ACTE III, SCÈNE XVIII
Non, à moins d'un miracle.
cromwell, mécontent et brusque.
Oif entends-tu par miracle ?
MANASSÉ
Un miracle.
Hé bien, quoi?
MANASSÉ
Un miracle. ..
Voyons : suis-je un miracle, moi?
manassé, pensif.
Peut-être.
C'est le trône alors que tu m'annonces.
MANASSÉ
Non, je ne puis du ciel te changer les réponses.
Non ! — Qu'est-ce donc alors que cette vision? Était-ce de la mort une dérision ?
Mais vous autres plutôt, je crois bien que vous n'êtes Qu'imposteurs, sur la terre exploitant les planètes.
manassé, gravement.
Mon fils, donne ta main et ne blasphème pas.
Cromwell, comme subjugué par l'autorité de l'astrologue, lui présente sa main. Manassé la saisit, l'examine, et chante à demi voix sans la quitter des yeux.
Loin d'ici les mauvais génies,
Et les sorcières rajeunies
Par un philtre aux sucs vénéneux,
Les dragons, les esprits lunaires,
Et les fileuses centenaires
Qui soufflent en faisant des nœuds!
Loin! tout fantôme en blanche robe, L'aspic, la goule qui dérobe
Leur fétide proie aux corbeaux, Les démons qui chassent aux âmes, Les nains monstrueux, et les flammes Qui voltigent sur les tombeaux !
Mets la robe patriarcale,
La ceinture zodiacale,
Des anneaux d'or à tous tes doigts,
L'aumusse, la mitre conique,
L'épbod de pourpre, et la tunique
D'écarlate teinte deux fois !
Haut à Oomwell après un instant de silence.
Un danger te menace.
Et lequel?
Le trépas.
Si tu veux être roi, mon fils, ta mort est sûre.
Sûre ! ma mort ?
manassé, désignant du doigt le cœur de Cromwell. C'est là que sera la blessure.
cromwell, mettant la main sur son cœur. Ici?
manassé, avec un signe affirmatif.
Là.
Quand ?
MANASSÉ
Demain.
Mens-tu pas ?
MANASSÉ
Fils d'Ammon !
Mentir! Veux-tu qu'ici j'évoque ton démon ? Mais il faut, avec moi, dire, pour le soumettre,