I. LE fU SYMBOLIQUE
It
autre forme de la croix, dont Tauteur a réuni des spécimens fort nombreux, est le fylfot.yi
En donnant Texplication habituelle du rt, il Testime autre chose qu'un simple ornement, et il soutient que chez les bouddhistes, celte croix a un sens absolument opposé à celui du f/iau des Egyptiens, ou de la croix des Chrétiens, puisqu'il est le symbole des sectes athées, mentionnées plus haut, p. 3. «A la collection de faits rapportés par M. Waring. c'est M. Dennys qui parle, il faut ajouter que, quand les femmes indoues lavent leurs pauvres chaumières et enduisent le sol en terre battue, d'un mélange de vase et de bouse de vache elles ne manquent pas de tracer un s\^asiika, sur le seuil. Elles prétendent en écarter de malignes influences». (1).
«Le D*" Eitel... lait ressortir que les Scandinaves, les Danois les Allemands et les Anglais attachent encore une importance superstitieuse à ce charme magique f^f, cher à leurs ancêtres païens et aux bouddhistes chinois de nos jours. Jusqu'en notre temps, le Marteau de Thor est employé parmi les paysans allemands et irlandais, comme un talisman mystérieux pour écarter la foudre (2). Il n'était pas rare au moyen âge de voir ce symbole fondu sur les cloches et beaucoup portent encore cette marque... Le fait que le dit symbole est commun au bouddhisme et à la mythologie Scandinave dénote une origine identique dans les temps reculés; — avant que la race aryenne eût commencé ses migrations vers l'Ouest, alors que la dynastie des Chang régnait encore sur la Chine, à l'époque de Cadmus, Tinventeur présumé des alphabets occidentaux!» (3). C'est bien l'universalité dans le temps et dans l'espace dont nous parlions quelques pages plus haut.
Naguère on comprit mieux la fréquence avec laquelle les poteries les plus anciennes reproduisaient ce f^, en exhumant
{1\ Les trois jambes si em^\ojé a dans Tile de Jlfan se rapprochent du fylfot. Mais le plus souvent ce ne sont que des lignes courbes, ou 3 angles obtus. Parfois on y compte cinq ou six bras. Cette disposition rappelle la roue de la Loi, ou roue de Bouddha, Cette ûgure k trois jambes est commmune au Pendjab et dans le Nord de Tlnde, où elle passe pour un charme. Certaines sectes la placent dans leurs maisons, mais généralement au-dessus de la porte, au témoignage de Dennys. £n Chine cette place est réservée aux porkoua /\ j^^ trigrammes disposés circulairement, (fig. 8.) avec ou sans le yang Y& et le in ^ (fig. 9.). Le fW s*y voit aussi, notamment fa Nankin. Cf. p. 18.
(2) Mythes curieux du Moyen-âge; aiticle
(3) Dennys; The folk-lore of China, p. 49,
'Il
Fig. 8.
Marteau de Thor*
Fig. 9.
CnOIX ET SWASTIKA.
une des matrices en terre qui restampaienl dans la pâte molle des ustensiles encore à cuire. (1). (fig. 10.).
Fig. 11.
Fi:j. 10.
Un dessin contemporain que je copiais ces jours-ci se présente ainsi, (fig. 11.). Le maçon qui Ta exécuté a conservé, en Torientant différemment toutefois, la disposition de l'ornement imprimé, il y a deux mille ans peut-être, par le potier des stations lacus-. très. (2).
On conviendra sans peine que, pour l'œil qui n'est pas sur ses gardes, cette figure, trouvée au lac du Bourget, a beaucoup plus l'aspect d'une croix que d'un fH; par là s'explique peut-être la séduction qu'elle exerça sur les décorateurs chrétiens du IIP siècle. Ils y découvrirent avec joie un équivalent facile à substituer sans scandale au symbole préféré de leur religion.
J'introduirai ici le croquis d'un fragment des vestes gammadiœ; ce sont d'anciens tissus brodés, redevables de leur nom à la présence de la croix gammée, (fig. 12.) L'Italie en possède qui offrent des combinaisons originales (3).
Fig. 12.
(1) Dessin emprunté aux Comptes-rendui du Congrès des Orientalistes, Lyon 1878. t. II; pi. YIII. «Palaffîte de Grésina. Poterie du lac du Bourget. — Sistres et swastika des Falaffites. — »
(2) C'est une grossière peinture au trait, noire sur fond blanc, exécutée snr le soubassement qui porte la vitiine du dieu du soleil , tenant un coq dans un cercle, dans la «Pagode des trois empereurs» San-Jioavg-miao JH £ j^i au bas de la col. Une du Pé-kiko 4b r& rm i ^ Nankin. Ces trois ri. à brancbea coui-tes surmontent une pêche (?y un fruit symbolique. La vitrine qui fait pendant est décorée d'une peinture analogue, mais avec deux HZ seulement, de même orientation pourtant. Noua attirons Tattention sur cette oi'ientation, h cause d*une remarque, plus ou moins justifiable, du nouveau dictionnaire chinois-anglais de GUes, d'après laquelle le signe 11. devrait B*appeler sauestika et non svxtstika; les branches recourbées de ce dernier sont tournées dans le sens de la marche des aiguilles d'une montre: rC* 1^1*' de Harlez admet cette dénomination.
(3, Cf. Cosmos, Mai 1887 p. 204.