducteur désigné devait se marier ; plus tard, il ne fut obligé qu'à verser une certaine somme à la mère et à subvenir à l'entretien de l'enfant. Il y eut des abus, comme pour tous les arrangements sociaux artificiels. La Convention, par la loi du 2 novembre 1798, restreignit donc la recherche de la paternité. Bonaparte ayant déclaré brutalement : « La société n'a pas intérêt à ce que les bâtards
soient reconnus », le Code civil s'y conforma. Sous la troisième République, M. Gustave Rivet fit une active campagne en faveur de la recherche de la paternité, sans succès d'ailleurs.
Cette réforme est pourtant accomplie au Portugal depuis. 1867, en Espagne depuis 1889, en Italie, dans le canton de Zurich, etc. En Allemagne, le nouveau Code civil admet sans restriction la recherche de la paternité. La natalité illégitime a diminué ; mais si, par là, les infanticides sont moins fréquents, les avortements paraissent s'être accrus.
En France, il est évident que la recherche de la paternité abaisserait la mortalité infantile. De 1891 à 1900, pour 1.000 naissances, le nombre de décès a été de i54 pour les enfants légitimes et de 265 pour les enfants naturels. En Suisse, dans les cantons où la recherche de la paternité est admise, la mortalité des enfants illégitimes est moindre que dans les cantons où elle ne Test pas : 287 pour 1.000 au lieu de 270. Mais, on le voit, en supposant même que la recherche n'incite
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pas à plus de « prévoyance » chez les pères responsables désormais et ainsi affaiblisse encore la natalité générale, le gain obtenu sur la mortalité infantile restera faible. La solution ne saurait être dans une baisse quelconque de la mortalité. Tout ce que nous ferons de ce côté ne comblera pas le déficit des naissances, et ce sera au détriment de la qualité. La mortalité infantile est en majeure partie un procédé d'épuration sociale, plus encore que de sélection vitale.
Quoi qu'en pense M. le professeur Bouchard, Thygiène ne supplée pas la morale. Sur 800.000 naissances annuelles environ, il y a 4o.ooomort-nés, et Ton constate iSo.ooo décès durant les douze premiers mois. Sans doute, on pourrait épargner quelques centaines de ces existences, sans dommage pour la vigueur de la race et la prospérité sociale; mais on resterait encore loin de compte (i).
(1) Notre mortalité infantile est de 450 p. d.OOO au lieu de 70 en Norvège (taux le plus bas de l'Europe). Mais il convient de faire remarquer que cela est compensé par un bien moindre déchet ensuite. Nous con-
Pour maintenir la race et la nation françaises, c'est Soo.ooo naissances annuelles en plus qu'il nous faudrait.
M. Guyau avait observé que Timpôt sur les successions était croissant suivant le nombre d'enfants : « i* A cause des morcellements de la propriété qui plus elle est morcelée, plus elle perd de valeur ; 2** à cause des frais de vente et de partage d'autant plus considérables qu'il y a plus d'enfants. » C'est la conséquence de notre individualisme, et toute réaction est salutaire. En proposant un impôt décroissant sur les successions suivant le nombre d'enfants, Guyau s'engageait dans cette réaction.
M. le docteur J. Bertillon voudrait que le fils unique n'eût que la moitié de l'héritage ; deux enfants, chacun le tiers ; trois, chacun
servons mieux nos adultes et nos vieillards. L'excessive mortalité du premier âge est imputable à une sorte (i 'indifférence malthusienne et aux suites des pratiques restrictives.
le quart. Au delà de trois, l'État ne prélèverait plus rien. M. Gustave Rouanet partagerait l'héritage en trois au moins, l'État se substituant aux héritiers manquants.
Le projet Toutée, qui fît quelque bruit, consiste principalement dans l'intercalation de cet article de loi : « Art. 744 bis. — Toutes les successions donnent lieu à partage. A chaque héritier sont attribuées, en outre de sa part, autant de parts égales à la sienne qu'il a d'enfants vivants ou représentés. Tout enfant unique, appelé à succéder à ses ascendants ou de leur chef, reçoit à ce titre la moitié de leur héritage, l'autre moitié allant à celui ou à ceux auxquels la succession reviendrait à son défaut. »
Toutes ces dispositions ingénieuses rappellent les lois papiennes qui n'empêchèrent point la décadence romaine, la « disette d'hommes » et finalement l'invasion des Barbares. Comme l'a dit Arsène Dumont : « De jeunes époux se préoccupent médiocrement de l'ouverture de leur succession et moins encore des droits de mutation qu'auront à
payer après leur mort les enfants auxquels ils n'ont pas donné la vie. » S'ils s'en préoccupent vraiment, ce sera aussi bien pour les décourager de travailler à édifier une forlune qui reviendra à VÈVdl que pour les encourager à procréer des enfants pour leur réserver cette fortune. Et ceci est moins sûr que cela. Quant au système Toutée, il ne vise que la classe riche qu'il n'importe pas plus d'accroître que la classe la plus misérable, celle que les Anglais nomment le u résidu ». De plus, ce système accentue le vice capital de notre régime successoral : la division à Tinfini, la pulvérisation de la propriété, l'éparpillement du patrimoine familial, qui sont autant de facteurs de dépopulation.
C'est le producteur direct, c'est-à-dire le j)rolétaire, paysan ou ouvrier, qui doit repeupler. Or toutes les interventions d'État, on le voit, portent au-dessus ou au-dessous.
M. Constant Dulau a déposé, le 16 mai 1901, un texte de loi pour l'organisation dans tous les départements d'un service d'assistance maternelle gratuite, tant h domicile que dans
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les asiles-ouvroirs, où les femmes enceintes seront admises sans enquête et avec garantie du secret. On vient de promulguer la loi prescrivant que « la suspension du travail par la femme, pendant huit semaines consécutives, dans la période qui précède et suit l'accouchement, ne peut être une cause de rupture, par l'employeur, du contrat de louage de services, et ce à peine dédommages-intérêts au profit de la femme ». Pour la compléter, un projet allouant des indemnités aux ouvrières en couches vient d'être déposé. M. Sébastien-Charles Leconte, poète et magistrat, désirerait plus : « que toute femme en état de grossesse fût en quelque sorte sacrée, ainsi que toute femme allaitant un enfant, que tout travail lui fût épargné hors de sa maison, et qu'elle n'en continuât pas moins à toucher le salaire qu'elle loucherait si elle continuait à travailler». Au quatrième mois de la grossesse, la femme enceinte pourrait bénéficier de ces dispositions jusqu'au quarante-cinquième jour après l'accouchement, et pendant dix mois encore si elle
900 CSOitBE OU DISPARAÎTRE
allaite. Toute mère ne vivant pas de son travail aurait droite dans les mêmes conditions, à une indemnité mensuelle, proportionnelle à ses besoins et au nombre de ses enfants. Les ressources seraient fournies par un impôt sur les successions sans héritier direct.
«'Xous sommes le seul peuple civilisé qui meure faute de naissances, dit M. Leconte...
Nous sommes le seul peuple civilisé qui n'ait pas une loi d'assistance nationale aux mères. L'Angleterre, T Allemagne, l'Autriche, la Suisse, la Belgique en ont inscrit le principe dans leur législation. L'Allemagne, rAulriche, la Suisse ont établi le repos pour la mère dans les semaines qui suivent et précèdent raccouchement. Le repos avec indemnité pécuniaire. Ces nations, qui n'ont pas à craindre le manque de naissances, ont trouvé de l'argent pour indemniser les accouchées de leur chômage forcé. Mais chez nous, il n'y a rien de fait, et un embryon de loi, proposé par M. Strauss, est en discussion depuis une vingtaine d'années. Chez nous pourtant, c'est une mesure de salut
public qui ne comporte pas de demi-termes. »
Pour M. le docteur Sicard de Plauzoles, qui va plus loin encore, jusqu'au socialisme d'Étal, la maternité est une fonction sociale. « Un seul moyen peut arrêter le mal et sauver la France d'une déchéance fatale et irréparable, dit-il : c'est l'organisation de la maternité en service national. » Ainsi, obligatoirement, toute femme enceinte ferait une déclaration de grossesse, tout travail lui serait interdit ainsi que l'allaitement artificiel, et elle recevrait un secours proportionné à ses besoins.
Qu'opposerai-je à cette généreuse ardeur, sinon que l'assistance aux mères est insuffisante pour restituer à la société française ses raisons de vivre et rétablir les conditions de l'ordre? Ici, c'est le travail des femmes qui est le facteur de la dépopulation. C'est lui qui rend les gestations douloureuses et qui fait redouter l'enfant. C'est pourquoi la « femme émancipée » ne veut plus être « une jument poulinière », comme dit élégamment le père du divorce, M. Alfred Naquet.
au i:roItre ol* disparaître
Elle préfère de beaucoup être une hystérit|ue. une bt^le de somme ou de plaisir.
L'assurer économiquement contre « l'accident »' de la malernilé, — accident redouté, — ce n'esl peut-être pas un moyen de la rendre au foyer, son royaume. Comme les crèches, l'assistance aux mères facilitera le travail d'atelier aux femmes, et donc aidera à la décomposition sociale.
La femme qui travaille ne peut être une bonne mère, ni dans la conception, ni dans l'éducation. 11 est sans doute heureux qu'elle soit le plus souvent stérile ou qu'elle avorte. Mais l'assistance aux mères peut aussi enseigner que le travail des femmes est incompatible avec leur véritable nature et leur fonction sociale. En tout cas, elle mitigera des souffrances et elle sauvera quelques enfants qui périssent faute du lait maternel.
Par tous les moyens, M. Paul Margueritte veut contraindre tous les ménages français à donner quatre enfants à la Patrie.
« A ceux qui n'ont qu'un enfant, dit-il, un
impôt égal aux trois quarts de leur fortune.
A ceux qui n'en ont que deux, un impôt égal à la moitié. Aux célibataires, un impôt radical : leur bourse ou la vie qu'ils donneront à d'autres. A ceux qui auront plus de quatre enfants, des dégrèvements, des avantages de toutes sortes, les justes compensations d'une vie lourde... L'État n'a qu'à dire :
« Vous en aurez, que cela vous plaise ou « non. Si c'est nécessaire, je supprimerai la « dot, cette honte de notre époque. Si c'est « utile, je vouerai à l'opprobre les ménages « stériles et les célibataires. »
Malheureusement, dans le chaos où nous nous agitons, les a lois de fer » sont bien moins efficaces pour revivifier les mœurs sociales que telle propagande, — par exemple pour l'élargissement du divorce, à laquelle participe avec non moins d'entrain M. Paul Margueritte, — pour ruiner ce qui subsiste encore de ces mœurs. Rappeler l'argent à Tordre en lui marquant congrûment sa destination sociale, rien de mieux, certes.
Mais prenons garde. Omnipotent, Targent
est insolent, pourrissant, tyrannique, comme Test un valet devenu maître. Il doit obéir, non commander. Néanmoins, c'est un élément social. Qu'on le remette à sa place subalterne, en faisant surgir les puissances sociales supérieures qui le contrôleront, le contiendront et le dirigeront. Mais si Ton renverse la seule hiérarchie maintenue, la dernière barrière de la civilisation, que restera-t-il ? Il n'y aura plus pour conduire la foule sauvage que la ruse des pires gredins ou la force physique des brutes. Le parlementarisme sera parfait. On regrettera alors Todieuse ploutocratie.
Quand on a soutiré du corps social tout le sang qui l'animait, c'est en vain qu'on chercherait à le galvaniser mécaniquement. D'ailleurs, si le peuple français exténué en arrivait à subir le traitement qu'imagine M. Paul M arguer itte, il serait naïf d'espérer qu'on en profiterait pour stimuler sa fécondité, non pour intensifier l'exploitation et la tyrannie parlementaires. M. J. Péladan le dit bien :
a II y a évidemment quelque chose de
détraqué dans rentendement occidental, et les plus honnêtes citoyens parlent le langage des clubs de 98. Cette conception d'un État qui menace de ruiner par des impôts quiconque ne fournit pas le nombre légal d'enfants, cette taxation en nature semble un écho de la Convention : c'est surtout l'aveu d'une impuissance exaspérée. »
MM. Jacques Lourbet et Marins- Ary Leblond sont des fantaisistes moins dangereux.
Ils se bornent à accorder le vote aux femmes ayant trois enfants. En outre, dans le Mercure de France, MM. Marius-Ary Leblond, après Arsène Houssaye et M. Lucien Le Foyer, préconisent le mariage à terme, dont le moyen âge, paraît-il, a essayé. Pourquoi n'imposerait-on pas la polygamie simultanée?
Elle ne serait pas plus contraire à la société occidentale et elle serait certainement plus efficace.
En France, la nuptialité est normale. Ce n'est donc pas un facteur de dépopulation.
On s'en est occupé pourtant. La loi du 20 juin 1896 avait simplifie déjà les formalités du
mariage. La loi Lemire du 21 juin 1907 a fait mieux encore, et, dès la première année d'application, les mariages se sont accrus de 9 p. 100. Mais la natalité a continué de fléchir. Selon Plutarque, les Romains se mariaient pour être héritiers, et non pour avoir des héritiers.
Sous l'ancien régime, les femmes pouvaient se mariera partir de 12 ans, et les hommes de 14. La loi du 20 décembre 1792 avança cette limite d'un an pour les deux sexes. Enfin, le Code civil de 1804 la porta à i5 et 18 ans. Faut-il autoriser les unions plus précoces? Voici qui répond : en Bretagne, les mariages sont tardifs et la natalité est élevée ; au contraire, elle est faible en Gascogne où les mariages sont précoces.
Il n'y a qu'à supprimer le divorce. Mais cela heurte les pires préjugés. Et l'on me répondra sans doute que le divorce est passé dans nos habitudes, désormais, qu'on aspire plutôt à l'élargir, que l'électeur radical-socialiste et la femme émancipée répugnent à toute indissolubilité, même à celle du bon sens
et de rhonnêteté... Soit. Mais, alors, à quoi bon s'acharner à remettre des tuiles au toit si, d'autre part, Ton sape les fondements? à quoi bon se débattre? ^uand un peuple ne veut ou ne peut plus supporter aucune des conditions de Tordre, de la santé, de la vie, c'est qu'il accepte de mourir.
Tout problème social ne comporte qu'une solution morale. Mais il faut l'entendre dans le sens organique, religieux. Le moralisme prédicateur est autre chose.
Ainsi la propagande antialcoolique, l'action contre le vice et la pornographie ne vont pas aux racines sociales de la dépopulation, et même de la démoralisation. En Amérique, c'est dans les Etats antialcoolistes et vertuistes, comme le Maine, le Massachusetts, le Connecticut, que l'on constate les plus grands progrès du malthusisme et, en conséquence, la plus faible natalité (i).
(1 ) M Henri Mazel me signale qu'on vient de découvrir dans le Massachusetts que 40.000 naissances n'avaient
Mais le moralisme n'a pas seulement Tinconvénient de gaspiller inutilement des énergies sociales, il est volontiers persécuteur. Or Ton n'impose ainsi que les apparences de la vertu, — et ce n'est qu'un vice de plus :
rhypocrisie. Si le Germain et TAnglo-Saxon s'en accommodent, l'âme française y perd toute grâce.
Arrêtez les « mort-aux-gosses » qui exercent ouvertement leur abominable industrie, appliquez avec plus de vigilance et de fermeté les pénalités prévues, notamment par l'article 817. — On le veut. Pour rendre la répression plus certaine, M. Barthou vient de déposer un projet de loi ayant pour objet de correctionnaliser les délits d'avortement. Mais n'est-ce pas déjà trop exiger d'une police et d'une magistrature qui ne peuvent plus arrêter tel criminel ni le condamner si un intérêt de
pas été déclarées. Cette erreur ne modifie pas sensiblement le taux de la natalité qui, dans cet État démocratique modèle, baisse constamment. En général, aux État-Unis, les statistiques sont dressées avec soin et leur service admirablement organisé. D'ailleurs, le même phénomène inquiétant se produit en Australie.
parti s'y oppose? Aujourd'hui, une faiseuse d'anges est intangible si sa fille est l'amuseuse d'un député du bloc. En 1908, sur 66 accusés pour crime d'avortement, 53 ont été acquittés.
En tout cas, laissons exprimer toutes les idées. Il faut que la démence occidentale se découvre. Et puis, la prison n'est pas une puissance morale. Si l'on permet à l'État parlementaire de censurer les opinions, on peut être persuadé que ce n'est pas pour Tordre qu'il exercera cette nouvelle tyrannie. Tenons-nous donc aux réalités. Ce n'est pas lexposé du néo-malthusisme qui est inquiétant, c'est que la foule Tacclame. Persécuter le néo-malthusisme, c'est lui donner la consécration des grandes doctrines. Si l'on parvenait, au moyen d'une énergique répression, à arrêter cette malencontreuse propagande, la natalité n'en décroîtrait pas moins. C'est l'opinion publique qu'il faut ranimer et organiser; mais les prédications édifiantes n'y suffisent point, non plus le policier et le geôlier. Il nous faut surtout de la liberté vivifiante.
11 s'agit de la dépopulation française. On entend bien qu'appeler rimmigration, faciliter la naturalisation, c'est proprement se jeter à l'eau pour n'être pas mouillé.
L'homme en soi de Rousseau est une abstraction vide de sens. Ce qui fait l'homme, c'est la société. Qu'il soitbrachy ou dolichocéphale, grand blond ou petit brun, noir, rouge, jaune ou blanc, le sauvage n'estguère plus qu'un primate. S'il a une âme, elle n'est qu'en puissance. La socialité seule fait et mesure Thumanité. L'individu des « droits de l'homme » n'existe pas.
Toute recherche des origiues ou des causes est oiseuse, — et donc celles des causes ethnologiques ou autres de l'évolution sociale. Laissons ces exercices aux pédants.
Ce que nous avons à retenir, c'est qu'il y a des races sociales, et qu'elles sont mieux définissables, plus réelles que les races anthropologiques .
Un peuple est le produit d'un mélange
heureux, une civilisation est le résultat d'une coopération efficace parce que bien ordonnée. Mélange et coopération nécessaires.
« Ce n'est pas chaque race qui peut faire toutes les inventions », a dit Winiarski. S'il est vrai, comme le prétendent, après Gobineau, Ammon et Vacher de Lapouge, qu'actuellement la sélection s'effectue à rebours, qu'il y ait absorption, élimination des supérieurs par les inférieurs, il nous faut l'attribuer à des facteurs sociaux morbides.
Puisqu'il y a une civilisation française, il y a une race sociale française. Cette race est peut être même celle qui a atteint le plus haut degré d'humanité et qui, par là, est la plus menacée. Contre toute la barbarie qui la vise à l'intérieur comme à l'extérieur, elle a besoin de grandes forces pour se maintenir. Tarde disait de la sociologie qu'elle est « une psychologie collective ».
C'est s'en tenir à l'apparence, au costume, au geste, au langage que de penser « qu'il y a moins de dissemblance morale entre un Belge et un habitant de Lille qu'entre ce
su CROÎTRE OU DISPARAÎTRE
dernier et ud Marseillais » — plus nettement, entre nn Hessois et un Messin qu'entre celuici et un Gascon. Allons plus au fond. Supposons une catastrophe, naturelle ou politique, en France, ou encore un triomphe national, une victoire militaire, la chute du parlementarisme, une découverte, une œuvre d'art sublime, un progrès de la pensée quelconque, etc.. Certes, le Belge ou le Hessois, si leurs intérêts nationaux n'en sont pas touchés éprouveront un peu de la douleur ou de la joie du Flamand français, du Provençal, du Gascon, du Lorrain: mais non point si intimement, avec autant d'intensité, si profondément. L'âme française seule en sera appauvrie ou enrichie. D'avoir eu la même histoire, d'avoir combattu, souffert, œuvré, espéré ensemble, il reste quelque chose que rien n'efface, — ni le climat, ni le mode actuel d'existence, ni même le sang, — une manière de comprendre, de sentir, de réagir, une sorte de rythme psychologique. C'est pourquoi l'immigré, — fût-il le plus près de nous, acceptant définitivement notre langage
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et nos mœurs, — ne saurait réagir comme nous dans les circonstances critiques. Il raisonne cequidoit être, et la vie est un parti pris. Il trouble nos instincts vitaux, nos émotions défensives par une logique tout extérieure, verbale. Nos coutumes, notre idéal, notre ordre, il ne les accepte que par commodité personnelle et en les critiquant. Ainsi, il nous empêche d'ajouter à notre capital de traditions. Au dehors, le Français ne fait pas mieux. Il « blague » niaisement ce qu'il ne peut entendre. S'il n'est pas fortifié par un sentiment ou une idée qui le rattachent à la patrie lointaine, il se décérèbre et se démoralise vite. En général, les premiers mots qu'un étranger apprend sont d'argot. La seule langue internationale possible, aujourd'hui, c'est l'argot. Aux colonies, s'il n'a pas un caractère particulièrement vigoureux, l'Européen retourne bientôt au pire abrutissement primitif. C'est ce que les coloniaux appellent « se bougnouliser ». Et celui qui se bougnoulise ne prend pas la naïveté fétichique des sauvages, qui comporte déjà une
règle appropriée à leur mentalité ; mais seulement leur bestialité et leurs vices. L'éducation, même celle d'un nègre du centre africain, est une œuvre du temps. On peut Tannihiler rapidemment, on ne la recrée point à son gré.
Il a fallu des siècles pour faire Tàme d'un peuple : ce n'est que lentement qu'elle se parfait, qu'elle s'élève. Nous sommes de plus en plus gouvernés par nos morts, non seulement intellectuellement, mais moralement.
Loin de se confondre, les races sociales se différencient de plus en plus. C'est d'ailleurs ce qui achèvera d'établir la solidarité humaine. L'égalité chimérique, — en réalité la confusion, — c'est la divergence, le chaos antagonique. La hiérarchie, la différenciation, c'est la spécialisation, la convergence indispensable. Ainsi se concilient l'indépendance et le concours. L'unité n'est pas à chercher dans le moyen, l'effort, comme le croient les socialistes avec tous les jacobins, mais dans le résultat, dans le but.
« Les divers éléments de la civilisation
d'un peuple n'étant que les signes extérieurs de sa constitution mentale, dit M. Gustave Le Bon, l'expression de certains modes de sentir et de penser spéciaux à ce peuple, ne saurait se transmettre sans changement à des peuples de constitution mentale différente.
Ce qui peut se transmettre, ce sont seulement des formes extérieures, superficielles et sans importance. Les différences profondes qui existent entre la constitution mentale des divers peuples ont pour conséquence de leur faire percevoir le monde extérieur de façons très dissemblables. lien résulte qu'ils sentent, raisonnent et agissent de façons fort différentes et se trouvent par conséquent en dissentiments sur toutes les questions dès qu^ils sont en contact... Une agglomération d'hommes d'origines différentes n'arrive à former une race, c'est-à-dire à posséder une âme collective, que lorsque, par des croisements répétés pendant des siècles et une existence semblable dans des milieux identiques, elle a acquis des sentiments communs, des croyances communes... Les
2I« CROhtIB OU DISPARAÎTRE
milieux nouveaux, moraux ou physiques, n'agissent profondément que sur les races nouvelles dont les croisements ont dissocié les caractères ancestraux... Une race ancienne péril plutôt que de subir les transformations que nécessite Fadaptation à des milieux nouveaux... L'acquisition d'une âme collective solidement constituée marque pour un peuple Tapogée de sa grandeur. La dissociation de cette âme marque toujours l'heure de sa décadence. L'intervention d'éléments étrangers constitue un des plus sûrs moyens d'arriver à cette dissociation... Les peuples mettent de longs siècles pour acquérir une certaine constitution mentale, et ils la perdent parfois en un temps très court. »
Nous voyons les Lorrains et les Alsaciens annexés résister depuis quarante ans à la germanisation. Ce n'est pas pour leur plaisir, j'imagine. Rien ne les y encourage. Si les races sociales se pouvaient confondre indifféremment, cet héroïsme, si bien exprimé par la touchante figure de Colette Baudoche, serait sans raison, — c'est-a-dire insensé.
Voilà la porte ouverte aux utopies les plus folles : Tesprit social n'a plus de principe ni de fin, le sentiment patriotique ne se justifie plus. Faire abstraction du déterminisme historique, de la filiation, c'est nier la sociologie, la grande conquête positive, et non plus seulement pour revenir à Tempirisme, puisque l'instinct aussi est détruit, mais pour instaurer l'incohérence de l'arbitraire, du caprice, du miracle constant. Quand l'insurrection des vivants contre les morts aura triomphé, quand le subjectif ne sera plus contenu, ce sera le détraquement général, la folie déchaînée qui subvertira tout. L'anarchie présente nous y pousse, la discipline sociologique seule nous peut retenir.
« L'étymologie du mot patrie^ dit Auguste Comte, et l'usage universel qui confond la famille avec la maison, suffiraient pour indiquer l'intime connexité entre la possession du sol et l'ensemble de l'existence domestique. Tous les liens de la simple solidarité y reçoivent spontanément une nouvelle énergie. Quant à ceux qui concernent la pleine
continuité, on neconcevraitpas qu'ils puissent se développer et se fortifier assez si nos souvenirs ne reposaient point sur ce soutien extérieur. Outre cette double influence envers le cœur, une telle connexité procure au caractère humain un surcroît habituel de persévérance et de circonspection, quoiqu'elle semble y diminuer le courage entreprenant, elle augmente certainement la résignation passive, et même la vraie noblesse, en nous faisant mieux sentir à la fois l'indépendance et le concours. Elle nous dispose davantage à regarder une digne soumission à la nécessité réelle comme notre meilleure garantie contre les volontés arbitraires. »
L'avenir d'un peuple ne peut être que le prolongement de son passé. S'il le méconnaît, ce n'est pas pour avancer mieux, mais pour se détourner de son destin et pour déchoir.
« Sans la tradition, dit Gabriel Séailles, le mouvement n'est plus le progrès, il détruit ce qui est au lieu de l'achever par ce qui doit être. » Et il convient d'ajouter : avec Paul Bourget : « La tradition est le génie du
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prolongement qui fait poser tout ce qui est sur tout ce qui fut » ; avec Alfred Fouillée : « L'idéal est le prolongement anticipé des directions qu'une société prend en vertu de son évolution même. »
Si, économiquement, dans une nation civilisée, rimmigré est souvent un parasite, socialement, il est presque toujours un élément discord, sinon dissolvant. Il ne coopère pas efficacement à Tordre ni au progrès, parce que ses morts ne s'entendent point avec les nôtres.
On ne le répétera jamais assez : la question, si grave, de la dépopulation n'est pas seulement arithmétique. La dépopulation quantitative n'est si déplorable que parce qu'elle détermine la dépopulation qualitative, parce qu'elle est un symptôme pathologique.
Voilà la question.
Notre sol est assez riche pour être assuré d'être toujours habité. Ce que nous devons vouloir, c'est conserver la civilisation française et, s'il se peut, la perfectionner. Or cette civilisation est faite d'une âme, —
qui a ses qualités et les défauts de ses qualités. Cette âme n'a jamais été parfaite, il y aurait quelque avantage pour elle, nous a aflirmé M. Paul Guériot, « à prendre' un peu de la ténacité anglaise, du sérieux belge, de la placidité suisse ». L'éclectisme est aussi peu recevable en sociologie qu'en philosophe. Rien n'est pariait en ce monde. La nature crée des caractères, la société les accentue. On ne progresse qu'en développant son ordre, dans son propre sens, non en nivelant, en confondant, en décomposant.
Les défauts sont toujours plus faciles à imiter que les qualités, parce que les qualités sont toujours des différenciations. Par le bas, tous les hommes se ressemblent, et cela ne les distingue guère des bêtes. Les hooligans de Londres, par exemple, sont les frères des apaches de Paris; mais quelle différence entre le trade-unioniste et le syndicaliste de la C. G. T. ! Si, dans leurs Congrès internationaux, ils s'influencent les uns les autres, ce n'est point pour s'améliorer mutuellement. Ainsi, les syndicalistes français n'ont pris
aux trade-unionistes que cette pratique absurde, monstrueuse du ca canny^ du sabotage... Nous avons pris aussi autre chose aux Anglais : la maladie sociale du parlementarisme, et elle nous tuera avant eux.
Pour les mélanges de sang, il en va de même, surtout pour les types très caractérisés. Dans les produits des croisements, ce sont toujours les qualités qui sont atténuées, puisqu'elles sont spéciales, et les défauts qui sont accentués, puisqu'ils sont communs.
Les éleveurs le savent bien. Ils tâchent à éviter l'abâtardissement en préservant la pureté de la race. D'ailleurs, on l'a déjà fait observer, il est reconnu que les croisements diminuent la fécondité, etparfois vont jusqu'à la stérilité complète. C'est certainement, sinon le principal facteur, comme Tassure Vacher de Lapouge, du moins le plus notable facteur biologique de la dépopulation.
Les descendants des métis reviennent à l'un des types du croisement ancestral. Les immigrants, même quand ils se marient avec
des Français, font donc souche d'étrangers, qui sont d'autant plus réfractai res à notre organisation qu'ils dépendent d'une civilisation plus ancienne.
M. Paul Guériot nous a dit « qu'à des époques relativement récentes, où l'âme et la mentalité françaises étaient déjà constituées, la France a accumulé et fixé sur son sol un grand nombre d'étrangers », et il nous a cité quelques noms glorieux. A des faits particuliers, d'autres faits s'opposent. Il y a la gueuserie anonyme. Il y a tout le sourd travail de démoralisation, de désocialisation, qu'on ne peut bien préciser, mais dont les terribles effets se font sentir. Si nos dissensions politiques sont si graves aujourd'hui, c'est qu'il ne s'y mêle point que le bon sens français. Dans nos statistiques criminelles, la proportion des étrangers et des métèques est considérable, et ce sont eux pourtant qui échappent le plus aisément à la police. Il est avéré que, dans tous nos troubles, ils jouent un rôle prépondérant. Sans remonter jusqu'à la Révolution, rappelons-nous la
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Commune. S'il n'y avait eu que de braves ouvriers parisiens d'un côté et, de l'autre, nos troupiers, malgré les bacheliers déclassés et les politiciens desséchés, il y aurait eu moins de sang versé. Je ne propose point d'interdire l'immigration, et pour cette raison suffisante d'abord qu'on ne le peut pas; mais je demande qu'on ne la favorise pas, qu'on ne se laisse point submerger. Les États-Unis, que la dépopulation ne menace pas encore pourtant, ont pris quelques mesures en ce sens. Car l'infiltration étrangère est la conséquence morbide la plus inquiétante de la dépopulation; elle n'en saurait être le remède. En matières sociales, il faut toujours se défier du « résultat rapide ».
Encouragement à l'immigration, primes à la repopulation, ce sont les mêmes expédients de Gribouille. Au fur et à mesure que la dépopulation s'aggrave, il nous faut, au contraire, susciter des obstacles à l'immigration comme à la reproduction des tarés et des viciés.
C'est le seul expédient positif qui puisse combattre immédiatement, avec quelque succès,
les funestes conséquences de la dépopulation française.
Notre anarchie parlementaire attire surtout les aventuriers, le rebut social des autres nations. Dans l'ordre, ayant une population d'une densité suffisante pour assurer la force et la prospérité nationales, empêcher la dégénération de la race, l'immigration n'a plus d'inconvénients et peut même avoir l'avantage, comme l'a montré M. Paul Guériot (i), de nous fournir quelques personnalités éminentes qui ne trouvent point dans leurs pays un champ à la mesure de leur dévoûment ou de leur génie ; d'un autre côté, l'immigrant inadaptable est expulsé naturellement. La force seule permet la liberté. L'ordre favorise l'élite, le désordre fait monter la lie. Et il faut se garder. Nous avons déjà assez de nous défendre contre les barbares de nos bas-fonds, — que la dépopulation fait se multiplier, — sans appeler ceux de l'extérieur.
(1) La Coopéralion des Idées, n° du 4*' mars 1910, < L'immigration et la dépopulation ».
M. Alfred Fouillée propose d'accorder deux voix à l'électeur père de famille. Parla, il va sans dire, rien ne serait changé au gâchis parlementaire; mais nos maîtres s'intéresseraient peut-être à l'électeur comme père de famille et, par contre-coup, aux enfants.
C'est parce que les vieillards sont électeurs — et à bon marché — que la loi d'assistance a été votée. Si les enfants étaient des parties d'électeurs et que ie député fût une sorte de tuteur civique, il y aurait quelque chance pour que, dans chaque circonscription, cet élu s'occupât d'eux, soit pour qu'ils naissent, soit pour qu'ils ne meurent point. Ce qui n'assure pas, d'ailleurs, que cette sollicitude serait intelligente.
Cependant, plusieurs parlementaires ont déposé un article additionnel à la loi de.
finance prescrivant que, <« à partir du i^^ juilet 1910, l'État contribuera au paiement de toute allocation annuelle d'au moins 60 francs et de 180 francs au plus, constituée par les
départements et les communes en faveur des familles nécessiteuses, de nationalité française, comptant au moins quatre enfants légitimes reconnus de moms d^ treize ans ». El M. Steeg, dans un projet de loi qu'il vient de déposer, détermine les droits à l'assistance : « i"* Par Texistence de quatre enfants audessous de treize ans; 2° Tindigence spéciale résultant des charges de famille. »
A défaut de mobiles plus élevés, il vaut mieux que les parents eux-mêmes soient intéressés à avoir des enfants et à les bien élever. La pension alimentaire que les enfants sont tenus de servir à leurs vieux parents est insuffisante. M. Albert Lafargue désire donc qu'à partir de 82 ans un fils verse à son père, — quelle que soit la fortune de l'un et de l'autre, — le dixième de son revenu de toute provenance, capital et travail. l'État percevra et répartira. Le « sou filial », imaginé par M. Henri Mazel, serait dû par tout enfant à son père et à sa mère âgés de 60 ans. Cela ferait 18 francs par an, 36 francs pour les deux. La pension serait en proportion du
nombre d'enfants. Les jeunes ménages chargés d'enfants seraient exonérés de droit d'un quart par enfant. Avec quatre enfants, ils ne payeraient plus rien. Ainsi que pour les enfants décédés à Tâge adulte, TÉtat-providence y suppléerait.
Cela décèle les ruines. L'assistance aux vieillards, voire les retraites ouvrières, sont nécessitées par la dissolution de la famille, et elles l'aggravent. L'obligation filiale, sous quelque forme que ce soit, ne reconstitue pas la famille. Les institutions, les libertés sociales vivantes s'ordonnent spontanément.
La famille organisée, par exemple, est la sauvegarde de l'enfant comme du vieillard. Elle est féconde comme elle est heureuse, parce qu'elle est une liberté, c'est-à-dire une puissance sociale.
C'est pourquoi, en définitive, comme le dit M. Jules Roche, «. la seule œuvre législative utile possible, c'est l'élargissement de la
liberté de tester » ; mais dans la mesure où Ton réagit ainsi contre l'individualisme révolutionnaire, où l'on contribue à reconstituer quelques-unes des forces sociales essentielles, et d'abord la famille.
M. Ch. Lyon-Caen, qui est professeur à la Faculté de droit, et donc quelque peu orfèvre, écrit : t Personne ne saurait sérieusement songer à abandonner la règle de Tégalité entre les enfants et descendants appelés à la succession de leurs parents. Il y a là une des conquêtes les plus précieuses de la Révolution. Son abandon irait contre le sentiment unanime du pays. Il semblerait fait pour favoriser des idées aristocratiques qui, à son grand honneur, lui répugnent. »
M. Gh. Lyon-Caen se leurre... Il y a des Français qui songent à reconstruire. Ceuxlà mêmes qui admettent que la Révolution fut une crise nécessaire font effort pour rétablir Tétat normal. Les « conquêtes de la Révolution », les progrès de la maladie, on veut les enrayer d'abord, et puis guérir. Que ces Français, catholiques et positivistes, se
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reconnaissent, et ils réaliseront leur propos d'une France régénérée.
Voici, par exemple, M. PaulLeroy-Baulieu.
Il est loin d'être positiviste. C'est un économiste. Néanmoins, il s'effraye de Tanarchie.
Malgré M. Ch. Lyon-Caen,il ose écrire: « Il faut toucher à TArche sainte, c'est-à-dire au Gode civil. Dans quelle proportion nos lois de succession ont-elles contribué à la stérilité de la nation française? Il est difficile de le dire ; mais elles y ont certainement contribué ; or, cette stérilité apparaît comme une cause de déchéance du peuple français. Après plus d'un siècle d'expérience, il faut donc modifier le Code civil sur ce point ; la quotité disponible pour le père de famille doit être considérablement accrue ; il faut la porter à moitié, quand cette quotité disponible serait donnée à un enfant. En un mot, cette quotité disponible resterait la même qu'aujourd'hui, lorsqu'on voudrait en user envers un autre qu'un enfant; mais elle serait notablement accrue quand on l'octroierait à l'un des enfants. On écarterait ainsi beaucoup des
critiques qui s'adressent à la complète liberté de tester et qui visent surtout la capta tion de la part d'étrangers. »
Rien de plus absurde, en effet, que notre système de partage forcé et égal. Mais quelle formidable machine à faire de la poussière, à disperser les forces ! Nul n'est tenu de rester dans l'indivision. Quelque minime que soit la part qui lui revienne, chaque héritier peut exiger sa parcelle, et en nature. Non seulement les lots doivent être de valeur égale, mais chacun d'eux doit comprendre des biens de natui^e semblable. C'est le patrimoine haché, pulvérisé, et là-dessus la basoche s'en donne. Le groupe familial se désagrégeant au décès du père, tout recommencée chaque génération, et rien ne s'achève. Aussi le paysan ne tient plus à une terre qui ne lui tient plus et que guette la bande noire. On a fait très justement remarquer, d'ailleurs, qu'ainsi l'on ne réalise nullement l'égalité. En fait, le cadet, quand il y en a encore, est privilégié, puisqu'il a moins apporté au patrimoine commun el iju'il a plus d'années devant
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lui pour travailler à son profit personnel.
Il reste pourtant Tombre d'une liberté. La quotité disponible est fixée à la moitié de la succession quand le père a un enfant, à un tiers quand il en a deux, à un quart quand il en a trois et au delà. Il ne peut donner par préciput que le quart à Tun de ses enfants.
Ainsi, plus il a d'enfants, moins il peut profiter de cette ombre. Telles sont les conséquences des libertés rognées ou falsifiées. « Comment! s'écrie M. Thaller, la perspective d'un nouvel enfant vient apprendre en même temps au futur père de famille, au propriétaire, qu'un enfant de plus, ce sera pour lui le droit de disposer d'une fraction du patrimoine en moins! Mais c'est absolument le contraire qui devrait être. La quotité disponible devrait pouvoir toujours être du tiers ; pour ma part, j'irais même jusqu'à demander la moitié. »
A l'étranger, on n'éprouve pas cette horreur de l'indivision. En Angleterre et aux États-Unis, la liberté de tester reste entière. E]n Autriche, en Norvège, en Italie, en
Allemagne, le père peut disposer de la moitié. En Espagne, il est fait trois parts : la première est partagée également, la deuxième est libre, la troisième peut être partagée au gré du testateur entre ses enfants.
En France, le nivellement révolutionnaire avait en vue surtout d'effacer la distinction de « l'aîné » : il n'a réussi qu'à faire de cet aîné un enfant unique. Et cela même était de la défense sociale. Ainsi, la famille, même réduite, se maintenait avec son patrimoine.
Mais, à la longue, sa résistance s'est fatiguée, et nous en sommes peut-être au point où le régime successoral devient indifférent. N'estce point symptomatique que les parents usent de moins en moins de la liberté qui lour est laissée encore de disposer d'une faible partie de leurs biens?
C'est alors que tout le mal est fait qu'on s'emploie à atténuer le virus. Ce sont les lois du 3o avril 1894 et du 12 avril 1906 sur les habitations à bon marché; du 10 avril 1908 sur la propriété rurale; enfin, la nouvelle loi sur le bien de famille, du i3 juillet 1909,
CONTRE LA DEPOPULATION
inspirée du homestead^ qui soustrait à toute saisie, hypothèque, et à Tobligation de la division, tout « bien de famille » ne dépassant pas la valeur de 8.000 franc».
La loi sur le « bien de famille » retiendra quelques agriculteurs à la campagne. Elle n'agira qu'indirectement sur la dépopulation, et faiblement. « Telle qu'elle est actuellement constituée, dit le docteur Jacques Bertillon, la propriété a pour effet, en France, d'amoindrir la natalité et non de la développer. Cela vient sans doute de ce que l'existence d'une propriété quelconque développe l'envie folle d'accroître ce petit bien, et surtout le désir de ne pas le partager. La loi nouvelle ne fait rien pour modérer cette passion. Elle rend la petite propriété insaisissable, mais ne l'empêche pas d'être transmise aux héritiers; elle retarde le moment du partage, mais ne l'interdit pas. Elle ne changera donc rien à la mentalité avaricieuse, timide et mesquine du petit propriétaire français. Pour rendre au petit propriétaire français confiance dans l'avenir, il faut donc
une réforme beaucoup plus complète que celle du homeslead. Il faut, par exemple, lui accorder le Bauerhofrechl allemand, qui fait qu'un bien rural inscrit comme Bauerhof (la ferme et ses dépendances) est indivisible. Des dispositions légales analogues se retrouvent en Autriche, en Espagne, etc. La liberté absolue de tester telle qu'elle existe en Angleterre et en Amérique, ou mieux encore le système plus modéré de la mejora espagnole, aurait des effets analogues. »
M. Poubelle préconisait un système ayant quelque analogie avec la mejora espagnole.
Mais la liberté de tester n'est pas une panacée. C'est un moyen de Tordre qui n'est efficace que s'il est animé par une volonté générale de l'ordre. En Hollande et en Belgique, où notre détestable système successoral est en vigueur, il y a une grande fécondité. Au contraire, avec la pleine liberté testamentaire, les États-Unis accusent une faible natalité et l'Angleterre une natalité moyenne. La liberté testamentaire ne vaut
que pour maintenir la famille, la resserrer et la perpétuer; mais si la famille est déjà dissoute, cette liberté perd toute vertu sociale. C'est la famille forte qui est féconde, et, par là, tout ce qui la peut fortifier élève la natalité.
11 en est ainsi avec la dot agraire, si curieusement organisée depuis plus de deux siècles à Fort-Mardick. Dans cette commune, chaque habitant qui se marie reçoit en usufruit 24 ares de terrain, il n'en faut pas plus pour retenir les gens au pays et les engager à se marier tôt et entre eux. La natalité de Fort-Mardick est Tune des plus élevées qu'il y ait en Europe, 4^ p. i.ooo, alors que, pour l'ensemble de la France, elle n'atteint pas toujours 20.
Au Canada, où les familles de souche française sont plus prolifiques encore qu^à Fort- Mardick, la liberté de tester est restée entière. Aussi le domaine familial est-il rarement divisé; il continue ce qui doit durer, le [oyer. Pour lui succéder, le père ne désigne pas toujours l'aîné, mais celui qui est
considéré coiiime le plus apte à faire prospérer le patrimoine, qui sera transmis, grossi et amélioré. La coutume qui s'y ajoute de la suppression de la dot est non moins favorable à l'agrégation familiale. Sous l'ancien régime, les Normands pratiquaient la sage renonciation des filles à la succession, et ils étaient aussi féconds qu'ils sont devenus stériles sous un régime où la dot n'exclue même pas de la succession, puisque « les pactes sur succession future » sont interdits.
Faut-il donc rétablir le droit d'aînesse?
Ce serait bien préférable à notre individualisme dissolvant, certes ; mais ce n'est pas ce qu'implique nécessairement la liberté de tester, et il y a mieux. L'aîné n'est pas toujours le plus intelligent, le plus actif, le plus sensible; tous les enfants même peuvent être incapables et indignes. La liberté de tester ne produira ses effets bienfaisants, notamment pour la repopulation française, qu'avec rhéréditi'î sociocratique, l'adoption généralisée, la suppression de la dot et rexhérédation
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des femmes et des philosophes. C'est la solution positive. Il y faut une doctrine organisatrice, éducatrice, directrice.
Et que les « hommes pratiques » cessent de sourire. Ce ne sont pas là de pures idéologies. De même que les mesures fiscales et coercitives se sont toujours prouvées impuissantes à relever la natalité d'un peuple, partout où un sage empirisme a devancé cette « théorie » et réalisé spontaViément les principales conditions de vie de cette cellule sociale, la famille, il en est résulté, avec la plus grande liberté sociale, une puissante fécondité, l'extrême densité de population par rapport au développement de la civilisation : dans l'ancienne Normandi<% au Canada aujourd'hui, comme de tout temps historique en Chine. « Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, dit Montesquieu dans ses Lettres persanes^ cela ne vient que d'une certaine manière de penf-icr : car, comme les enfants regardent leurs pères comme des dieux, qu'ils les respectent comme tels dès cette vie, qu'ils les honorent après leur mort.
par des sacrifices dans lesquels ils croient que leurs âmes, anéanties dans le Tien, reprennent une nouvelle vie, chacun est porté à augmenter une famille si soumise dans cette vie et si nécessaire dans l'autre. »