ACTE III, SCÈNE XVII
MANASSé.
Mon fils, je voudrais vainement Te flatter ; on ne peut mentir au firmament!
Je ne puis te cacher qu'en sa marche elliptique Ton astre ne fait pas le triangle mystique Avec l'étoile Jod et l'étoile Zaïn.
CROMWRLL.
Que me fait ton triangle ? Allons, fils de Caïn, De la tête coupée explique-moi l'oracle ?
Dois-je être un jour Roi ? dis !
MANASSÉ
Non, à moins d*un miracle.
GROMWELL, mécoTitent et brusque.
Qu'entends-tu par miracle?
UANASSÉ.
Un miracle...
Hé bien, quoi ?
MANASSÉ
Un miracle...
Voyons : suis-je un miracle , moi ?
MANASsé, pensif.
Peut-être.
C'est le trône alors que tu m'annonces.
MANASSÉ
Non, je ne puis du Ciel te changer les réponses. *
Non ! — Qu'est-ce donc alors que cette vision?
Était-ce de la mort une dérision?
Mais vous autres plutôt, je crois bien que vous n'êtes
Qu'imposteurs , sur la terre exploitant les planètes.
MANASSÉ, gravement
Mon fils, donne ta main et ne blasphème pas.
Cromtveîl, comme subjugué par V autorité de V astrologue, lui présente sa main. Manassé la saisit, Veasamine et chante à demi^voix, sans la quitter des yeux.
Loin dMci les mauvais génies, Et les sorcières rajeunies
Par un philtre aux sucs vénéneux, Les dragons, les esprits lunaires, Et les fileuses centenaires Qui soufflent en faisant des nœuds !
Loin tout fantôme en blanche robe , «^
L'aspic, la goule qui dérobe
Leur fétide proie aux corbeaux,
Les démons qui chassent aux âmes,
Les nains monstrueux et les flammes
Qai voltigent sur les tombeaux!
Mets la robe patriarcale,
La ceinture zodiacale,
Des anneaux d'or à tous tes doigts,
L'aumusse, la mitre conique,
L'épbod de pourpre, et la tunique
D*écar!ate teinte deux fois!
Haut à Cromwell après un instant de silence.
Un (langer te menace.
GROMWBLL.
Et lequel?
MANASSé.
Le trépas.
Si tu veux être Roi, mon fils, ta mort est sûre.
Sûre ! ma mort !
MANASSÉ, désignant du doigt le cœur de Cromivell.
C'est là que sera la blessure.
CROMWELL^ mettant la main sur son coeur.
Ici?
MANASSÉ , avec un signe affirmatif.
Là.
Quand?
MANASSÉ
Demain.
Mens-tu pas?
MANASSÉ
Fils d'Ammon I Mentir ! Veux-tu qu'ici j'évoque ton démon I Mais il faut avec moi dire, pour le soumettre, Huit versets commençant tous par la même lettre.