I. DAVID AUBERT
C’est au tome second, f. 280^, qu’on lit la mention explicite de la collaboration de David Aubert : Cy fine le second volume.,, lequel a esté extrait et concilié en cler françois par David Aubert Faîi de grâce mil quatre cent cinquante huit.
La biographie de David Aubert est encore à faire ; toutefois, on en connaît les détails suivants. Né à Hesdin, dans le Nord de la France, département du Pas-de-Calais, il devint l’un des scribes attitrés de la cour de Bourgogne ; bon nombre de manuscrits de la librairie de Philippe le Bon furent copiés par lui. Ce fut lui surtout qui mit à la mode la lettre de forme, si fréquemment employée dans les manuscrits d’origine flamande, pendant la seconde moitié du xv« siècle ^
Au cas présent, David Aubert ne fut pas seulement le copiste des Cronicques et Conquestes de Charlemaine, il semble qu’il ait aussi contribué à la compilation ellemême.
Ce ne fut pas, dès l’abord, pour le duc de Bourgogne que David Aubert exécuta son travail. Voici, en effet, ce qu’on lit au prologue de tout l’ouvrage, P 12 :
Jamais mon rude entendement neust oze penser demprendre si grant charge... Ne feustlestroitcomman-
I. E. Reusens, Éléments de paléographie, p. 318-32 r ; J. Van den Gheyn, Album de paléographie belge, pl. 22. Au sujet de David Aubert, cf. Namur, Histoire des bibliothèques publiques de Belgique ; Marchal, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, t. I, p. LXXXI-LXXXII.
demeni de ffion très redoubte seigne'itr }nonseigneur de Creqiiy, auquel de sa bonne grâce je me noinme tout humble petit escripvain et le mendre de ses serviteurs prest de faire ce que ma possibilité pourra souffire pour son vouloir acomplir. Recongnoissant que aprez Dieu, je tieng de luy ma vie et suis celluy qui pour luy faire service agréable vouldray tousiours de bien en ynieulx
Sachant de vray que de sa 7iature il est ajfecté à veoir estudier et avoir livres et croniques sur toutes riens. Et comme il en ait desia veu moult de fiouveaux mis en avant en pluseurs lieux et que larguefnejit en ait fait escripre et que 1 eslite de la fleur des histoires et batailles fust mise en delay et au derrière, cest assavoir le livre du 7ioble et tryiunphant prince Charlemaine le grant qui fu lun des no eu f preux et si vaillayit que par excellence il est bien digne de porter couronne par dessus tous ceiilx qui oncques devayit et apres luy en terre regnerent.
David Aubert donne ensuite des détails sur la façon dont l’ouvrage fut composé ; Pourquoy mon dit très redoubte seigjieur desirez de joùidre le chief avecques les membres ma chargie de curieusement enquérir et viseter pluseurs volumes tant en latin co7mne en francois en tous lieitx ou jen pourray bonnement recouurer et en tirer et extraire ce qui servait a mon pourpos pour les assambler en ung livre. Et la raison y est bonne selon mon advis. Car il luy sembloit que Pystoriografeur qui compilla les cronicques de Fra^ice n en flst point assez ample
déclaration.., non obstantjeitay point présumé y adioiister de mon propre chose que je 7iaye lett, veu et trouve.
Quand le premier volume fut achevé, le sire de Créquy en fit probablement don à la librairie du duc de Bourgogne. Celui-ci recourut également aux bons offices de David Aubert pour achever l’œuvre. La signature d’Aubert se trouve, comme nous l’avons dit plus haut, à la fin du deuxième volume.