SCÈNE PREMIÈRE
CROMWELL, déguisé en soldat, un lourd mousquet sur l'épaule, une cuirasse de buffle, zen chapeau à larges bords et à haute forme conique, grandes bottes.
11 se promène de long en large devant la poterne, dans l'attitude d'un soldat de garde. — Quelques moments après que la toile est levée, on entend le cri d'une sentinelle éloignée :
— Tout va bien ! veillez-vous ?
11 pose son mousquet à terre et répète :
Tout va bien ! veillez-vous ?
Une troisième sentinelle répond dans l'éloignement :
Tout va bien ! veillez-vous ?
cromwell, après un moment de silence.
Oui, je veille, — et pour tous !
Cromwell, qu'à cette place un soin prudent transporte, Veut à ses assassins lui-même ouvrir sa porte.
On entend un bruit de pas et de voix dans l'éloignement.
Déjà?... — Mais non, minuit n'a point encor sonné. C'est un passant.
On distingue comme un chant inarticulé.
Des chants ! le drôle a mal jeûné !
La voix s'approche, et on l'entend chanter sur un air monotone les paroles suivantes :
Au soleil couchant, Toi qui vas cherchant
Fortune, Preuds garde de choir; La terre, le soir,
Est brune.
L'Océan trompeur Couvre de vapeur
La dune.
Vois, à l'horizon Aucune maison,
Aucune!
Maint voleur te suit; La chose est, la nuit,
Commune.
Les dames des bois Nous gardent parfois
Rancune.
Elles vont errer :
Crains d'en rencontrer
Quelqu'une.
Les lutins de l'air Vont danser au clair
De lune.
La voix s'approche de plus en plus et se tait. CROMWELL.
Bon ! c'est un de mes fous qui chante ; — Elespuru, Je crois.