‹ Cromwell: drameChapitre 239 sur 253 · ACTE V, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE XIII

Hier c'était mon argent, aujourd'hui c'est ma tête. Une dette de plus sur son compte !

CROMWBLL, après un instant de réfleosion, à lord

Ormond.

Vieillard , Vous-même, jugez-vous. — Voyons : si le hasard M'eût jeté dans vos fers, vous eût mis à ma place. Parlez. — Que feriez-vous ?

LORD ORMOND

Je ne ferais pas grâce.

Je VOUS la fais.

Mouvement de surprise dans Vassemblée.

TOUS LES CAVALIERS

Comment ?

Vous êtes libres.

LORD ORMOND

Dieu !

A CromwelL

Si VOUS saviez mon nom...

CROMWELL, V interrompant.

Il m'inquiète peu.

Bas à Thurlo'é,

Du peuple, s'il se nomme, on ne pourrait répondre.

Il se tourne brusquement vers lord Broghill, qui a jusqu'ici gardé un morne silence dans le cortège.

Un de vos vieux amis, lord Broghill , est à Londre. Lord Ormond et lord Borghill se détournent étonnés,

LORD BROGHILL.

Qui donc, Mylord?

Ormond.

LORD BROGHILL.

Ormond 1

Dieul saurait-il?...

Il est depuis cinq jours ici, mon cher Broghill.

// fouille dam son juslamyrps et en tire k paquet scellé qu'il a pris sur Davenant.

Voici même un paquet, tenez, qui l intéresse, bon nom est sur le pli. Savez-vous son adresse ?

LORD BROGHILL, troublé.

Non, My lord...

Bloum, auStrand, hàlelduRat.

LORD BROGHILL, balbutiant

Pourquoi?...

LORD ORMOND, examinant le parchemin que tient

Cromwell, à part.

Le traître est Davenant : c'est la lettre du Roi ! CROMWELL, donnant le paquet à Broghill.

Rendez-le à lord Ormond de ma part ; cette lettre Tombant en d'autres mains, Taurait pu compromettre. Dites-Iui qu'il s^en aille au plus tôt, en songeant A ne plus revenir. S'il a besoin d'argent, Donnez-en.

LORD ROSEBERRY, bas à lord Ormond, CI ' a> .^® ^'argent» Quel homme heureux vous êtes î b 11 m offrait seulement caution pour mes dettes ! LORD RôCHESTER , félicitant Ormond, bas.

Le trait est délicat, et je suis fort charmé Qu il vous épargne ici l'affront d'être nommé.

CROMWELL , d'une voix haute et rude, Mylord Rochester !

LORD ROCHESTER, tressaillant de surprise.

Quoi?

.„ ,. , , . Vous avez votre grâce.

Allez au diable !

LORD ROCHESTER, bos à Roseberry.

Il met avec moi moins de grâce.

N'importe ! il est protée ! il est magicien ! On l'aborde; on croit voir un lion royal. —Rien . Tâchez de l'endormir. -^ Est ! un coup de baguette ! — Le lion qui dormait est un chat qui vous guette ; — Le chat devient un tigre aux rugissements sourds ; —

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Puis la griffe se change en patte de velours. — Velours où perce encor cette griffe hypocrite.

Mon docte chapelain, souffrez qu'on vous invite  ne pas trop rester parmi nous.

LORD ROCRBSTEil, à part.

On vous croit.

CROMWELL, continuant.

Grâce à plus d'une amende, imposée à bon droit, Il fait très-cher jurer, saint homme, eu Angleterre. Or, quoi que vous fassiez, vous ne pouvez vous taire ; £t, taxé par la loi presqu'à tous les moments, Vous vous ruineriez bien vite en jurements,

Merci du bon conseil.

Au peuple qui le poursuit de rires et de dérisions.

Applaudis, race infâme 1

Attendez donc, Docteur. Emmenez votre femme.

LORD ROCHESTER, tremblant.

Ma femme !

CRCmWELL.

Mylady Kochester l Dame Guggligaff descend précipitamment de la tribune de la Protectrice et vient se jeter au cou de Rochester. Huées dans la foule.

DAME G13GGLIG0T, cmbrossant Rochester.

Cher époux 1 LORD ROCHESTER, cherchant à la repousser.

Merci-de-Dieu 1

Soyez unis. — Que dirions-nous De voir qu'une moitié sans l'autre soit partie?

À dame Guggtigoy.

Suivez votre mari.

Dame Guggligoy prend le bras de Rochester gui se résigne douloureusement.

LORD ROCHESTER, à part.

V^Tthnot ! quelle amnistie !

3«J6 CROMWËLL.

NVs-lii pas des plus sots et des plus châtiés ! Vois le grolesquc effet <]iie font tes deux moitiés, L'une avec cet habit, Tautre avec ce visage ! Et Francis qui nous voit! ah 1 j'en deviendrai sage 1 GROMWELL, désignant du doigt sir William Murray dans le groupe des cavaliers.

Murray va recevoir le fouet qu*a mérité, Pour ce complot d'enfant, pauvrement avorté, Charles, vulgairement nommé prince de Galle.

Applatidissements du peuple. — Des archers et des valets de justice s'emparent de Murray qui se cache le visage dans les mains, et parait accablé de honte et de désespoir. — Cromwell s* adresse au rabbin.

Ce Juif, qui du gibet eût orné l'astragale, Est libre... —

Manassé relève la tête avec joie. — Cromwell poursuit, se tournant vers Barebone placé à côté du trône.

Seulement, pour racheter sa chair, Barebone, il paîra ton mémoire.

Barebone tire de sa poche un long parchemin qu'il remet

à Manassé.

MANAssé, eocaminant le mémoire.

C'est cher.

CROMWELL , aux autres prisonniers.

Vous êtes libres tous.

Les archers détaxshent les cavaliers.

THURLOE, bas à Cromu)ell.

Tous I mais les circonstances Sont graves...

CROMWELL , bas.

J'ai ce peuple : à quoi bon dix potences?

Sir William Murray, que les archers entraînent, se jette à genoux et tend ses mains jointes vers Cromwell.

SIR WILLIAM MURRAY

Grâce, Mylordl...

Du fouet ? Allons 1 fmissons-en.

N'est-ce donc pas l'emploi de ton dos courtisan ?

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