SCÈNE ÏV
BAREBONE, LAMBERT, JOYCE, OVERTON, PLIN- LIMMON, HARRISON, WILDMAN, LUDLOW , SYNDERCOMB, PIMPLETON, PALMER, GARLAND, PRIDE, JÉROBOAM D'EMER, £T autass cûiuuftsa
TÉTES-llONDES.
LAMBERT, à Barebotie.
Hé bien?
Barebone pour toute réponse lui montre de la main le trône et les décorations royales sur lesquelles les eon^ jurés jettent des regards indignés. Lambert se retourne vers rassemblée^ et poursuit gravement :
-«- Vous le voyez. Fidèle à ses desseins , Frères, Cromwell poursuit son œuvre réprouvée. Westminster est tout prêt ; l'estrade est élevée ; Et voici les gradins eu ce vil Parlement Aux pieds d'un Olivier va traîner son serment. Profitons, pour agir, du moment qui nous reste. Jugeons cet autre Roi. Son crime est manifeste : Voilà son trône?
OVERTON
Non. Voilà son échafaud!
Il y sera monté pour tomber de plus haut.
Sa dernière heure, amis, par lui-même est marqviée. Que du tombeau des Rois cette pompe évoquée Soit sa pompe funèbre, et que notre poignard Jette aujourd'hui son ombre à l'ombre de Stuartl Ha! nous y voilà donc ! ce despote hypocrite Exhume à son profit la royauté proscrite; Et, pour reprendre à Charle un sceptre ensanglanté, Fouille dans le sépulcre où nos mains l'ont jeté! Cromwell ose ravir la couronne à la tombe ! — Qu'en entraînant Cromwell la couronne y retombe ! Et si phis tard quelque autre ose encor régner seul) Que la robe de Roi soit toujours un linceul !
336 GROMWELL.
LAMBERT, à part.
Il va trop loin.
ovERTON, poursuivant.
Qu'il soit anathème!
TOUS
Anathème !
ovERTON, continuant.
Tout conspire avec nous, tout, et Cromwell lui-même. Oui, Messieurs, sa fortune aveugle ce Cromwell, Qui semble un Attila fait par Machiavel.
S'il ne nous aidait point, notre vaine colère S'userait à miner son pouvoir populaire ; C'est lui seul qui se perd, en ne comprenant pas Qu'il change le terrain où s'appuyaient ses pas ; Qu'il sort du sol natal pour mourir; el qu'en somme, En devenant un Roi, Cromwell n'est plus qu'un homme. Sous ce titre de mort, il s'offre à tous les coups. La foule, son appui, le quitte et passe à nous; Lui seul, entre elle et lui, signe un fatal divorce. En nous donnant le peuple, il nous donne sa force. On veut être opprimé, foulé, suivant la loi, Par un Lord-^Protecteur, mais jamais par un Roi. D'un tyran plébéien le peuple s'accommode.
Olivier, Protecteur, fût-il pire qu'Hérode, Lui semble encor le seul dont le front sans bandeau Peut porter de TÉtat le vacillant fardeau.
Mais que ce même front ceigne le diadème.
Tout change ; et ce n'est plus, pour ce peuple qui l'aime, Qu'une tête de Roi bonne pour le bourreau!
TOUS, excepté Lambert, et Barehone qui depuis V arrivée des conjurés semble absorbé dam de profondes réflexions.
C'est bien diti
JOYCE
Notre épée a quitté le fourreau ; Qu'elle y rentre fumante, et jusqu'à la poignée Pour la seconde fois du sang d'un Roi baignée!
PRTDE.
Cromwell vient donc chercher sa tombe à Westminster ! De sa secte infidèle et promise à l'enfer.