‹ CromwellChapitre 15 sur 302 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

J'eus aperçu Francis, si belle et si modeste, Immobile et charmé, je n'ai plus vu le reste. Ivre, en vain en tous sens par la foule poussé, Mon œil au même objet restait toujours fixé; Et je n'aurais pu dire, en sortant de la fête, Si Cromwell en parlant penche ou lève la tête, S'il a le front trop bas ou bien le nez trop long, Psi s'il est triste ou gai, laid ou beau, noir ou blond. Je n'ai dans tout cela rien vu, rien, qu'une femme, Et depuis cette vue, oui, mylord, sur mon âme, Je suis fou !

LORD ORÏÏOXD.

Je vous crois.

LORD ROCHESTER

Voici mon madrigal.

C'est dans le goût nouveau...

LORD ORMOND

Cela m'est fort égal.

LORD ROCHESTER

Égal! non pas vraiment. Tous savez bien qu'en somme Shakspeare est un barbare et Vitriers un grand homme. Lit-on dans Henri-Huit un seul rondeau galant? Le goût anglais fait place au français; le talent...

lord ormovd. à part.

Peste du goût anglais ! du goût français ! du diable î Du quatrairi ! sa folie est irrémédiable !

Haut.

Excusez-moi, mylord. A parler nettement,

Vous devriez plutôt, dans un pareil moment,

Me donner quelque avis, me dire où nous en sommes,

Combien au rendez- vous viendront de gentilshommes.

Si l'on peut dans Lambert voir un appui réel.

Que chanter des quatrains aux filles de Cromwell?

LORD ROCHESTER

Mylord est vif!.,. Je puis sans trahisou, j'espère. Être épris d'une fille.

08 CROjiWELL.

LORD ORMOND

Et Pêtes-vous du père ?

LORD ROCHESTER

Vous vous fâchez? vraiment, je ne vois pas pourquoi. Mon histoire, à coup sûr, amuserait le roi. Dans sa fille à Cromwell je fais encor la guerre. Et d'ailleurs avec lui je ne me gène guère. Sans nous êjxe jamais rencontrés, que je crois, Nous avons eu tous deux pour maîtresse à la fois Cette lady Dysert, qui, cessant le scandale, Va, dit-on, épouser ce bon lord Lauderdale.

LORD ORxlIOND.

Je n'aurais jamais cru qu'on pût calomnier Cromwell; mais il est chaste, et pourquoi le nier? D'un vrai réformateur il a les mœurs austères.

lord rochester, riant.

Lui ! cette austérité cache bien des mystères ! Et le vieil hypocrite a, par plus d'un côté, Prouvé qu'un puritain touche à l'humanité. Revenons, s'il vous plaît, au quatrain.

lord ormond, à part.

Par Saint-George !

Il me poursuit encor, le quatrain sur la gorge î

Haut et avec solennité.

Écoutez, lord Wilmot, comte de Rochester,

Vous êtes jeune, et moi, je vieillis, mon très-cher.

J'ai les traditions de la chevalerie.

C'est pourquoi j'ose dire à Votre Seigneurie

Que tous ces madrigaux, sonnets, quatrains, rondeaux,

Chansons, dont à Paris s'amusent les badauds,

Sont bons, comme une chose entre nous dédaignée,

Pour les bourgeois, et gens de petite lignée.

Des avocats en font, mylord ! mais vos égaux

Rougiraient d'aligner quatrains et madrigaux.

Mylord, vous êtes noble, et de noblesse ancienne.

Votre écusson supporte, autant qu'il m'en souvienne,

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