‹ CromwellChapitre 3 sur 10 · XLVI1I · texte numérisé non relu

XLVI1I

Il jette sa modique fortune, sans compter, comme son sang, à la cause qu’il croit sainte.

« Je vous déclare, écrit-il la seconde année à son cousin Saint-John, que la guerre

CROMWJEJLL

d'Irlande et d’Angleterre m’a déjà coûté trente mille francs ; c’est pourquoi ma bourse privée ne peut plus guère aider le trésor public. J’ai donné ma fortune et ma foi ; J’espère en Dieu, et je veux lui donner ma vie. Mes compagnons, mes soldats, ma famille pensent de même ; mes troupes augmentent, tous des hommes que vous estimeme-riez si vous les connaissiez, tous d’honnêtes et exemplaires croyants ! »

On appela ses soldats les cotes d’airain , par allusion à leur imperturbable confiance en Dieu.

« Mes soldats ne font pas de moi une idole, dit-il dans une autre lettre au président du parlement; je puis dire avec vérité que ce n’est pas sur moi, mais sur vous qulils ont les yeux, prêts à combattre, ; prêts à mourir pour votre cause. Leur attachement est à leur foi, non à leur chef. Nous ne recherchons que la gloire du Tout-Puissant; le Seigneur est notre force ; priez pour nous 1 réclamez les prières de mes amis l

« On dit que nous sommes des factieux,' dit-il quelques jours après à un ami, et que nous cherchons à imposer par la force de nos opinions religieuses, chose «pse noua détestons et que nous abhorrons. Je déclare que je ne pourrai me réconcilier moi-môme avec cette guerre si je ne croyais à sa légitimité pour nous maintenir dans nos droits, et dans cette juste cause j’espère prouver que je suis un honnête homme, au cœur sincère et droit. Pardonnez-moi d’être importun. Je n’écris que rarement ; cette lettre me donne au moins un peu l’occasion, au milieu des calomnies qui nous dénaturent, d’épancher mon cœur dans celui d’un ami. »

Il raconte ailleurs à son collègue Fairfax une rencontre de ses troupes avec un rassemblement de clubmen, parti neutre, mais armé, qui s’était formé par patriotisme pour se jeter entre les royalistes et le parlement, afin de sauver le pays des calamités qui l’ensanglantaient.

« Après les avoir assurés, écrit Cromwell,

que vous ne vouliez que pacifier le pays et et que notre ferme intention était d’empêcher toute violence et tout pillag8, j’ai renvoyé leurs députés chargés de leurs transmettre mes paroles. Ils ont fait feu sur mes troupes. Je les ait fait charger; j’en ait fait prisonniers quelques centaines, et, quoiqu’ils eussent été cruels envers les prisonniers de notre cause qu’ils avaient pris euxmêmes, je les si renvoyés libres comme des idiots. »

Il n’y avait déjà plus de transactions possibles entre les deux partis extrêmes qui se partageaient l’Angleterre. Les royalistes ne pouvaient plus pactiser avec un parlement qui avait combattu le roi ; les parlementaires étaient devenus des républicains par

logique, après avoir été des factieux par colère. Les textes de la Bible contre les rois, commentés par les puretains dans les villes et dans les camps, républicanisaient le peuple et Fermée. La doctrine républicaine faisait désormais partie de la doctrine religieuse. Cromwell, indifférent par sa nature à ses / controverses purement politiques, ne pouvait assurer le triomphe de sa foi qu’en la remettant au gouvernement populaire.

L’Église anglicane et la royauté se confondaient ensemble dans le roi Charles ou dans tout autre roi de sa race. Le puritanisme n’avait de garantie que dans la république.

Le bon sens de Cromwell le décida à détrôner les Stuarts pour introniser le règne de Dieu. Sa conviction commençait à le rendre inexorable à tout esprit de pacification. Il marchait de victoire en victoire. Bien qu’il n’eût pas encore le titre de général en chef du parlement, il en avait l’autorité sur l’opinion. Le parlement n’était vainqueur que là où combattait Cromwell : il renvoyait' à

Dieu toute la gloire et toute la joie de ses succès.

« Monsieur, écrivit-il après,- la prise de Worcester* et de Bristol, cette- affaire 1 est une nouvelle grâce divine; Vous* voyez que

Dieu ne se lasse pas de nous' protéger. Je

vous le répète, que Dieu en ait toute J la' louange, car tout ici est son ouvrage. » *

Chacun de ses récits ou de ses-commentaires militaires atteste en lui la même confiance dans l’intervention divine.

« Quiconque parcourra le récit de la bataille de Worcester dit-il en terminant ce récit, verra qu’il n’y a pas dans tout ceci autre chose que là main de Dieu. »

Il faudrait être athée, ajoute-t-il avec un redoublement de conviction, pour ne pas en convenir. Souvenez -vous de nos soldats dans les prières! C’est leur récompense et leur joie d’avoir été les instruments de la gloire de Dieu et du salut de leur pays. Il a daigné se servir d’eux : les hommes employés à ces grandès choses savent que la foi

et les prières seules leur ont donné ces victoires et ces villes. Presbytériens, puritains, indépendants, tous ont le même esprit de prières et de foi, demandent les mêmes choses et les obtiennent d’en haut : en cela ils sont d’accord. Quel dommage qu’il n’en soit pas de même en politique 1 Dans les choses spirituelles, nous n’employons envers nos frères d’autre contrainte que celle de la raison. Dans les autres choses, Dieu amis l’épée aux mains du parlement pour la terreur de ceux qui font le mal. Si quelques uns essayent d’arracher cette arme des mains du peuple, j’espère qu’ils seront confondus.

Dieu la conserve dans vos mains U

Dans l’intervalle de ses campagnes, Cromwell avait déjà marié deux de ses filles. La plus jeune et la plus chérie avait épousé le

républicain Ireton. Elle s’appelait Brigitte. Son âme exaltée et sa piété ardente la rendaient la confidente habituelle des pensées •religieuses de son père. On retrouve dans quelques lambeaux de ses lettres k cette jeune femme la préoccupation constante de son esprit.

« Je n’écris pas à ton mari, parce qu’il me répond des milliers de lettres pour une que je lui adresse. Gela le fait veiller trop tard ; ensuite j’ai bien d’autres affaires à soigner maintenant.

» Votre sœur Claypole (sa fille aînée) est travaillée par des pensées de trouble; elle voit sa propre vanité et les torts de son esprit charnel, mais elle cherche la seule chose qui donne la paix. Chercher ainsi , c’est prendre la première place après ceux qui ont trouvé. Toute âme fidèle et humble qui cherche ainsi sera bien sûre de trouver à la fin. Heureux qui cherche! Heureux qui trouve! Qui jamais a goûté la grâce du

Seigneur sans désirer d’en être inondé dans

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