ACTE V, SCÈNE XII
Les coursiers que Dieu lie à son timon d'airain ;
Et qu'enfin, écrasant rois, peuples, capitales.
Sa roue aveugle passe en ses routes fatales!
Quand on laisse au hasard courir ce char pesant,
Dans sa profonde ornière il coule tant de sang
Que les chiens, s'ils ont soif, sur sa trace Tétanchent.
Le monde alors chancelle et les royaumes penchent.
Aussi quels soins il faut pour choisir le cocher
De ce lourd chariot qu'on tremble à voir marcher I
Il faut qu'un double appel l'ait fait monter au faîte.
Élu par deux pouvoirs, il faut que sur sa tête
Le choix du peuple tombe avec le choix de Dieu ;
Que le bandeau s'y joigne à la langue de feu.
Alors il est compté parmi ces mortels rares
Que les peuples de loin suivent comme des phares.
Mais par de durs travaux ce rang est acheté.
Il faut que son esprit veille de tout côté.
Il ressemble aux soleils, qu'un Dieu seul a pu faire,
Qui roulent, entraînant des mondes dans leur sphère,
Dont les rayons du ciel éclairent les sommets,
Et qui, brillant toujours, ne reposent jamais ! —
De tout ce que j'ai dit ce peuple doit conclure
Qu'un seul bras de l'État peut bien régler l'allure.
On a besoin d'un chef qui s'élève entre tous.
Il faut un homme au monde; et cet homme, c'est vous.
Le Parlement et toute rassemblée s'inclinent,
Mylord, guidez-nous donc dans toutes nos fortunes, Et daignez agréer la foi de vos communes.
Profond silence dans la foule.
ovERTON, bas à Milton.
Ses communes !
CROHWELL, à Vorateur.
Monsieur, je suis reconnaissant.
Cet empire est prospère, au gré du Tout-Puissant. En Irlande, malgré les discordes civiles, La foi marche, à grands pas envahissant les villes. Sur l'ulcère papiste acharné maintenant, Par le feu, par le fer, Harry, mon lieutenant. Extirpe d'une main, cautérise de l'autre.
376 CROMWlilLLé
Armagh brûle. En ses murs Rome n*a plus d*ap6tre.
En Ecosse les clans sont rentrés au devoir.
Au dehors tout va bien. Dunkerque est sans es];>oir ;
Et la vieille Angleterre, à la France alliée,
Tient sous sa large main TËspagne humiliée.
Notre commerce en Inde a fait d'heureux progrès.
Le Castillan jaloux se consume en regrets.
Dieu montre en nous aidant que notre cause est bonne.
Nous avons fait verser à Madrid, à Lisbonne,
Bien du sang, bien de Tor, pour leurs rébellions.
Blakc en notre échiquier vide leurs galions.
J'ai vers la Jamaïque envoyé deux escadres.
L'armée en attendant remplit ses anciens cadres.
Le Toscan se repent : il sera pardonné.
Et lorsque autour 4e nops tout sera terminé,
Nous pourrons à la fin, puisqu'il nous en invite,
Des hordes du sultan sauver le Moscovite. —
Si nous formons un vœu, Dieu l'exauce aussitôt.
Enfin, vous le voyez, nul peuple n'est plus haut.
Vivons donc assurés dans la faveur céleste.
Mais pour que le Seigneur sur nous se manifeste,
Il faut courber le front et plier les genoux.
Prions, et que l'Esprit descende parmi nous.
Cromweîh* agenouille; tout son cortège, le Parlement, le corps de ville, les cours de justice et les soldais s'agenouillent ausii, — MomentdesilenceetdereoueiUement, pendant lequel on n'entend que les cloches, le canon, les fanfares et le bruit de la foule au dehors,
SYNDERCOHB, bos à Overton et' à Garland, qui se sont
rapprochés du trône.
Ils sont tous à genoux, le tyran et sa garde; Les glaives sont baissés. Point d'œil qui nous regarde. Que ne frappons-nous?
GARLAND, le repoussant , indigné* Dieu!
SYNDBRCOUB.
Pourquoi si haut crier?
GARLAND
Le frapper quand il prie 1