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ACTE III, SCÈNE XVIII

Crains-tu pas d'essayer la pointe d'un poignard?

manassé, gravement.

Si je mens, que la mort, dont les coups nous confondent. Ferme ces yeux à qui les étoiles répondent !

cromwell, pensif, à part.

Se pourrait-il ?— Lever le rideau du destin ; Lire au loin dans le ciel un avenir lointain ; Déchiffrer chaque vie et chaque caractère ; Voir la clef de l'énigme et le mot du mystère, Ce mot qu'un doigt suprême, invisible à nos yeux, Trace avec des soleils sur le livre des cieux! Quel pouvoir! c'est de Dieu partager la couronne. — Moi, qui me contentais de je ne sais quel trône ! Fier de briller au faîte où quelques rois ont lui, Je méprisais ce juif... — Que suis-je près de lui? Qu'est-ce que ma puissance auprès de son empire? Près du but qu'il atteint qu'est le but où j'aspire? Son royaume est le monde, et n'a pas d'horizon !... — Mais non, il ne se peut. La raison... — La raison ! Gouffre où l'on jette tout et qui ne peut rien rendre î Doute aveugle qui nie à défaut de comprendre ! . L'imbécile l'invoque et rit. C'est plus tôt fait. — Pourtant, — d'où viendrait-il ce pouvoir, en effet? Dieu marque un but unique à chaque créature. Les êtres, dont la chaîne embrasse la nature, Restent tous dans leur sphère, à leur centre, en leur lieu. La bête ignore l'homme, et l'homme ignore Dieu. Les cieux ont leur secret, et nous avons le nôtre. L'âme peut-elle voir d'un monde dans un autre ? Des morts chez les vivants apporter le flambeau ? Reste-t-elle toujours d'un côté du tombeau? Peut-elle après la niort sortir des catacombes, Ou pénétrer d'ici l'intérieur des tombes?... Qui sait ? — Faut-il nier tout ce qu'on ne voit pas? Tout lien est-il donc rompu par le trépas ? N'a-t-on pas vu d'ailleurs des choses effrayantes ? —

Mais l'homme, ouvrir du ciel les pages flamboyantes !.., Qui sait ce que Dieu met dans Pâme en la créant? — Mais quoi ! cet homme impur, ce juif, ce mécréant, Dans son sens symbolique interpréter le monde ! Fouiller le Saint des Saints de son regard immonde ! — Pourquoi pas? Que sait-on? Tout est mystérieux. Raison de plus, peut-être !... — A mon œil curieux S'il pouvait de mon astre expliquer le langage ! Me dire où finira la lutte que j'engage? — Allons! nous sommes seuls, sans témoins !.. — Essayons,

Haut , à Manassé.

Juif!

manassé, qui n'a cessé d'attacher les yeux au ciel, se retourne et s'incline.

Seigneur ?

S'il est vrai que ces divins rayons Illuminent ton âme à leur clarté mystique, Et prêtent à tes yeux un éclair prophétique ?...

Il s'arrête et paraît hésiter un moment.

manassé, se prosternant.

Que demandez-vous, maître, à votre serviteur ?

cromyvell, baissant la voix.

L'avenir.

manassé, se relevant et se redressant.

Quoi?... comment? jusqu'à cette hauteur Tu lèves tes regards, incirconcis ! Ton âme Verrait' à nu, malgré les barrières de flamme, Ces astres, sable d'or, poudre de diamants, Qu'en leur gouffre sans fond roulent les firmaments i Tu voudrais pénétrer ce ciel, palais de gloire, Ténébreux sanctuaire, ardent laboratoire, Où veille Jéhovah, qui ne dessaisit pas L'immuable pivot et l'éternel compas !

Percer les trois milieux, la flamme, l'éther, l'onde,

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