XXXIV INTRODUCTION
tuait les compagnies régulières, Antoine vêtit une robe noire et un chaperon de deuil. Au roi qui lui deipandait la cause de cette tenue, il fit cette réponse vraiment touchante : « Sire, vous me ostez ma vie de me oster mes gens d'armes, car l'espace de XX ans j'ay avec eulx vescu sans vous faire faulte ! » *. Voici comment Louis XI en 1478 lui annonçait la suppression de sa compagnie de 100 lances : « J'ay advisé pour vous soulaiger de ne vous faire plus homme de guerre, nonobstant que j'entends bien que je n'ay homme en mon royaulme qui entende mieulx le fait de la guerre que vous et où gist plus ma fiance s'il me venoit quelque grande affaire... Et touchant vostre pension et estât qu'avez de moy je ne vous l'osteroy jamais... » *. C'est cette compagnie qu'en 1461, à l'avènement de Louis XI, il avait dû abandonner après la scène théâtrale dont Chastellain nous a conservé le récit. Il réunit ses 100 lances, passa sur leur front revêtu d'une grande robe de drap d'or : puis il s'assit au milieu de ses hommes et les régala « d'une grant chière ». Disparaissant un moment, on le vit tout à coup s'avancer avec un bourdon de pèlerin et un paletot de gros drap : « Or ça, Messieurs et mes bons enfans, vecy Anthoine de Chabannes, vostre capitaine, qui m'avez fait beaucoup d'amours et d'honneurs, longuement par vous estre tenus à moy; je vous mercie de toutes vos bontés et services... » ^,
î. Cronique Martiniane, p. 57*
2. Preuves, II, 452. Voici ce que répondait Antoine de Chabannes Louis XI : «... les miens ont servy le feu roy vostre père, que Dieu pardoint, en ses grandes affaires... c'est a scavoir feu mon père en la bataille d'Azincourt, mon frerc Estienne à Crcvan, et mon frère dernier en Guyenne ; et de moy, sire, depuis que j*ay pu monter achevai, j'ay servi le roy vostre père et vous le mieux que j'ay peu... » Preuves, II, 453.
5. Œuvres de Chastellain, éd. Kervyn de Lettenhove, t. IV p. 176.