SCÈNE ÏIL
CROMWELL ; ELISABETH BOURCHIER, MISTRESS FLETWOOD, toutes deux en hoir, la dernière surtout affecte la simplicité puritaine; LADY FALCON- BRIDGË, vêtue avec beaucoup de richesse et d'élégance; LADY CLE YPOLE, enveloppée c^mme une personne malade, Vair languissant ; LADY FRANCIS, toute jeune fille, en blanc, avec un voile.
CROMWELL , à la Prciectrice,
Bonjour, Madame?
Vous avez i'air souffrante. Auriez-vous mal dormi?
ELISABETH BOURCHIER
Oui, je n'ai jusqu'au jour fermé l'œil qu*à demi.
Décidément, Monsieur, je n'aime pas le faste !
La chambre de la Reine, où je couche, est trop vaste.
Ce lit armorié des Stuarts, des Tudor,
Ce dais de drap d'argent, ces quatre piliers d'or,
Ces panaches altiers, la haute balustrade,
Qui m'enferme, captive en ma royale estrade,
Ces meubles de velours, ces vases de vermeil,
C'est comme un rêve enfin qui m'ôte le sommeil !
Et puis, de ce palais il faut faire une étude.
De ses mille détours je n'ai pas l'habitude;
Oui, vraiment, je me perds dans ce grand White-Hall,
Et je suis mal assise en un fauteuil royal !
Ainsi vous ne pouvez porter votre fortune!
Tous les jours votre plainte...
ELISABETH BOURCHIER
Elle VOUS importune, Je le sens; mais enfin je préférerais, moi, Notre hôtel de Cock-Pit à ce palais de Hbi,
A mistress Flettcood.
Et mille fois, surtout, n'est-il pas vrai, ma fille? Le manoir dTIiintingdon, la maison de famille!
A Cromwell.
Heureux temps ! Quel plaisir, dès le lever du jour, D'aller voir le verger, le parc, la basse-cour, De laisser les enfants jouer dans la prairie, . Et puis de visiter, tous deux, la brasserie!.. ,
Mylady !
ELISABETH BOURGHIER.
Jours heureux, où Cromwell n'était rien, Où j'étais si tranquille, où je dormais si bien !
Quittez ces goûts bourgeois.
ELISABETH BOURGHIER.
Eh ! pourquoi? j'y suis née.
Aux grandeurs dès l'enfance étais-je condamnée? Ma vie aux airs de cour ne s'accoutume pas ; Et vos robes à queue embarrassent mes pas!
Au banquet du lord-maire, hier, j'étais hypochondre! Beau plaisir, de dîner tête-à-tête avec Londre! Ah ! — Vous-même aviez l'air de vous bien ennuyer. Nous soupions si gaiment, jadis, près du foyer!
Mon rang nouveau...
ELISABETH BOURCHIER
Songez à votre pauvre mère, Hélas ! votre grandeur incertaine, éphémère, A troublé ses vieux jours ; mille soucis cuisants L'ont poussée au tombeau plus vite que les ans. Calculant les périls où vous êtes en butte.
Son œil, quand vous montiez, mesurait votre chute. Chaque fois qu'abattant tour à tour vos rivaux, Londres solennisait vos triomphes nouveaux, Si jusqu'à son oreille engourdie et glacée Arrivait le bruit sourd de la ville empressée, Les canons, les beffrois, le pas des légions, Et le peuple éclatant en acclamations, Réveillée en sursaut et relevant sa tête, Cherchant dans ses terreurs un prétexte à la fête. Tremblante, ellecriait: a Grand Dieu ! mon fils estmort! »