III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX
et contremont; et sur la poincte d'en haut y avoit la figure d'une colombe, etc.» Une inscription, en pehlvi, l'entourait. La pierre était couverte de taches de sang qu'on disait être celui de S. Thomas. Du Jarric termine ainsi sa description : «Or voicy la figure de la dicte Croix, tirée le plus naïfvement qu'il a esté possible, sur celle qui a esté portée des Indes».»
La pierre fut installée dans la nouvelle chapelle. Plusieurs fois, assurent de graves témoignages, elle répandit du sang pendant la Messe, et en telle quantité que le prêtre eut à l'éponger et que des linges en furent tout tachés. (2). Sur ce prodige on doit au moins suspendre son jugement. Après tout, bon nombre d'écrivains, réputés sérieux, nient encore, a priori, sans examen, contre les conclusions de la plus saine critique, tous les miracles comtemporains, de Lourdes et d'ailleurs, si faciles pourtant à contrôler par la science! (3}.
Fig. 159.
(1) Laissant de côté tout Teutourage, nous figurons lu rédaction on demi grandeur de la croix seule. Kircher, {China illiistrata, \t. oi'^j sif».it entrer la figure entière dans une planche, gravée sur cuivre pour son ouvrage. On y voit un missionnaire catholique et deux Indiens devant un autel portant un calice. La reproduction est assez fidèle, bien que légèrement «interprétée». Kircher cjnsacre plusieura pages à Tétude de cette croix miraculeuse de TApôtre S. Thomas, et renvoie à Osorius, cité par Baronius (tome I, anno Christi 57). — Dans le Prodromus Coptus de Kircher avait déjà paru une petite vignette (haute de 6® ) de cette pierre, 'avec une gravuie spéciale pour les caractères, le tout assez exact.
(2) Du Jarric. op. cU. p. 508 et seq.
(3) Yule (Marco Polo, t. II, p. 339), donne la vignette: «Ancient cross with pehlvi inscription on St. Thomas Mount near Madras, froni photograph». Nous n'en reproduisons que la partie centrale, la croix, (fig. 160). A la page 342, il pirle de S. Thomas et de cette croix, dont une lithographie avait paru dans VIndian Antiquai'y. Il expose comment Tancienne traduction de Tincription en pehlvi, due à deux brahmes, est une imposture et il soumet les variantes de lia traduction actuelle. D'après lui, cette inscription daterait du VII« ou du VIII« siècle, tandis que Fergttsson ne fait remonter le monument qu*aii IX*. La forme seulô de cette croix, telle qu'elle fut représentée jadii, nous intéresse ici ; car elle explique comment elle a influencé la figuration conventionnelle de la croix de S>ngan fou.
Lamas plagiaires du Giiristianisme. — Le Prêtre Jehan. — La croix et le Veni Creator à la cour des Khans. — Croix chez diverses tribus. — Escandel.
Pour en revenir à la Chine, le Christianisme, bien qu'infecté peut-être des erreurs nestorlennes, et représenté par des ministres, indignes trop souvent, tirés du pays même, y maintenait hautement, an VIII* siècle, Tétendard de la croix, que nous retrouvons quelques centaines d'années plus tard planté devant la tente des terribles Khans. On sait comment, par suite des effrayants progrès de Tlslamisme, l'Europe chrétienne vit ses communications coupées avec la Chine, chrétienne aussi en partie, et comment les Nestoriens restèrent seuls en relation avec celle-là. Les églises chrétiennes chinoises tombèrent, à partir de 782, sous la direction du Patriarche de Séleucie, qui, jusqu'en 980, envoya des missionnaires dans VEmpire du Milieu. « Ce fut alors que pour la dernière fois il en fit partir six. Ces six prêtres trouvèrent le Christianisme éteint en Chine. Les Chrétiens avaient péri de différentes manières, leur église avait été détruite et il ne restait plus qu'un seul fidèle dans la contrée», au dire d'un de ces moines missionnaires. (1).
En 845, l'Empereur Ou-tsong |^ ^ (841 — 846), se faisant rendre compte de l'état des religions eu Chine, voulut séculariser les bonzes, et fît renvoyer dans leurs pays les prêtres étrangers de la Perse et du Ta-ts'in ;fe ^ au nombre de 3.000. On n'en garda que quelques-uns dans les deux cités de Lo-yang f^ ^, au Ho'' nan, et de Si-ngan fou H ^ /lï ^" Chen-si. (2).
Pour nous, nous avons peine à croire -à l'entière destruction du Christianisme en ces régions. Il a dû se passer là ce qui arriva au Japon, quand le pouvoir officiel se félicita naguère d'avoir
(1) Missions Catholique^, 18S6, p. 52. Article de M. Bomanet du Cftillaud, qui renvoie à Aboul-Farage, cité par Beinaud, Introduction générale à la géographie des Orientaux. p. CLIIT. — Consulter le T'oung-pao de mars 1892 sur le «roman géographique» intitulé Itinéraire juif d'Espagne en Chine au IX' siècle. C'est une suite d'articles, insérés par M. Moïse Schwab dans la Revue de Oéogr. de Paris, 1891, et où la fiction se taUle à dessein un rôle qualifié d^excessif.
(2) La tablette de Si-ngan fou fut probablement enterrée, par des mains amies on hostiles, au moment de cette tourmente. Voir, à ce propos, le travail du D' Edkins sur les persécutions religieuses exercées en Chine, de 398 à 1622, contre les Bouddhistes et les Taoïstes. Chinese Recorder, XV* vol., n° 6.
«On a découvert tout récemment, sur les bords du lac Isikoul, des tombes revêtues d'inscriptions, où furent ensevelis au VIII* siècle, les premiers apôtres nestoriens qui se soient fixés dans cette partie du Turkestan. Des sièges métropolitains de TEglise nestori* enne avaient été établis à Balkh, à Merv, à Almalik et à Samarkande». Léonide Guiot. La mission du Su-tchuen... p. 15.