‹ Croix et swastika en ChineChapitre 68 sur 136 · II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU · texte numérisé non relu

II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU

vieille philosophie chinoise, remarque avec justesse «qu'il n'est pas nécessaire de supposer que Técrivain de Tinscription pensait ici à la Croix, symbole du Christianisme, comme il Ta fait plus loin».

Sémédo avait traduit : «Il forma les quatre parties du monde en forme de Croix. Il mêla le Chaos et en tira les deux principes». (1).

A. Wylie (p. 269) rapporte la réflexion suivante, insérée à propos de ce passage par un Lettré chinois de haut rang dans la grande collection d'épigraphie qu'il publia en 1805: «Maintenant les catholiques qui lèvent constamment la main pour faire le signe de la croix, se conforment avec précision aux termes mêmes de la Tablette».

L'attention du P. Trigault avait déjà été éveillée par cette équivalence, en Chine, de la croix -{- et du caractère signifiant 10, comme on le voit par la citation que j'ai insérée à la page 96. Kircher du reste avait cité ce passage (p. 36), avec la manchette: «Crucis figura Sin» denarium numerum dénotant». On a fait plusieurs fois remarquer aussi que la croix grecque + en Chine et la croix de 8. André des chiffres romains X signifient également 10. Rappelons encore que l'expression «dix fois», précédant un adjectif chinois, en fait un superlatif de perfection qui répond à très extrêmement. (2).

(1) Léontiewski : «C'est lui qui étendit en croix les quatre parties du monde». Kircher (Boym) : «In figura Crucis fecit quatuor mundi partes, commovit chaos, fecit duos KU>y. Ki veut dire air, soufle, en chinois.

On semble avoir simjdement mis en latin ce passage de la verswn italienne: «... in figura di Croce fece le quattro parti del mondo, comosse il Chaos, fece due Kis ^cioè due virtu o qualità, chiaraate Inyaûi) cambio le ténèbre, fece il Cielo e la Tierra...» La parenthèse indique qu'il s'agit du Yang ^ et du Yn ^ <lans ces deux Ki.

John Kesson: «Il étendit en croix les quatre parties de la terre, vainquit le chaos et créa les deux espèces d'jdr...» Le traducteur y voit une allusion au verset 7* du i^* chapitre de la Genèse sur la séparation des eaux piimitives, «Et fecit Deus firmamentum, divisitque aquas quse erant sub firmamento, ab his quse erant super firmamentum.» En note, il cite une variante dans le texte chinois, d'après le «Jésuite Yan-man», qu'il ignore avoir été le P. Emmanuel Diaz (junior) ou Yang Ma -no x^ SI VS*

Fauthier : «Prenant le signe de la croix pour déterminer les quatre parties du monde, il donna le mouvement à l'air primordial».

Dabry : «C'est lui qui a créé l'univers eu établissant les quatre parties du monde Hous la forme d'une croix».

Visddou : «Il a formé une croix pour déterminer les quatre parties du monde»: sa paraphrase aggrave encore le contre sens.

(2) Cf. suprà p. 6 où nous avons expliqué avec quelles restrictions cela doit s'entendre. Au Japon, faute d'expressions exactes, ou pour éviter certaines équivoques de sens, résultant de la similitude des sons pour plusieurs caractères, les premiers missionnaires avaient introduit, (comme ils l'ont fait à la Chine), une cinquantaine de mots portugais,

l22 CROIX Et SWASTtRA. — it.

Le dictionnaire Chouo-wen ^ ^Jj, composé vers le second siècle de notre ère. donne cette explication du caractère Che -j- :

«Dix (-f-) est le plus accompli des chiffres; le trait horizontal dont il est composé représente TEst et l'Ouest; le trait vertical le Sud et le Nord; et de la sorte leur ensemble comprend les quatre points cardinaux ainsi que le centre».

La seconde mention de la croix dans le texte présente plus d'intérêt puisque ce signe figure là explicitement, avec sa valeur symbolique et religieuse. Quant à la représentation graphique, elle est absolument la même de part et d'autre, le sens seul du texte accuse la différence fondamentale : E|] ^ -f- îf^^ ^, H B3,

Comme ci-dessus, nous juxtaposons les principales traductions : Legge : (Les ministres de cette doctrine) «portant avec eux le sceau de la Croix, répandent une harmonisante influence partout où le soleil brille et ils unissent tout ensemble sans distinction». Et sa note précise son interprétation : «Le caractère dix -j- est ici pour le signe ou la figure de le Croixï).

Dahry ; Le sceau de la religion est une croix s'étendant avec quatre pointes brillantes et qui unit sans qu'il puisse être enlevé ou effacé». Le traducteur voit là une allusion au caractère indélébile imprimé par le sacrement de baptême. Plus loin (p. 17) parmi un exposé contestable des erreurs attribuées au Nestorianisme, il range celle «de ne pas vouloir reconnaitre d'autre image que la croix». (1).

Leontiewski ou Marchai de Lunéville : «Par le signe de la croix, nous réunissons les quatre points du monde éclairé par le soleil.»

dans Ift langage catéchistique. Le mot a*vz était de ce nombre; «car ^.e caractère Yu-mogi ( I 5C "f* 2/fn monff zi) qui représente une Croix, signifie seulement le nombre 10». (Cf. Solier S. J. Ifistoire cccfêsiaMique du Japon. — Paris 1627. p. 12).

£n Chine, par suita de certaines exhortations intempestives de jirédicants, les païens nous intoqiellent parfois en crinnt Yè-sou flp E$ Jésus, comme ils poursuivaient S. Fninçois-Xavler en répétant Dios, Dios, Diosf Une de leurs vexations est aussi» aux environs de Ch:mg-hai, de tracer des croix par terre, au-devant des missionnaires, pour la leur faire fouler aux pieds.

(1) Le Manichéisme adopta généralement une pratique tout opposée. Manès, né en Perse en 240, soutenant que Jésus-Christ n'était né, n'était mort et n'était ressuscité qu'en ai)parence, ses* partisans, [d'après Bergier, «ne rendaient aucun culte à la croix, ni à la S. Vierge.... L'aversion de ces sectaires pour le culte de la croix, des saints et des images, leur concilia l'affection de sarrasins mahométans,» à la fin du VIII® siècle. Leurs erreurs formèrent le noyau de celles des iconoclastes, des Albigeois, des Prlscillianistcs, des Cathares, et.',. Plus haut, p. 97» nous avons émis le sentiment contraire de VA Ipfiabetum Tihetanum qui établit la parodie saciilège du culte de la croix chez les manichéens de l'Asie centrale. Nous y croyons volontiers.— S. Cyrille nie que Manès ait jamais été chrétien.

tl. LA PIERRE bB Sï-Nd^AN-^Otî. iît

J. Kesêon n'a fait que mettre en anglais cette même phrase. — Visdelou: «Le sceau est une croix, qui fond les quatre illustrés pour les unir sans empêchement.» Paraphrase: «Pour étendard, cette Religion tient la croix, afin de lier ensemble tous les hommes de la terre et les unir entre eux, sans aucun empêchement».

Kircher (Boym) préoccupé de laisser au texte toute son ampleur et son sens un peu flottant, a craint de trop préciser : «... Signaculo i^t crucis dispersi in quatuor partes mundi, ad congregandos et pacifîoandos sine labore...» La version italU enne avait dit: «...LTsa la cvoce, por comprender tutti senza eccettione,,,yi

A cause de sa bizarrerie, à cause aussi d'une particularité étrange nous ajoutons la traduction fournie par Pauthier: «Le sceau employé dans le nouveau pacte a été le signe de la croix ^, qui s'étend vers les quatre points lumineux, comme la fleur Ssé-tchao, pour réunir toutes les créatures dans la même foi sans les confondre.»

Qu'est-ce que cette fleur Sse^tchao? Qui est-ce qui autorise Pauthier à la faire intervenir ici? Je laisse à d'autres le souci de répondre à ces questions. (1) Nous ne pouvons pourtant nous dispenser, vu la singularité du fait, de transcrire ici la note de Pauthier: «Le signe ou caractère en question est effacé dans le fac-similé de l'Inscription conservé à la Bibliothèque impériale. (2). Dans l'édition de Wang-tchang, accompagnée de commentaires (dont nous donnons ci-après la traduction), le caractère en question est remplacé par le signe habituel chez les Chinois pour indiquer dans leur typographie les signes effacés, illisibles ou inconnus des textes qu'ils reproduisent: le signe g|. Le sens de la phrase indique sufBsamment que ce devait être le signe de ia Croix, représenté plusieurs fois dans l'Inscription par le caractère chinois + C/ie, dix, qui lui ressemble, mais qui, à cette place, était probablement figuré comme en tête de cette inscription, pour mieux représenter la fleur Ssë-fc/iao». On sait qu'il n'en est rien; comme le prouve de reste le texte chinois que j'ai cité à la page 123.

Plaignons Pauthier de n'avoir pas eu un texte exact à sa

(1) Nous avons donné le texte Chinois à la page précédente. Pressentant Tinsuffisance de sa version, Pauthier est revenu sur ce point dans une de ses «Notes philologiques et historiques» placées à la fin de son travail, (p. 57.) Il s'exprime ainsi: «Ce qui confirme pournous 7a supposition que le cAvs-ctère effacé et inconnu des Chinois était le signe delà Croix Vi c'est la comparaison qui est faite, dans le texte Chinois, de cette cro /a? avec la fleur Ssé-tchao, (E8 /îj) q^ii s'étend des quatre côtés.T) Puis il cite un extrait d'un dictionnaire Chinois qui, dans une description d'une hotanique fantaisiste, prétend que l'arbre semi^égendaire mi-kou «dirige ses fleurs Ssé-tchao en quatre pointes brillantes».

(2) Qu'il soit effacé^ nous en doutons un peu, bien que nous ne puissions nous en assurer, si loin de Paris.

124 CROIX ET SWA8TIKA. — If.

disposition. Il est malaisé d'expliquer pourquoi Tédition de Wang" tchang est ainsi défigurée. Est-ce une fraude intentionnelle? Je n'ai pas vérifié non plus le mauvais état au même endroit (!) du fac-similé que possède la Bibliothèque nationale de Paris (1). Je puis affirmer seulement que les deux (rubbings) estampages sur lesquels a travaillé le D"" Legge, comme aussi les douze que j'ai eus sous les yeux, portent tous le caractère -f-, avec un soupçon de surcharge pour le trait vertical, enlevé par une cassure de la pierre. A. Wylie ne signale aucune adultération sur les deux estampages dont il disposait.

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