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CHAPITRE III LE NÉO-MALTHUSISME

Les économistes s'en tenaient à la t science, et à de vagues exhortations à la prévoyance.

Le néo-mal thusisme fit mieux et plus. Il ne s'embarrassa point de préjugés ni de scrupules. Il fut logique, sentimental et pratique. Logique, brutalement, il obtint l'adhésion des esprits qu'aucune réalité sociale ne discipline plus et qui suivent tous les mots qui passent. Sentimental, il invoqua le paupérisme, ses hontes et ses douleurs. Enfin, pratique, cyniquement, il fournit à Tégotisme individualiste, au vice, avec des justifications, les moyens de les satisfaire.

Comment n'eût-il pas été entendu à une

époque où plus rien n'éclaire, ne guide, ne relie et ne rallie?

Cette propagande systématique dans le peuple fut inaugurée, il y a près d'un siècle, par le socialiste irlandais William Thompson, disciple de J. Bentham et d'Owen.

Elle fut continuée par le conseiller aulique allemand Weinhold, un philosophe chartiste masqué du pseudonyme de Marcus, etc.

Annie Besant, d'abord socialiste, présentement théosophe, et le docteur Drysdale, récemment décédé, fondèrent, en 1877, la Mallhusian League anglaise.

En Hollande, lâNiemv-Malthusianish Bond s'est formée en 1884. Son président, M. Samuel Van Houten, auteur du Principe de causalité dans la science sociale ^ étant devenu ministre de l'Intérieur, cette ligue fut reconnue d'utilité publique en 1895. Jusqu'en ces derniers temps, le grand journal libéral De Nieuwe Rollerdamsche Courant était favorable à cette propagande. Toutefois, le parti antirévolutionnaire réclame rintervention légale pour enrayer l'action

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de la ligue. Il faut noter aussi que, parmi les principales nations européennes, les Pays- Bas ont le plus fort excédent de naissances sur les décès, soit i5,5pour i ,000 habitants tandis que la France a le plus faible, pas même 1.

En 1872, M. Hausmeister, de Stuttgart, essaya de provoquer un mouvement analogue en Allemagne, mais sans succès. Les conférences néo-malthusiennes de Mme Minna Kub viennent d'être interdites, parce que contraires aux mœurs. En Suisse, la tentative d^un député socialiste, M. Valentin Grandjean, échoua également.

En France, l'ancien directeur de l'Orphelinat Prévost, de Cempuis, M. Paul Robin, fonda, en 1896, la Ligue de la Régénération humaine.

Sans doute, cette ligue n'eut jamais qu'un nombre très restreint d'adhérents ; mais les pratiquants étaient légion. Les formulaires et lespessaires s'enlevèrent. Autrefois, la guerre nourrissait la guerre par les prises : désormais, la propagande malthusienne nourrira

la propagande anarchiste par ce trafic spécial.

Les « apôtres » surgissent, les journaux, les brochures se multiplient (i). On l'entend

(1). Une de ces brochures, La loi de Mallhus, par M. G. Hardy, offre un bel exemple des divagations auxquelles l'ignorance de la méthode positive, en matières sociales surtout, peut entraîner une intelligence qui paraît ouverte, exercée et généreuse.

L'auteur s'explique la société par l'individu et l'individu par deux fonctions physiologiques : celle de l'estomac et celle du sexe. Et tout le sophisme malthusien est là. Mais, depuis Malthus, la pensée positive s'est affirmée. M. G. Hardy ne paraît point se douter de ce qui en est définitivement acquis : à savoir qu'il y a une hiérarchie des sciences, que le supérieur ne saurait être ramené à l'inférieur, que l'individu humain, par exemple, est irréductible à ses fonctions physiologiques, et la société à Tindividu. Sans le malthusisme, assure-t-il, «aucun sujet social, actuel ou futur, ne peut être envisagé sérieusement et utilement ». C'est, ajoute-t-il plus loin, « Tunique moyen d'éteindre la misère, de rendre les guerres impossibles, d'abolir la prostitution ». Il en est d'autres pour qui c'est la réforme de l'orthographe, l'espéranto, l'exécration de toute boisson fermentée, le végétarisme, le kneippisme, etc. Notre anarchie intellectuelle aboutit à une véritable folie générale. Les esprits ne reviendront à la raison qu'avec Tordre.

Voici, d'après M. G. Hardy, l'idéal d'un néo-malthu-

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bien, chacun de ces petits centres de propagande est une boutique où se débitent, avec les recettes d' « hygiène », les ustensiles et les produits « anticonceptionnels >. Et, si étrange que cela puisse paraître, la plupart

sien. Et il ne peut être que cela. « Supposons, dit-il, qu'en France s'établisse le régime le plus beau qu'on puisse imaginer : le communisme... Toutes les misères ont disparu. Plus d'autorité vexatoire. Le travail modéré a remplacé le travail exténuant... Il est évident que le commerce des sexes s'établit en toute liberté. Les unions sont nombreuses et précoces. Peu importe le nombre d'enfants qu'une femme aura; peu importe à qui ces enfants appartiendront : la communauté se charge de les élever...» Le seul régime qui justifierait le néo-malthusisme est le seul qui le nécessiterait. En effet, si l'humanité pouvait retourner à cet état primitif, et si la dégénérescence provoquée par l'abus et la précocité des rapprochements sexuels, l'abrutissement delà paresse et de l'irresponsabilité, la propagation dos maladies nerveuses et vénériennes ne suffisaient point à rétablir le régime démographique des sauvages, — soit un à dix habitants au maximum par kilomètre carré, — il faudrait y pourvoir par la prophylaxie anticonceptionnelle, à laquelle, désormais, aucun sentiment social ne s'opposerait plus.

Là-dessus, M. G. Hardy a donc gain de cause. Mais la sauvagerie primitive « n'éteint pas la misère, ne rend pas les guerres impossibles, n'abolit pas la prostitution », comme il croit : elle les universalise.

de ces mercantis sont des convaincus, voire des fanatiques, dont le désintéressement personnel et l'abnégation sont certains.

L'aberration n'en est que plus redoutable.

Ce sont les anarchistes qui répondirent les premiers à l'appel de Paul Robin. L'ancien économisme ploutocratique voyait dans le malthusisme un moyen de conservation; avec de meilleures raisons, les anarchistes le considérèrent, dès lors, comme un puissant ferment de dissolution sociale.

Puis, le néo-malthusisme pénétra dans les syndicats, entre l'antipatriotisme et le sabotage.

Dans les Bourses du travail, on prêche aux femmes la « grève des ventres »; beaucoup de journaux corporatifs publient les articles, les réclames, les adresses de sagesfemmes et de médecins malthusiens. Les ateliers, et surtout ceux des femmes, sont visités, on y distribue des prospectus, on y fait des « causeries >. Mme Leroy-AUais nous a donné de curieux renseignements à ce sujet. € On fait, dit-elle, aux ouvrières et

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