‹ Cromwell: drameChapitre 194 sur 253 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Donc il ne suffit pas à ce 6ls' du blasphème D'exercer un pouvoir usurpé sur Dieu môme, De fouler Israël comme un roseau séché, D'avoir, géant glouton sur l'Europe couché.

Plus qu'Adonibezec puissant et redoutable.

Soixante rois mangeant ses restes sous sa table ; Non, il lui faut un trône. Et quel trône! un amas De franges, de plumets, de satin, de damas, Où, comme il est écrit du sacré lampadaire, L'art du sculpteur s'unit à l'art du lapidaire! Cromwell de ce clinquant veut s'entourer encor. — Quand je dis ce clinquant, c'est bien de très-bon or : — Or Vierge de Hongrie; — et ces glands magnifiques Pourraient faire les frais de quatre républiques ! — C'est moi qui les fournis ; et s'ils étaient moins lourds , Leur mesquine splendeur souillerait ce velours. — Velours d'Espagne!- Allons, qu'il règne,mais qu'il meure! Que la couronne ici pare sa dernière heure I Essayons sur son front le clou de Sisara. —

Il regarde les coussins du trône.

Velours que j'ai payé cinq piastres la vara! — Je le revendrai dix, suivant la mode antique. Cet Aod est pourtant une bonne pratique ! — Oui; mais son avarice!... — Il touche à son trépas! Ces royaux échelons vont rompre sous ses pas. Sous ce dais triomphal, sous ces tentures même Où son blason bourgeois usurpe un diadème.

Que cette place est bonne à le bien poignarder !

// se promène de long en large devant le trône , et son visage passe de la fureur à Vadmiration pour la ri^ chefise des ornements qui le décorent.

Mais c'est qu'il est capable encor de marchander ! De faire par Maynard mutiler mon mémoire, Rogner les brocarts d'or, déprécier la moire I Puis, si j'ose me plaindre, alors sa bonne foi Prête ses gens de guerre à ses hommes de loi. Servez ces Pharaons! toujours l'ingratitude Est de leurs cœurs glacés la première habitude. — Il devrait cependant être content de moi !

334 GROMWELL.

Pour bien parodier la majesté d'un Roi,

Rien ne manque à ce trône abominable au monde,

 ce hideux théâtre, à cet autel immonde.

C'est magnifique 1 --Enfin, je n'ai rien épargné.

A décorer Moloch je me suis résigné,

Et j'expose aux périls qui suivent l'anathème

Mes tapis de Turquie et mon cuir de Bohème. —

Jébuséen ! qu'il meure !

Comme frappé d'une idée soudaine,

— Oui, mais qui me patra Quand il n'y sera plus? ~ L'auguste Dèbora Ne laissa.point son clou dans le front de l'impie; Samson ne risquait rien, quand sa force assoupie Fit choir pour son réveil tout un temple ennemi ; Judith, qui triompha d'Holopherne endormi, Fuyant, parée encor, de la sanglante fête, Sans perdre un seul joyau sut emporter sa tétè. Mais moi! qui m'indemnise? et quel profit réel Me dédommagera de la mort de Cromwell?

Ne faut-il pas laisser quelque chose à ma veuve? — La question ainsi me semble toute neuve.

Songeons-y ! — mais voici nos bons amis les saints.

Entrent les puritains conjurés, Lambert à leur iéte. Tous, mveloppés dam de larges manteauoOj portent de grands chapeaux coniques dont ks bords très-larges se rabattent sur leurs visages sombres et sinistres. Ils m^archent à pas lents j comme absorbés dans des contemplations profondes; plusieurs semblent murmurer des prières. On voit luire des poignées de dagues sous leurs manteatix entr' ouverts.

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