IV. LITURGIE ET ASCETES
TEst et l'Ouest, par le trait horizontal. Il ajoute que Lieou-eultchij auteur chrétien, affirme que <fsur les anciens vases, au lieu des trois caractères ts'ai -jf^ kia Ç, et tsai j^, on mettait toujours une croix -[-».
Si ces renseignements sont exacts, cette croix légèrement modifiée, a pu dans certains cas à déterminer, donner naissance au îfi. Les symboles, de forme si voisine, ont pu s'échanger l'un pour l'autre en Extrême-Orient, selon la pratique que nous avons vue temporairement en vigueur dans les Catacombes (supra p. 7).
Personne ne niera, du reste, que quand on dessine une croix horizontalement, avec la main, au-dessus d'un objet, comme on le fait dans maint rite religieux, le signe formé peut se confondre, pour l'œil qui le suit, avec le tracé du fy. Les sacrificateurs de la liturgie gréco-romaine, comme les sorciers du grimoire chinois, pouvaient dessiner au gré des spectateurs, l'un ou l'autre de ces signes en «atteignant» de leur geste, chacun des quatre points cardinaux.
Du Halde (T. IIL p. 65) avait déjà résumé ainsi divers renseignements fournis par les missionnaires : «Il reste encore des traces de la Religion de la croix, et c'est une tradition ancienne que cette figure -J- a la vertu d'empêcher les maléfices».
La croix figure tout au moins comme ornement sur plus d'un objet chinois. En voici trois exemples bien explicites et très caractérisés, que j'ai relevés à Nankin.
L'une de ces croix est répétée quatre fois en relief sur une grande cloche de fer de la pagode de Ki-ming-se |B| ?§ ^ qui, à l'est du Pé'ki'ko :[t >^ IS, domine l'amorce de l'ancien rempart des Song. Elle mesure 6® de hauteur (fîg. 101). La cloche porte de larges caractères dévanagari, accompagnés de leur figuration en chinois.
La seconde croix est copiée sur le beau soubassement de marbre blanc qui supporte la statue de Koan-in, dans la pagode de Koan-in-se JS ^ h!^, à l'est du tombeau des Ming. (1) Cette croix, de 10° de diamètre, d'un relief très accentué et d'une très fine exécution, se détache trois fois sur ce soubassement, où elle occupe une place importante, [ûg, 102).
La troisième croix, haute d'environ 40 centimètres, peinte en noir sur fond blanc, est prise sur le piédestal d'une vitrine à poussah, faisant face au nord, dans le premier t'ing ^ d'en*
Fig. 101.
(1) Dans la dernière partie de ce travail, nous aurons à reparler de cette pagode, p. 207*
cIroiz BÏ SWASTIKA..
trée de la même pagode. Chacun des bras de cetle croix le caractère cheou % tdongue vie», (flg. 103),
Inutile d'insister davantage sur ces exemples authentiques, faciles à irtulliplier. Je me permets seulement de clore la série par le croquis ciaprès: le chercheur y comptera sans peifte huit croix et huit fti parfaitement tracés. C'est un dessin obtenu par le croise-
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tV. lilTÛROIB ET ASGBTBS.
ment des brins de cordelettes, en fibres de c/iamcerops, sur le cadre formant le fond horizontal d'un lit chinois.
Ces croix ornementales se distinguent à première vue de types très différents, où la disposition cruciforme se rencontre aussi, sans présenter antre chose que la distribution géométrique de deux lignes se recoupant au centre à angles droits.
Etudions cette nouvelle classe de signes.
Les dessinateurs chinois, de toutes les industries utilitaires ou d'art décoratif, s'ingénient depuis des siècles, à ornemaniser sous forme symétrique, plusieurs de leurs caractères, devenus dès lors et tout à la fois : symboles, ornements, devises et talismans. Nous ne croyons pas oiseux d'en fournir quelques exemples, des plus habituels, où la croix se démêle avec si peu de peine, que des critiques — non des pires — s'y sont mépris, croyant y saisir quelque vestige indiscutable de christianisme. En fait et actuellement, bien qu'il soit imprudent de nier la part d'influence possible, probable parfois, de ce dernier, ce ne sont lé plus souvent que de fausses croix. (1)
(1) Quoi qu'une certaine critique eu écrive de nos jours, les anciens missionnaires n'étaient pas iinanimes dans l'interprétation outrée de ces Vestiges du christianiSDie. Rappelons que l'ouvrage du P. de Prémare S. J. n'a pas été pubHé par la Compagnie de Jésus. (Cf. p. 2) — Nous copions un alinéa des Mémoires concernant les Chinois (T. I. p. 140) priant le lecteur de ne pas perdre de vue, en parcourant la suite de nottë travail, les quelques remarques consignées dans cette page :
«De bons Missionnaires, qui avaient porté en Chine plus d'esprit que de discernement, plus de piété que de critique,... décidaient sans façDU que c'étaient {Chou^kinQ, Chi-king^.,.)
Figure 104.
CROIX BT SWASTIKA*
Fig. 105.
L'un de ces types, où Ton a prétendu trouver une figure cruciale, a frappé le P. de Mailla (1) qui le reproduit sous cette forme : (fig. 105).
Ce serait le caractère Fou î|^, brodé anciennement sur les habits de cérémonie.
«Le caractère Fo, disait l'Empereur Chun ^ (2 221 av. J.-O.) est un symbole du discernement que l'on doit avoir du bien et du mal». D'après une autre planche, l'Empereur, monté sur son char impérial, porte encore ce caractère brodé sur le devant de sa robe, comme aussi plusieurs des ofEciers de sa cour. Il orne également une sorte de tablier circulaire s'attachant aux reins, et porté par Hoang-ti ^ ^ (2600 av. J.-O.) inventeur des habits de cérémonies et de sacrifices. On le retrouve enfin jusque sur le drap mortuaire des funérailles impériales, (fig. 106).
Un volume du Lou-king-t'ou aÇ i@[ |S, présente passim une vingtaine de personnages en pied, revêtus de cette robe ainsi ornée, sous les dynasties à peine historiques des Tcheou ^ (1122), des TsHn ^ (249),
Fig. 106.
des livres, sinon d'avant le déluge, du moins de peu de temps après; que ces livres n*avaient aucun rapport avec notre Histoire (de Chine), et qu'il fallait les entendre dans un sens purement mystique et allégorique, typique et figuratif. En conséquence, ils y trouvèrent des chosos merveilleuses, des prophéties en bon nombre, et des symboles du règne spirituel du Messie, qu'ils prouvaient très bien avoir été connu, espéré et attendu dans les beaux jours de la Dynastie des Tcheou.. Le pas est encore plus glissant pour de bons Missionnaires que le zèle dévore et qui arrivent d'Europe avec le préjugé général que le soleil éclaire l'Occident de tout son disque et ne laisse tomber sur le reste de rUnivers que le rebut de ses rayons...» L'auteur avoue que la suite des études de ces «Figuristes» pour prouver leur système ((a été très utile à ceux-mômes qu'il a le plus égarés,... leur facilita la prédication de l'Evangile, et finit par les désabuser eux-mômes et par les mettre en état de faire remarquer aux: Lettrés néophytes les traces sensibles de la Beligion et de la Bévélation qui brillent dans tous les King». — Extaits tirés de l'article intitulé Antiquité des Chinois, du P. Martial Cibot (1727-1780), enterré à Pékin.
(1) Histoire générale de la Chine, d'après le Tong-kien-kang-mou, par le P. de Moyra de Mailla, T. L pp. 27, li8,336. Le P. de Mailla, né en 1660, mourut en 1748. Son Histoire fut publiée par Grosier, qui eut tort de la modifier trop souvent. Au dire d^Henri Cordier, le manuscrit est à la Bibliothèque Nationale.
D'après Cordier le P. de Mailla signe Jos. Mar. An. de Moyria de Mailla (lire M^Uac).