LE NÉO-MALTHUSI8ME
L'activité des organes de la mère semble indispensable à une saine économie physiologique de la femme.
Les avortements surtout sont dangereux, et mortellement dans 66 cas sur loo. Hormis dans les cas d'embryonexie thérapeutique, Tavortement est bien un crime. Cette industrie s'exerce pourtant en grand, et ouvertement.
Presque tous les grands journaux populaires publient des annonces significatives de sages-femmes, — ce qui n'empêche point ces journaux de s'alarmer en première page du péril national de la dépopulation.
MM. Garraud et Lacassagne, professeurs à la Faculté de Lyon, estiment qu'il se commet à Lyon plus d'avortements volontaires qu'il n'y a de naissances. M. Doléris, accoucheur à l'hôpital Boucipaut, constate que, depuis sept ans, à Paris, le nombre des avortements a plus que triplé. Aux hôpitaux Saint-Antoine et Tenon, de 1898 à 1904, le docteur Boissard constate de même que les avortements ont triplé. Il ajoute : « Je suis
sûr que, depuis, cette progression est allée encore en augmentant. » Aucune statistiqu^e précise n'est possible ; mais on voit que le mal gagne effroyablement. « La chose est tellement grave, dit Mme Leroy-AUais, qu'il est question de fonder, dans les hôpitaux, un service spécial pour les avortements, attendu que les gynécologues ne veulent plus des avortées dans leur service, ni les médecins, parce qu'elles infectent leurs malades. Les gynécologues vous le confirmeront. Il y a un médecin qui disait : « La morale je m'en « moque ; mais ce que je sais, c'est qu'on « tue les femmes. Voilà ce qu'on devrait « faire connaître. Il faudrait publier des « petites brochures dans lesquelles on indice querait certains dangers. Nous, nous avons « un langage trop scientifique. » Beaucoup de femmes sont prises par la peur. En leur disant: « Si vous faites cela, dans trois mois « vous sierez obligée d'aller à l'hôpital », on peut les toucher. Ce n'est pas noble, mais il faut les prendre comme on peut. »
Les néo-malthusiens réclament, par la sup-
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pression de l'article 817 du Code pénal^ le « droit » à Tavortement. Là encore, on voit à quelles insanités aboutit la notion métaphysique de « droit ».
La plus importante motion du dernier Congrès d'obstétrique concerne le nouveau « droit » que la franc-maçonnerie veut nous octroyer. Cette motion vaut d'être reproduite ici :
« Vu les statistiques impressionnantes publiées en France et à l'étranger sur la fréquence croissante de l'avortement, les enquêtes nombreuses et précises poursuivies par de nombreux gynécologues et corroborées par l'observation clinique des signes spéciaux et l'aveu facilement obtenu d'un certain nombre de malades,
« La Société obstétricale de France, réunie en congrès international, considérant qu'elle n'a pas qualité pour prendre position au regard des dispositions édictées par le Code pénal français contre « l'avortement criminellement provoqué » ;
tt Qu'elle n'a pas davantage à se prononcer
sur cette question aux points de vue social, moral ou religieux ;
« Mais que, néanmoins, elle ne saurait se dérober au devoir de faire entendre un cri d'alarme et un avertissement salutaire,
« Adopte les conclusions suivantes :
« Dans Tavortement criminellement provoqué, tel qu'il est observé, un fait est incontestable : la grande fréquence et l'extrême gravité des accidents consécutifs aux pratiques coupables, quelles que soient les précautions apportées à l'acte criminel et la technique employée.
« Les statistiques établissent que :
« 1^ Dans la grande majorité des cas, de longues et sérieuses maladies locales s'ensuivent :
<r 2** Dans les deux tiers des cas environ, des affections très graves mettent la vie en péril et occasionnent une incapacité de travail allant de plusieurs mois à plusieurs années, et une incapacité fonctionnelle définitive : les survivantes restent infirmes ;
« 3^ Dans 6 p. loo des cas, enfin, la mort,
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qui respecte les accouchées normales à terme, suit immédiatement ou à bref délai les pratiques abortives.
« Désireuse, en outre, d'apporter sa contribution à la préservation sociale contre un fléau qui, d'après les plus récentes statistiques des Maternités des grandes villes, détruit prématurément le tiers environ des produits de la conception, la Société obstétricale de France décide la constitution d'un comité international permanent, en vue de rechercher et d'étudier les mesures prophylactiques à proposer aux pouvoirs publics. »
Les innombrables théories sophistiques que notre indescriptible anarchie fait éclore ont pour fin réelle de justifier les pires instincts, en brisant tous les obstacles que des siècles de civilisation avaient accumulés pour les contenir.
Etant de la « libre pensée » comme de la « libre morale », c'est-à-dire n'admettant
aucune règle, ces théories sont insidieuses et souples. Ainsi, le néo-malthusisme est grossier avec les uns, subtil avec les autres.
Après avoir promis aux uns des luxures sans frein et sans conséquences, il prêche aux autres la « génération consciente » pour la beauté de la race et la prospérité sociale. Cela est pour la masse, ceci pour les « intellectuels », qui ne s'aperçoivent même pas de la contradiction.
M. Salomon Reinach, membre de l'Institut et l'un des rois de notre République, écrit au journal néo-malthusien. Génération consciente: « La propagande néo-malthusienne a pour but de substituer la réflexion à l'instinct, la prévoyance à l'insouciance, Yhomo sapiens à la brute. Ceux qui Taccusent de favoriser le vice, de prêcher l'avortement, sont des ignorants, ou altèrent sciemment la vérité. On peut condamner Paul Robin ; mais sa condamnation sera inscrite sur la statue que lui réserve l'avenir. »
Mais de ces « intellectuels », il n'en est pas de plus candide que M. Brieux. Écoutons-
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le répondre, dans le Malin^ à une enquête de V Action nationale : « 11 faut conseiller aux Français atteints de pauvreté matérielle ou physique de ne pas faire d'enfants. L'homme qui procrée sans réflexion, qui ajoute un convive autour d'une table déjà insuffisante, l'homme qui perpétue ses tares physiques dans un être nouveau, cet homme-là est une brute ou un criminel. Par contre, il faut conseiller la famille nombreuse à ceux qui sont bien portants et aisés. Et d'ailleurs, il ne faut pas oublier que jamais la supériorité du nombre n'a impliqué la suprématie d'un pays. Toutes les belles actions humaines ont été accomplies par de petits peuples. »
Ne demandons pas à M. Brieux quelles sont « les belles actions humaines » accomplies par les Républiques de Saint-Marin, du Val d'Andorre et la Principauté de Monaco ; ne lui rappelons point celles de son pays, quand la France étaitla première nation du monde; ne lui montrons point, après Adolphe Coste, que la civilisation dans sa plus haute acception, toutes choses égales,
est en rapport avec le chiffre de la population nationale et que, contrairement à sa téméraire assertion, la supériorité du nombre allemand, présentement, implique la suprématie du pays allemand, — comme M. Delcassé l'éprouva naguère.
Kt il convient de le répéter, pour M. Brieux et quelques autres « intellectuels » : pousser à Textension de la classe aisée, par conséquent à multiplier les rentiers, les médecins, les avocats, les littérateurs, les artistes, les fonctionnaires, et donc les parasites et les plus exigeants consommateurs, en conseillant la stérilité à la classe pauvre, autrement dire, diminuer d'autre part le nombre des producteurs, — c'est aggraver le paupérisme, c'est-à-dire l'insuffisance de la production par rapport à la consommation.
On répliquera, sans doute, que ceux qui exercent des professions libérales, les fonctionnaires et les artistes ne sont pas des parasites. Ils sont, à tout le moins, de voraces consommateurs : au « banquet de la vie», un auteur dramatique comme M. Brieux
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tient la place de quinze familles ouvrières au moins. Et s'ils ne sont pas des parasites, en effet, jusqu'à la quantité qu'il en faut à une société civilisée, ils le deviennent par le surcroît, bien plus nuisible qu'utile. Au contraire, il n'y a jamais assez de producteurs ; car il n'y a qu'insuffisance de production et désordre-
On parle de « génération consciente » : il ne faut pas, dit-on, que « l'homme perpétue ses tares physiques dans un être nouveau ».
Ceci n'implique pas cela. Le positivisme a aussi le souci d'éviter la dégénérescence, mais il n'a recours qu'aux moyens efficaces, socialement, parce qu'ils n'outragent pas la morale et la saine raison. C'est par « l'influence privée et publique de la religion positive », sagement organisée et dirigée par un pouvoir spirituel respectable et compétent, qu'il obtiendra que ceux qui risquent de transmettre des maladies ou des infirmités s'abstiennent dignement de tout rapport sexuel. Cela seul atteint le but, sans fournir aucun prétexte aux caprices personnels.
En laissant chaque « conscience » juger elle-même s'il sied d'assumer les charges de la paternité, sans se priver d'ailleurs d'aucun plaisir, on aboutit au contraire de ce qu'on poursuit, la disparition des meilleurs, la pullulation des pires. Les néo-malthusiens ne sauraient le contester, puisqu'ils se reconnaissent eux-mêmes, modestement, les plus a évolués ».
Les répercussions sociales sont curieuses.
La « génération consciente », en fait, confère le monopole de la reproduction au hasard, ix l'accident, à l'ignorance, aux pires bestialités. Et cela n'a plus de contrepoids. Fatalement, c'est la dégénérescence, c'est la mort de la race. Voici ce qu'écrit à ce sujet M. Vacher de Lapouge, qui n'est pas, j'imagine, un calotin, non plus qu'un esprit timide : « Le mal est si profond que l'on peut regarder les grossesses désirées et volontairement réalisées comme un cas tout exceptionnel ; normalement, la conception est le résultat de ce qu'on appelle un accident, de rignorance, de la négligence, d'un fait qui