‹ CromwellChapitre 201 sur 302 · ACTE IV, SCENE Vîïï · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE Vîïï

Vous avez préféré, Jenkins, à mes faveurs L'honneur de partager avec quelques rêveurs Vue punition qui doit être exemplaire.

LE DOCTEUR JENKINS

Ah! distinguons, monsieur Cromwell, sans vous déplaire ! Vous pouvez vous venger, mais non pas nous punir. Les mots sont importants en tout à définir : Tyrannus nonjudex, le tyran n'est point juge. Si, grâce à quelque traître, à l'aide d'un transfuge, Vous avez dans la lutte été le plus adroit, Si vous avez la force, il nous reste le droit. Violemment aux lois vous pouvez nous soustraire, Qu'importe î nous mourrons, mais de mort arbitraire, Et seulement de fait ! — Consultez sur ce point Vos propres avocats, Whitelocke, Pierpoint, Maynard. — Je m'en rapporte à vos conseillers même, Quoique le Whitelocke ait un très-faux système, Et que souvent Pierpoint et le sergent Maynard Contre le poulailler plaident pour le renard.

Hé bien donc ! vous aurez le gibet en partage.

LE DOCTEUR JENKINS

Soit. Mais voyez sur vous quel est notre avantage. Nous irons au gibet d'un despote irrité, Mais vous, au pilori de la postérité!

Cromwell hausse les épaules.

lord rochester, toujours à demi éveillé. Où donc ai-je l'esprit ? — Si je ne dors pas, certe , Je suis mort. —Ce Cromwell pourtant me déconcerte. Ici... déjà ! — Je l'ai laissé là-haut hier.

S'adressant aux soldats qui l'environnent.

Ne pourrait-on changer de rêve ou bien d'enfer ? Délivrez-moi de Noll ! vous m'avez l'air bons diables.

570 CROBWEIL.

Après un moment de méditation, il croise ses bras et s'adresse en souriant aux Cavaliers.

Or ça, vous méditiez des projets incroyables :

Prendre Olivier Cromwell à des pièges d'enfants !

L'égorger !— Car, messieurs, vos poignards triomphants

Ne m'auraient point traité, devant cette poterne,

Comme David traita Saul dans la caverne ;

Nul de vous n'eût borné l'emploi de son couteau

A couper doucement le bord de mon manteau.

Je le sais. C'est tout simple ; et je vous en approuve.

Tout en vous approuvant, à dire vrai, je trouve

Que votre plan pouvait être un peu mieux conçu,

Et qu'enfin votre trame est d'un frêle tissu.

Par malheur, je n'ai point su la chose à temps, frères ,

Pour vous communiquer sur ce point mes lumières :

Ne m'en veuillez donc pas. —Vous avez bien sué

Pour inventer cela ! — Moi, comme Josué,

Que de vingt rois unis le choc ne troublait guère,

J'ai coupé les jarrets à vos chevaux de guerre,

Nous avons tous agi comme nous avons dû ;

Vous avez attaqué, je me suis défendu.

Quant à votre projet en lui-même, j'avoue

Que j'aime ces élans du cœur qui se dévoue :

Le courage me rit et l'audace me plaît.

Quoique votre succès n'ait pas été complet,

Je ne vous place pas moins haut dans mon idée.

Par un sentiment fort votre âme est possédée ;

Vous marchez hardiment, d'un pas ferme et réglé;

Vous n'avez point fléchi, point pâli, point tremblé ;

Vous m'êtes,— agréez mes compliments sincères,—

Des ennemis de choix, de dignes adversaires ;

Je ne vois rien en vous qui soit à dédaigner,

Et vous estime enfin trop — pour vous épargner.

Cette estime pour vous en public veut s'épandre,.

Et je vous la témoigne en vous faisant tous pendre.—

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