‹ Croquis al̀a plumeChapitre 10 sur 64 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M. DE VERCEILLES, ERNESTINE, sa fille, L'ABBÉ BLONDEAU, LAURENT, domesHque.

M. DE TERGEiLLEs. — Ëh bicu, mou chcr abbé, avez-vous assez tourné autour de la voiture? Étesvous persuadé à présent qu'Ernestlne et moi, nous ne courrons pas risque de la vie en voyageant dans le coupé d'une diligence?

l'abbé.— C'est qu'il me paraît si extraordinaire de voir M* le comte voyager comme un premier venu!

M. DE TERCEiLLEs. — Uu premier venu! Le temps n'est-11 pas aux premiers venus? Il n'y a rien de plus à la mode que les premiers venus, aujourd'hui.

âO CROQUIS A LA PLUME.

l'abbé. — Enfin, enfin, vous avez préféré cela à la poste.

M. DE vERGEiLLEs. — Maîs, mon Dieu ! je sais fort bien que j'aurais pu prendre la poste, si j'avais voulu prendre la poste; mais je ne l'ai pas 'voulu. La poste, c'est toujours l'administration. Je me méfie de tout ce qui tient à l'administration ; que voulez-vous ! c'est plus fort que moi.

L'ABBÉ.~Je ne dis pas que M. le comte ait tort. Cependant...

M. DE VERGEILLES. — Lcs poslillous, Ics préfets, tout cela se tient. La belle nécessité qu'on puisse me suivre à lampiste tout le long de mon voyage.

ERTiESTiNE. — Mon pèrc t mon père !

M. DE VERGEILLES. — Ëst-cc quc cc quc je dis est trop fort?

ERNESTiifE. — Dans la cour d'une diligence !

vous qui êtes si prudent !

H. DE VERGEILLES. ^ Vraiment, avec cette petite fille-là, je ne pourrai bientôt plus rien dire.

l'abbé. — Vous ne voulez pas entrer dans le bureau en attendant le départ?

M. DE VERGEILLES. — Daus le burcau ! Pour être avec qui ? Je suis sûr que cela Incommoderait Ernestine. Les bureaux de voiture sentent toujours le poulailler.

l'abbé. — Je crains que vous ne preniez de l'humidité ici.

M. DE TERCEiLLEs, à uYt garçoïi (Vécurie, — Monsieur, quand partira-t-on ?

LE 6ARÇ0TI. — Toul de suite, monsieur, tout de suite.

M. DE VERCEiLLEs. — Allcz-vous-en, l'abbé, allez-vous-en. La fraîcheur du matin ne vaut rien pour votre catarrhe; remontez dans la calèche et retournez à Thôtel.

l'abbé. —Je voudrais vous voir embarqués auparavant.

H. DE VERCEILLES. — Il mc scmblc que vous en savezassezpour pouvoir tranquilliser ma femme. Vous êtes bien sûr que (a voiture est solide, qu'Ernestine, moi et Marie, nous serons fort à l'aise dans le coupé.

l'abbé. ~ Parce que mademoiselle Ernestineest mince. *

M. DE VERCEILLES. — Il faut cspércr que, dans un voyage de vingt- quatre heures, elle n'engraissera pas assez pour nous gêner.

l'abbé. — Assurément.

M. DE VERCEILLES. — Âlors , l'abbé, rien ne doit vous retenir. Allez-vuus-en. Ma fllle, où est donc Marie?

t^ CROQUIS A LA PLUME.

BRRESTiNE. — Elle va revenir. J'avais oublié quelque chose dans la calèche.

M. DB TBRGBiLLEs, à LaureuL — Laurent !

LÀQRENT. — M. le comte?

M. DE yERGEiiiLEs. •— Vous allez dans Tintérieur ; je vous répète encore de ne pas dire un mot; ne parlez pas même de la pluie ni du beau temps.

ERNE8TINE. — Quaud uous serlous des conspirateurs...

H. DE TERCEiLLEs. — Emestinc, Ernestine, croyez que je n'ai pas entièrement perdu la tête.

ERRESTiFfE.— Je ne dis pas cela, mon père.

H. DE vEROEiLLES. — Ce u'cst pas la première rois que je me trouve dans des temps comme ceux-ci. On n'a jamais trop de circonspection.

l'abbé. — 11 est certain que nous sommes sur un volcan...

H. DE TERCEILLES."—. Ccs jcunes têtes-là ne savent la conséquence de rien.

LE ooTiDUGTEUR. — Mouslcur, cxcuscz ; c'est-il vous qu'est au coupé?

M. DE VERGEILLES. — Oul.

LE GONDUGTEUR. — Combien monsieur est-il?

M. DE VERGEILLES. — LeS trolS pUCCS.

LE coFiocGTEVR.— Alors, monsicur peut monter.

M. DE YERCBiLLES. — Il va noQs falloir attendre Marie à cette beure.

fiRNESTiifB. — La voici, mon père.

M. DE YERGEiLLEs, à MaHe. — Allons donc, mademoiselle! allons donc! Adieu, l'abbé! Faites travailler mon petit Paul; n'écoulez pas sa mère; vous connaissez ma femme, elle a toujours peur que l'on ne fatigue son flis.

l'abbé. — L'enfant est délicat.

M. DE YkBCEiLLEs. — Jc nc dis pas de le forcer; mais il y a une mesure dans tout. Profitez aussi du temps que je n'y serai pas pour empécber tout doucement le petit bonliomme du général de venir aussi souvent déranger vos leçons.

l'abbé. — Depuis huit jours, il a des engelures aux pieds.

M. DB YERGEILLES. — Je ue Ic savals pas. Tant mieux ! (// va pour monter en voiture.) L'abbé, encore un mot : défendez à Simon, en vous reconduisant, de mettre les cbevaux au galop; il n'en fait jamais d'autre quand je ne suis pas là.

l'abbé. — Que M. le comte soit sans inquiétude, j'y veillerai. Bor\ voyage, mademoiselle Ernestine.

BRRESTiifE. — El vous, moûsleur Blondeau, soignez-vous bien. (W. Pabbés'étoigne, M. de Ver-

cailles, sa fille et Marie sont placés dans le coupé.)

ADRIEN, une pipe à la bouche. — Eh bien, estce qu'on ne part pas aujourd'hui? Est-ce qu'on attend un changement de ministère? (Au commissionnaire.) Thomassin, où as-tu mis mon portemanteau?

LE COMMISSIONNAIRE. —-Un portcmauteau et UH carton à chapeau?

ADRIEN. — Précisément.

LE COMMISSIONNAIRE. — ^J'vicns d'mouter tout ça.

ADRIEN. —Très-bien. (Il chante).

L'or est une chimère.

Sachons, sachons noos en servir.

LE COMMISSIONNAIRE. — Il y 3 lougtemps qu'oH n'vous a vu par ici, monsieur Adrien.

ADRIEN. — Oui, c'est vrai. (// chante.)

J'ai longtemps parcoaru le monde, Et l'on m^a va soir et matin...

C'est Cherrier qui part aujourd'hui?

CN COMMISSIONNAIRE. — Nou, mousieur, il est sur Toulouse.

ADRIEN. —Tiens, c'ie farce... c'était un bon en-

i:ant... J'ai été bien des fois avec lui... un vrai chauffeur! C'est donc Fournais, alors?

LE COMMISSIONNAIRE. — Oul, mousicur.

ADRIEN. — Sais-tu si c'est qu'il a vendu son chien d'cbasse?

LE COMMISSIONNAIRE. — Faut croirc que oui...

j'ne le vois plus avec.

ADRIEN. — Il l'aura vendu.

LE CONDUCTEUR. — A chcval ! à cheval t...

{Apercevant Adrien.) Tiens, c'est vous, farceur, qui vous faites attendre coname ça !

ADRIEN. — Bonjour, Fournais. Gomment, attendre? J'étais là, tranquillement au café, avec Leclère et son épouse, à consommer un petit verre en attendant le son du galoubet. Il y a longtemps que nous n'avons été ensemble. Et votre chien ?

LE CONDUCTEUR. — Jc n'iai plus... Boni tonnerre de Dieu ! encore un voyageur; nous coucherons ici, c'est sûr. Allons donc, monsieur! c'est ridicule aussi, ça.

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