SCÈNE XII
CHOMWELL, SA famille, son cortège, LA foule;
Au moment où Cromitell $e montra sut fe seuil de West" minster-Hall, au milieu du bruit du canon , qui n'a cessé de tirer durant la scène précédente, des cloches, des fanfares et des roulements de tûmbours, on distingue les acclamations qui le suivent du dehors.
VOIX du dehors.
Huzzal Lord-Prolecteur d'Angleterre!
OVERTON, bas à Garland, Ces hurleurs sont payés. Mais nous les ferons taire. C*est ainsi que déjà, quand Noll, à Grocers-Hali, Fit de Thomas Viner un baronnet féal, Il fut pour son argent applaudi dans Cheapside.
Cromwell reste un moment arrêté sur le seuil de la porte et salue à plusieurs reprises le peuplé du dehors,
VOIX DANS LA FOULE
Cromwell 1 — C'est là Cromwel l ? — ce roi î — ce régicide 1
— Il est fort laid! — Qu'il est petit pour un héros!
— On l'aurait dit plus grand. — Je le croyais moins gros.
— Qu'avecson grand chapeau cet homme m'embarrasse! Otez votre chapeau. — Itfol? depuis quand, de grâce, Ote-t-on son chapeau, Madame, à l*Antechrist?
Cromwell se retourne vers la foule de Vintérieur. —
Profond silence.
CROMWELL, faisant quelques pas.
Au nom du Père, au nom du Fils et de TEsprit, La paix soit avec vous!
Silence dans l^assemblée* Les acclamations oonituuent
dans la place,
LE8 voix dtt dehors.
Olivier, Dieu vous aidel
— Vive à jamais Cromwell '
CromweU se retourne encore et salue le peuple amassé
sur la place.
THURLOE, bas à Cromwell.
Tout vous rit, tout vous cède.
Que d'acclamations f quels élans! quel beau jour!
CROMWELL. amèrement, bas à Thurloe.
Oui. — Ce peuple innombrable, heureux, ivre d'amour, Qui de mon haut destin semble un puissant complice, N'applaudirait pas moms si j'allais au supplice. Il voit dans mon triomphe un spectacle éclatant, li y court, en jouit, et rien ne lui plaît tant, Lorsqu'en joyeux transports tu le vois se répandre, Que me voir couronner, sinon de me voir pendre. — Bon peuple! — Vois ici quel silence d'ailleurs!
tiii;rloe, bas.
Ce peuple est travaillé par les saints ni velours.
Le Parlement, l'orateur en tête , s'avance sur deux files vers Cromwell. Il salue profondément le Protecteur , qui ôte et remet son chapeau.
L ORATEUR DU PARLEMENT, à Cromwell.
Mylord ! — Quand Samuel offrait des sacrifices,
Il gardait à Saiil l'épaule des génisses.
Pour montrer à ce roi, sous le sacré rideau.
Qu'un peuple pour un homme est un rude fardeau.
D'où Maximilien fut souvent pris à dire
Qu'il est bien malaisé de se faire à l'empire.
On voit peu de mortels, maîtres des factions,
Qui sachent gouverner le pas des nations.
Il roule lourdement, ce grand char où nous sommes,
Que les événements traînent, tout chargés d'hommes.
Et pour le bien guider dans les âpres chemins.
Il faut un ferme bras et de puissantes mains.
Souvent, marchant la nuit sous un ciel peu propice,
En évitant l'ornière , on tombe au précipice ;
Car ce char, dont la terre entend l'essieu crier,
Ne se détèle pas et ne peut s'enrayer.
Il fautqu'il marche ! Il faut qu'il roule ! Il faut qu'il aille !
Il faut qu'on voie, ardents comme un jour de bataille,
Ruer malgré le fouet, courir malgré le frein,