‹ Cronique martinianeChapitre 41 sur 159 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

la journée de Verneuil, il montait un cheval gris qui appartenait au comte de Ventadour : il reçut plus tard de La Hire, un petit « courtault noir, nommé Maistre Jehan qui avait été gagné à ung butin », six écus et une épée*. Ce fut là le premier fonds d'une immense fortune : un comte du Maine ne pouvait plus tard rire de cts débuts -.

Ces opérations avaient de terribles risques et de magnifiques profits. Et lorsque Jacques de Chabannes blâmait son frère d'une téméraire entreprise, Antoine de lui répondre : « Mon frère, le mestier de la guerre est de perdre et de gaigner, comme vous sçavez. Si j'ay mangié à ma jeunesse des choses aigres et amères, je espère en mangier quelque jour de plus doulces » ^. On le voit, ces risques étaient assimilés au gain d'un métier : un soldat n'était plus qu'un joueur heureux*.

La guerre créa donc une brutalité de mœurs et un humour spéciale. En 1439, Claude de Chastellux, qui voulait épargner à sa terre d'être pillée par Brusac et le grand Blanchefort, leur écrivait que « si c'était bien leur plaisir de venir voir ces dames on leur feroit bonne chère à Mont- Saint-Jean ». Suivant cette invitation les Ecorcheurs se présentèrent au château, visitèrent une hauteur voisine « pour ce qu'il y a beau regard et suffisant pour voir tout le pays de l'Auxois » ; après quoi « ils se jouèrent un peu avec les dames et les damoiselles » puis s'en retournèrent où bon leur sembla ^. Antoine de Chabannes plaisante le maréchal de Bourgogne qu'il desferait ^ ; et quelle ironie dans le projet d'aller se chauffer sur les marches de la Bourgogne '.

Plus tard il écrivait à Charles le Téméraire : « J'ay veu

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