INTRODUCTION XXXIII
VOS lettres que vous m'avez escrites lesquelles je croy avoir esté dictées par vostre conseil et très grans clercs, qui sont gens pour faire lettre mieux que moy, car je n'ay pas vescu du mestier de la plume » * . L'homme de lettres et le soldat ne sympathisent déjà plus.
Jusqu'aux réformes du connétable de Richemont et à leur application intégrale, il fallut bien s'accommoder de cette brutalité et de ces mœurs cruelles. « Adieu, capitainel je vous prie, vivez sur le peuple le plus gracieusement que vous pourrez, » disait Richemont en 1440 à Antoine de Chabannes : et comme le roi le saluait un jour ironiquement du titre de « Capitaine des Ecorcheurs » celui-ci de riposter : « Sire I je n'ay escorché que voz ennemys : et me semble que leurs peaulx vous seront plus de proufEt que à moy » *. Ce n'est pas seulement son utilitarisme mais son code d'honneur que l'on voit Chabannes prêt à défendre et à exalter : « Car il y a longtemps que je suis à la guerre, et ay veu plusieurs jugemens en armes, mais je n'ay point aprins que les princes ne les chefz de guerre qui ont charge de gens d'armes en usassent de telle manière... je suis gentil homme et n'ay riens à garder si chier que mon honneur... 1)3.
Les compagnies de soldats étaient un véritable héritage que les familles se transmettaient. Après Cravant, Jacques de Chabannes recueillit les gens d'armes de la compagnie de son frère Etienne *. Devant risquer une aventure très périlleuse, autour de Corbeil, Jacques disait à son frère Antoine : « Ne scay si jamais tu me verras : mais j'ay prié aux gens d'armes qui sont à moy qu'ilz demourent soubz ta charge » ^. Quand à Nancy, en 1444, Charles VII insti-
1. Preuves, II, 262. Réponse du Comte de Dammartin i Charles le Téméraire, 16 janvier 147 1.
3 . Preuves, II, 296. Lettre à Philippe de Crévecœur k la date du 14 mai 1471.