CHAPITRE QUATRIEME
La croix et les affligés.
Il y a, dans ce monde, bien peu de personnes sur lesquelles ne tombe pas le poids de quelque affliction. Combien au contraire est grand le nombre de ceux dont les peines, souvent inconnues des hommes, abattent le cœur, troublent l'âme et rendent la vie insupportable ! Alors, une inconcevable douleur pénètre au plus intime de la nature humaine ; alors, les profonds soupirs et les torrents de larmes amères et cuisantes ; alors, une situation impossible à décrire, quand on ?e trouve dans ces circonstances où la conscience ou quelque invincible motif, ne permet pas d'épancher son cœur dans le sein de l'amitié.
Oui, hélas ! il est mille circonstances dans la vie où le cœur humain a besoin d'être consolé, encouragé, fortifié, et tout nons dit que les consolations humaines sont d'elles-mêmes impuissantes à cette triple fin. En effet, qui pourra arracher du cœur d'une pauvre mère le trait cuisant qui s'y est fixé à la mort de cet enfant qu'elle aimait plus que sa vie ? Qui pourra adoucir et fermer cette plaie qui s'envenime chaque jour dans le cœur de cette épouse dont le mari débauché et dissipateur consume tout ce qu'il peut gagner, et laisse périr de misère et de faim ses malheureux enfants réduits à demander en pleurant, à une mère désolée, cette nouriture qu'elle ne peut leur donner ? Où sont les remèdes humains pour apaiser l'inquiétude et les murmures de toute cette famille qu'un procès injuste, qu'un créancier inhumain, qu'un accident subit viennent de priver de ses biens, et qui se trouve ainsi dépourvue à la fois d'une demeure, d'un héritage et de tout moyen de vivre ! Quelles paroles humaines pourront jamais consoler
cette personne placée sous le poids d'une noire calomnie ; cette autre en butte à d'injustes et atroces persécutions ; cette autre vivant sous les coups et toute sorte de mauvais traitements de la port d'un mari barbare ; cette autre qui vient de perdre l'unique soutien de sa vie, ou un père ou une mère chéris ; cette autre enfin, clouée sur un lit de douleurs, ou affligée d'une infirmité qui rend longs comme des années tous les instants de sa pénible vie ? . . . .
Qui consolera tous ces malheureux ?
une seule chose. Leur faire comprendre que leur malheur a un remède ; leur douleur une consolation, leur blessure un baume pour la cicatriser ?
Quel sera ce remède, cette consolation, ce baume salutaires ? C'est la croix ! La croix de Jésus-Christ qui, en quittant cette terre où tous les genres de maux s'étaient réunis pour en faire un séjour de désolation, a laissé la croix, qui les résume tous, comme le consolateur unique de tous et de chacun des malheureux qu'une peine quelconque viendrait affliger. Oui, c'est
au pied de la croix qu'on entend bien toute la force et toute la douceur de ces divines paroles : " Venez à moi, •' vous tous qui êtes fatigués et accaa blés sous le poids de vos malheurs, " et je vous soulagerai. Et puis sou- " viens-toi, dit-elle aux malheureux, " souviens-toi, mon fils, que ton Dieu u a été abandonné de son Père, de ses u disciples et de tous ses amis. On u l'a injurié, frappé, couvert de plaies : " on Pa dépouillé de ses vêtements, " on l'a vendu lui-même, enfin on l'a u fait mourir .... et pas une plainte " ne s'est échappée de ses lèvres.
" Pourquoi donc cette désolation dans " ton âme, ces murmures dans ton " cœur, ces plaintes dans ta bouche ?
" Ton Dieu était innocent, et toi, tu " es coupable. Eh, bien ! voilà de " quoi acquitter tes dettes envers la " justice de Dieu. Oh ! prends donc " patience à la vue de la croix. Après u tout, tu n'as perdu que des biens " périssables ; aie confiance : Dieu " n'abandonne jamais celui qui souffre " avec résignation. Sois vertueux, et " tu seras toujours assez riche. Un