‹ Cronique martinianeChapitre 40 sur 159 · INTRODUCTION XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXI

Nous voudrions maintenant mettre en valeur quelques traits caractéristiques d'une évolution sociale sous le règne de Charles VII et montrer sous ce roi le passage de l'homme de guerre à l'homme de cour. Nous prendrons comme exemple la carrière d'Antoine de Chabannes : mais cet exemple est loin d'être unique. La carrière d'un Jean de Bueil, du maréchal Joachim Rouault, de tant d'autres, permet une compréhension plus large.

La guerre était tout d'abord un métier dont il fallait posséder les ruses et les finesses, l'endurance aussi. Des opérations continuelles formaient une école pratique constante où les maîtres ne manquaient pas *. Chabannes fut à une grande école puisqu'il suivit La Hire -.

De la guerre on devait tout espérer. LQjouveticel de Jean de Bueil nous rapporte avec esprit ses premiers exploits. Il captura un troupeau de chèvres et une vache unique' : s'étant emparé d'une « buée » il jugea à propos d'en rembourrer son « jacque » *. La capture d'un cheval était un butin très apprécié ^, C'est à cette discipline de misère, où la force physique et la subtilité avaient un champ d'action infini, que l'on trouve Antoine de Chabannes. En 1424, à

1. V. sur ces faits le si curieux roman de Jean de Bueil, Le Jouvencel... suivi du Comweniaire de Guillaume Tringant, éd. Camille Favre et Léon Lcceslrc. Paris, 1887, 2 vol. in-8. [Soc. de l'Histoire de France.]

Page 1